Capparidacées (Le Floc'h, 1983)
Sommaire
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Capparis spinosa
153. Capparis spinosa L. [II/283; p:180] CAPPARIDACÉES
- Noms acceptés : Capparis spinosa et Capparis orientalis
Nous avons rassemblé ici les données concernant :
- le taxon tel qu'il est traité dans la Flore de la Tunisie et Flora europaea.
- Capparis rupestris Sibth. et Sm. qui est dans Flora europaea inclus dans C. spinosa L. alors que POTTIER-ALAPETITE (1979) en fait la variété suivante : C. spinosa var. rupestris (S. et Sm.) Viv.
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Cette espèce est l'une des panacées de l'Afrique du Nord.
A. Le « câprier » est connu pour l'emploi des boutons floraux (fr. = câpres) marinés au vinaigre comme condiment (recherché à cause de sa saveur sulfurée). En outre, dans toute l'Afrique du Nord, on en fait un usage abondant pour diverses médications de la thérapeutique traditionnelle.
M. - En Libye, l'infusion de Capparis rupestris Sibth. et Sm., en association avec une autre herbe non citée (TROTTER, 1915), sert dans les cas de maux d'estomac. TROTTER puis GATTEFOSSÉ (1921) rapportent également qu'en Algérie les câpres sont employées comme médicament antiscorbutique et contre la sciatique.
Selon BOUQUET (1921) et GATTEFOSSÉ, les rameaux sont utilisés en décoction contre la dysenterie. GATTEFOSSÉ signale, en outre, qu'au Maroc les fruits servent aussi en infusion, parfois mélangés au « henné », contre l'hydropysie.
DUCROS (1930) signale que, chez cette espèce (ar. = qabbar), les graines, les fruits et les feuilles ont des propriétés identiques quoique les feuilles soient moins actives. Dans le droguier égyptien on reconnaît aux graines de cette espèce des vertus carminatives et aphrodisiaques. Ecrasées puis mêlées à un corps gras, les graines servent aussi pour réduire les ulcères, scrofules et ganglions.
Dans le cas d’abcès dentaire, on écrase dans un linge des feuilles et des graines de cette espèce et l'emplâtre obtenu est ensuite appliqué sur la joue où il provoque localement une impression de brûlure identique à celle de la moutarde (REYNIER, 1954). Pour les maux de ventre, BOUCHAT (1956) note l'emploi de la décoction sucrée de cette espèce et de Warionia saharae [1] (« afzag »).
Les feuilles et les fruits constituent, aux dires de PASSAGER et BARBANÇON (1956), un excellent liniment contre les rhumatismes : pour cela on écrase puis on mélange dans de l'huile d'olive des feuilles et des fruits de Capparis spinosa ainsi que des feuilles de Cleome arabica.
La sciatique, serait, selon DORVAULT et WEITZ (1945), soignée en Algérie à l'aide de la décoction des câpres ou boutons floraux.
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S'il n'a observé sur le terrain comme usage thérapeutique de cette espèce, que son emploi comme liniment contre les rhumatismes, DOREAU (1961) indique cependant que le « kebbar », considéré comme une panacée, est de fait paré de vertus multiples :
- action amère, laxative, diurétique, expectorante et emménagogue de l'écorce ;
- fumigations contre les rhumatismes ;
- infusion pour guérir la blennorragie et calmer les migraines ;
- soins de la paralysie, de la tuberculose, soins dentaires ;
- talisman pour combattre le mauvais œil.
Très documenté sur cette espèce, DOREAU a révélé aussi que :
- les boutons floraux contiennent de la rutine, de 1'acide et des saponines, etc...,
- les graines ont de 24 à 36 % d'huile volatile,
- l'écorce de la racine présente aussi de l'acide rutique ainsi qu'une substance volatile à odeur alliacée.
