Flora Sinensis, 1696

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Nous transcrivons ici le texte de la traduction française de 1696 de la Flora Sinensis de Michał Boym, en y ajoutant les planches coloriées de l'exemplaire de 1656 conservé à Namur.

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FLORA SINENSIS.
OV TRAITE' DES FLERVS, DES FRVITS, DES PLANTES, ET DES ANIMAVX
particuliers à la Chine.


Par le R.P. MICHEL BOYM Jesuiste


AV LECTEVR,


LA verité mesme qui est Jesus-Christ dit dans sainct Matthieu, que l'on connoist les faux ou les veritables Prophetes par leurs ouvrages, comme l'on distingue les bons arbres d'avec les mauvais par leurs fruits.

Il semble que l'on doive iuger de mesme de la bonté des pays, & que selon qu'ils produisent de bons ou de mauvais arbres, l'on ne se trempe guieres à juger par là de leurs qualitez, c'est par cette raison que je presente icy à mon Lecteur les plus curieux fruits des Indes Orientales & de la Chine ; mais je luy dois faire remarquer que la pluspart des arbres & des plantes de nostre Europe, ne peuvent profiter dans les Indes, & degenerent tousjours lors que l'on les y transplante : les laituës mesme qui viennent si aysément chez nus, degenerent a une autre plante, comme si la force de cette partie de la terre, qui est entre les deux Tropiques étouffoit la vertu prolifique de la plante. Mais la terre de la Chine a cet avantage que non seulement elle a des arbres qui luy sont particuliers, mais qu'elle produit aussi ceux des Indes, & avec cela beaucoup de ceux de l'Europe. Ce qui vient de la grande esteduë de cet Empire, composé de quinze Royaumes : aussi ont ils des fruits tout l'hyver ; car dans ceux qui sont les plus avancez vers le Midy, les fruits meurissent aux mois de Novembre, de Décembre, de Janvier & de Fevrier ; l'on transporte ces fruits nouveaux en grande diligence aux autres Royaumes qui en manquent dans cette saison, & par un semblable commerce les Chinois ont toute l'année des fruits nouveaux, la diversité de ces fruits me paroissoit admirable, mais j'estois encore plus estonné de la différente maniere dont les arbres de la Chine les portent ; dans l'Europe, ils les portent tous sur leurs branches, & les arbres qui nous sont communs auec les Chinois, comme les pruniers, les abricotiers, & les pechers, les portent de mesme : la Chine en a un qui porte son fruit au tronc de l'arbre,


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si pesant au reste que c'est tout ce que peut faire un homme que de le porter : les Portugais l'appellent Giaka, à cause des pointes dont il est armé : les Chinois appellent Po-lo-mie, il y en a qui au lieu de branches jettent de grandes feuilles du haut de leurs tronc & des fruits d'un goust tres-agreahles, semblables à nos melons : il en croit un autre dans l'Isle de Hay-nan dam la Province de Quam-tum, qui ne porte point de fleurs, dont les fruits croissent attachez à sa racine d'une figure semblable à nos figues, mais qui rougissent quand ils commencent à meurir ; je n'en sçay point le nom mais cette maniere de porter des fruits est bien opposée à celle de tous nos arbres de l'Europe, comme aussi la maniere dont se forme le noyau d'un arbre qu'ils appellent Ka-giu ; car il n'est point envelopé de la chair de son fruit, & il vient à un des bouts du fruit : cette varieté fait voir la presomption de nos sçavants, qui ont voulu borner le pouvoir de la nature, & luy prescrire des reigles d'agir conformes aux observations qu'ils avoient faites sur une aussi petite partie de la nature qu'est le pays qu'ils habitent ; la consideration de cette grande varieté qui fait si bien connoistre la presomption des hommes, leurs doit en mesme temps élever l'esprit à la contemplation de la Toute-puissance de Dieu, qui est infiniment au dessus de tout ce que les hommes en peuvent penser. Outre les manieres de multiplier les fruits que nous avons, les Chinois obseruent encores, lors qu'ils les veulent semer, d'enterrer tout le fruit qui contient la graine, & de replanter après les divers jets qui en proviennent : pour le Papaya ils en plantent les feüilles, qui en peu de temps deviennent de grands arbres, lors qu'ils veulent multiplier les arbres, ils en couchent les branches en terre, comme l'on provigne le serment des vignes ; ils observent soigneusement le temps auquel le Soleil entre dans le quinziéme degré d'Aries, croyant que ce qui a esté planté dans ce temps-là profite mieux qu'en tout autre : ils le pratiquent ainsi lors qu'ils couchent en terre les branches du Gojava, qui profitent merveilleusement en peu de temps ; ils ont aussi une maniere d'anter les fleurs qui leur est particulière, & qui fait venir quelquefois trois ou quatre différentes fleurs sur une mesme tige. J'ay crû devoir insérer icy principalement les figures des plantes, qui font particulières aux Indes & à la Chine, & qui ne sont point décrites dans la pluspart des herbiers, & je l'expose icy a mon Lecteur, auquel je souhaitte fort qu'elles puissent plaire.


Des Provinces de la Chine & de l'excellence de ce pays par dessus tous les autres.

