Chénopodiacées (Le Floc'h, 1983)

De PlantUse Français
Aller à : navigation, rechercher
Polygonacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Amaranthacées


[79]

101. Beta vulgaris L.

[II/57; p:44] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Beta vulgaris

Aux notes concernant B. vulgaris L., nous avons ajouté celles se rapportant à : B. maritima L. considérée actuellement comme étant la ssp. maritima de Beta vulgaris et à laquelle se rattachent tous ·les taxons cités pour la Tunisie. Orthographiée B. vulgaris Ssp. maritima (L.) Batt. dans la Flore de la Tunisie cette sous-espèce s'écrit en fait : B. vulgaris ssp. maritima (L.) Arcangeli dans Flora europaea.

Comestible ce taxon a également des propriétée émollientes.

A. - En Tunisie, BOUQUET (1938) rapporte que l'on rassemble sous les noms vernaculaires arabes : serj, si1dj el bedebcha, bend­ jar, barba semlakh, aïtiace, chaouender, hezab, hatrab, left m'ta el bagar, lift ahmar· soukr; les espèces spontanées Beta vulgaris, B. ma­crocarpa et B. maritima. Les feuilles sont consommées comme légume vert dans les soupes et les ragoûts. La racine, si elle est tubérisée, s'emploie dans le bouillon en lieu et place de raves et navets. BOU­QUET note encore qu'en année de disette, dans le Nord de la Tunisie, on fait sécher la racine dont, par la suite, la farine s'emploie en mélange avec la farine d'orge, de blé ou de fèves. La consommation dee feuilles de ces eepèces est également attestée par GOBERT (1940, 1955) (cf. à Asphodelus fistulosus n° 055).

LEMORDANT et al., (1977) confirment l'emploi de Beta vulgaris « lift ahmar Soukr » comme aliment.

M. - Selon DUCROS (1930) graine, feuille, racine et tige ont


[79]

les mêmes propriétés, (même si la tige est réputée moins active), la plante entière étant considérée adoucissante et émolliente.

102. Beta macrocarpa Guss.

[II/58; p:44]

Nom accepté : Beta macrocarpa

A. - L'espèce est, rapporte BOUQUET (1938) consommée (cf. B. vulgaris L. n° 101).

103. Chenopodium ambrosioides L.

[II/60 ; p : 46] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Chenopodium ambrosioides

M. - Très aromatiques, les tiges florifères, de ce chénopode, sont employées comme digestif et carminatif (GATTEFOSSÉ, 1921). C'est aussi, note encore GATTEFOSSÉ, un bon galactogogue dont l'essence concentrée des fruits a des qualités anthelmintiques indiscutées.

104. Chenopodium vulvaria L.

[II/61; p:46]

Nom accepté : Chenopodium vulvaria

A. - Lea graines servent, en Ahaggar (GAST, 1968) dana l'alimentation des nomades, associées le plus souvent, en bouillie ou même en couacous, à d'autres céréales.

105. Chenopodium album L.

[II/63; p:48]

Nom accepté : Chenopodium album

T. - Cette plante est réputée toxique du fait de l'acide oxalique qu'elle contient.

106. Atriplex halimus L.

[II/77; p:54] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Atriplex halimus

L' « arroche » est, fréquemment, utilisée dans l'alimentation humaine lors des périodes de disette sévère et présente quelque intérêt pour soigner les plaies.

A. - CLASTRIER (1936) et BOUQUET (1938) en particulier signalent l'usage de cette espèce dans l'alimentation. CLASTRIER précise que les baies de Juniperus phœnicea sont acceptées comme aliment et quelques fois associées à Atriplex halimus ( « hermes » ). BOUQUET rapporte que l'on fait cuire le « guetaf » à l'eau salée, jusqu'à l'épaississement et qu'on le consomme seul ou mélangé à la « déhi-


[80]

cha » ; il ajoute également que les Touaregs récoltent les graines (ar­mas) et les consomment en bouillie.

Par contre, pour la région d'Ain Moularès (Tunisie), CHOUMOVITZ et SERRES (1954) considèrent que les populations n'utilisent pas toutes les ressources que la nature met à leur disposition et dont on a tiré partie dans d'autres lieux de Tunisie ; ils citent à titre d'exemple les feuilles des divers Atriplex et en particulier celles d'Atriplex halimus « guetaf » non consommées dans le Sud tunisien.

