Labiées (Le Floc'h, 1983)

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Verbénacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Solanacées


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343. Ajuga reptans L.

[III/1108; p:763] LABIÉES

M. - La plante renferme de grandes quantités de tanins ce qui est en relation avec ses propriétés antidiarrhéiques (PARIS et MOYSE, 1971).


344. Ajuga iva (L.) Schreb.

[III/1109; p:763]

Ajuga iva est souvent considérée comme étant une panacée.

M. - Ses emplois sont essentiellement médicinaux et dès 1850, PRAX signalait que l'on mettait des fragments de « chendgourâ » dans du miel ou dans de l'eau que l'on avale lorsqu'on a la fièvre. Le mê­me emploi, comme fébrifuge, est encore en usage dans le Sud tunisien.

L'infusion froide est vermifuge (TROTTER, 1915) et ajoutée à d'autres substances elle a une action contre les maladies de la peau.

En plus de cette vertu de vermifuge, GATTEFOSSÉ (1921) note que les berbères du Maroc utilisent cette « ivette » comme dépuratif, pour les soins des maladies d'estomac, les entérites et les maux de tête.


[204]

Il signale encore que SURCOUF cite cette espèce en tant que régula­teur cardiaque.

DORVAULT et WEITZ (1945) relèvent, que les populations ara­bes en Algérie, préconisent l'emploi de cette même plante (ar. : mesk el guen) contre le choléra et rapportent qu'elle est aussi utilisée con­tre d'autres maladies.

Sans plus de précision, KEITH (1965) note qu'en Libye, l'espèce (« assaron », « chandegoura », « sciandagura », « schandakura ») est utilisée dans la pharmacopée traditionnelle.

Traitant de la matière médicale, PARIS et MOYSE (1971) signifient que Ajuga iva a figuré dans la pharmacopée française ; alors que LEMORDANT et al. (1977) en indiquent l'usage comme antidiarrhéique et vulnéraire.

En Libye, les feuilles sont utilisées comme vermifuge et dans le traitement du diabète (KOTOB HUSSEIN, 1979).

R. - Pour la Tunisie encore, BURNET (1939) a rapporté que « chandgoura » (fr. = ivette musquée) est réputée favoriser la nais­sance d'enfants mâles.


345. Ajuga chamaepytis Schreb.

[III/1110; p:763]

M. - L'espèce est signalée, par PARIS et MOYSE (1971), comme ayant appartenu à la pharmacopée française et comme contenant une substance contractant l'utérus.

LEMORDANT et al. (1977) notent pour·la Tunisie les appella­tions arabe (« senouber el ardh ») et française (« bugle petit pin ») et confirment les vertus ocytociques de cette espèce.


346. Teucrium scorodonia L.

[III/1116; p:769] LABIÉES

M. - Teucrium botrys (*) (fr. = germandrée botryde), Teucrium monta­num (*) (germandrée des montagnes) et Teucrium scorodonia (germandrée des bois) sont (PARIS et MOYSE, 1971) utilisées comme tonique amer, astringent et vul­néraire.

(*) Teucrium botrys L. et Teucrium montanum L. ne sont pas retenus dans la flore tunisienne (POTTIER-ALAPETITE).


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347. Teucrium polium L.

[III/1125; p:773]

M. - Teucrium polium L. constitue un remède contre la variole (TROTTER, 1915). Le même auteur signale que les jeunes rameaux feuillés, mélangés à d'autres espèces, s'emploient à Tripoli (Libye) contre les douleurs gastriques et intestinales.

Au Maroc, la plante est considéré comme étant un excellent dé­puratif et fébrifuge ; elle est aussi employée comme tonique et digestif dans les traitements des gastralgies et des entérites.

Selon CLASTRIER (1936) cette espèce (« timezerien ») procure une poudre absorbante (cf. à Carlina involucrata n° 437).

Elle entre aussi (BURNET, 1939) dans la préparation de la « medbach », tisane spécifique de la région de Korbous (cf. à Arte­misia arborescens n° 428).