L'Empereur Xun avoit autrefois divisé toute la Chine en douze grandes Provinces, elle a esté depuis divisée en quinze, six desquelles touchent à la Mer, & font Peking, Xantung, Kiangan ou Nanking, Chekiang, Fokien, Quantung, les Provinces de * Quangsi, Kiangsi, Huquang, Honan, Xansi, sont vers le Nort, Xensi, Suchuen, Queicheu, Yunnan, tirent plus vers l'Occident, la Chine a encore le pays de Leaotung, qui est au couchant de la Province de Peking, & c'est dans cette partie de la Chine que commence cette fameuse


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muraille, les Isles de Hainan, Lienlieu ou Isle Formose, Cheuxan, dependent aussi de la Chine avec un si grand nombre d'autres petites Isles le long de ses costes, qu'il semble qu'elles ne soient point separées les unes des autres, & qu'elles fassent un autre continent.

La Chine est un abregé du monde, car elle contient tout ce qu'il y a de plus beau dans le reste de la terre habitée, elle a dans ses parties Meridionales tous les fruits & toutes les delices des autres pays qui sont vers le Midy, & dans les autres Provinces qui sont vers le Nort, tous les avantages de ceux qui sont dans cette situation, son ciel est temperé, la terre par tout extrement fertile, la Mer & les rivieres semblent ne l'arouser que pour l'enrichir, elle doit infiniment à la nature, mais d'ailleurs ces avantages ont esté si bien cultivez, qu'il semble qu'elle ne doive pas moins à l'esprit & à l'adresse de ceux qui l'habitent.

Yay-cu

YAY-CV.

La Palme de Perse & celle de la Chine ou des Indes, autrement le Cocos.

LE Palmier qui produit les dattes & qui vient esgalement bien en Perse, aux Indes & en la Chine, est de deux fortes, le masle & la femelle. Ils portent tous deux des fleurs, mais celles de la femelle seules se convertissent en fruits, pourveu qu'ils se trouvent plantez l'un proche de l'autre, car autrement la femelle mesme ne floriroit point, ceux qui les cultivent jettent les fleurs du masle sur celles de la femelle & par là la rendent prolifique. On appelle dattes les fruits que l'on cueille auparavant qu'il soient meurs, ils sont plus durs que ses autres qui ont demeuré plus long-temps sur les arbres, ils appellent les derniers Tamara. Les Palmiers que nous avons en Italie, ne portent point de fruits à cause qu'on n'y apporte pas cette diligence, & si après quelques années quelqu'un de ces arbres y a fleury, cela est venu de ce que l'arbre est parvenu à une certaine hauteur de laquelle il a pû découvrir quelqu'autre Palmier. Il n'y a point de cette sorte de Palmiers dedans la Chine, où je crois neantmoins qu'il viendroit fort bien : on tire du vin, du miel & du succre de ces fruits, qui servent aussi de médecine & purgent quand on en mange en abondance. Les Indes & les Provinces Australes de la Chine ont le Cocos, qui est une autre sorte de Palmier : il est certain que l'on en pourroit faire venir ailleurs en les semant ; car cet arbre ne se peut anter : mais je douterois fort qu'il portât du fruit hors du pays où il vient naturellement, il y a mesme des endroits où il vient naturellement, sans toutefois porter du fruit, principalement dans des pays de sable, dans les deserts & le long du bord de la Mer. Ces deux sortes de Palmiers ont les feüilles de mesme figure, les racines semblables, & sont toutes deux également hautes ; le Cocos vient mieux quand il est cultivé, principalement si on luy met au pied, du fumier de vache, ou quelque terre legere : ordinairement la sepcième année qu'il a efté planté il porte fruit ; si vous couppez les fleurs de cet arbre de la branche qui les portoit, & que vous y attachiez à la pace un vaisseau pour recevoir ce qui en découle, vous en recueillerez une liqueur fort agréable au goust qui distille de cette branche, comme du bec d'un alambic, ils appellent cette liqueur surra, ils la distillent & en tirent un vin qui a beaucoup de force, ce vin brusle comme de l'eau de vie & se transporte par toutes les Indes ; mais ce Palmier dont on a ainsi couppé les branches, ne porte plus de Cocos , & pour le distinguer de l'autre, ils l'appellent palma de fourra. Celuy auquel on laiffe porter le Cocos pousse d'autres fruits, aussi-tost que l'on a osté ceux qui font murs, le fruit est plus gros que la teste d'un homme : l'escorce en est


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verte, il n'est pas rond, mais à trois arrestes : si vous le cueillez lors qu'il est encor tendre, 1'écorce en est verte, cette écorce a une chair blanche, & au milieu un noyau qui approche assez de la grandeur & de la figure d'un œuf d'Austruche : il est plain d'une eau fort douce, qui est une boisson d'un grand secours dans les chaleurs excessives de ce pays-là. Les Portugais appellent ces Cocos Lania, si on laisse meurir entierement le fruit sur l'arbre, qa premiere écorce, qui est verte au commencement, comme nous avons dit, devient de couleur de chataigne, & cette poulpe ou chair qu'elle enferme, se change en un tissu, que les Portugais appellent Cairo ; ils en font des cables, qui servent dans leur plus grands Vaisseaus : pour ce qui est du noyau, qui est la partie du fruit qu'ils appellent proprement Cocos, on trouve qu'il est plain d'une moüelle blanche comme la neige, & douce comme des amandes, avec fort peu d'une eau un peu aigrette, dont ils se servent quelques fois au lieu de vinaigre : de cette amande ils tirent de l'huile, une espece de succre, qu'ils appellent giagra, & du vin qui prend feu comme l'eau de vie ; ils font des cueilliers des pieces du noyau. Dans l'isle d'Aynam en la coste de la Chine, ils en font des escuelles après avoir enchassé d'or le bord de ce Noyau ; aux Indes & principalement dans les Maldives, ils font leurs vaisseaux de ces Palmiers, leurs feüilles leur servent à faire des voilles , des paniers , &i ils ne se servent point d'autres tuilles pour couvrir leurs maisons ; ainsi de toute cette plante il n'y a que la seule racine donc on ne tire point d'usage, & elles font la plus grande richesse du pays. Au Maldives on trouve de petits Cocos, qu'ils disent estre produits au fond de la Mer, mais il y a plus d'apparence de croire qu'ils viennent de l'arbre que nous venons de descrire & qu'ayant esté long-temps battus dans la Mer, ils acquièrent cette dureté que n'ont pas les autres ; quoy qu'il en soit, c'est la chose du monde que ces peuples estiment davantage, persuadés qu'ils sont que c'est un tres-present remede contre toutes sortes de venins, & que c'est le plus grand cardiaque que l'on puisse trouver, si on boit avec de l'eau ce qu'on en a rappé. Je n'en mets point icy la figure à cause qu'elle se trouve dans tous les herbiers.