C'est au Ahaggar que GAST (1968) a noté le plus nombreux usa­ges de cette plante (tam. : abougboug ouan aramas : ar. = guetaf ; fr. = arroche) :

- les graines broyées servent à confectionner, soit une bouillie épaisse fortement salée, soit une galette,

- les bourgeons sont consommés, même en dehors de la période de disette, cuits à l'eau (mais en changeant plusieurs fois l'eau de cuisson, agrémentés d'un peu de beurre fondu ; il ne s'agit pas cependant d'un aliment de haute valeur énergétique,

- les feuilles fraîches, au goût aigrelet, sont appréciées des nomades,

- les feuilles sont aussi consommées cuites ou bouillies dans l'eau et essorées plusieurs fois pour en ôter le goût salé.

GAST signale, également, qu'en Ahaggar, on laisse les chameaux fatigués brouter durant une quinzaine de jours dans les groupements de cette espèce dont les feuilles sont chargées de sels minéraux.

M. - Outre son intérêt alimentaire, il existe quelque emplois de cette espèce, par exemple dans la pharmacopée traditionnelle. Ain­si GAST rapporte que, même s'il est actuellement peu employé, le bois de la racine, servait, autrefois, de brosse à dent et qu'on lui attribuait des vertus antiscorbutiques.

BOUQUET, déjà cité, notait pour sa part que les nomades du Sud attribuent au « guetaf » une vertu curative du « debab » (maladie grave du dromadaire causée par un trypanosome inoculé par les taons). A propos du soin des plaies et lésions, PASSAGER et BARBANÇON (1956) ont signalé plusieurs médications possibles


[81]

- Zygophyllum album « aggaïa » mâché avec du sel.

- emplâtre fait de henné (*) de quartiers d'oignons ou de beurre et de romarin (**),

- feuilles écrasées d'Atriplex halimus (« guettaf » (pour assé­cher les plaies),

- cendres de Nitraria retusa (« guerzim ») qui ont la propriété de retirer les humeurs des plaies infectées.


(*) henné = Lawsonia inermis L. (Lythracée).

(**) romarin = Rosmarinus sp. (Labiée).

107. Atriplex mollis Desf.

[II/79; p:55]

Nom accepté : Atriplex mollis

M.T. - En Libye, la sève d'Atriplex mollis est réputée causer la stérilité chez les humains (BOUQUET, 1921 ; KEITH, 1965). DU­VEYRIER (in TROTTER, 1915) mentionnait déjà cette propriété et signalait que les femmes arabes trop fécondes en faisaient un grand usage.

108. Salicornia arabica L.

[II/87; p:59] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Salicornia arabica

La situation nomenclaturale de cette espèce semble évoluer rapidement ·puisque, connue dans Flora europaea sous la combinaison : Arthrocnemum fruticosum (L.) Moq., elle est repérée par BOULOS (1979) sous la dénomination : Sarcocornia fruticosa (L.) A.J. Scott.

Certaines données de la littérature relatives à ce taxon sont pro­posées comme concernant la combinaison synonyme S. fruticosa L.

D. - Les rameaux servent éventuellement de combustible (TROTTER, 1915).

KEITH (1965), à propos de la Libye, indique que les cendres de Salicornia fruticosa L., appelées « barilla », étaient exportées comme source de soude utilisée pour fabriquer le savon et le verre.


[82]

109. Suaeda mollis (Desf.) Del.

[II/88 ; p:60) CHENOPO­DIACÉES

Nom accepté : Suaeda vermiculata

Il paraît correct de considérer qu'il s'agit là du taxon répondant à la combinaison adoptée par BOULOS (1979) : S . vermiculata Forskal ex Gmelin.

M. - L'absorption, durant plusieurs jours consécutifs, d'un potage où entrent de l'orge et du Suaeda vermiculata calmerait les dou­leurs lombaires (PASSAGER et BARBANÇON, 1956).


110. Suaeda fruticosa (L.) Forsk.

[II/90; p:61]

Nom accepté : Suaeda vera

La combinaison de référence, actuellement en usage, s'orthogra­phie selon BOULOS (1979) S. fruticosa Forskal ex Gmelin.

D. - COUSTILLAC (1958) rapporte que cette espèce (ar. = swida) est notée, par MASSABIE, comme étant utilisée, dans le Djerid, pour donner une teinture noire des laines.


111. Salsola kali L.

[II/93; p:63] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Salsola kali

M. - PARIS et MOYSE (1967) et LEMORDANT et al. (1977) rapportent que cette plante (ar. = kali ; fr. : soude) a des propriétés d'hypotenseur.


112. Salsola longifolia Forsk.

[II/97; p:66]

Nom accepté : Salsola longifolia

POTTIER-ALAPETITE (1979) admet la synonymie avec S. oppositifolia Desf.