GHIGLIONE et al. (1976) signalent que chez les nomades l'es­pèce est réputée contre la fièvre paludéenne, les rétentions biliaires, les crises de foie, les maux d'estomac, les diarrhées et les coliques. Les mêmes auteurs rapportent des propos de MAIRE, notant l'usage de la plante sur les plaies, d'où ils infèrent qu'elle serait donc considérée comme antiseptique et astringente à usage interne et externe. Ils indiquent de plus que si les feuilles sont parfois avalées sèches et finement broyées, elles sont cependant le plus souvent utilisées en décoction. Pour soigner une crise de foie ou une forte fièvre, on fait bouiHir da•ns une théière une poignée de feuilles de « takmezzout » que l'on sucre éventuellement afin d'en réduire l'amertume et que l'on fait boire au patient, allongé et couvert, à la dose de 2 à 3 verres toutes les heures. Le remède est le même pour les cas de coliques, diarrhées et les maux d'estomac. Selon les mêmes auteurs encore, les nomades aiment aromatiser leur troisième verre de thé d'un peu de Teucrium à défaut en particulier d' Artemisia campestris et d' Artemi­sia herba-alba. Pour leur part GHIGLIONE et al. se sont attachés à définir la composition chimique de Teucrium polium ssp. cylindricum Maire.

Pour Teucrium polium Rouy, des propriétés toniques, amères, astringentes et vulnéraires sont signalées par PARIS et MOYSE {1971).

D. - Les rameaux sont également utilisés pour servir d'encens.


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CHOUMOVITZ et SERRES (1954) ont relevé que Teucrium polium L. sert à aromatiser le lait (cf. à Artemisia campestris n° 430).


348. Rosmarinus officinalis L.

[III/1127; p:777) LABIÉES

Fréquemment utilisé comme aromate culinaire, le « romarin » du fait de ses vertus dépuratives, stimulantes et antiseptiques a de nombreux emplois en thérapeutique traditionnelle et il est l'une des panacées de 1'Afrique du Nord.

M. - TROTTER (1915) la cite comme aromatique et souligne également que l'infusion des feuilles constitue une boisson contre la toux et que les feuilles désséchées, mélangées à de l'huile, servent lors des soins des blessures.

Cet usage comme vulnéraire sur les plaies récentes (ex. : circoncision) est aussi relevé par BOUQUET (1921) qui ajoute que l'infusion s'emploie contre les maladies de l'estomac et de la rate.

GATTEFOSSÉ (1921) note que les bains aromatiques et les fo­mentations de romarin sont emménagogues.

Ces propriétés et vertus ont été depuis souvent confirmées par d'autres auteurs, par exemple, DUCROS (1930) qui indique qu'en usage interne aussi, le romarin s'emploie comme emménagogue, fortifiant et stimulant contre l'épilepsie et la paralysie alors qu'à l'exté­rieur il est utilisé sous forme de frictions et de fumigations. Pris dans du lait caillé ou dans une pâte faite avec de la farine, du beurre et du citron, le romarin (ar. : klil) est, selon PRAX (1850), employé contre les maux d'estomac etc...

Il entre aussi (BURNET, 1939) dans la composition d'une tisane de la région de Korbous (cf. à Artemisia arborescens n° 428).

BOUCHAT (1956) rapporte qu'en infusion sucrée, l'espèce agit contre les maux de cœur et d'estomac ainsi que les coliques, vertu stomachique que nous avons également relevé dans le Sud tunisien.

Dans le même ordre d'idée, le romarin « iazir » en infusion su­crée à jeun sert aussi d' apéritif (REDOUL, 1953), emploi encore rap­porté par MAIRE et SAVELLI, (1955), PASSAGER et DOREY (1958) et CHOPRA et al. (1960).


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Comme dépuratif, on l'utilise en décoction (LOUIS, 1979).

A signaler aussi les multiples rappels des vertus et des usages comme cholagogue et cholérétique (PARIS et MOYSE, 1971 ; LE­MORDANT et al. 1977).

Il est également régulièrement fait état des propriétés d' emménagogue (MAIRE et SAVELU, 1955; DOREAU, 1961) et d' ocytocique ; cette dernière propriété donnant lieu à mainte descriptions que nous énumérons ci·après :

- On fait avaler, à la mère, après l'accouchemet une infusion de feuilles sèches de Rosmarinus officinalis et de Ruta chalepensis (ar. = figel) (REBOUL),

- les parturientes en absorbent plusieurs infusions (REYNIER, 1954),

- dans les propos de PASSAGER et BARBANÇON (1956), nous relevons que l'accouchement achevé, la femme doit manger du blé cuit à l'eau et additionné de Rosmarinus officinalis (« azir ») dont elle doit également absorber des infusions du­ Tant 7 jours.