Pim-lam


PIM-LAM.
De l'Areca & du Betel


SI l'Areca n'avoit point les feüilles plus larges que le Palmier, & le tronc plus haut & plus mince, il luy ressembleroit assez, car il pousse comme le Palmier une branche chargée de fleurs du milieu de ses feüilles, le fruit a la figure d'un œuf de couleur verte, de la grandeur d'une noisette ; la chair de cette noisette est de la couleur de nos ongles, & quand elle est bien meure on y remarque des petites vaines rouges.

Pour le Betel sa feüille est toute semblable à celle du poivre, elle est aromatique & a la propriété de corriger les cruditez de l'estomac : il rampe comme le serment, & a befoin de quelqu'autre plante sur laquelle il se puisse attacher. Aux Indes Orientales & aux quatre Provinces Australes de la Chine, le Betel meslé avec l'Areca, est en grandissime usage : ils en portent tous dans des petits sacs & s'en presentent les uns aux autres : aux Tunquin toute la conversation commence par là, & on n'entre point en matière que l'on n'ayt donné & receu de l'Areca. Les plus riches qui craignent d'estre empoisonnés par cette drogue, ce qui se fait assez souvent, reçoivent bien de celuy qu'on leur presente ; mais ne mangent que de celuy qu'ils ont fait preparer & mesler avec de la chaux vive, & des escailles d'huitres bruslées : dans l'Indostan à Cochin ; & dans les Estats du Mogol au lieu d'huîtres, ils se servent de perles calcinée, ils en frottent la feüille du Betel, ils en font une enveloppe qu'ils emplis-


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sent de la moüelle de l'Areca, qui est dure ou molle selon qu'elle est fraischement cueillie ; ils tiennent dans leur bouche cette composition qui fait une de leur délices, d'abord il en sort un suc rouge comme du sang qu'ils crachent, mais sur la fin ils avalent ce qu'ils en succent, & quand ils n'en tirent plus de suc, ils rejettent l'Areca & la feüille : ils asseurent qu'il n'y a rien de plus propre pour fortifier l'estomac, il est vray que ceux qui s'en sont servis quelque temps ne s'en sçauroient plus passer, & que le jour qu'ils en ont pris leurs levres paroissent teintes d'un rouge fort vif : les Médecins employent aussi l'Areca dans leurs médecines ; on en porte beaucoup au Jappon & en d'autres pays où cette plance ne croît point : Je n'en mettray point icy la figure à cause qu'elle est dans la pluspart des herbiers,

Fan yay çu


FAN YAY CU ou le PAPAYA.

Les fruits et l'arbre que les Indiens appellent Papaya, est appellé Fan yay çu dans la Chine, il y en a une grande abondance dans l'Isle d'Haynam habitée par les Chinois et dans celle de Iunnam, Quam-sy, et dans les Provinces de Canton et de Focien qui sont vers le Midy : cet arbre porte beaucoup de fruits attachez à son tronc, qui est fort poreux, il n'y a point de ces fruits qui ne soient plus grands qu'un grand melon, la chair en est rousse, d'un goust très agréable, si molle au reste que l'on en peut prendre avec une cuillier ; l'on croit que la qualité de ce fruit est froide, & qu'elle est contraire à la generation & au plaisir des femmes si l'on en mange beaucoup ; il se multiplie de la semance de son fruit lors qu'il tombe, et des rejettons qu'il pousse à ses racines : l'on voit souvent sur le mesme arbre des fleurs ouvertes semblables à nos Lis, des boutons, des fruits encore tous verds, et d'autres qui sont jaunes & tout à fait meurs : il a cela de particulier qu'il ne pousse point de branches, mais seulement des feuilles qui naissent au haut de la tige, au mesme endroit d'où elle pousse ses fleurs blanches et ses fruits : elle meurit en tout temps, l'on en peut avoir des fruits meurs tous les mois de l'année ; il est neantmoins vray que pluspart des fruits des Indes meurissent au mois de Decembre & au mois de Janvier : si vous plantez une feuille ou quelque partie de son tronc, il prend racine facilement, croit de mesme & devient un grand arbre en peu de temps ; la veüe de ces arbres, de leurs feuilles & de leurs fruits, est tres agréable.


Pa-cyao

pa cyao Arbor Ficus Indica & Sinica


PA-CYAO,
ou Figues des Indes & de la Chine.

