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Anne Audier, L’herbier du village

Index latin
Anne Audier, L’herbier du village (2012)
A


Le patrimoine végétal
ou
L’herbier du village
Le patrimoine végétal saintongeais dans des utilisations locales


Par
Anne Audier


Editeur : Société d’Histoire et d’Archéologie en Saintonge Maritime, Saujon (Charente-Maritime), 2012.


Préambule

La petite étude qui va suivre s’apparente bien moins à la botanique qu’à l’ethnologie. Elle a pour but de témoigner des menus usages qu’on se transmettait aux temps où on trouvait une utilité à tout.

Une longue tige de ronce débarrassée de ses épines et évidée fournirait des liens solides à celui qui, à la veillée, tresserait corbeilles, ruches et autres accessoires, en vannerie de paille. Un temps où la varée (fusain d’Europe) fournissait des quenouilles aux bergères, un temps où les grands-pères fabriquaient pour les petits enfants des moulins de noix semblables à celui avec lequel Rabelais avait joué enfant. Mais les petites filles ne pourront plus assembler en courroie les fleurs de dauphinelle car il n’y a plus de dauphinelles (pied-d’alouette) dans les chaumes, il n’y a plus d’ailleurs, de chaumes après les moissons.

Anne Audier

Biographie

Anne Audier, née en 1920 à Ste-Gemme en Charente-Maritime, a été sensibilisée dès son plus jeune âge aux valeurs du patrimoine. Elle a écouté et recueilli patiemment les témoignages des anciens sur tout ce qui touchait de près ou de loin au patrimoine saintongeais.

Comment sa passion pour la nature est-elle née ?

« Quand j’étais petite, il y a un certain nombre d’années, ma grand-mère possédait un cactus-boule qui ne fleurissait jamais. Mais elle nous disait : ʺ sa fleur est merveilleuse, mais elle ne dure qu’un jour et ne revient que tous les dix ans ʺ. Autrement dit, c’était un cactus de conte de fées.

Et voilà que le cactus a fleuri. Comme le jour déclinait, je devenais triste… et en y mettant toute mon attention, toute ma ferveur, j’ai dessiné le cactus. J’ai toujours gardé ce dessin, il a rejoint dans ma mémoire la partie invisible de mon herbier personnel où il figure avec cette gentiane bleue rencontrée sur la lande de Cadeuil, un lointain jour d’été, avec le lychnis-fleur-de-coucou avec lequel nous faisions de si beau bouquets roses au mois de mai avec les nielles et les bleuets et toutes les autres fleurs à jamais disparues.

Nos jardins aussi avaient leurs trésors, telle cette petite pervenche bleue à fleur pleine que je n’ai vue que dans le jardin familial. Ma mère cultivait un œillet rouge carmin qui était sa fierté et qui lui aussi ne se voyait que là.

Nous les retrouvions d’une année à l’autre, elles marquaient les saisons aussi fidèlement que le retour de la tourterelle.

Celle qui apparaissait la première, éclose en couvée sous les buissons, c’était une petite violette bleuâtre à cœur blanc que les vieilles gens appelaient les feuvières, les violettes de février, la plus parfumée des violettes. Puis venaient les suzannes, les primevères des bois dont le nom venait de l’hosanne, la fleur des Rameaux.

Pour le rosier-de-tous-les-mois, qui fleurissait de Pâques aux premières gelées d’automne, je l’ai plus tard retrouvé dans un jardin abandonné, et la bouture que j’ai prise s’est acclimatée chez moi, tout près du rosier de la petite bergère qui, lui aussi, a son histoire. Vers 1900, une petite fille était très triste parce que son père avait vendu leur vieille chèvre qu’elle aimait beaucoup et, en souvenir de la chèvre, elle a planté un rosier. Depuis longtemps, la petite bergère qui était devenue vieille, est allée cueillir d’autres roses de l’autre côté de la vie, mais le rosier existe toujours, et celui qui le possède en prend grand soin. Il n’a vu cette variété de roses qu’une seule fois, très loin de chez lui, dans l’île Maurice…

Ceux qui disent que les roses sont fées, n’ont peut-être pas tout à fait tort… »

Août 2012

Références

Les références aux XVIIe et XVIIIe siècles sont tirées des registres paroissiaux de Sainte-Gemme (Charente-Maritime) et d’actes notariés concernant la paroisse.

Les dessins sont d’Anne Audier. Les planches d’herbier sont extraites de la Flore de l’abbé Coste publiée en 3 volumes entre 1900 et 1906.

La couverture est d’Andreï Vlad.

Mes informateurs : plus de cent ruraux, mes voisins, dont les souvenirs seront ainsi sauvés de l’oubli :

Les numéros entre parenthèses figurant dans le texte correspondent à ces 115 personnes qui ont donné leur témoignage pour composer cette somme de connaissances.

Ont contribué à la saisie informatique, la mise en page ou à la relecture, les adhérents suivants de la Société d’Histoire et d’Archéologie en Saintonge Maritime : Marie-Claire ANDRÉ, Omer BAUDRY, Francis COLLIN, Alain CONTAUX, Nicole LEBIGRE, Sylvie MÉNARD, Gérard MOINE, Michèle ROBERT, Marcel TIRILLY et Andreï VLAD. La mise à jour des noms latins est due à Michel CHAUVET sous la forme : (nom ancien = nom actuel).

L'Herbier du village est téléchargeable en doc ou en pdf sur le site de la SHASM, que nous remercions de nous avoir permis de le reproduire sur Pl@ntUse.