-selon BOUCHAT, Rosmarinus officinalis (« iazir ») en dé­coction est utilisé pour accélérer le travail des parturientes alors que PASSAGER et DOREY puis DOREAU, attestent que l'infusion facilite l'accouchement et purifie le sang de la mère

Il est signalé aussi qu'en infusion ou en tisane le romarin a une action calmante de la toux (PASSAGER et DOREY ; DOREAU).

PASSAGER et BARBANÇON rapportent son emploi pour la gué­rison des plaies (cl. à Atriplex halimus n° 106) de même que DOR­VAULT et WEITZ (1945) qui spécifient que dans le M'zab, la pou­dre des feuilles sert à recouvrir la plaie produite par la circoncision.

Pour le Sud tunisien et en plus des usages déjà signalés, LOUIS (1979) note pour le « klil » les emplois suivants :

- fortifiant après une hémorragie,

- en infusion pour les maux de reins et pour réduire l'incontinence d'urine,


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- contre les maux de gorge (cf. à Malva sylvestris n° 257).

L'essence de « romarin » est (CHOPRA et al.) utilisée surtout comme carmi­natif, parfum et en combinaison avec d'autres drogues pour préparer des liniments rubéfiants. A cette même essence, PARIS et MOYSE (1971) attachent, en plus de la propriété d'emménagogue déjà citée, des vertus spasmolytiques. Les mêmes au­teurs rêvèlent que l'alcoolat, ou « Eau de la Reine de Hongrie », est très employé en médecine vétérinaire comme antiparasitaire et contre la chute des poils. Ils no­tent également que l'infusion, en usage externe, est un cicatrisant, un antiseptique et un excitant du cuir chevelu.

R.D. - En plus de ces multiples usages de la pharmacopée qui font ranger cette espèce au Panthéon des panacées, DOREAU signale qu'en fumigations, elle sert à éloigner les « djouns »,

LOUIS a mentionné qu'on l'emploie également pour éviter le rancissement du beurre fondu dans les outres et nous avons recueilli l'opinion selon laquelle en mélange, broyée, avec d'autres espè­ces, elle est susceptible de procurer la puissance sexuelle (cf. Capparis spinosa n° 153).

Cette espèce, comme d'autres Labiées, est largement utilisée, en Afrique du Nord, pour la distillation d'essences utilisées en parfumerie.


349. Prasium majus L.

[III/1128; p:777] LABIÉES

A.M. - La plante, déjà réputée calmante dans la médecine des Grecs, se consomme crue (GOBERT, 1940).

350. Lavandula stoechas L.

[III/1130; p:780] LABIÉES

A. - Cette espèce sert éventuellement à aromatiser le thé (GAT­TEFOSSÉ, 1921).

M. - De très nombreux emplois sont rapportés en thérapeutique traditionnelle par GATTEFOSSÉ (1921) ; ainsi :

- en infusion, l'espèce est employée contre les gastralgies et les rhumes de cerveau,

- en infusion avec la rose et le thym (Thymus sp.), elle est ré­putée bonne pour le traitement de la blennorragie,


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- en mélange avec Artemisia arborescens ou des tranches d'au­bergine elle constitue un procédé de soins en cas de morsure de ser­pent,

- les feuilles et les fleurs séchées sont fumées en mélange avec le tabac à la place du « kif »*.

Selon DUCROS (1930) les fleurs de « hhalhhal » sont employées à l'intérieur comme stimulant, tonique résolutif et antispasmodique.

BURNET (1939) note encore qu'elle entre dans la composition de la cc medbach », tisane préparée dans la région de Korbous (cf. à Artemisia arborescens n• 428).

Elle était autrefois considérée comme antiseptique et vulnéraire, mais elle n'apparaît plus au Codex aujourd'hui (PARIS et MOYSE, 1971).

Ces deux propriétés sont cependant rappelées par LEMORDANT et al. (1977) qui rapportent comme nom arabe en Tunisie « halihal el djebel ».

  • kif = chanvre indien = Cannabis sativa var. indica L. famille des CAN­NABINACÉES n'appartenant pas à la flore tunisienne.


