Glossaire ethnolinguistique (Renault-Lescure)
De PlantUse Français
- Breton, Raymond, 1999. Dictionnaire caraïbe-francais. Révérend Père Raymond Breton 1665. Nouvelle édition sous la responsabilité de Marina Besada Paisa (CELIA). Paris, Karthala, IRD. 304 p. sur Horizon (IRD)
NB. Nous avons extrait les noms des plantes et de leurs produits. La mention des noms d'auteur et des familles botaniques a été omise.
- Voir aussi : Noms des plantes dans les langues amérindiennes
- Abábai : papaye (glossaire 2) ; le nom amérindien a été intégré au créole papay.
- achoúrou : voir Achoúrou, bois d'Inde, dans la liste des arbres, sous l'entrée huéhue.
- áloi : Anacardier, Anacardium occidentale. Le fruit "beau et bon" dont parle Breton est la "pomme cajou" qui est le pétiole hypertrophié du fruit, lequel est la "noix de cajou" que Breton appelle dans l'article suivant "le noyau qui pend". Le mot du caraïbe insulaire est le mot karib (kaliña o:loi) ; mais ce sera le mot d'origine tupi (way. akayu) qui sera emprunté par les langues européennes et le créole.
- anacoúcou : bois d'œuvre, Ormosia spp. et Swartzia spp. ; mot karib (kaliña a:nako:ko ou pa:nako:ko) intégré au créole guyanais panakoko. Les Kaliña utilisent les graines, de couleur rouge et noire, pour faire des colliers.
- áti : piment, arbuste cultivé (Capsicum spp.) ; voir aussi boémoin, bohémoin.
- áticonê : roseau à vannerie, voir oüallóman.
- Bacoúcou, baccoúcou : banane, banane plantain, Musa paradisiaca ; le mot, d'origine africaine, aurait transité avec les boutures de la plante vers l'Amérique et été emprunté par les Tupi (Fr. : 69) (way. pako) puis les Karib (kaliña paku:ku) ; le créole guyanais l'a intégré sous la forme bakov. Voir Lacálla, sous l'entrée calábae.
- Bàira : arbre (sp.) ; forme karib (kaliña paila "bois d'arc, arc") ; désigne un arbre dont le bois est utilisé dans la fabrication des arcs et des massues, Brosimum guianense. Ce bois, inconnu aux Antilles était l'objet d'un troc important entre le continent et les îles. Le nom "bois de lettres" vient de l'usage qu'en faisaient les imprimeurs (des petits cubes gravés pour chaque lettre) tant il est dur. Le mot est devenu bwa lèt ou même bwa dilèt en créole, où il a perdu sa motivation étymologique.
- Bálata : arbre sp., Manilkara nitida (Nom accepté : Manilkara bidentata subsp. surinamensis), aux Antilles ; Manilkara bidentada (Nom accepté : Manilkara bidentata), dans les Guyanes ; nom karib (kaliña pa:lata), intégré au créole balata.
- Balátana, ballátana, balátanna : bananier, emprunt à l'espagnol plátano "banane" (Musa cvs).
- balíri : balisier ; le mot amérindien pali:li a été intégré au créole balizié.
- batia : pastèque Citrullus lanatus, plante originaire d'Afrique ; emprunt à l'espagnol badea ; devenu podɨiya en kaliña, badia en garifuna (Taylor : 79).
- bichet, rocou : la forme arawak a été à l'origine du nom latin Bixa, mais c'est le nom tupi de cette plante tinctoriale qui a été retenu par le français et par le créole roukou (voir coucheüe, ollocámboüi et houlloucámboüi).
- blé du pays : ou manioc ; le mot amérindien, d'origine tupi, a été intégré en créole mangnok.
- boémoin, bohémoin : forme karib du mot qui sert à designer le piment (kaliña po:mɨn). Voir áti.
- Bouléoüa : roseau à flèche ; voir hípe.
- Cáboya, caboya : pite ; l'étymologie admise indique le mot cabuya comme originaire d'un nom arawak, ou karib, de l'agave americain (Fr. : 108) ; on peut aussi penser à un emprunt à l'espagnol cable "corde, câble" (terme de marine généralisé dès le XVe siècle) ; cette origine se retrouve dans la définition que donne Ahlbrinck au mot kaliña kapu:ya "corde que l'on trouve dans le commerce".
- cachima : Corossolier ; le mot caraïbe a été integré par le créole antillais kachiman. Voir cachima (glossaire 2).
