P (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Pâquerette

Bellis perennis

Autrefois, dès le premier printemps, les petites filles cueillaient en grande quantité ces composées qui fleurissent à perte de vue dans les prairies. Les grandes sœurs ou les mamans les enfilaient par le cœur pour en faire des colliers, bracelets ou couronnes. Pour les bagues, on conservait la tige que l'on enfilait dans le cœur de la fleur.

De nos jours, on cultive dans les parterres une variété à fleurs pleines, roses ou rouges.

Pariétaire

Parietaria judaica

Cette plante est caractéristique des vieilles murailles où elle croît avec abondance. Elle a joué un rôle en médecine populaire, puisqu'elle servait à faire une décoction diurétique (18) et dans les décorations de mariage. Jusque vers 1950, la veille des noces, la jeunesse avait coutume de se réunir pour décorer le drap qui était tendu sur le mur, derrière les mariés, pendant le repas de noces. Le centre était toujours orné d'un grand cœur exécuté en feuilles de perce-pierre, adhérentes, et dans le cœur étaient inscrites les initiales des prénoms des époux, en face de leurs places respectives. Le reste du drap était décoré de guirlandes, de lierre principalement, et de petits bouquets.

L'emploi de la perce-pierre pour cet usage n'était pas très ancien. Au début du siècle, on utilisait des feuilles de buis, chacune fixée par une épingle (6) mais c'était un travail long et le résultat, s'il était plus durable, était souvent moins heureux qu'avec les souples feuilles de pariétaire.

Passerose

ou rose trémière, Althaea rosea = Alcea rosea

Souvent semées devant les maisons de villages, et parfois y croissant spontanément, les passeroses leur donnent ce charme désuet que les flâneurs apprécient tant dans les rues de Talmont la médiévale.

Passiflore

Passiflora caerulea

La passion, cet arbuste sarmenteux, se voit quelquefois dans les jardins où il grimpe devant les murs bien exposés. On le cultive pour ses curieuses fleurs dont les organes reproduisent les instruments de la passion.

Patate douce

Ipomoea batatas

Cette patate sucrée, patate veuriée, patate à feuilles de veuriée (9), fut cultivée dans la vallée de l'Arnoult pendant la dernière guerre et, semble-t-il, plus comme une curiosité que comme légume malgré la pénurie de nourriture.

Pavot

Papaver somniferum

Autrefois, on semait volontiers le pavot ou pabou dans les jardins parce qu'il fleurissait généreusement et demandait peu de soins. Il est devenu très rare.

L'œillette, qui est une variété de pavot, était cultivée comme plante oléagineuse avant 1914 surtout en Aunis où les noyers sont rares (7). On y eut aussi recours çà et là pendant la dernière guerre. Elle semble avoir maintenant tout à fait disparu.

Pêcher

Prunus persica

L’arbre où l’on cueille des fruits duveteux est un peursotier, soit qu’il donne des peursets proprement dits, dont la chair adhère au noyau, ou des peiches qu’on distingue à la couleur de leur pulpe ou par l’époque de la maturité : peiches primes, les premières, Saint-Michel, les dernières, jaunes, blanches, rouges (ou vineuses)… Les pêchers, qu’on sème sur place car ils supportent mal la transplantation, fructifient assez vite, au bout de trois ou quatre ans, mais on ne les garde guère au-delà d’une vingtaine d’années. Ils sont dans tous les jardins et on les trouve, aussi, dans les rangs perdus des vignes.

On consomme généralement leurs fruits frais car on ne les apprécie guère en confitures et même en conserve. Avec les noyaux, on a fait autrefois la liqueur de pêches tandis qu’avec les feuilles macérées dans l’eau-de-vie on prépare encore un apéritif apprécié.

Infusées dans de l’eau très chaude, les feuilles de pêcher servaient aussi à laver les barriques qui avaient contenu du vin aigre (7). Les pêches lisses (les nectarines), les marlicotons, fruits du marlicotounier, ont les mêmes usages et les mêmes caractéristiques.

Pensée

Viola spp.

La pensée à grandes fleurs est cultivée partout. Elle doit à son nom d'être considérée comme la fleur du souvenir. À ce titre, des bouquets de pensées étaient souvent sculptés sur les tombes et on trouvait aussi cette fleur brodée sur les canevas des petites filles au XIXe siècle.

La pensée sauvage est commune dans les jardins et les cultures. L'espèce à très petites fleurs jaunâtres fleurit souvent dans les chaumes.

Persil

Petroselinum sativum = Petroselinum crispum

On a longtemps semé le persil le Mardi gras, selon la tradition, la vertu du jour l'empêchait de monter en graine (1-7). À Rochefort, il fallait jurer en répandant la semence (16) et comme la germination demandait environ quarante jours, on voyait le semis lever à Pâques (7). Il ne fallait surtout pas le transplanter : on aurait fait mourir quelqu'un dans la maison (10).

Le persil est constamment employé en cuisine comme condiment et on lui reconnaît des vertus en médecine populaire en particulier pour arrêter la lactation. Pour obtenir ce résultat, on applique sur les seins de la mère ou les mamelles de l'animal, un cataplasme de persil ou on lui faisait manger une omelette au persil (24). Il arrive aussi qu'on attache un bouquet de persil au cou de la chienne ou de la chatte qui ne doit pas nourrir sa portée (4-9).