351. Lavandula multifida L.

[III/1132; p:780]

M. - C'est un diurétique et un stimulant réputé au Maroc, (GATTEFOSSÉ, 1921).

L'espèce (« kmamet ajoula ») serait selon GOBERT (1940) utilisée pour la confection de l' « omelette des enrhumés » réputée dans la région de Takrouna pour guérir parfaitement les rhumes. Ce plat (« adhima bkammet âjoula ») se prépare comme suit :

- « faire chauffer de l'huile, y faire revenir quelques gousses d'ail avec coriandre, carvi et poivre rouge.

- « piler des feuilles de lavande et en faire une pâtre avec un œuf.

- jeter cette pâte dans l'huile bouillante et attendre qu'elle ait absorbée la totalité de l'huile ; puis consommer.

D. - Dans le Sud tunisien, nous avons noté qu'elle est employée pour servir de schampoing et pour tonifier les couleurs des teintures véçétales.


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352. Marrubium vulgare L.

[III/1133; p:781] LABIÉES

Ce « marrube », considéré comme une panacée, a fait l'objet de nombreuses recherches de laboratoires, hélas, souvent peu concluantes.

M. - L'espèce était (KCHOUK et CHADLI, 1963) déjà connue des grecs et des anciens arabes et son nom viendrait de 1'hébreu « mar­ rob » = amer. Successivement, BOUCHARDAT (1849), TRABUT (1891) et HANONE (1894) (in KCHOUK et CHADLI, 1963) lui re­connurent une activité dans le paludisme. Toujours selon KCHOUK et CHADLI, eLle fut utilisée, dans l'antiquité, dans le traitement des affections chroniques des voies respiratoires, du foie, de la rate, comme fébrifuge et antipériodique. LECLERC (1917) la préconisait dans le traitement des bronches.

En Algérie (TROTTER, 1915), cette espèce est utilisée comme fébrifuge et cet emploi est confirmé très fréquemment. A cette pro­priété, GATTEFOSSÉ (1921) en ajoute d'autres quand il indique que l'espèce est vomitive à forte dose, expectorante (pneumonie), récon­fortante (dans les cas d'anémie, de convalescence, d'empoisonnement et de refroidissement) et que contre les rhumes de cerveau, on utiliae le suc de la plante fraîche que 1'on introduit dans le nez.

Il est rapporté qu'en Egypte (DUCROS, 1930) cette plante (ar. frassioun) jouit d'une bonne réputation comme anti-asthmatique, diurétique, expectorant et sudorifique et qu'on la prescrit dans les cas de catarrhes, les toux rebelles et les engorgements du foie.

BEN ALI et LOUIS (1946), et LOUIS (1963), rapportent le mode de ·préparation suivant d'une décoction : « mettre 500 gr. de feuilles de merroubya dans un litre d'eau, faire réduire de moitié, prendre un verre de cette décoction chaude ou froide avant le repas ». Cette décoction serait un remède souverain contre les fièvres, les douleurs hépatiques et spécifique de certaines maladies urinaires. Selon les mêmes auteurs, le suc de la plante est aussi employé sous forme d'in­halation contre les rhumes de cerveau.

En Libye, KEITH (1965) note l'usage de l'espèce contre la toux et la jaunisse.

En Libye également, KOTOB HUSSEIN (1979) a indiqué qu'elle était réputée antipyrétique et utilisée contre le diabète.


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PARIS et MOYSE (1971) soulignent chez le « marrube blanc », des proprié­tés expectorantes et fluidifiantes des sécrétions bronchiques (en extrait alcoolique ou hydroalcoolique) et sa réputation de fébrifuge. Ils indiquent que c'est aussi un tonique amer, un cholérétique et un diurétique et qu'elle a été préconisée en asso­ciation avec l'aubépine (*) dans les cas d' arythmies cardiaques.

Malgré les nombreuses études et tests en laboratoire (SERGENT et SER­GENT, 1928), l'extrait aqueux de cette espèce, n'a de fait exercé aucune action ni préventive, ni curative sur le Plasmodium relictum, cause du paludisme des oiseaux.

Le propre travail de KCHOUK et CHADLI (1963) portait sur la détermina­tion de l' effet abortif éventuel de cette plante (sous forme de décoction) par expé­rimentation sur des cobayes, rats et souris gravides. Cette recherche a conduit à la détection d'une certaine activité abortive sur le rat mais son action sur les cobayes et les souris est moins probante.