- càlaba : la traduction indique le sens générique d'huile, comme il se trouve chez Biet : "Huile (quelconque). - Calaba" (Biet : 325), mais le terme n'apparaît pas dans la liste des arbres répertoriés par Breton sous l'entree huéhue. En kaliña, cependant, ka:lapa designe l'arbre : "karapa, le carapa, Carapa guianensis. L'huile de cet arbre s'appelle aussi karapa. Karapa est aussi le mot qui indique n'importe quelle brillantine" (Ahlbrinck : 202). Le mot a été emprunté par le créole guyanais karapa, dans lequel il désigne également l'arbre et l'huile que l'on en fait. Voir iácaicachi, sous l'entrée huéhue.
- calabasse : denote l'origine espagnole du mot calabaza. Breton utilise plusieurs fois cette forme.
- calebasses : Crescentia cujete.
- calloüarátina, ... c'est le chanvre du pays : pite, il s'agit ici de Bromelia karatas ou de Bromelia pinguin, en kaliña kula:wa. Voir Bacháoüara noucouláoüani, sous l'entrée cháoüati ánichi et coúlaoüa.
- Camagnem : manioc doux appelé kamagnok ou kramagnok en créole, Manihot esculenta. La formation du mot a suscité diverses explications, comme celle qui suit : "Il y a une espèce de manioc qui est exempt de cette qualité dangereuse. On appelle Camanioc, comme qui dirait, le chef des Maniocs" (Labat, 1722, cité par Fr. : 121).
- camanioc : voir camagnem.
- camoúcoulou : il s'agit d'une gourde, variété de Lagenaria siceraria ; la calebasse d'herbe du français des îles est devenue kalbas tèr en creole. Voir aussi mouloútoucou.
- caniche, caníche : herbe sp., graminée, Saccharum officinarum ; le mot est un emprunt à l'espagnol cañas "cannes à sucre" ; se retrouve en garifuna gániesi, avec le même sens (Taylor : 78), alors que le kaliña utilise le mot as:ika:lu, de l'espagnol azúcar "sucre" (voir choucrê).
- caóurobali : arbre sp., courbaril (glossaire 2) ; intégré au créole koubari ou koubaril.
- cassave : voir erébali et Márou.
- chimálouba : le mot kaliña sima:luba designe toujours l'arbre, Simarouba amara, et les planches taillées dans son bois, utilisées pour la fabrication des bordages de pirogue. Le mot a été intégré par le créole guyanais simarouba.
- choucrê : sucre, Saccharum officinarum ; d'après Taylor, le mot est emprunté à l'espagnol azúcar "sucre" et se retrouve sous la forme súgaro en garifuna (p. 78) ; Biet rapporte le mot sicarou "sucre" (p. 335). Le kaliña a diversifié son lexique et utilise deux formes, l'une ancienne, asi:kalu, deésigne la plante (Saccharum officinarum), l'autre plus récente, su:kulu, emprunt au créole surinamien soekroe, se réfère au sucre.
- comáca : fromager, Ceiba pentandra ; le mot est d'origine arawak ou karib (kaliña kuma:ka).
- comáti : appelé aussi dans le français des îles comati (voir glossaire 2) et en créole de Guyane koumété.
- conámi : plante herbacée cultivée, poison de pêche, nivrée Clibadium sylvestre ; il peut aussi designer Phyllanthus subglomeratus, (Nom accepté : Phyllanthus brasiliensis), synonyme de P. kunami et P. piscatorum, nivrées cultivées. Le mot est d'origine tupi (way. kunami), également présent dans les langues karib (kaliña kuna:mi). Voir la description qu'en fait Breton à l'entrée du mot.
- coton : voir l'entrée ébou.
- coucheüe, couchéue : roucou (glossaire 2) ; forme karib (kaliña kuse:we), voir bichet ; on retrouve en outre dans certaines entrées le mot tupi uluku qui a et6 B l'origine des termes français et créole, voir Ollocámboüi et houlloucámboüi.
- couchou : igname, voir namoüin.
- coúlaoüa : plante cultivée (sp.), Bromelia karatas ; en kaliña ku:lawa.
- couloúra : l'article décrit les racines échasses du palétuvier, Rhizophora mangle.
- eau de manioc : voir aoüemboüe tícali, entrée chaéba ou Inhali.
- figues : variété de petite banane, voir figue (glossaire l), ainsi que calábae, sous-entrée Lacálla.
- génipa : génipa (glossaire 2) ; le texte fait référence à un mythe dont l'histoire est racontée à ieréttê.
- gommier blanc : voir chibou glossaire 2.