En cas de piqûres d'insectes, guêpes ou abeilles, on les frictionne de persil pour éviter l'enflure et l'on se garde du mal d'auto en portant un bouquet de persil sur la poitrine en contact avec la peau (37).

Dans les environs de Saintes (Chaniers), on nourrit un jour entier au persil le lapin qu'on va sacrifier pour que sa chair prenne un bon goût (23).

Pervenche

Vinca spp.

La pervenche sauvage (Vinca minor) couvre entièrement le sol de certains bois et manque ailleurs. Des variétés à fleurs doubles ou à fleurs blanches sont cultivées dans les jardins.

La grande pervenche (Vinca major) se trouve encore dans quelques parterres bien qu'on lui reproche d'être très envahissante et c'est la variété à feuillage panaché qui est la plus prisée. Elle se naturalise facilement dans les décharges et les lieux incultes mais cependant, en quelques bois, elle paraît spontanée (Journal Le Girondin).

Peuplier

Populus spp.

Le popion, le peuplier, n'est pas un arbre indigène. Il affectionne la terre argileuse des marais. Le plus communément planté, dans les lieux frais comme sur les bords des ruisseaux, est le peuplier dit de pays, ou peuplier noir (Populus nigra) qu'on laisse croître de vingt à vingt-cinq ans avant de l'abattre.

Autrefois, on en a fait des meubles de cuisine et autres objets qui tenaient plus du matériel que du mobilier proprement dit : tables, bancs, grosses chaises paillées, garde-manger, maies à pétrir, égouttoirs à vaisselle, qui étaient des sortes de caisses à claire-voie montées sur pieds. Étaient aussi de cette essence, en raison de son prix modéré, les étagères d'armoires et de placards ainsi que les meubles peints comme les coffres des pendules dites comtoises.

En peuplier aussi, les objets à manier souvent et ceux pour lesquels on appréciait la légèreté : bots de manche, bassiots de vendanges, soufflets, chauffe-pieds... On en a fait aussi, autrefois, des dents de râteaux et du bois de charpente (58).

Actuellement, on s'en sert pour fabriquer industriellement des cageots, boîtes et autres emballages et, comme ce bois supporte très bien le placage, cette propriété le fait rechercher pour l'ébénisterie (58). C'est un bois de chauffage de petite qualité.

Le peuplier fut parfois planté le long des routes dans le marais, mais, dans l'intérieur des terres, c'était le peuplier d'Italie (Populus pyramidalis = Populus nigra var. italica) qui avait la préférence. Ces beaux arbres, peu résistants à la tempête, ont presque partout disparu aujourd'hui.

Peuplier tremble

Populus tremula

Le peuplier tremble, le pibe, est assez répandu dans certains bois frais. Il fournit un bois de chauffage d'assez bonne qualité.

Dans son voisinage, à l'automne, on trouve les cèpes de pibe, orangés (Boletus aurantiacum et Boletus rufescens) et le pibe gris (Boletus scaber). Les champignons, peu prisés, n'étaient autrefois récoltés qu'à défaut de cèpes nobles, à la chair non bleuissante.

Phillyrée

Phillyrea latifolia

La bronssille, arbuste à feuillage persistant, se trouve en quelques lieux pierreux souvent en compagnie du chêne vert, rochers de Trizay, bois près de la Roche-Courbon. En raison de sa croissance très lente, il fournit un excellent bois de chauffage (94).

Piments

Capsicum annuum

Les piments sont semés en mars, en vieille lune, à la même époque que les tomates ou à peu près (7).

On apprécie de moins en moins les piments forts, et les espèces douces, avec les poivrons, sont à peu près seules cultivées aujourd'hui.

On les mange frais avec des cuisines de tomates, de moghettes, avec des sauces... on les conserve au vinaigre. Parfois, on les sert en hors-d'œuvre avec du beurre. Ils ont même constitué un plat de légumes, fendus en deux et cuits sur le gril. Mais, bien qu'elle fût copieusement assaisonnée avec du beurre ou du saindoux, cette cuisine, qu'un instituteur (Monsieur Rogollot ?) avait fait connaître, n'eut ni grand succès ni longue survie.

Pin

Pinus spp.

Depuis le début du XIXe siècle, le pin maritime est fort répandu sur le littoral où on l'a utilisé pour fixer les dunes de sable. Comme l'arbre a une croissance rapide et qu'il est d'un bon débit pour faire des charpentes, des poteaux et des meubles d'usage courant, on a aussi reboisé de cette essence des terrains sablonneux et arides de l'intérieur. À défaut d'acacia, il a fourni aux vignerons des échalas très estimés.

Le reboisement en pins passe pour être un moyen de lutter contre la sécheresse : il faut reboiser en pins parce que les vapeurs de pins attirent les orages (22).

C'était un arbre de prestige, souvent à l'honneur dans les fêtes populaires. Avant 1914, pour recevoir l'évêque ou le préfet, il était d'usage d'en planter le long du parcours officiel (1-47), et à l'époque où les jeunes gens offraient des mais aux filles. C'était un jeune pin que le maire et les conseillers municipaux trouvaient devant leur porte, le matin du 1er mai.