  • aubépine = Crataegus oxyacanthus L. (ROSACEE).


353. Marrubium alysson L.

[III/1135; p:782]

M. - Réduit en poudre et mélangé à de l'huile, Marrubium alys­son sert à fabriquer une pommade utilisée pour les soins dans les cas de douleurs rhumatismales (TROTTER, 1915).


354. Phlomis floccosa Don.

[111/1147; p:789] LABIÉES

A . - Le suc délicieux de cette espèce sert à fabriquer de la con­fiture (TROTTER, 1915).


355. Lamium amplexicaule L.

[III/1153; p:792] LABIÉES

T. - Lamium amplexicaule est (BOEUF, 1933) suspectée être photosensibilisante (cf. Hypericum triquetrifolium n° 260).


356. Lamium purpureum L.

[III/1154; p:792]

Dans la Flore de POTTIER-ALAPETITE, il n'est signalé, pour la Tunisie, que Lamium purpureum var. exannulatum Loret .

M. - Ce « lamier » utilisé sous forme d'infusé, a des propriétés toniques et astringentes (PARIS et MOYSE, 1971).


357. Ballota nigra L.

[III/1156; p:793] LABIÉES

M. - Selon PARIS et MOYSE (1971), le principe actif de cette plante, à qui l'on reconnait dea propriétés antispasmodiques, tranquillisantes et cholérétiques,


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n'est pas encore connu. Les mêmes auteurs rapportent que la « ballote » en usage externe était utilisée comme topique et vulnéraire et qu'à l'intérieur, la plante est un antispasmodique actif contre la toux quinteuse et les vomissements du nourris­son.

LECLERC (in PARIS et MOYSE) a noté pour cette espèce des propriétés sédatives dans les cas d'anxiété et des troubles nerveux liés à la ménopause ; alors que CHABROL et CHARRONNAT (in PARIS et MOYSE) ont mis en évidence des propriétés cholérétiques.

Pour la Tunisie, on reconnaît à l'espèce (ar. : feracioun ; fr. = ballote fétide) les mêmes vertus antispasmodiques et tranquillisantes (LEMORDANT et al., 1977).


358. Ballota hirsuta var. bullata (Pom) Murb.

[III/1157 ; p : 793]

A. - Au Sahara (GAST, l968), on soigne les contusions par application de cataplasmes de racines de Ferula sp. (« hadent ») ou de Ballota hirsuta var. bullata (« amerroukt ») ou encore mieux de Thapsia garganica (« derias »).


359. Stachys arvensis L.

[III/1160; p:796] LABIÉES

T. - Stachys arvensis figure (BOEUF l933) dans la liste des espèces incriminées du pouvoir de photosensibilisation (cf. Hypericum triquetrifolium Turra, fiche n° 260).

360. Salvia officinalis L.

[III/sans n°; p: 799] LABIÉES

Les propriétés les plus fréquemment reconnues à cette sauge sont celles de stimulant.

M.T.D. - Les infusions sont, rapporte BOUQUET (1921), recommandées pour leurs vertus de sudorifique, emménagogue et diurétique. Le même auteur note que les feuilles fraîches introduites dans les narines durant les temps chauds, procurent une sensation de fraîcheur.

En Egypte (DUCROS, 1910), les feuilles de « sauge » sont réputées toniques, astringentes et emménagogues.

Après séchage, les feuilles très aromatiques sont employées pour l'assainissement des plats et conserves, usage également fait de l'essence volatile (CHOPRA et al., 1960). Les mêmes auteurs notent que la sauge est stimulante, carminative ainsi que légèrement antiseptique d'où son emploi pour les gargarismes. Ils rap-


[213]

portent encore que l'essence volatile a une action convulsivante cependant moins violente que celle de l'absinthe(*).

C'est sur ce caractère de convulsivant, dû à l'abondance de thuyone, que PARIS et MOYSE (1971) basent la toxicité de cette essence. PARIS et MOYSE insistent sur le fait que l'espèce était autrefois considérée comme une véritable pa­nacée et lui attribuent en usage interne (infusé) des propriétés toniques, cholérétiques, antisudorales et hypoglycémiantes ; ils signalent aussi des propriétés œstrogènes. En usage externe, elle est cicatrisante et astringente ; elle est de plus, du fait de ses vertus antioxydantes, employée en charcuterie.