LE tronc de la figue des Indes est vert & fort gros, n'est point solide ny baiseus [boiseux ?] comme les autres, mais semble composé de plusieurs autres feuilles qui s'envelopent les unes sur les autres : il a beaucoup de feue, ses feuilles sont d'un vert clair, ont jusques à neuf palmes de long & deux & demy de large ; ne pousse qu'une branche chargée de fleurs du milieu de ses feuilles ; il s'en forme une grappe, dans laquelle on contera quelquefois plus de mille figues, c'est tout ce que peut faire un homme de porter une de ses branches ; ces figues ont la figure d'un petit concombre, & font plus ou moins grosses selon la force de la branche qui les a portées ; la peau en est jaune, la chaire en est molle, douce, blanche, avec quelque odeur, & ont le goust de fraises confites dans du sucre : si l'on couppe le fruit par sa largeur on y trouve une croix semblable à celle qu'ont les concombres ; ils couppent souvent ses branches avec les fruits encore tout verds, & les pendent dans leur maisons où le temps les fait meurir, & quelquefois ils les couvrent de ris ; d'autres les font meurir en les couvrant de chaux ; quand elles font cuittes dans du miel ou du sucre, & qu'on les


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fait secher après, elles sont fort propres aux personnes colériques & flegmatiques, les feuilles servent de remede à ceux qui font d'un temperament aduste. Ce fruit se trouve toute l'année dans les Indes, & dans les provinces meridionales de la Chine car quoy qu'il croisse aussi dans celles qui sont vers le Nord, il n'y porte point de fruit : l'arbre ne fleurit qu'une fois l'an, on le peut multiplier par le moyen de la graine, mais plus aysement par les rejettons qu'il pousse de son pied ; car au bout de six mois ils portent du fruit : Au Bresil ils l'appellent Bananas, en Sirie & à Damas ils l'appellent Musa, c'est plutost un arbuste qu'un arbre ; quand on a couppé la branche qui porte le fruit, la plante se seche, on l'arrache & on la donne ordinairement aux Elephans : quoy qu'en six mois de temps la plante produise son fruit & qu'il meurisse, il y en a tousjours de meurs en toute saison dans les Indes, à cause qu'ils se succedent les uns aux autres.

Kia-giu


KIA-GIV, ou KAGIV.

LE Kia-giu ou Kagiu ne croit point dans la Chine, mais bien dans les pays qui autrefois en dependoient, je ne doute point qu'il ne vint aysément dans Iunan, dans Quam-si, & dans les Isles de la Chine si on l'y plantoit : l'arbre en est grand, les feuilles fort belles & tousjours vertes ; le fruit est jaune, quelquefois rouge, a de l'odeur lors qu'il meurit, mais le suc de son fruit est acre, & prend au gosier lors qu'on le mange : il donne deux fois son fruit dans une mesme année, & c'est une curiosité de voir qu'après qu'il a poussé ses fleurs, il pousse son noyau ou semance, & après sa pomme, qui conforte l'estomach, lors que l'on en mange avec du vin ou du sel : le noyau est au dehors de la pomme, une pelure jaune enferme la chair de ce fruit, qui est blanche, assez dure, & a le goust de châtaigne ou d'amande, lors qu'on la fait rostir ; aussi les Indiens & les Portugais se servent-ils de ces noyaux au lieu d'amandes, lors qu'ils font des dragées. Les mois de Fevrier, de Mars, d'Aoust & de Septembre, font les temps de sa maturité.

Li-ci


LI-CI & LVM-YEN.

L'On ne trouve point ailleurs que dans les Provinces Australes de la Chine, les fruits qu'ils appellent Li-ci & Lum-ien ; la pelure du fruit appellé Li-ci ressemble à la pomme de pin, mais au contraire la peau du Lum-ien est fort deliée et fort lice, l'un & l'autre de ces fruits a le goust de fraises & de raisins. Les Chinois des Provinces Australes font seicher ces fruits, & les transportent durant l'Hiver en d'autres Provinces : il font aussi un vin fort agreable de l'un & de l'autre ; ils meurissent au mois de Juin & de Juillet, la poudre de leurs noyaux est en usage dans leur médecines ; si ces fruits sont sauvages, leurs noyaux sont gros & ont fort peu de chair tres-aigrctte, mais au contraire lors que l'on les a transplantéz, les noyaux par la culture en deviennent beaucoup plus petits, & ont davantage de chair douce, qui est de la couleur de nos ongles : l'on les arrose d'eau salée, lors qu'ils ont esté cueillis pour les faire durer plus long-temps, car estant préparez de la sorte, lors qu'on les pele après on leur trouve le mesme goust que s'ils venoient d'estre cueillis : l'on tient que le Li-ci est froid de sa nature, & que le Lu-mien est d'une qualité plus tempérée.

Giam-bo


GIAM-BO.