Dans ce pays où les sapins sont d'importation récente, les premiers arbres de Noël furent des pins ou des genévriers et on les voyait aussi aux mariages devant la porte de la maison où avait lieu le banquet, voire à l'intérieur (1). Le pin fut même parfois brûlé avec le balai lorsqu'on mariait la dernière fille de la maison : Le lendemain de la noce on a été dans les bois couper un pin et sur le chemin, ils (les garçons) ramassaient les balais. Ils sont venus chez nous et le cavalier de Geneviève disait qu'il s'était coupé à la jambe avec la serpe en coupant le pin et il demandait une cuvette pour se la laver. Pendant que maman cherchait la bouteille d'eau-de-vie, il y en a un autre, qui prenait le balai derrière la porte. Chez Alice, ils ont fait pareil... (Éliette Allaire, 14 ans. Lettre du 23 novembre 1930)

Des éléments de pin jouent çà et là un rôle dans la vie quotidienne. Sur la côte, pour faire cuire les moules en terrées, on se sert des aiguilles dont l'arrière goût de résine relevait la saveur des coquillages. Les pommes de pin, les pignes, servent aussi un peu partout d'allume-feu.

Autrefois, les enfants mangeaient leurs amandes, les pignons, produits par le pin parasol, Pinus pinea. De nos jours, on trouve dans les supermarchés des sachets de pignons décortiqués. Ils sont importés de l'étranger. Une pomme de pin, accrochée à la fenêtre, fait parfois un baromètre rustique : si les écailles s'écartent, c'est signe de beau temps. Resserrées, elles font présager la pluie.

Le dimanche des Rameaux, on vendait autrefois des gâteaux de vieille tradition appelés pommes-de-pin car ils en avaient vaguement la forme. Avant la guerre, on les proposait encore par brochettes de douze, à la sortie de la messe à Meursac, à Corme-Écluse et aux environs (48-54) mais le gâteau fourré à la crème et qui a pris le nom, vendu à Royan ce dimanche-là, n'a plus guère de rapport avec les rustiques pâtisseries de l'origine (10).

L'art roman a fait de larges emprunts à la flore régionale, facilement identifiable à côté des thèmes stylisés. Le pin est représenté à Saint-Sulpice d'Arnoult sur une archivolte. On le retrouve aussi à Annepont, à Marignac... au XIXe siècle, les ébénistes régionaux ont repris ce thème et l'on retrouve la pomme de pin pendant à la corniche du vaisselier dans la région de Pont-l'Abbé d'Arnoult. La pigne, avec des aiguilles est aussi sculptée sur des armoires, des cabinets ou armoire à une porte, sur des traverses de vaisseliers. Dans ces œuvres, on trouve comme chez les imagiers du Moyen-Age le souci du réalisme et, souvent, un sens très sûr de la décoration.

En médecine populaire, on conseillait aux gens faibles de poitrine, de prendre au printemps, des décoctions de bourgeons de pin pour prévenir les rhumes, les bronchites et chez les menacés de tuberculose surtout (6).

Indirectement, le pin avait aussi un autre intérêt car, à son ombre - ou en symbiose avec lui - croissaient des champignons recherchés : le cèpe de pin, d'abord, le bolet des bouviers le plus hâtif des bolets qui précède les cèpes nobles, dont la chair ne bleuit pas à la cassure. Plus avant dans la saison, viennent les piniers, lactaires délicieux du pin et enfin, les jaunisses ou tricholomes équestres. À tous ces champignons, comestibles et identifiables sans équivoque, on reprochait toutefois un goût persistant de résine.

Tous les pins qu'on a plantés pour reboiser les terrains pauvres et presque tous ceux qu'on trouve près des fermes sont des pins maritimes. Çà et là, cependant, un pin sylvestre rappelle qu'un ancien maître de la maison a fait la guerre de 1914-1918 et l'a rapporté de l'Est, es souvenir, lors d'une permission. Quant aux élégants pins parasols, dont les amandes sont appréciées de certains, ils sont rares sauf près de la côte, où, dans un enclos ruiné, ils marquent une ancienne sépulture de Protestants.

En Charente-Maritime, la résine n'est exploitée que dans les forêts de Montendre et surtout de la Coubre, où le gemmeur partage la récolte avec le propriétaire ou avec l'Etat. Il traite environ deux mille pins de 35 ans au moins, taillant dans l'arbre à l'aide de sa hachette, la hapchot, une care d'environ 7 cm de large. Le canal résinifère ainsi ouvert, la résine se met à couler, d'avril à octobre, dans un petit pot de terre où le conduit une gouttière de zinc. Mais comme la blessure tend toujours à se cicatriser, il faut sans cesse rouvrir cette plaie. Un pin fournit sur un même côté de la résine pendant quatre ans et on l'entaille ensuite par un autre point. En six récoltes annuelles, on peut recueillir deux litres de résine.

La résine était très employée, au XIXe siècle, pour faire des chandelles. On la faisait fondre dans une casserole. On y plongeait des ficelles grossièrement tressées, de la filasse ou une lanière de chiffon. La résine adhérait à cette mèche que l'on roulait vivement sur le carrelage pour lui donner forme de chandelle (1). Ces torches fumaient tant qu'il fallait les laisser sous le manteau de la cheminée. Là, dans un trou creusé à cet effet, on fichait la yoube fourchue qui servait de support à la chandelle. Ce mode d'éclairage, qui servait aux veillées, a disparu vers 1890, époque où apparurent les premières lampes à pétrole (1, 7).