T. - L'espèce (notée sous la dénomination Salsola oppositifolia Desf.*), est considérée vénéneuse par les bergers qui rapportent, qu'au printemps, elle occasionne chez les animaux qui en mangent des troubles intestinaux pouvant entraîner la mort (CHOUMOVITZ et SERRES, 1954).

D. - Les cendres seraient (TROTTER, 1915) utilisées dans la fabrication du savon.


[83]

113. Salsola sieberi Presl.

[II/98; p:66]

Nom accepté : Salsola sieberi

La Flore de la Tunisie retenant Salsola sieberi Presl. au rang d'espèce bien différenciée nous avons isolé, ici, l'indication qui lui est relative malgré le fait que BOULOS (1979) considère qu'i!l s'agit là d'une synonymie de S. longifolia Forskal traitée au n° 112.

T. - Salsola sieberi (« demrane ») est suspectée d'entraîner la mort des bourricots qui en consomment (PASSAGER et BARBANÇON, 1956).


114. Salsola vermiculata L.

(II/99; p:67]

Nom accepté : Caroxylon vermiculatum

D. - Salsola vermiculata (« ghessal ») et Zygophyllum album (« aggaïa ») sont, rapportent PASSAGER et BARBANÇON (1956), utilisées pour laver le linge et les chevelures féminines.

M. - En cataplasmes, les feuilles de cette plante malodorante, sont employées sur les boutons Texte en italiqueet pour le traitement de la teigne (GATTEFOSSÉ, 1921).

PASSAGER et BARBANÇON notent également que contre le pru­rit, dû aux dermatoses et aux teignes, on fait absorber du lait dans lequel ont trempé des feuilles de «ghessal».


115. Arthrophytum schmittianum (Pom.) Maire et Weill.

[II/100; p:68] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Hammada schmittiana

Ayant successivement appartenu aux genres : Arthrophytum, Caroxylon et Hammada, ce taxon correspond à la combinaison actuelle (in BOULOS, 1979) : Haloxylon salicornicum (Moq.) Bunge ex Boiss.

D. - Selon DE PERGOLA (in TROTTER, 1915) les bédouins utilisent les cendres de Haloxylon schmittianum Pom. sous forme d'infusion chaude, pour imprégner des morceaux de tissus qui, après séchage, deviennent des « mêches à l'amadou ».


116. Arthrophytum scoparium (Pom.) Iljin

[II/101; p:68]

Nom accepté : Hammada scoparia

Ainsi repéré dans la Flore de la Tunisie, ce taxon correspond dans


[84]

la nomenclature actuelle à Haloxylon scoparium Pomel et les indica­tions rapportées concernant le plus souvent l'un des synonymes :

(1) Haloxylon tamariscifolium Pau,

(2) Haloxylon articulatum (Cav.) Bunge.

Le « remet » a de nombreux usages, en thérapeutique tradition­nelle, mais certains d'entre eux amènent à envisager d'éventuelles con­fusions avec les espèces du genre Artemisia.

M. - A Laghouat (FOLEY, 1939), les feuilles de Juniperus phœnicea, pulvérisées, sont mélangées à la poudre de feuilles de tabac et à des cendres d'Haloxylon tamariscifolium « remet » pour la prépa­ration du tabac·à priser « neffa ». Nous avons pu constater, qu'à l'ex­clusion du Juniperus phœnicea, très rare, la même formule est encore en usage dans le Sud tunisien et que la « neffa », ou tabac à priser, présente ·par ailleurs de nombreuses vertus thérapeutiques dont la plus importante reste son action dans le traitement de la gale des ovins dans des formules variables selon les situations. Le t·raitement le plus simple de la gale consisterait en l'application de jus de « neffa », mêlé d'huile, sur les plaques de gale ; c'est la recette que rapporte RE­NON (s.d.) qui souligne que le moyen de lutte jugé le plus efficace est l'emploi d'une décoction de « remeth » dans l'eau du sel et du jus de tabac. Dans l'Ouara (Tunisie), nous avons relevé pour le même usage une préparation où se retrouvent broyés, le « remeth » et Reta­ma raetam. D'après LOUIS (1979), l'infusion de « remeth » sert à la­ver les blessures consécutives à la tonte ou les plaques de gale sur les­quelles on projette ensuite un jet de jus de tabac.