IL y a deux sortes de Giambo, celuy qui porte son fruit rouge ou blanc vient dans les Indes ; mais celuy qui tire plus sur le jaune, & qui sent la rose, croit à Malaca, à Macao & dans l'Isle de Hiam-Xam , qui depend de la Chine : la pre-


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miere de ces especes, porte ses fleurs de couleur de pourpre, & la dernière les porte jaunes, tirant sur le blanc ; son tronc & ses branches sont de couleur de cendre, ses feuilles fort belles & lices, ont huict poulces de long, & trois de large ; son fruict est de la grandeur de nos pommes, d'une qualité fort troide, & est composé d'une chair blanche & spongieuse, que l'on ne peut pas dire entierement aigre, ny tout à fait douce : l'on voit en mesme temps, sur une mesme branche des fleurs, des fruits verts, & d'autres qui sont tout à fait meurs : ils ont accoustumé de les manger au commencement de leur repas, mais sur tout ils en trouvent l'usage fort propre, pour esteindre la soif, durant les chaleurs, qui sont extraordinaires. Ils sont par la mesme raison fort propres pour les fièvres, & pour les maladies coleriques ; l'on en fait d'excellente conserve dans les Indes ; au lieu du pepin, il a un noyau rond, donc la chair est verte, dure, & couverte d'une pelicule ; le fruit est agréable à la veuë, celuy de la premiere espece est, ou tout à fait rouge, ou tout à fait blanc, ou moitié blanc & moitié rouge ; mais l'autre espece qui tire sur le jaune enferme deux noyaux, ou plutost un noyau qui est separé en deux ; outre cette difference, il a encore une couronne semblable à celle qui est sur les Grenades, & a l'odeur d'une rose : la chair en est fort douce, & fort poreuse, le iaune se mange en quelques endroits au mois de Mars, & en d'autres au mois de Juillet, pour ceux de la premiere espece, leur vray temps est le mois de Novembre & de Decembre.

Fan-po-lo-mie


FAN-PO-LO-MIE, ou l'ANANAS.

L'Ananas croist dans les Provinces de Quam-tum, Quam fy, Iunnan, Focien, & dans l'Isle d'Haynan, si toutefois cette plante n'y est point estrangere & n'y a esté transportée du Bresil ; les feuilles & la racine ressemblent beaucoup à celles de l'artichaut : auparavant que son fruit meurisse l'on y remarque une grande diversité de couleurs, mais il est d'un jaune meslé de quelque rougeur lors qu'il est meur ; il porte peu de graine, les grains en font noirs, ou pour mieux dire les pépins car ils ressemblent beaucoup aux pepins d'une pome : il se multiplie par sa graine, par sa tige, par les rejettons qu'il pousse de sa racine, & mesme il vient bien des feüilles qui se voient au haut de son tronc, car estant plantées elles prennent racine & portent fruit dès la mesme année : le fruit a un palme & demi de longueur, la chair en est jaune, spongieuse & pleine de suc ; il sent fort bon lors qu'il est meur, est doux au goust, mais d'une douceur qui est meslée de quelque acide : ils disent que ce fruit est extremement chaud, & se fondent sur ce que son suc corrode & mange le fer comme si le jus de citron, qui est si rafraichissant ne faisoit pas la mesme chose ; pour moy je crois tout le contraire, & j'ay éprouvé que l'on le donne avec succez dans les fievres : aux Indes & chez les Cafre ; il est meur dans les mois de Fevrier & de Mars, & en la Chine, en Juillet & en Aous :t l'on en fait une excellente conserve, mais qui ne retient pas tout le goust de son fruit, c'est selon mon goust & à mes yeux le plus beau & le meilleur fruit des Indes.

Manko


MANKO ou le MANGA.

IL y a plusieurs especes de ce fruit dans Indes, le plus grand pese quelquefois jusques à trois livres, principalement s'il a esté greffé sur le cèdre, qui luy donne son odeur, & cette peau froncée que l'on voit dans les poncirs : ils n'ont pas dans les Indes cette diversité d'antage qui se pratique chez nous, & ne connoissent point d'autre maniere que de couper une branche du Manga, de la joindre contre une autre du sauvageon, sur lequel ils le veulent anter, & de les entourer de terre detrcmpée avec de l'eau : cette branche ainsi jointe porte ses fruits jaunes, verts & rouges : ils en font de la conserve lors qu'ils ne font pas encores meurs :


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ils les salent quelquefois ; & estant preparez de la sorte ils ont le gourt du verjus : leur chair est douce lors qu'ils sont meurs, & de couleur jaune & de pourpre : l'amande de son noyau est fort amere & specifique pour faire mourir les vers aux enfans ; on éprouve aussi que c'est un bon remede contre le flux de ventre : il meurit aux mois d'Avril & de May, & se peut conserver jusques en Novembre ; plusieurs le tiennent pour le meilleur fruit du monde. Il croit en grande abondance aux pays Méridionaux.

Pi-pa


PI-PA.

LE Pi-pa croit en la Chine, sa verdeur prend une couleur jaune lors qu'il meurit, d'un goust semblable à celuy de nos prunes : l'arbre en est fort beau tant à cause de ses feuilles que de ses fleurs ; le noyau en est dur & de la figure d'un œuf ; ordinairement on le cueille au mois de Fevrier & de Mars, il est d'un fort bon goust, & ressemble encores aux prunes par sa peau.

Cieu-ko


CIEV-KO, ou le GOYAVA.