Pissenlit

Taraxacum officinale

Répandu partout, le pissenlit est ramassé avant sa floraison pour être mangé en salade. Celui des marais, plus vigoureux, plus blanc, est le plus prisé.

La tige, portant le fin duvet des semences, la chandelle ou la quenouille, était cueillie par les jeunes filles. Si, d'un souffle, elles faisaient s'envoler toutes les graines, elles se marieraient dans l'année. Sinon, il leur faudrait attendre autant d'années qu'il avait fallu de tentatives pour y arriver (10).

Pistachier (faux)

Staphylea pinnata

Au printemps, ce bel arbuste, parfois assimilé au lilas, égaie de ses odorantes grappes blanches, les rares jardins qui l'ont accueilli. Il en existe deux variétés.

Pivoine

Paeonia sp.

La pivoine à tige herbacée est cultivée partout. La plus anciennement connue est la boule-de-feu, qui, de tradition, décorait les églises le jour de la Pentecôte. Mais, on trouvait aussi, dans les vieux jardins, les pivoines blanches. Les pivoines à tiges ligneuses sont beaucoup plus rares.

Plantain

Plantago spp.

Dans les champs cultivés, les jardins, un peu partout, le plantain lancéolé, Plantago lanceolata, la langue d'oie, est ramassé pour la nourriture des lapins (5). L'est également, mais plus rarement, le plantain majeur, Plantago major.

Quant au plantain mâle, plantain corne-de-cerf, Plantago coronopus, il est, lui, assez rare, en terrain sec et dans les vieux chemins de terre. On l'utilise en décoction pour les bains d'yeux et les compresses (24).

Platane commun

Platanus acerifolia = Platanus hispanica, hybride de Platanus orientalis x Platanus occidentalis

On voit le platane le long des avenues, sur les places publiques, plus rarement dans les cours de ferme. Ce bel arbre de prestige ne se trouvait autrefois qu'au voisinage des logis nobles et des demeures de notables. On en trouve deux magnifiques exemplaires à la colonie d’Ivry des Mathes. Ils ont été plantés en décembre 1810 en l’honneur du mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche (une pancarte indique à tort que ce fut pour la naissance du roi de Rome). Ils furent étêtés à la chute de l’Empire. Ce qui explique la présence de plusieurs troncs.

Poireau

Allium porrum

La porée est semée en vieille lune, sur couche, de préférence en janvier, mais on peut le faire jusqu'en mars. Les jeunes plants sont repiqués du mois de mai au mois d'août, de préférence après une averse. On n'hésite pas à les repiquer tard car ils profitent l'hiver entre deux gelées. L'été, lorsqu'elle est attaquée par le ver du poireau, on coupe la plante à ras de terre et cette mesure suffit souvent à enrayer le mal (7).

En cuisine, le poireau est indispensable au pot-au-feu du dimanche et on l'emploie aussi en potage, en mélange avec la pomme de terre. Dans la région de Saint-Hippolyte, quelques blancs de poireaux entrent, avec d'autres herbes dans la confection de l'andouille de Pâques ; mais on l'utilise rarement seul dans l'élaboration d'un plat. Il arrive cependant, qu'on le serve bouilli, avec une vinaigrette ou une sauce blanche.

Les fanes de poireau ne sont jamais données aux lapins pour qui les plantes alliacées, le fortin, sont toujours déconseillées (1).

Dans le langage, où les noms de couleurs sont volontiers renforcés d'une comparaison, le vert qui était autrefois vert coume gaude est devenu vert coume porée car on ne connaît plus guère la gaude, une variété de réséda. Quant à pianter la porée, c'est se tenir en équilibre sur la tête et les mains, le corps et les jambes dressées en l'air, mais, pour cette performance, on dit plutôt : pianter le chagne dret.

Poireau sauvage

Allium polyanthum

La porée-de-vigne, dite aussi baragane mais surtout sur la côte, pousse, comme son nom l'indique, dans certaines vignes, mais elle manque totalement dans beaucoup d'autres. On la trouve aussi dans les lieux incultes, au bord des chemins, autour de quelques villages. Au printemps, elle est très recherchée par les amateurs car, accommodée en sauce blanche ou servie à la vinaigrette, sa saveur est beaucoup plus fine que celle du poireau cultivé.

Il en existerait deux variétés dont l'une, la porée d'ail, au goût plus fort, est bien moins estimée (6).

Poirier

Pyrus communis

On voit des pouèriers dans tous les jardins, dans les vignes, parfois dans les champs, et les pouères ont un rôle important dans l’alimentation paysanne que ce soit les poires à-la-livre que leur âpreté rendait impropres à la consommation ou les poires Chaudron qui auraient été introduites au temps du phylloxera, alors qu’on pouvait craindre la disparition complète des vignes (67). Les vignes sauvées, on négligea le renouvellement de cette variété dont les fruits, très abondants deviennent facilement chopes ou blets. Mais les vieux poiriers ont résisté et il est des ménagères qui apprécient ces poires cuites au vin avec du sucre.