Nous éloignant du jus de tabac et de la gale ovine, nous trou­vons encore d'autres emplois. Pour lutter contre les diarrhées, LAR­RIBAUD (1952) note l'usage entre autres recettes d'une infusion de « remet » associé à un jeûne de 24 heures (cf. à Acacia raddiana n° 183).

Dans les soins contre la blennorragie, le malade doit avaler, à midi et le soir, deux bouchées de couscous contenant un peu de poudre de Bubonium graveolens var. villosum (*) et boire une infusion soit de Cymbopogon schœnanthus ssp. laniger soit de Cleome arabica soit de « remt » ou encore de Gaillonia reboudiana (**) (LARRIBAUD).


[85]

L'emploi de cette espèce pour les soins en cas de morsures de serpents est assez fréquemment noté chez les auteurs consultés. En ces cas d'envenimements, LARRIBAUD signale la pratique qui consiste à faire une plaie à la place de la morsure et d'y faire brûler quelques brindilles de « remt » ou de fibres de « tourja » (Calotropis procera) (**). Dans le même cas, REYNIER (1954) a relevé que l'on faisait bouillir longuement la plante, jusqu'à ce que l'eau prenne une teinte noirâtre et que cette décoction, qui aurait une action émétisante, doit être absorbée non sucrée par la victime. Selon BOUCHAT (1956), l' « oural » (***) s'immuniserait contre les morsures de vipère en consommant cette plante utilisée par l'homme en application externe ou par voie orale ; ·l'infusion de « remt », Haloxylon tamarisci­folium (1) et Haloxylon articulatum var. scoparium (2) procure la même immunisation.

BOUCHAT indique, par ailleurs, que cette infusion est également utilisée contre les rhumatismes et que lee feuilles séchées et pilées de Pistacia atlantica en mélange avec le « remt » et Cleome arabica sont employées en cataplasme contre les céphalées.

Pour le traitement des plaies avec hémorragie, REYNIER (1954) note aussi l'emploi des cataplasmes de « remt » tandis que PASSAGER et BARBANÇON (1956) ont relevé comme procédé de traitement antalgique la scarification suivie de frictions à l'aide d'une préparation induant en mélange : oignon, fenugrec (****), amande, noyau d'abricot et Arthrophytum scoparium.

En dernier lieu, LOUIS (1979) rapporte que le suc des jeunes pousses est utilisé comme collyre dans le Sud tunisien.

PARIS ET DILLEMAN (1960) pensent que cette espèce est susceptible de contenir autant d'alcalcüdes qu'Anabasis aphylla.

(*) Dans notre texte, nous utilisons le binôme Asteriscus graveolens (Forsk.) DC.

(**) Gaillonia reboudiana Coss. et Dur., (familles des Rubiacées) absente de Tunisie.

- Calotropis procera (Ait.) Ait., (famille des Asclepiadacées), absente de Tunisie.

(***) oural = varan = Varanus griseus griseus.

(****) Trigonella foenum-graecum L. (famille des Papillionacées).


[86]

117. Anabasis aphylla L.

[II/102; p:69] CHENOPODIACÉES

Nom accepté : Anabasis aphylla

Nous ne présentons ici que les indications se rapportant à la ssp. africana (Murb.) Maire dont nous ignorons le statut nomenclatural actuel.

Si elle est connue par les populations comme toxique, ou du moins non appréciée du bétail, cette espèce présente cependant des propriétés insecticides ayant intéressé les chimistes.

M. - En Tunisie c'est la ssp. africana (Murb.) Maire, moins riche en alcaloïdes que la ssp.·scytica de la région arabo-caspienne, qui est présente et qui a été utilisée pour le traitement des moutons (?).

T. - Cette espèce est en Tunisie nommée « dega » selon LE­MORDANT et al. (1977) qui soulignent également ses vertus insecticides. Il est cependant possible qu'ils fassent la référence à la ssp. scytica qui parait être celle étudiée par CHOPRA et al. (1960), PARIS et DILLEMAN (1960), PARIS et MOYSE (1967) et DAJOZ (1969).

118. Anabasis articulata (Forsk.) Moq.

[II/103; p:69]

Nom accepté : Anabasis articulata

D. - En Ahaggar, l'espèce (tam. : tassa) était autrefois utilisée pour laver les tissus (GAST, 1968).


119. Cornulaca monacantha Del.

[II/105; p:71] CHENOPO­DIACÉES

Nom accepté : Cornulaca monacantha

M. - TROTTER (1915) siguale qu'elle a un effet purgatif pour l'homme et les animaux.

Les indigènes du Sahara Occidental utilisent le « had » pour le traitement des maladies du foie (GAUTHIER-PILTERS, 1969).