Les câpres seraient antiscorbutiques (CHOPRA et al., 1960). Ces mêmes auteurs signalent aussi que l'écorce est amère, laxative, diurétique, expectorante, emménagogue et tonique, et qu'elle est employée pour soigner les rhumatismes, la paralysie, les maux de dents, les affections du foie de la rate et la tuberculose glandulaire. Les feuilles broyées sont, selon eux, utilisées en cataplasme contre la goutte.
En Ahaggar, les boutons floraux de cette espèce (tam. = teloulout ; fr. : câprier), ne constituent pas une nourriture mais sont consommés pour calmer les maux de ventre et traiter les rhumatismes. Les feuilles séchées et pilées, mélangées à du lait caillé ou du beurre, sont employées en friction contre la gale des chameaux et cuites, elles sont appliquées en cataplasme pour soigner le lumbago (GAST, 1968).
Nous avons également collecté quelques formules d'emploi de cette plante. Ainsi, dans la région de Toggourt (Algérie), pour calmer les céphalées, on utilise une préparation où entrent 1/4 de « cabbar » à l'état vert et 3/4 de henné [2] à l'état sec. Cette préparation, pilée, est appliquée sur les mains, les pieds et la tête. Dans le Sud tunisien, les mêmes soins sont apportés par des feuilles vertes, mordillées ou broyées en une pâte et appliquées sur le front.
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R. - Dans la région d'El Hamma, il est suggéré que le mélange broyé de cette espèce, avec Haplophyllum tuberculatum, Rosmarinus officinalis, Ruta chalepensis et Thymus capitatus, incorporé à une viande dans un couscous est susceptible de procurer la puissance sexuelle.
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- ↑ Warionia saharae Benth. et Hook. (famille des Composées) absente de la flore tunisienne.
- ↑ henné : Lawsonia inermis L. (famille des Lythracées)
Cleome arabica
154. Cleome arabica L. [II/284 ; p : 181] CAPPARIDACÉES (BOULOS, 1979 = CLEOMACÉES)
- Nom accepté : Cleome amblyocarpa
BOULOS (1979) rectifie en rappelant que le véritable Cleome arabica L. a une aire limitée au Sinaï et que pour le reste du Nord de l'Afrique (et donc pour la Tunisie) il s'agit de Cleome amblycarpa Barr. & Murb.
Cette plante paraît être essentiellement utilisée comme béchique, et sédative.
M. - De nombreux usages de cette espèce (« mkhenza ») sont rapportés par PASSAGER et BARBANÇON (1956) :
- contre les migraines et les coryzas, l'emploi d'un fragment d'oignon ou de Cleome arabica introduit dans les narines cons titue une panacée.
- contre les rhumatismes (cf. = à Capparis spinosa, no 153) ;
- en cas de nausées, gastralgies, vomissements et coliques (cf. à Artemisia herba-alba, no 431).
Au moment des paroxysmes douloureux de ces mêmes gastralgies, on conseille (LARRIBAUD 1952) de boire une infusion de Cleome arabica (« mkhenza »), ou de Cymbopogon schœnanthus ssp. laniger (« karouit »). Le même auteur a relevé pour les soins de la blennorragie l'emploi d'une préparation où entre Cleome arabica.
Contre les œdèmes étendus et les fluxions articulaires, REYNIER (1954) rapporte que l'on utilise des infusions de Juniperus phœnicea et que localement on peut aussi passer d'abord une couche de miel et
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ensuite Cleome arabica (« mkhenza ») finement écrasé et légèrement grilllé.
La plante est aussi utilisée, (BOUCHAT, 1956) sous forme de cataplasmes en mélange avec Juniperus phœnicea (« 'ar'âr ») et de l'oignon pilé pour calmer les douleurs ; elle sert aussi contre les céphalées (cf. à Arthrophytum scoparium, n° ll6).
T. - L'espèce (« lemkhainze ») se révèle, au Sahara Occidental, susceptible de provoquer des troubles nerveux, chez les animaux domestiques quand elle est ingérée seule et en grande quantité (GAUTHIER-PILTERS, 1975).