T (Audier, L’herbier du village)
Sommaire
Tabac
Le tabac a longtemps fait l’objet d’une culture très réglementée et qui n’était permise qu’en certains lieux bien déterminés. Pendant la guerre de 1939-1945, ceux que tourmentait la pénurie d’herbe à Nicot, organisèrent de petites cultures clandestines aussi discrètes que possible, souvent dissimulées au sein d’un champ de maïs. Malgré des recettes transmises de bouche à oreille (séchage, traitement avec du sel, voire avec de l’eau-de-vie), on ne parvint jamais à obtenir de cette façon des cigarettes de bonne qualité.
Le tabac décoratif est aussi souvent cultivé dans les jardins.
Tamaris
Cet arbuste au feuillage délicat, aux fleurs roses ou blanchâtres, d’un aspect un peu plumeux, se retrouve partout sur le littoral et sur les bords des fossés dans les marais salants. Pour les riverains de la Seudre, les anguilles sur la grille ont un fumet sans pareil quand elles ont cuit sur la braise de ce bois. Les gens des terres le remplacent par des sarments de vigne.
Au Gua, vers 1943, pour guérir les engelures, ont faisait brûler dans la cheminée des branches verte de tamarin et l’on appliquait sur le mal la sève qui sortait (88).
Tamier
ou herbe aux femmes battues, Tamus communis = Dioscorea communis
Cette plante grimpante est très répandue dans les haies et à l’orée des bois. On récolte actuellement ses tubercules qu’achètent les laboratoires pour leurs vertus médicinales.
Thlaspi des jardiniers
Ce téraspic a toujours ses fidèles qui en font des bordures en leurs jardins.
Thym
Chaque jardin a sa touffe de thym qui est, avec le persil, la plante aromatique la plus utilisée. À la cuisine, les bouquets garnis se composent d’une dizaine de brins de persil et d’une branchette de thym. Ils s’ajoutent à toutes les sauces et tous les ragoûts à base de viande voire à base de légumes ou de poisson, comme les courts-bouillons d’anguilles.
Dans la région de Gémozac, les pêcheurs ajoutent parfois un peu de thym à leur vermée pour pêcher l’anguille.
Tilleul
Tilia spp.
Les tilleuls sauvages – les tileuiers – sont assez rares dans les bois où l’on trouve surtout la variété Tilia platyphyllos, bel arbre bien équilibré, au tronc droit et, plus rarement, le tilleul à feuilles rondes d’allure plus tourmentée mais dont la floraison, si elle est plus tardive, est aussi plus dense et plus odorante.
L’une et l’autre espèce – surtout la première – sont souvent transplantées dans le voisinage des fermes, le long des allées comme dans les cours d’école, où autrefois les petits garçons faisaient des musiques avec leurs feuilles. En soufflant sur le côté, ils parvenaient à détacher la fine pellicule ce qui produisait un petit son flûté. A l’automne, les enfants mangeaient les graines, le pain de tileuil.
Il arrive qu’au hasard d’une de ces transplantations, on recueille un tileuier mâle qui ne donne pas de fleurs (5). Il ne reste plus qu’à l’arracher et le remplacer.
L’infusion de tilleul, aux propriétés calmantes, favorise le sommeil, calme les douleurs d’estomac, permet de lutter contre la déshydratation. À Saint-Hippolyte, on plonge dans un bain de tilleul tiède, l’enfant qui a des convulsions.
Le bois de tilleul est utilisé en sculpture, rarement en menuiserie. Il fournit un chauffage de petite qualité. Au temps de Lesson, on faisait avec son liber d’excellentes cordes, surtout pour les puits.
Le tilleul peut atteindre un âge très avancé. Celui de Torfou, près de Saint-Porchaire, disparu il y a quelques décennies, aurait été millénaire. S’il était très gros, il était devenu creux et l’on disait qu’en son tronc on pouvait se mettre douze à table ou installer trois jeux de carte. Naturellement, un trésor, l’inévitable « veau d’or » était caché sous cet arbre : entre l’oum’tail et l’bout gris un pien timb’ d’or on a mis (62), ce qui situait le dépôt entre un orme et une pile de fumier.
Un jour de 1945 deux de mes collègues, deux anciens militaires, se sont mis en devoir de planter dans un champ l’arbre de la victoire. Cet arbre, tenez-vous bien était un tilleul, et voilà que nos deux hommes, qui s’étaient battus pour la même cause, se mirent à l’ouvrage. L’ainé faisant le trou et le second tenant l’arbre à la position voulue. Après bien des efforts ils finirent leur travail et comme les gens de Sainte-Gemme n’ont jamais été trop difficiles à contenter, celui qui avait tenu le tronc dit à l’autre : « tout ce que je te demande, des fleurs pour me faire de la tisane.