Beaucoup de variétés anciennes de poires de table ont disparu, remplacées par celles que vendent les pépiniéristes et que les greffes permettent de reproduire, de voisin en voisin. On ne trouve plus guère, de nos jours, de poires Citron, ces poires d’été au goût acidulé et agréable mais qu’il fallait se hâter de consommer, à peine mûres, car elles étaient d’une très mauvaise conservation. Disparues aussi les Trompe-Valet au goût musqué qui restaient d’un vert jaune à maturité, ce qui trompait le valet qui travaillait au jardin : ne les croyant pas mûres, il les laissait sur l’arbre (1). On trouve maintenant rarement les Duchèzes d’été (William Duchesse ?), les poires Oranges, de forme arrondie à la belle couleur ambrée, les poires Lièvre, mûres aux vendanges, les Sucre-vert, si juteuses, les Duchèzes d’hiver, qui peuvent se conserver plusieurs mois et les poires Curé, des poires d’hiver qu’il fallait cueillir avant les gelées mais qu’il était difficile, au fruitier, d’amener à bonne maturité. On les utilisait en poire à cuire. Quand aux poires bé d’oie on ne les connaît plus guère que de nom.

Toutes ces variétés anciennes étaient greffées sur poiriers sauvages, parfois sur cognassiers. Autrefois, avant que ne se répande l’usage des mastics à greffer, on opérait à la bouse de vache ce qui donnait, parait-il, des bons résultats (14).

Les poires sont consommées fraîches et on les met parfois en confitures. Avec des pommes et autres fruits, elles ont servi à confectionner le raisiné et, depuis quelques décennies on les conserve par stérilisation. Parfois on introduit une petite poire verte dans une bouteille et, à maturité on remplit la bouteille d’eau-de-vie dans laquelle la poire se conservera. Ce tour de force est plus considéré comme une curiosité que comme une manière de parfumer l’eau-de-vie. Autrefois (XVIIIe siècle - début du XIXe siècle), on faisait sécher au four des quartiers de poires pour les conserver l’hiver.

Le bois de poirier est surtout utilisé pour faire des manches d’outils. Quelques meubles du pays sont en poirier. Teint en noir il imite l’ébène (58).

Dans le langage populaire, on cope la pouère en deux quand vendeur et acheteur divisent en deux la différence de leur prétention et, devant une situation abusivement prise au tragique, on s’exclame : o l’est tout peurdu, l’âne et les pouères !

Poirier sauvage

Pyrus pyraster

Les poiriers sauvages, les pôuérasses, croissent en abondance dans certains bois et manquent totalement ailleurs. On les utilise comme porte-greffe.

Il en existe plusieurs variétés, à fruits ronds ou allongés, certains assez doux, d’autres plus ou moins acides. Ces pouérillons ont été longtemps utilisés pour faire une boisson, le pouérat.

Pois

Pisum sativum

Les p'sas ou b'sas, les pois, sont cultivés depuis longtemps. C'est l'un des rares légumes qui figure dans quelques inventaires après décès du XVIIIe siècle mais sans doute plus à titre de semence que de réserve alimentaire.

On les sème en vieille lune dès le mois de février si le temps est favorable, plus souvent en mars car, s'ils craignent la neige, les semis ne sont guère dérangés par de petites gelées.

Les anciennes variétés étaient presque toutes conduites sur rames alors que, de nos jours, on préfère les espèces naines.

Longtemps, les pois furent considérés comme légume des repas de fêtes et, jusque vers 1950, ils figuraient généralement au menu des repas de noces et de communions.

Jusqu'à l'époque de la seconde guerre mondiale, on les conservait en bouteilles par stérilisation. Remplies aux trois-quarts environ, les bouteilles étaient bouchées hermétiquement, coiffées d'un réseau de fil de fer, enfilées dans de vieilles chausses pour éviter les chocs et rangées dans la poêlonne de la lessive, calées par du foin. On recouvrait de planches lestées par des pierres plates et on remplissait la chaudière d'eau de manière que les bouteilles soient entièrement immergées. On les soumettait ensuite à une ébullition de trois heures. Cependant, comme ces conserves avaient tendance à fermenter, des ménagères leur imposaient une seconde ébullition d'une heure le lendemain.

En médecine populaire, les pois avaient des propriétés magiques pour faire disparaître les verrues. À Champagne, avant 1914, prendre une cosse contenant neuf pois, la jeter dans un puits et se sauver assez vite pour ne pas entendre le bruit de la chute, permettait d'obtenir ce résultat (24).

Dans le langage local, on emploie souvent la comparaison grous coume un pois et, autrefois, sans-souci-la fleur-des-pois était le sobriquet donné à l'étourdie, à l'insouciante pour qui tout allait toujours bien (6).

Polygala

Polygala vulgaris

Cette jolie plante aux fleurs bleues, carminées ou blanches, n'est pas rare dans les bois clairs, les landes, dans les lieux secs; on ne lui connaît pas de nom local.

Pomme de terre

Solanum tuberosum

Cette culture est apparue dans nos provinces à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe. La pomme de terre, écrivait Lesson en 1835, est cultivée en grand dans les environs sous le nom de patate. La variété la plus répandue est la ronde jaune qui donne d'abondants produits, la violette est rare et la rouge réniforme est seulement cultivée dans le jardins pour les ragoûts. Cependant, il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour la trouver dans les inventaires après décès et la voir figurer dans les pensions alimentaires à ascendants.

On la plante à la fin de mars ou en début avril, en jeune lune comme tout ce qui se trouve sous terre. Les patates mâles qui présentent des bourgeons rares, petits et mal formés sont naturellement écartées. Pour les autres, on divise rarement les tubercules et, quand on doit le faire, on prend garde que les morceaux portent tous des yeux bien fermés. On a longuement privilégié la variété Early-rose, excellente mais qui a l'inconvénient de s'écraser facilement et la Fin-de-siècle, jaune, longue, d'une meilleure tenue, réservée aux fritures et aux sauces. On connaissait aussi la républicaine, une espèce voisine (ou la même).