LEs Indiens appellent Goyava le fruit qui est connu des Chinois fous le nom de Cieu-ko, ceux qui n'y sont pas accoustumez trouvent d'abord qu'il sent les punaises ; mais avec le temps, on trouve qu'il a quelque chose d'aromatique & de fort, & au lieu de cette aversion que l'on en avoit au commencement on y prend goust ; il reserre & est fort propre à arrester les flux de ventre & à fortifier l'estomac par sa chaleur ; ses noyaux sont durs comme du bois, il en a beaucoup, ils sont ronds & multiplient la plante ; mais elle se provigne aysémcnt, & l'on en a plustot du fruit par cette voye : ses branches se chargent de fruits, ses feuilles sentent bon ; mais si on les frotte trop long-temps, leur odeur se change en une senteur peu agréable ; ses fruits sont bons pour les maladies qui viennent d'une intemperie chaude : les Portugais l'appellent Pera à cause qu'elles ont la figure d'une poire ; aux Indes il meurit principalement aux mois de Novembre & de Décembre, mais il s'en trouve toute l'année : à la Chine, vers Macao, on le mange aux mois de Juin & de Juillct.

Po-lo-mie


PO-LO-MIE.

LEs Portugais appellent cet arbre Giacca, il a cela de remarquable qu'il ne produit que deux ou trois fruits, qui sortcnt de son tronc de la figure d'un œuf, mais qui surpassent en grosseur tous les autres fruits du monde, plus gros que les citroüilles, c'est bien tout ce qu'un homme peut faire de porter un de ces fruits, le fruit a des piquans, au dedans il est plain d'une matière visqueuse, qui enveloppe des fruits jaunes ; il y en a si grand nombre qu'ils peuvent suffire à vingt personnes. Je ne sçaurois mieux faire entendre la conformation extraordinaire de ce fruit, qu'en disant que c'est un sac qui en enferme plusieurs autres pleins de miel, dans lesquels il y a des chastaignes ; le noyau qui est representé dans la figure a une amande du goust d'une chastaigne : le fruit est encores mellieur que nos melons, la poulpe ou chair qui est la plus dure passe pour la mellieure ; les Portugais l'appellent Cocobarca, ils connoissent quand le fruit est meur par son escorce qui s'amollit, tant qu'elle est dure ils le laissent sur l'arbre, ou s'ils le cueillent ils attendent qu'il s'amolisse & soit meur ; l'arbre ne porte point de fleur, & les fruits commencent à paroistre au mois de May & de Juin.

Su-pim


SV-PIM.

LA Chine seule produit ce fruit, il y en a de jaunes comme de l'or, & d'autres couleur de pourpre, les plus gros sont comme nos plus grosses pomes, la chair en est


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molle, rouge, & sa peau de mesme elle enferme plusieurs petits noyaux ; ce fruit ressemble aux figues de l'Europe, lors qu'on les seiche ils se conservent plusieurs années, & les Médecins Chinois s'en servent dans leurs médecines, dans les Provinces de Quam tum & de Iunkim, il se mange aux mois de Janvier, de Fevrier & de Mars ; mais dans celles qui sont plus vers le Nort, comme à Xensi & à Honan, il meurit aux mois de Juin, Juillet & Aoust, il y a plaisir à voir cet arbre chargé de ses beaux fruits ; mais les oyseaux en sont si friands qu'il le faut garder continuellement.

Ya-ta

Annona squamosa, ya ta ko çu


YA-TA.

JE mets cet arbre au rang de ceux de la Chine, quoy qu'il y aie esté transporté de Malaca ; car le pays de Malaca a esté autrefois dependant de la Chine, son fruit au dehors a la figure d'une pomme de pin, mais l'écorce en est verte, sa chair ou poulpe est blanche comme de la neige, & plus agreable au goust que le blanc-manger donc les Portugais sont si frians : ce fruit est divisé en plusieurs petites cellules qui enferment chacun un noyau noir, en des endroits il meurit aux mois d'Octobre & de Novembre, aux autres aux mois de Fevrier & de Mars, plus le fruit est gros & plus on l'estime pour sa bonté.

Du-liam

DV-LIAM.

LE Du-liam croit à Java, Malaca, Macao & Siam, pays autrefois dependans de la Chine, son fruit & le tronc de l'arbre qui le porte, est armé de piquans, la premiere fois que l'on en mange il sent les oignons cuits mais ceux qui y sont accoustumez ne trouvent rien de meilleur, & le trouvent de bon goust, tellement qu'il est tousjours cher, quoy qu'il y en ayt grande abondance : la chair en est bianche, le fruit est jaune quand il est meur, le noyau est semblable à celuy du Giacca : on fait un fort bon savon des cendres de ce noyau, ils remarquent que celuy de ces fruits qui a cinq cellules ou caiut sont meilleurs que ceux qui n'en ont que trois ; ordinairement on l'ouvre avec les pieds quand il est meur à cause des piquans de son écorce, la feüille du Betel est ennemie de ce fruit car si on les met ensemble, il se gaste aussi-tost , ceux qui se trouvent incommodez d'en avoir trop mangé, se guerissent de la chaleur & inflamation qu'ils en sentent, s'ils prennent seulement une feüile de Betel ; il meurit en Juillet & en Aoust, on porte au loing la poulpe ou chair de ce fruit qui ressemble à du lait caillé, & enferme un noyau, les feüilles de l'arbre ony plus d'une demy palme.

Fruit a nomine

Fructus innominatus. La position des "fruits" fait penser à des truffes
Fruit A nomine,

J'Appelle ainsi ce fruit que je vais descrire, à cause que je ne me souviens pas de celuy que luy donnent les Chinois, je le vis la premiere fois dans l'Isle d'Haynam, & après dans la Province de Quam-tum : cet arbre est fort haut, ses feüilles fort grandes, & qui couvriroient presque tout un homme : il a cela de particulier que sa principale racine entrant profondement en terre les autres racines qui paroissent hors de la terre, portent des fleurs rouges & des fruits semblables à nos figues, qui prennent une couleur rouge quand ils meurissent : les Chinois ont encores d'autres fruits fort extraordinaires mais comme je n'en pourrois pas donner la figure, & que le ne les ay pas assez examinez, je n'ose pas entreprendre d'en parler icy pour ce qui est des autres fruits des Indes Orientale, comme le Giangame, le Giamtelame, le Carambole, ils ne méritent pas que je m'arreste icy à les descrire.