(*) absinthe = Artemisia absinthium L. absente de Tunisie.


361. Salvia horminum L.

[III/1167; p:799]

Combinaison retenue pour Flora europaea : S. viridis L.

De fait, la Flore de POTTIER-ALAPETITE ne signale en Tunisie que la présence de Salvia horminum var. viridis (L.) Caruel.

D. - Pour LEMORDANT et al. (1977), l'espèce (fr. = sauge) est aromatique.


362. Salvia sclaraea L.

[III/1169; p:800]

D.M. - L'huile essentielle, obtenue par distillation des fleurs, est utilisée en parfumerie comme fixateur et l'espèce qui a eu la réputation d'antispasmodique, d' anticatarrhale a été aussi employée en usage externe contre les ulcères et les œdèmes (PARIS et MOYSE, 1971).

Pour cette espèce (ar. = tsifa ; fr. = sauge sclarée), LEMORDANT et al. (1977) ont signalé la vertu antispasmodique.


363. Salvia verbenaca L.

[III/1173; p:803]

A. - ROHLFS (in TROTTER, 1915) a relevé que cette espèce était éventuellement consommée en tas de disette.

M. - L'espèce (« el kablou », « oum el bouna ») appelée « tamarzouga » à Tunis était, selon PRAX (1850), mise en poudre sur les blessures et employée pour soigner les chevaux couronnés.

364. Salvia aegyptiaca L.

[III/1175; p:804]

A.M.D. - Les feuilles et les sommités fleuries servent à fabriquer des infusions digestives, note THOTTER (1915) qui rapporte aussi que l'on se met parfois les feuilles de « sauge » dans les narines « pour se donner de la fraîcheur ».


[214]

Les graines sont occasionnellement consommées, révèle LARRI­BAUD (1952) (cf. à Aristida pungens n° 027) et on fait des infusions de la plante entière (« tazoukanit ») (cf. à Ammodaucus leucotrichus n° 310).


365. Melissa officinalis L.

[III/1176; p:804] LABIÉES

M. - La mélisse est employée sous forme d'infusions toniques et réconfortantes (GATTEFOSSÉ, 1921).

Sous forme d'infusé, la « mélisse » est un stomachique, antispasmodique et carminatif très utilisé (PARIS et MOYSE, 1971). Ces mêmes auteurs signalent aussi de nombreuses références attestant :

- que la plante fraîche entre dans la préparation de l'alcoolat de mélisse (composé antispasmodique très populaire) et a, comme de nombreuses autres Labiées, des propriétés cholérétiques.

- qu'en usage externe, l'espèce est cicatrisante,

- qu'elle a des propriétés antivirales,

- qu'elle est employée comme aromatisant.

Cet ensemble de propriétés rattachées à Melissa officinalis (ar. merzizou ; fr. = mélisse officinale) est également rapporté par LEMORDANT et al. (1977).


366. Origanum majorana L.

[III/sans n°; p:809] LABIÉES

A.M. - TROTTER (1915) indique la « marjolaine » comme condiment et signale aussi son emploi pour combattre la dysenterie.

Contre les gastralgies et les rhumes, on utilise au Maroc la p1ante cuite dans le lait ou prise en infusion (GATTEFOSSÉ, 1921).

R.D. - La marjolaine, très abondamment cultivée en interca­laire dans les oliveraies de la région de Sfax, procure une essence uti­lisée comme fixateur de parfum et passe pour avoir en infusion un effet anaphrodisiaque, ce qui est en contradiction avec la vertu aphrodisiaque qui lui est attribuée au Maroc (GATTEFOSSÉ, 1921).


367. Thymus capitatus (L.) Hoffm. et Link

[III/1186; p:810] LABIÉES

Orthographe retenue pour Flora europaea : T. capitatus (L.) Hoffmanns et Link.


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Corydothymus capitatus Rehb. est adopté comme synonyme.

M.R.D. - Employée pour aromatiser les aliments (TROTTER, 1915), cette espèce est également utilisée, en infusion froide, contre la toux. DUVEYRIER (in TROTTER) la présente comme stomachique propriété rapportée aussi par KOTOB HUSSEIN (1979), en Libye, à propos de Coriathymus capitatus (*).