Les pommes de terre sont arrachées à la fin de l'été, lorsque les fanes sont sèches. Elles sont conservées dans l'obscurité, dans les bâtiments ou les chais, et l'on couvre pendant les grands froids. La semence est souvent entreposée à part, dans un lieu plus éclairé, et l'on veille à ce que les germes ne se développent pas.

Tard venue dans l'économie rurale, la pomme de terre fut très vite adoptée. Vite, elle fut d'un emploi constant en cuisine, bouillie, frite ou grillée : les patates bouillies, patates fricassées et patates grâlées. Elle se rendit surtout indispensable en sauces : sauce de morue, sauce de jambon, sauce de boudin ou simplement sauce de patates dans la préparation de laquelle n'entraient ni viande ni poisson. On y trempait le pain dur pour le manger plus facilement. Car, en ce temps, l'on boulangeait tous les quinze jours et, à la fin de cette période, le pain, compact et parfois moisi, n'était guère appétissant (5).

Pendant la guerre de 1939-1945, la pomme de terre remplaça partiellement le pain, bouillie et, ensuite, coupée en deux et grillée sur la braise. On fit aussi des gâteaux de pommes de terre et on l'utilisa râpée en guise de vermicelle.

Les pommes de terre de rebut, trop petites, rongées des mulots ou attaquées des vers blancs - les patates teurées ou turquées - servent à la nourriture des porcs. À la basse-cour, on en fait des pâtées, l'hiver, mais on leur reproche de supprimer ou d'espacer les pontes.

Une pomme de terre dans laquelle on a fiché des plumes d'oie et suspendue par une ficelle à une potence, sert à éloigner les oiseaux des semis (65). Les greffons d'arbres fruitiers fichés dans une pomme de terre, se conservent bien au frais et dans l'obscurité.

Sur les bords de la Seudre, pour pêcher des tanches, on appâte aux pommes de terre bouillies (13).

En médecine populaire, les pommes de terre crues, râpées, sont employées en application sur les brûlures. Aux Croix Blanches, près de Balanzac, on soigne les angines en appliquant sur la gorge, le plus chaud possible, une patate cuite sous la cendre et coupée en deux (64).

Pommier

Malus domestica

La pomme est le seul fruit que chantent les rondes populaires :

Derrière chez mon père
Y a un pommier gris… Ailleurs, les lauriers y sont fleuris.

On entendait aussi, autrefois, dans les jeux des petites filles :

J’ai des pommes à vendre
Des rouges et des blanches
J’en ai dans mon grenier
Qu’elles descendent par l’escalier…,

Et l’on partageait parfois les camps avec la vieille comptine :

Pomm’ de reinette et pomm’ d’api…

Quant à l’adjectif pommé il est si bien intégré dans le langage qu’il n’est plus besoin d’avoir recours à son origine, la pomme, pour lui donner pleine valeur. Car le pommier franc est partout, dans les jardins, les vergers, les champs, les vignes, le long des routes… Ces arbres sont tous greffés sur le pommier sauvage et donnent uniquement des pommes de table.

Les variétés anciennes y sont encore représentées : la pomme Pépin et la pomme Glace, pommes d’hiver vertes, virant au jaune ponctué de rouge à maturité complète, toutes deux d’une bonne conservation, les pommes Rambouille qui seraient les Grand Alexandre, des pommes d’été excellentes au goût mais qui doivent être consommées sitôt mûres, tout comme la Madeleine Rouge aux gros fruits écarlates. Rarement, on trouve encore dans nos villages les Rayon d’or, une Calville jaune pâle à chair très fine et au goût un peu musqué, les pommes Cul-tord, dites ailleurs Pommes-Fève, dont la rosette est un peu décentrée et qui sont très résistantes aux maladies. Mais en quel verger trouver encore les Pommes-poires, des pommes grises allongées, les Pommes-grises-à-paquets, petites et nombreuses, les R’né d’Espagne, sans doute Reinettes d’Espagne, les Pommes madame, Calville rouge foncé, un peu allongées, à chair teintée de rose et les pommes Madeleine, pommes d’été d’un jaune vert, farineuses, mais qu’on appréciait car elles étaient mûres bien avant les autres ?

Seules les pommes Pépin et les pommes Glace étaient commercialisées dans les premières décennies du XXe siècle. Le marchand achetait la récolte sur l’arbre et, après le 25 août, le propriétaire devait laisser là sur place les pommes tombées (les pommes ramassises) car elles pouvaient mûrir. La plupart, d’ailleurs, qui étaient véreuses (burotes ou cotises), pourrissaient sans profit pour personne.

Le temps venu, l’acheteur cueillait avec soin la récolte soit à l’aide de paniers d’osier de forme spéciale, à très large ouverture, soit à l’aide de couffes de jonc suspendues au cou, moins encombrantes qu’un panier (7). On disait qu’un pommier ne donnait une bonne récolte que tous les deux ans (7).

