O (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Œillet

Dianthus spp.

En juillet, plante tes œillets... (62).

Aussi, la ménagère bouturait-elle en ce mois l'œillet des fleuristes, l'œillet de Nice, l'œillet de Chine, ainsi que les petits œillets de bordure blancs, parfois roses, qui embaumaient tellement par les nuits de mai, qu'il fallait fermer les fenêtres quand ils étaient plantés trop près de la maison.

La jalousie (l'œillet des poètes), était, lui, semé. Nos œillets sauvages sont si discrets qu'ils n'ont pas de nom local. Cependant, au mois de juin, l’œillet armeriq étoile de ses petites fleurs rose vif les rares prairies naturelles et l’œillet prolifère fleurit en été dans les vignes et sur les bords de route, en terrain aride et sablonneux.

Sous les pins de la côte, on faisait autrefois d'odorants bouquets d'œillets-de-mer. Ils sont devenus très rares de nos jours.

Oignon

Allium cepa

L’égnon est le condiment le plus utilisé en cuisine. On le fricasse avec le lapin et la volaille, on le met dans toutes les sauces et dans la plupart des soupes. Il arrive même qu'il fasse seul la matière de la soupe à l'oignon. Il n'est jusqu'aux tiges vertes de l’égnoune, l'oignon monté, qui n'aient leur rôle dans la confection de l'andouille de Pâques.

On cultive surtout l'oignon jaune, semé en jeune lune de mars et récolté vers le mois d'août. L'oignon blanc, précoce, a une bien moindre importance.

Avant 1914, on plantait souvent l’égnon-patate. Les petits bulbes donnaient de gros oignons parmi lesquels on prélevait la semence. Mise en terre l'année suivante, elle produisait à son tour de nombreux petits bulbes (7). Les petits bulbes de l’égnon Mulhouse, obtenus l'automne précédent d'un semis tardif, sont repiqués vers la fin de l'hiver.

Lorsque l'oignon a beaucoup de pelures, c'est le signe que l'hiver suivant sera rigoureux. Il conviendra donc de l'affronter couvert comme in égnon, comme on dit (1).

Les pelures d'oignon servent à colorer en brun les œufs avec lesquels on les fait bouillir (16). À l'origine, les seuls œufs de Pâques auraient été ainsi teintés.

Avant 1914, les jouets étaient rares. Au printemps, on donnait parfois aux petits une tige d'oignon vert pour qu'ils puissent souffler dedans et faire de la musique (24).

Olivier

Olea europaea

Très rarement cultivé en caisse, comme les orangers, l'olivier peut prospérer en pleine terre, en micro-climat. Au temps de Lesson, on pouvait en voir un très grand dans un jardin, à l'île d'Aix, et un autre dans une muraille à Brouage. Lloyd l'a vu fructifier en l'île d'Oléron.

Ombilic à fleurs pendantes

ou nombril de Vénus, Umbilicus pendulinus = Umbilicus rupestris

Cette jolie plante grasse aime les vieux murs humides et les rochers.

Orchidées sauvages

Les pentecôtes tiennent leur nom de l'époque où elles s'épanouissent dans les prés, à l'orée des bois, au bord des sentiers, selon l'exigence de leurs diverses espèces. Ce sont surtout l’Orchis maculata (Dactylorhiza maculata) et l’Orchis morio (Anacamptis morio), les plus répandues. Mais on appelle aussi pentecôte le petit orchis morio bien qu'il apparaisse dès le temps de Pâques dans les lieux secs et arides, et l’Orchis bifolia (Platanthera bifolia) que l'on trouve dans les sous-bois clairs, comme au bord des chemins, en terrain sablonneux, et qui porte une hampe de fleurs blanches odorantes.

On ne doit pas rentrer les pentecôtes à la maison ; elles feraient crever les poulets (Madame Robin).

Les abeilles sont assez rares à l'orée des bois, en bordure des chemins et les lieux arides. On groupe sous ce nom l'ophrys araignée (Ophrys sphegodes = Ophrys aranifera) aux sépales d'un vert jaunâtre, qui se montre le premier, et l’abeille proprement dite, l'ophrys abeille (Ophrys apifera), plus répandu, qui a l'aspect d'un gros insecte brun au corps velouté, posé sur une fleur d'un mauve rosé.

Comme ces magnifiques plantes vivent en symbiose avec un champignon filamenteux fin comme un fil de soie, elles ne survivent généralement pas aux tentatives de transplantation.