- houlloucámboüi : roucou en masse ; voir ollocáamboüi. Cette distinction entre les préparations de roucou est notée par Ahlbrinck (p. 251) qui précise que la matière colorante séchée, dure, est utilisée pour peindre les roseaux à vannerie, les bouteilles à eau, les hamacs et les chiens. La matière colorante préparée sous forme liquide est utilisée pour la peinture du corps humain, sauf le visage car on y ajoute alors de la résine d'ala:kuse:li (une Burseracée) ou les jarretières car on le mélange pour cet usage à l'huile de carapa (voir la note correspondante). On rapprochera la forme citée du terme tupi uluku, à l'origine des mots français roucou et créole roukou. Voir aussi coucheúe et bichet.
- huerébali : cassave ; voir erébali
- huile : huile de carapa, solvant gras utilisé pour l'application de la peinture sur le corps. Voir càlaba.
- Iábouloupou, yaboúloupou : fait référence au génipa (voir glossaire 2) et à la teinture noire qu'on en fait (voir tábouloubou).
- icálêtêpoüe : coton ; voir manhoulou.
- inécou : liane ou arbuste, nivrée (Lonchocarpus sp.) ; le mot est karib (kaliña ine:ku) et a pris la forme nékou en créole guyanais.
- Inhali, eau de manioc : voir kiére.
- Lacálla : bananier, Musa spp.
- manoulou : coton
- márichi, aoüáchi : maïs. Le premier mot est arawak, le deuxième est karib (kaliña awa:si), mais d'origine tupi (wayãpi awasi).
- merécoya, fleur de la passion : le nom amérindien (tupi-guarani et karib) de Passiflora spp., s'est installé dans les usages français maracuja, maracoudja et créoles, guyanais maricouja ou antillais maribouja, marigouja, marikoudja (C-T : 13 1).
- monben, le prunier : mombin (glossaire 2) ; voir Oùbou.
- moulei : comme le mot qui le précède (voir comati), ce mot est karib (kaliña mu:lei) et désigne une espèce de Byrsonima.
- mouloútoucou, Calebasse : il s'agit d'une gourde, fruit d'une Cucurbitaceae rampante, Lagenaria siceraria, dont le nom est karib (kaliña mulu:tuku).
- namoüin, ou couchou : igname (plante et nom d'origine africaine, Fr. : 450), Dioscorea spp. ; les formes caraïbes se retrouvent dans les mots créoles yanm, gnanm ou nanman "igname" (B & T. 433) et kouskouch "igname couscouche".
- noucoulàoüani : plante sp. ; voir coúlaoüa.
- Ollocámboüi, rocou en masse : voir houlloucámboüi
- oüallóman : roseau à vannerie, Ischnosiphon obliquus et I. arouma (Aubl.) Koern ; d'après Breton, c'est le mot karib (kaliña wa1u:man) qui est utilisé par les femmes, le mot arawak áticonê, par les hommes. La forme karib a été intégrée par le créole, guyanais arouman et antillais wanman.
- Oùbou, f. monben : mombin (glossaire 2), c'est la forme karib du mot (kaliña mo:pe), ici rapportée au parler des femmes, qui se retrouve dans le créole monben.
- Oüéte, bois de brésil : un arbre dont le nom fait penser au mot karib désignant le feu, voir oüattou (en kaliña wa:to "feu, lueur rouge du feu").
- Pálma : comme le note Breton en fin de paragraphe, le mot est emprunté à l'espagnol palma "palmier", pour désigner Cocos nucifera, introduit en Amerique généralement avec le nom coco lui-même ; le mot est passé en garifuna sous la forme fáluma (Taylor : 78), en kaliña, le cocotier est appelé ko:ko.
- palma-christi : designe le ricin, Ricinus communis, appelé du même nom en créole guyanais, mais karapat en créole des Antilles (ne pas confondre avec kérapa, voir càlaba).
- pâture des chevaux sont les herbes : cette expression se retrouve dans la désignation de la citronnelle, herbe aromatique (Cymbopogon citratus), en kaliña kawa:le ele:palɨ, littéralement, "la pâture du cheval".
- Peijn, Sapin : peut-être un emprunt au français pin.
- Táya, Choux Caraïbe Aracées ; encore utilisées chez les Kaliña, comme chez tous les Amérindiens, à des fins magiques, notamment pour se protéger des Blancs.
- táya-taya : Aracée sp. ; voir táya.
- toúlála, l'herbe qui guérit les coups de flèches empoisonnées : correspond à des espèces d'Araceae utilisées pour leurs pouvoirs magiques ; mot karib, kaliña tula:la (voir Táya).
- touli : désigne diverses Burseraceae ; le mot désigne en kaliña un flambeau d'encens tu:li.
- yaoüálla : palmier sp.; désigne Astrocaryum vulgare. Mot karib (kaliña awa:la), intégré sous la forme awara au créole guyanais.