La pomme était le fruit qui tenait le plus grand rôle dans l’économie rurale et ses variétés en étaient appréciées en raison de leur faculté de conservation. L’hiver, on les consommait cuites sur le gril ou dans la cendre chaude et, de cette façon, elles faisaient parfois, avec le pain, tout le déjeuner d’un fagoteur. On en faisait fricasser dans la poêle, comme pour les pommes de terre, on les accommodait en compotes et l’on sait qu’elles étaient indispensables lorsque, à la saison des vendanges, on faisait du raisiné. Epluchées, coupées en morceaux et arrosées de vin rouge, dans le verre ou dans la moque, elles faisaient un dessert apprécié auquel on rajoutait parfois un peu de sucre et qu’on mangeait à la pointe du couteau.

Divisées en quartiers, on les faisait sécher dans le four à pain, après la fournée, et les fileuses de chanvre les appréciaient car elles leur donnaient, disaient-elles, beaucoup de salive pour mouiller leur filasse mais c’était surtout les pommes sauvages qui avaient cette propriété (27). Les pommes, avaient-elles tendance à pourrir, vers la fin de février ! On en faisait du cidre. Les pommes, écrasées au maillet, étaient disposées par couches dans le pressoir en alternance avec des sarments de vigne qui les empêchaient de s’agglomérer en couches compactes (71). À cette époque, on faisait aussi une boisson avec des quartiers de pommes sèches que vendaient les épiciers.

La médecine populaire a souvent utilisé la pomme et certains de ces traitements sont purement magiques. Ainsi en est-il de divers procédés préconisés pour faire disparaître les verrues. À Saint-Symphorien, avant 1914, il fallait couper une pomme en trois, la jeter dans un puits et se sauver assez vite pour ne pas entendre le bruit de la chute (7).

Vers 1960, la guérisseuse de Saintes prenait une pomme, « la coupait en deux morceaux dans tous les sens » (il s’agissait sans doute de la coupe du roi en deux parties), la reconstituait, renvoyait le consultant et gardait le pomme avec laquelle elle continuait le traitement. Quand la pomme pourrissait, la verrue tombait (54). Encore de nos jours, on combat la constipation en mangeant une pomme crue au coucher ou le matin à jeun.

À Champagne, avant 1940, les pommes en décoction avec des pruneaux et des coquilles sèches de haricots guérissaient la cystite (24). Quant au gui de pommier, très abondant, il était utilisé en décoction avec du buis pour lutter contre l’hypertension (1964).

Le bois de pommier, qui a un grain très fin, a parfois été utilisé en menuiserie pour fabriquer de rares meubles régionaux (58). Les ruches sont faites de préférence de ce bois, le meilleur pour cet usage (7).

La pomme était parfois soumise à de savants découpages qui fascinaient surtout les enfants car, à l’issue de l’opération, on pouvait la reconstituer. C’était comment le roi partageait une pomme pour en donner une moitié à deux personnes.

Comment le roi partageait une pomme pour en donner à deux ou quatre personnes



Pommier sauvage

Malus sylvestris

Le pommier sauvage ou poumerasse, ne se rencontre que dans certains bois où il est assez rare. On distingue plusieurs espèces, l'une à petits fruits ronds, très acides, une autre à fruits plus gros, jaunes, présentant cinq petites bosses à hauteur de la rosette. C'est l'espèce qu'on choisit de préférence pour greffer le pommier cultivé. Une sous-espèce, à fruits assez gros, était très recherchée avant 1914, pour la fabrication du poumat (le cidre).

Sous les pommiers, tant sauvages que cultivés, on trouve au printemps, surtout à l'exposition du midi, le champignon d'avril gris, Entoloma clypeatum très recherché. Quant aux souchettes du pommier, elles sont peu estimées.

Porcelle

Hypochaeris radicata

Cette composée à fleurs jaunes, qui entre dans la catégorie des cochets (pissenlit), est récoltée pour la nourriture des lapins.

Potentille

Potentilla reptans

La potentille rampante Potentilla reptans est commune au bord des routes et des chemins de terre, surtout en terrain sec alors qu'on cherchera la potentille faux-fraisier Potentilla sterilis dans les bois clairs qu'elle tapisse en compagnie de la primevère à grandes fleurs et la fausse jacinthe - Endymion nutans = Hyacinthoides non-scripta. Plus tard, dans les mêmes lieux, apparaîtra la potentille printanière à fleurs jaunes ; quant à la potentille ansérine, elle est rare ou inexistante.

Pourpier

Portulaca oleracea

Le pourpier sauvage est très répandu dans les jardins, les cultures, les vignes où il se multiplie avec abondance. On cueille les jeunes rameaux pour les manger en salade.

Rarement, on sème du pourpier amélioré, bien qu'il ne soit guère plus estimé que le pourpier sauvage.

Prêle

Equisetum spp.

La queue-de-renard croît dans les terrains humides, souvent mêlée aux joncs. Sa présence indique un mauvais pâturage, des herbes aigres (7).

Primevère à grandes fleurs

Primula vulgaris

On les appelait autrefois des hosannes bien qu'elles fleurissent dans les sous-bois clairs, bien avant le dimanche des Rameaux (7). On en trouve dès le mois de décembre quand les hivers sont doux. Vers la fin du XIXe siècle, leur nom, par attraction du prénom féminin, est devenu suzanne (6), mais actuellement on ne connaît guère que des primevères.