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Le poivre


LE POIVRE.

LEs Chinois appellent le poivic hucyao, il croit dans la Province d'Iunnan, & dans les Isles dependantes de la Chine ; mais prncipalemcnt dans l'Isle de Java, dans celle de Borneo, & dans les forests de ia coste de Malabar, il rampe, & a son serment noueux comme celuy de la vigne de chaque costé de ces nœuds sort une feuille d'un vert obscur par dessous, & fort verte de l'autre costé : il pique quand on le met sur la langue : ceux qui le cultivent croyent avoir remarqué quelque difference de sexe dans le poivre, & que celuy où les nerfs ou fibres des feuilles sont également éloignées les unes des autres, sont les feuilles de la femelle ; que les feuilles du masle au contraire ont ces nerfs ou fibres inesgalement dispersez : cependant il est vray que sur une mesme branche ou serment de poivre, l'on voit de ces deux sortes de feuilles, celuy qui croit dans les forcsts est different de l'autre que l'on cultive dans les jardins, lors que l'on prend le soing de le fumer de fiante de bœuf ou de cendre que l'on met au pied, il croit aussi haut que l'arbre que l'on luy a donné pour le soustenir.

La racine du poivre est fort petite & n'entre pas bien avant en terre, chaque feuille pousse une grappe ; la plus forte grappe porte cinquante grains, & les moindres en ont trente, lors que le poivre est vert il est doux & est plain d'un suc fort semblablc a du miel, les habitans le confisent tout vert avec du sel & du vinaigre, & en font leurs delices. Le poivre long sert de contrepoison & guerit le mal des yeux, le noir est different du blanc par la feuille, qui a un goust plus délicat : les feuilles du poivre noir cuites dans l'huile sont bonnes pour la colique, & toutes les autres defluctions froides de l'eftomac. Il y a tousjours des grappes vertes sur le poivrier, elles meurissent aux mois de Décembre & de Janvier, & les ayant cueillis ils les tiennent au Soleil où elles noircissent ; si l'on le cueille auparavant qu'il soit meur, il ne se garde pas si long-temps sans se corrompre, les grains des grappes du poivre sont tout à fait semblables aux grains de genievre. Le poivre est chaud & provoque l'urine, il ayde à la digestion, est resolutif, il éclaircit la veuë, est bon pour la morsure des bestcs sauvages. Il ayde aux femmes à se delivrer de leur fruit lors qu'il est mort, & estant meslé avec du miel, il guerit l'esquinancie, si on le prend avec du miel ; il arreste la toux, meslé avec des feuilles de laurier ; il guerit des trenchées, pris avec des raisins secs, il purge doucement la pituite de la teste, & infusé dans du vinaigre, il guérit les apostumes & les duretez de la rate.

La rubarbe


LA RVBARBE.

QUoy que la Rubarbe se trouue par toute la Chine, si est-ce qu'elle vient plus communément dans les Provinces de Sucinen, Xensy, & dans la ville de Socieu, qui est proche de la grande muraille que Marco Polo Vénitien appelle Socuir ; elle croit dans une terre rouge & fort humide, les feuilles sont plus ou moins grandes selon la bonté du terroir ou elle croit ; ordinaircmenc elles sont longues de deux palmes, & vont tousjours en étressissant jusques à l'endroit où elles naissent de la racine : les feuilles sont bordées de petits poils par leurs bords, elles jaunissent & se seichent à mesure que la plante meurit, & à la fin tombent à terre. La tige de la plante s'éleve bien d'un pied, est foible & se charge de fleurs semblables à des grandes fleurs de violette : si on les presse il en sort un suc qui tire sur le blanc, l'odeur en est forte & n'est pas agréable au cerveau : la racine qui est en terre se trouve quelquefois longue de trois pieds, & grosse comme le bras d'un homme, elle jette de tous costez de petites racines que l'on couppe auparavant que de la diviser par taleoles, la chair de la racine paroist jaune & semée de petites veines rougcs, d'où il sort un suc jaune & rouge, qui


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est un peu gluant. L'experience leur a appris, que s'ils faisoient secher au Soleil ses Taleoles lors qu'elles sont fraichement coupées que la vertu s'en perderoit avec ce sac gluant que nous venons de dire, & qu'elles demeureroient fort legerers, ils les estendent par cette raison sur de longues tables, les retournent trois ou quatre fois par jour afin que le suc s'incorpore mieux, & après avoir continué cette diligence trois ou quatre jours, ils les enfilent et les exposent au vent, mais dans un lieu où le Soleil ne donne pas. L'Hyver est le temps plus propre pour faire la récolte de la rubarbe, auparavant que les feuilles comnmencent à pousser car alors toutes les vertus de la plante sont enfermées dans ia racine ; elles commencent à pousser au commencement du mois de May ; si on arrache la racine en Esté, & dans le temps que les feuilles sont encores vertes, comme elle n'est pas encore meure, l'on n'y trouve point ce suc jaune, ny ces veines rouges, & toute la racine est poreuse & fort legere, & n'approche point de la perfection de celle qui a esté cueillie en temps d'hyver. Une charrée de Rubarbe fraischement cueillie ne se vend qu'un escu & demy mais aussi, à peine sept livres de rubarbe fraischement cueillie donnent-elles 2. livres de Rubarbe seiche : lors qu'elle est faische & verte elle est fort amere & fort desagreable au goust : les Chinois l'appellent Tayhuam c'est-à-dire en leur langue, fort jaune.