Dans les fossés, au bord des champs, dans les pelouses et les terrains incultes, on trouve en abondance, au printemps, le loroglosse à odeur de bouc.

Le Limodorum sp. est rarissime et s'est peut-être éteint tout à fait à l'orée des nos bois, mais, pour un temps encore, on peut admirer quelques exemplaires dans les sables et les tourbières de Cadeuil.

Orge

Hordeum vulgare

L'orge se sème en vieille lune, au mois de mars, parfois en novembre (7).

Actuellement, elle est destinée à la volaille. Concassée, elle sert aussi à engraisser le porc, mais sa culture est loin d'être ce qu'elle fut jusqu'à la fin du XIXe siècle où elle concurrençait le froment. Le pain des paysans était alors du pain de mêture fait avec les farines mêlées de deux céréales : blé et orge ou blé et baillarge. Parfois, on ajoutait du seigle ou on remplaçait l'orge par du seigle ou du maïs. C'était là un pain inférieur, le pain des pauvres car on estimait que ces farines, qu'elles fussent d'orge ou de seigle, avaient une valeur nutritive médiocre et étaient de digestion difficile. C'est pourquoi on tendit toujours à en diminuer la proportion jusqu'à les éliminer complètement à la fin du XIXe siècle (1-5 et 7).

C'est vers la même époque qu'on a cessé de faire, entre autres boissons, de la piquette d'orge, qu'on faisait fermenter dans une barrique d'eau avec du sucre et une petite quantité d'acide tartrique. Dans les petites fermes, c'était là le breuvage des domestiques, des femmes et des enfants car le père ou le patron, seuls, avaient droit au vin (7).

En médecine populaire on confectionnait une boisson rafraîchissante appréciée en faisant bouillir ensemble de l'orge et du chiendent (24).

Pendant la guerre de 1939-1945 l'orge torréfiée remplaça le café.

Orge à deux rangs

Hordeum distichum = Hordeum vulgare subsp. distichum

La baillarge se semait aussi en vieille lune et au mois de mars, généralement sur un terrain qui venait de produire du blé (7). Sa farine, comme celle de l'orge ordinaire, entrait dans la confection du pain de mêture, en mélange avec la farine de blé mais le pain fait avec la baillarge était meilleur que celui qui était fait avec de l'orge (5-7).

Il faut croire que les champs où on la cultivait étaient particulièrement malaisés car on entend un peu partout les expressions : « sons pas sortis d'thieu champ d'baillarge » ou « arrachons-nous d'thielle baillarge », sortons vite de ce guêpier!

Orge faux-seigle

ou orge des rats, Hordeum murinum

Ces mauvaises herbes, les forçats, abondent au bord des chemins, autour des villages, dans les terrains vagues. Les enfants, par jeu, mettent parfois un de leurs épis dans leur manche, la tige en haut, et ces voyageurs remontent, peu à peu, le long du bras. Les mères défendent ces amusements car, disent-elles, le forçat pouvait entrer dans la chair, voyager jusqu'au cœur et tuer l'enfant.

Orme

Ulmus campestris = Ulmus minor

Avant les ravages de la graphiose, l'orme, l’oumiâ, était, avec le chêne, l'arbre le plus connu de nos bois. Les arbres rescapés de ce désastre tentent actuellement de survivre et de se réadapter.

Cette essence était aussi dans toutes les haies bordant nos champs, souvent en compagnie de l'érable et de l'aubépine. On voyait l'ormeau le long des routes et sur les places de nos villages où sa silhouette massive et sa ramure ténue s'harmonisaient si bien avec les portails romans. On dit qu'on le trouvait toujours devant une église consacrée à une sainte martyre (62).

Ses racines latérales sont peu profondes et le rendent vulnérable à la sécheresse. Il y pousse de nombreuses tiges formant buissons et ces oumerolles, ainsi que les rameaux jeunes et flexibles, servaient autrefois à confectionner des liens de fagots, les riortes (7).

Avant 1914, les feuilles d'ormeau étaient données comme fourrage aux moutons et surtout aux agneaux au sevrage. Les arracher de la branche c'était riper dau brout’, pratique courante chez les vieilles bergères. Il arrivait même qu'on étêtât les arbres pour en donner les jeunes branches aux bêtes (7). L'abondance de fruits d'ormeau, les samares, était de bon augure. Elles annonçaient, dit-on, beaucoup de formances sur la vigne (49). Mais ailleurs, on était beaucoup moins optimiste :

Année de fleurs d'ormeaux
Année de tout et de rien. (69)

Et l'on prévoyait qu'en l'année qui s'ouvrait, aucune récolte ne serait ni tout à fait déficitaire, ni tout à fait satisfaisante.