Il est très improbable que ces fleurs de hosanna aient autrefois joué un rôle lors des cérémonies des Rameaux. Comme les feuverières, les pâquerettes, les pentecôtes, les vendangeuses, les roses de Noël... elles tiennent certainement leur nom de leur époque de floraison.

Sur nos limites, en Vendée, (Chantonnay 1942), ces fleurs portent bonheur. On aime à en trouver, à les cueillir.

Primevère officinale

Primula veris

Les primevères officinales, les caleçons (8) ou les coucous (68) sont beaucoup plus rares. On les trouve surtout en terrain frais et argileux, dans les prés et sur les bords des chemins. Autrefois, les petites filles en disposaient les ombelles, à cheval sur un fil, et ce pompon attaché, obtenaient des balles, aussi jolies que fragiles, avec lesquelles elles jouaient à la paume.

Primevère cultivée

Primula spp.

Dans les jardins, on cultive des primevères variées qui égaient les parterres dès la fin de l'hiver. Leurs teintes vont du mauve pâle au pourpre en passant par certains bruns chauds, mille couleurs nuancées car elles s'hybrident allègrement. Les fleurs de la plupart sont simples mais deux variétés anciennes, l'une blanche, l'autre mauve, ont des fleurs pleines. La plupart ont chacune leur tige assez courte mais, au début du siècle, beaucoup des espèces cultivées avaient des fleurs en ombelles.

Prunelier

Prunus spinosa

L'épine noire - ou neigue - est commune partout, dans les lieux incultes, aux lisières de bois, le long des haies.

Autrefois, les enfants cueillaient les prunelles lorsque la gelée avait passé et qu'elles étaient devenues moins âpres. Avec ces peurnas de palisse, on a fait autrefois une boisson appelée peurnat mais la cueillette de trois bassiots de fruits nécessaires, était longue et fastidieuse (7).

Très rarement, on trouve aussi l'espèce Prunus fruticans mais curieusement, surtout au voisinage des anciens logis, ce qui laisse supposer que cet arbuste a pu, autrefois, être cultivé pour ses fruits.

Prunier

Prunus domestica

Les pruniers sont partout : dans les jardins, les vergers, parfois dans les haies et les rangs perdus de vigne, semés, greffés, ou provenant des rejets. Autrefois, on greffait sur prunelier ou sur prunier franc mais, depuis la première guerre mondiale, le myrobolan, reconnu comme le meilleur porte-greffe, a été partout adopté.

Ce sont précisément les greffes qui ont permis de multiplier les nouvelles variétés au détriment des anciennes qui subsistent encore, ça et là, comme la prune Damart, première venue à maturité, et dont le nom est sans doute une altération de Damas. Les fruits violets, allongés, un peu plus gros que des olives, sont agréables au goût mangés frais, mais deviennent âpres et acides à la cuisson et c’est peut-être ce qui leur a valu d’être qualifiés de prunes-à-gorets. Si elle ne se multipliait pas généreusement par rejets et par les fruits laissés sur l’arbre, cette espèce dédaignée aurait depuis longtemps disparu. Peu après viennent les prunes Saint-Jean, dont les excellents fruits violets, ronds, sont de grosseur moyenne mais d’une abondance exemplaire et les prunes grasses qui leur ressemblent mais qui sont beaucoup plus fades.

On trouve encore, dans les vieux vergers, les prunes Datille dont le nom ne provient probablement pas de la datte car elles sont rondes et violettes, les grosses blanches, très prisées en tartes, en compotes et en confitures comme les Ringlaudes (reine-claude) vertes ou dorées. La prune Dejean blonde et allongée, avec un arrière goût d’abricot, a toujours ses fidèles.

En arrière-saison, on y cueille encore les longues Sainte-Catherine ambrées et deux anciennes variétés aux petits fruits ronds comme des billes : les peurnats violets qui font d’excellentes confitures et les blondes Saint-Michel appréciées en tartes. Mais en quel jardin abandonné trouver maintenant cette variété hâtive qui donnait, parcimonieusement, d’excellents fruits violets et ronds ?

Il est maintenant rare qu’on fasse sécher des prunes mais, jusqu’à la fin du XIXe siècle, on conservait de cette façon une partie de la récolte. Elles étaient d’abord exposées au soleil sur les tuiles des melours, sorte de claies fabriquées pour cet usage, puis passées au four après la fournée c'est-à-dire à chaleur modérée. On prenait généralement des prunes Datilles pour cet usage. Ces prunes melées faisaient des friandises pour enfants mais les fileuses de chanvre les appréciaient aussi car elles leur donnaient, disaient-elles, de la salive pour mouiller leur filasse.

En médecine populaire, on les faisait bouillir avec des carottes et du chiendent pour obtenir une bonne tisane contre le rhume (5). Avant la première guerre mondiale, on a aussi fait, avec des prunes ou des pruneaux, une boisson appelée peurnat et longtemps le faucheur ou le moissonneur ont gardé un noyau de prune dans la bouche en travaillant car ils lui reconnaissaient le pouvoir de les garder de la soif pendant les plus lourdes chaleurs du jour (5).

Pulmonaire

Pulmonaria angustifolia

L’herbe-de-la-Vierge aux feuilles souvent tachées de blanc, aux fleurs en grappes terminales, d'abord rougeâtres puis bleues, fleurit dès les premiers beaux jours, au bord des haies et aux lisières de bois. À Saint-Symphorien, on en faisait autrefois une tisane pour lutter contre le rhume (7).