Ce thym produit une huile essentielle ou essence riche en carvacrol (PARIS et MOYSE, 1971 ; LEMORDANT et al., 1977).

Nous avons relevé dans la région d'El Hamma de Gabès que l'es­pèce (ar. = zâteur) était utilisée :

- seule, sous forme de tisane pour provoquer l'avortement, ' - en mélange broyé, pour procurer la puissance sexuelle (cf. à Capparis spinosa n° 153).

(•) A l'erreur de transcription près, il s'agit bien certainement de Corydothy­mus capitatus Rehb.


368. Thymus numidicus Poir.

[III/1187; p:810]

M. - Selon BURNET (1939), ce thym entre dans la composition d'une tisane (cf. Artemisia arborescens n° 428) et a, par ailleurs, les mêmes usages que Thymus algeriensis (*) (CHOUMOVITZ et SER­RES, 1954).

Dans la pharmacopée égyptienne (DUCROS, 1930), les feuilles et les sommités fleuries sont considérées céphaliques, pectorales, résolutives, vulnéraires, nervales et sternutatoires. Ces mêmes sommités sont de plus réputées sudorifiques et emménagogues et employées en infu­sions et fumigations.

La drogue fratche (PARIS et MOYSE, 1971) entre dans la composition de l'alcoolat vulnéraire.

(*) Nous avons traité ce taxon sous la dénomination Thymus hirtus ssp. alge­riensis Boiss. et Reut


[216]

369. Thymus hirtus ssp. algeriensis Boiss. et Reut.

[III/1188 ; p:811]

Cette combinaison est considérée ici comme synonyme de Thymus algeriensis Boiss. et Reut. souvent citée. De fait dans la Flore de la Tunisie apparaît seulement T. hirtus ssp. algeriensis var. cinerascens Murb.

M. - Dans le Sud tunisien ce thym est considéré stomachique, cette indication rejoignant celle rapportée en Libye par TROTTER (1915) à propos de T. hirtus Vahl.

D. - Comme Thymus numidicus Loir., Thymus algeriensis est utilisé pour parfumer certains mets et des infusions que l'on prend en guise de thé (CHOUMOVITZ et SERRES, 1954). Ce thym pro­duit aussi une essence (LEMORDANT et al. 1977).


370. Mentha pulegium L.

[III/1191; p:813] LABIÉES

M.D. - En infusion, les feuilles de cette menthe s'emploient comme tonique et contre la paresse du tube digestif, note GATTE­ FOSSÉ (1921) qui souligne également que cette espèce est à la base de l'alcool de menthe.

L'huile essentielle de la « menthe pouliot» est (GATTEFOSSÉ, 1957) l'une des matières premières pour la préparation du menthol synthétique.

Selon PARIS et MOYSE (1971), le nom pulegium de la menthe pouliot rap­pellerait la vertu très anciennement reconnue à cette espèce d' éloigner les puces et les poux, elle est aussi en usage interne antispasmodique, stomachique et cholago­gue alors qu'elle agit en antiseptique en usage externe.

Les mêmes vertus sont reconnues à cette espèce (ar. = felaiou; fr. = menthe pouliot) par LEMORDANT et al. (1977).


371. a) Mentha aquatica L.

[III/1192; p:813]

b) Mentha rotundifolia L. [III/1193; p:813]

Combinaison correspondante de Flora europaea : M. X rotundifo­lia (L.) Hudson.


[217]

D. - PARIS et MOYSE (1971) puis LEMORDANT et al. (1977) signalent Mentha aquatica (ar. habak el ma) et Mentha rotundifolia (ar. = mersit) comme pouvant procurer une essence.


372. Mentha spicata L. em. Huds.

[III/sans n°; p:814]

Combinaison retenue pour Flora europaea : M. spicata L.

M. viridis L. est une synonymie assez fréquemment rencontrée dans la littérature.

« naanâa » est surtout employée pour ses vertus aromatisantes.

A. - Au Maroc, c'est, de façon exclusive, Mentha viridis qui est employée pour parfumer le thé (RENAUD et COLIN, 1934) et ceci se confirme pour l'ensemble du Maghreb.

PARIS et MOYSE (1971) notent les synonymes et signalent que l'huile essentielle et l'essence sont également utilisées comme aromatisants. Pour la Tunisie, LEMORDANT et al. (1977) rappellent ces mêmes propriétés de « na'nâa ».