Entre Meursac et Corme-Écluse, on appâtait autrefois aux fleurs d'ormeau pour pêcher l’aubourgne (auboune) et le chevesne (38).

La seconde peau d'ormeau, bouillie, a été utilisée en application pour soigner les brûlures, mais ce remède est tombé en désuétude depuis plus de trois quarts de siècle (24).

L'orme fournit un très bon bois de chauffage. Ce bois, solide et fibreux, fut très employé en charronnage et c'était la sous-espèce Ulmus campestris var. suberosa qui, selon Lesson, était recherchée pour cet usage. On fit aussi en ormeau des vis de pressoir, des traverses de râteaux de fenaison, des parquets (58). La menuiserie l'a utilisé pour réaliser divers meubles, des escaliers, des tables de ferme très épaisses dont certaines, les plus anciennes, ont un entre jambe en « H ». C'est surtout l'ormeau galleux qui fut largement mis en œuvre à partir de la fin du XVIIIe siècle. L'étêtage régulier des ormes, pour la nourriture des moutons, favorisait la formation des ces curieuses excroissances, les loupes, qui donnent ce bois couleur de miel doré, moucheté de brun et de noir. On a marié les loupes d'orme formant panneaux avec des cadres de cerisier dans des armoires, des buffets à deux corps, des buffets bas, des vaisseliers... Cette association permet de réaliser des oppositions de bois de couleur, de grain et de fibre très différents et cet assemblage est l'un des caractères les plus frappants des meubles de cette région.

Avant 1914, aux assemblées, les domestiques qui cherchaient à se gager, portaient comme signe distinctif, une petite branche d'ormeau à leur blouse ou à leur boutonnière (7).

Ornithogale

Ornithogalum umbellatum

Au soleil des premiers beaux jours, cette jolie liliacée étale ses ombelles de fleurs blanches dans les jeunes blés et autres cultures. Il est déconseillé de la cueillir car ses fleurs se referment à l'ombre. Ne l'appelait-on pas dame d'onze heures en certains lieux pour marquer qu'elle a besoin de grande lumière pour s'épanouir ?

Orobanche

Orobanche spp.

Ces végétaux sont assez communs dans les prés et dans les bois sur certaines plantes qu’ils parasitent.

Ortie

Urtica dioica

« L’ortighe est l'amie de l'homme » dit-on (73) car on en trouve en abondance autour de tous les villages. Elle aime, en effet, pousser dans des milieux riches en matière azotée due à la présence humaine et il arrive qu'une station de ces plantes révèle les restes d'une construction disparue. Elle jouait autrefois un rôle assez important dans l'alimentation des animaux. Il arrivait qu'on la fauchât et qu'on la donnât aux vaches, légèrement flétrie car, disait-on, elle valait la luzerne pour favoriser la lactation (7).

Elle était fort utilisée à la basse-cour et c'était avec une pâtée d'orties et de son qu'on élevait les canards et les oies jusqu'à ce qu'apparaissent les « aliments » industriels qui ont libéré les fermières de ces tâches moins pénibles pourtant qu'on pourrait le penser car l’ortie, cueillie à travers l'étoffe du tablier et bouchonnée ne piquait plus.

Dans la plupart des maisons c'est aussi avec un bouchon d'orties qu'on lavait la vaisselle et les seaux de lait jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Il était ensuite donné au porc avec les eaux grasses. Cependant, lorsqu'on nourrissait le jeune porc aux orties, on les faisait bouillir (5).

On a fait aussi des soupes avec les jeunes tiges d'orties mais, semble-t-il, uniquement dans les familles très pauvres. Et, par amour-propre, parce que c'était une nourriture de goret, tout le monde se défendait d'en avoir jamais mangé. De nos jours, au contraire, des ménagères mettent une certaine coquetterie à servir de ces potages mais, adoucis de pommes de terre et autres légumes, assaisonnés de beurre ou de crème, ils n'ont plus qu'un lointain rapport avec les soupes d'autrefois.