Kueipi


KUEIPI, la CANELLE

LA Canelle se trouve dans les Provinces de Quam-tum, de Qyam-sy & de Tunquin, mais encore en plus grande quantité & meilleure dans l'isle de Ceilan, nom que les Chinois luy ont donné, à cause du naufrage qu'y firent leurs vaisseaux. La feuille de l'arbre qui porte la canellc a 3. nerfs ou fibres vertes, les fleurs font blanches & ont un peu d'odeur. Son fruict & son noyau ressemble assez à celuy de l'olive : lors qu'il noircit, il leur marque le temps de lever l'escorce de la canelle : Le fruit est plein d'une liqueur grasse ou onctueuse, sent le laurier, picque la langue & est amer : l'arbre porte deux escorces, la seconde escorce est celle que nous appellons canelle, naturellement elle est grise ; mais lors qu'on l'a ostée de l'arbre & qu'on l'a sechée au Soleil, elle prend cette couleur roussastre que nous luy voyons ; trois ans apres, il vient une nouvelle escorce en la place de celle qu'on a ostée ; autrefois les Chinois chargeoient la canelle de l'Isle de Ceilan & la portoient à Ormus, d'autres Marchands la recevoient là, & la portoient en Alep & en Grece : on croyoit en ce temps-là qu'elle venoit d'Egypte ou d'Ethiopie où elle ne croit point : on voyoit quelquefois dans le Golphe de Perse quatre cent Vaisseaux Chinois chargés d'or, de soyries, de pierres precieuses, de musc, de porcelaines, de cuivre, d'alun, de noix muscades, de cloud de girofle, & principalement de canelle : les Marchands avoient donné à cette escorce le nom de Cin-amomum car ces deux mots signifient bois de la Chine, doux & qui sent bon ; à peine conserve-t-il sa vertu un an durant, la racine de l'arbre est sans goust, sent le canfre, on distile de l'eau de l'escorce pendant qu'elle est verte & des fleurs aussi, mais elle n'est pas si aromatique ; elle guérit la colique & les ventosités, provoque 1'urine, fortifie le cœur, le foye, la ratte, les nerfs, le cerveau, & fert mesme contre les morsures & le poison des serpents, excite l'appétit, preserve du haut mal ; de son fruict ils font un unguent pour les fluctions froides, lors qu'on le brusle, il rend une odeur figure fort agreable : la poudre de canelle beüe avec de l'eau guerit les morsures de viperes, esteint les inflammations internes des reins, & estant employée avec des choses qui amollissent, elle oste les taches du visage.

En marge : On ne met point icy la figure de la canelle, à cause qu'elle est dans tous les herbiers.


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La racine de la Chine


LA RACINE DE LA CHINE.

LEs Portugais appellent la racine de la Chine Pao de Cina, elle ne se trouve que dans les Provinces de Yunnan, Quamsi, Quantum, Kaoli & Leaotum, c'est une plante espineuse qui a des espines mesmes sur ses fueilles : les Chinois mettent dans leurs bouillons à la viande la poulpe ou chair tendre de cette racine, elle est medecinale, & fort bonne contre la Schyatique, les ulceres des reins, les obstructions, la paralysie, l'hydropisie : Ils s'en servent aussi pour desseicher toutes sortes d'humeurs, elle guérit les douleurs du Perioste : on tient meilleure celle qui pese davantage, & on estime plus la blanche que la rouge : Ils croyent que la poudre de cette racine avec du sucre est bonne pour la poitrine, & que sa conserve fait le mesme effect. Les Portugais ont esté les premiers qui en ont apporté l'usage & la connoissance dans les Indes & dans l'Europe l'an 1555. les Chinois l'appellent PE-FO-LIM.

Sem-kiam


SEM-KIAM, le GINGEMBRE.

LEs feuilles du Gingembre ressemblent à une plante que les arboristes appellent Litospermon, ou à une espece d'Asphodelle nommée Hastula Regia, ou pour les comparer à une chose plus connuë, elle ressemble assez aux roseaux les plus communs, il s'en trouve par toutes les Indes, & dans l'Amérique mais le meilleur vient en la Chine : on estime davantage celui qui est vert toute l'année, sa racine se conserve plus longtemps si on la cueille au mois de Décembre & de Janvier, & si on la couvre de terre detrempée ; car cet enduit empêche que son humidité ne s'evapore, outre que si on n'y apporte cette diligence ses pores se remplissent de vers : Ils n'estiment pas celle qui est amere, & qui a beaucoup de feuilles, ils s'en servent dans leur médecine, & quand ils veulent faire suer leurs mnlades, ils leur donnent une decoction fort chaude de cette racine : ils croyent mesme que de la porter sur soy c'est un remede contre la goutte, & que ceux qui en ont pris le matin à jeun, ne peuvent point estre empoisonnez ce jour là. Ils en font communément de la conserve, qui est un remede éprouvé contre les fluxions froides du ventricule.


Les notices suivantes concernent des animaux.