L'ortie fraîche, bouillie avec des pommes de terre, était recommandée par la guérisseuse de Meschers pour lutter contre l'anémie des enfants. On les écrasait ensemble en purée et on délayait avec l'eau de cuisson.

Quant aux fessées d'orties, punition infligée autrefois par les parents dans les cas graves, elles semblent depuis longtemps disparues. Si l'on en parle encore, nul ne peut citer de cas précis. Les piqûres d'orties, les tannes, sont soignées par des applications d'eau blanche ou de vinaigre (6). L'ortie aurait aussi été utilisée comme fibre textile pendant la dernière guerre, c'est-à-dire en période de grande pénurie. On s'en serait servi aussi, autrefois, pour colorer des œufs de Pâques.

Ortie brûlante

Urtica urens

L’ortighe mâle (ainsi qualifiée en raison de ses feuilles découpées, cornues) n'est pas rare autour des bâtiments de ferme (20).

Ortie blanche

Lamium album

Cette labiacée aux fleurs blanches, aux feuilles non piquantes rappelant celles de l'ortie, est assez rare. Elle manque en de nombreux endroits.

Oseille cultivée

Rumex acetosa = Rumex rugosus

Il n'était guère de village où ne se trouvait une touffe d'oseille, au moins dans l'un des jardins. Au moment de confectionner l'andouille de Pâques, dont elle est l'un des composants, les voisines venaient en demander une dizaine de feuilles (1). Beaucoup plus rarement, elle était aussi utilisée en soupes et en omelettes.

Certaines ménagères se servaient aussi d'un bouchon d'oseille et de sable-à-fourbir pour astiquer les cuivres. Il fallait ensuite soigneusement laver et essuyer l'objet.

Les feuilles d'oseille auraient eu une autre propriété : dans les environs de Saintes, Chaniers..., on en donnait aux poules pour les faire pondre (23).

Oseille sauvage

Rumex spp.

Différentes oseilles sauvages (Rumex acetosa, Rumex pulcher, Rumex conglomeratus, Rumex crispus...), croissent en abondance dans les champs et les vignes comme au bord des chemins. L'une d'elles (Rumex acetosa) était récoltée au début du siècle aux environs de Royan et cuisinée comme oseille des jardins. La plupart des oseilles sauvages sont localement appelées pareilles ou rouables.

La petite oseille (Rumex acetosella) appelée vinette, est si envahissante, en certains champs, qu'au printemps, au moment de la floraison, ils apparaissent colorés de pourpre. Sa présence révèle un terrain de qualité médiocre (7).

Osier

Salix spp.

Il était deux sortes de vîme, le rouge et le jaune. L'une ou l'autre étaient généralement plantées dans les vignes. Au moment de la taille, on les coupait pour faire des riortes de javelles, des liens de fagots de sarments. On lia aussi de vîme les bottes d'asperges quand on commença à les commercialiser.

On y avait souvent recours quand on avait besoin d'un matériau à la fois flexible et résistant. On s'en est servi pour tresser des hottes de vendanges (intérieurement enduites de brai pour les rendre étanches). On en fait des paniers, des mannettes d'huîtres sur la côte, des melours où faire sécher les prunes. À la fin du XIXe siècle, était aussi de vîme, l'armature des couronnes de mariée qui ornaient la salle du repas devant l'héroïne du jour et étaient ensuite montées sur le toit de la maison nuptiale (où elles restaient parfois des années). On a longtemps continué à tresser de même les couronnes des premiers communiants. L'écorce d'osier a même parfois remplacé celle de la ronce pour tresser des vanneries de paille.

Le vîme a aussi donné lieu à un petit commerce. Les ostréiculteurs en achetaient des fagots dont ils plantaient les éléments autour des claires pour empêcher les terres, sortes de raies, de détruire les huîtres. Ces bâtons avaient environ quarante centimètres de long et, quand ils étaient trop gros, on les fendait. C'était un travail de tout repos qui n'assoiffait pas son homme et l'on disait en manière de plaisanterie à celui qui négligeait de vider son verre : tu bois comme un fendeur de vîme ! (34).

Quant à la latte de cette essence qui servait à corriger les enfants rétifs, on la craignait car ses coups étaient aussi douloureux que ceux de la lanière du fouet et tout le monde connaissait la course au vîme, plaisanterie brutale qui avait pour but d'affiner les drôles (enfants), d'apprendre la méfiance aux naïfs et aux étourdis.