Le dimanche 15 avril 1945, alors que les avions qui allaient bombarder Royan passaient au-dessus de leur tête, deux voisins plantaient un jeune tilleul trouvé dans les bois. C’est le Tilleul de la Libération de Royan.
Tomate
Si les tomates sont apparues tardivement en nos jardins – les premières seraient arrivées à Feuillou vers la fin du Second Empire, venant du Château du Colombier - elles s’y sont fort bien implantées. C’est maintenant l’un des légumes les plus cultivés.
Semées en février-mars en vieille lune, elles sont repiquées en mars-avril. Pour les rendre résistantes aux maladies, en particulier au mildiou, certains piquent au travers de la racine, en les repiquant, un petit fil de cuivre (7) tandis que d’autres mettent une touffe d’orties au fond du trou de plantation.
Lorsqu’elles atteignent une vingtaine de centimètres, vers la fin de mai, ou le début de juin, elles seront sulfatées tous les douze jours. On munit chaque pied d’un tuteur, les rameaux latéraux sont pincés, mais on n’étête la plante qu’en fin de production.
On ne les a d’abord utilisées qu’en soupes et il n’était pas question avant 1930-1935 de les consommer crues. Elles entrent maintenant dans de nombreuses préparations culinaires.
On les a longtemps conservées par stérilisation et c’était l’une des grandes tâches de la ménagère que de faire bouillir, trois heures, les bouteilles de purée de tomates rangées dans la poêlonne où l’on chauffait autrefois l’eau de la lessive. Pour éviter les chocs, on les enfilait dans de vieux bas et on les séparait par des poignées de foin ou de paille.
Topinambour
Les topinambours qui ont maintenant disparu de notre paysage, ont longtemps fait l’objet de nombreuses petites cultures familiales, car, jusque vers 1930, leurs tubercules servaient à engraisser les bœufs (7). On en donnait aussi aux porcs et aux lapins. Durant la guerre de 1939-1945, ils ont parfois remplacé les pommes de terre, et bien qu’on leur trouvât un goût agréable, rappelant celui de l’artichaut, cet usage culinaire n’a pas résisté à la fin des restrictions.
Ces tubercules qui, arrachés, se conservent peu, présentent l’avantage de ne pas geler en terre et de pouvoir être arrachés entre deux périodes de gel ou même au printemps. Quant à la particularité qu’ont les racines perdues de produire une seconde récolte, elle était perçue beaucoup plus comme un inconvénient que comme un avantage.
Trèfle
Trifolium spp.
Le tranf en dialecte local, était le trèfle rose (Trifolium pratense). On le semait en mars et en vieille lune sur le blé ou de préférence, sur la baillarge où il réussissait mieux. Il était coupé l’année suivante, souvent chaque exploitation produisait sa graine (7).
Il était de préférence, consommé en fourrage sec en raison des dangers de météorisation que présentait la pâture de la plante fraîche. On pouvait cependant conduire le troupeau dans le champ de trèfle mais « à la rosée et moins d’une heure ». On ne l’y menait jamais par temps d’orage, ni par vent du sud ou par vent d’est. Quand le trèfle « faisait des oreilles de chat » en repliant ses folioles, il était considéré comme particulièrement dangereux (7).
Le trèfle blanc, le tranf bianc, n’était pas si redouté. Mélangé à des graminées on le considérait même comme le meilleur des fourrages.
Le trèfle incarnat, la farouche, (Trifolium incarnatum) qui n’est plus cultivé de nos jours, l’était couramment avant 1940. Semé à la Saint-Louis, il était utilisé en fourrage vert au mois de mai suivant. On ne faisait qu’une coupe (5).
Le trèfle à quatre feuilles, qui se rencontre parfois sur les pieds de trèfle rose ou de trèfle blanc, est considéré comme un porte-bonheur à condition d’avoir été trouvé sans le chercher. Certaines femmes l’ont même porté sur la peau, cousu dans un sachet. Au XIXe siècle, cette figure géométrique a décoré des manteaux de cheminées et des vantaux d’armoires paysannes massives à corniche rectiligne, d’esprit Louis XIII et Louis XIV.
Troène
Le trougne est très commun à l’orée des bois. On le transplante parfois dans les jardins où il fait des haies légères qui se taillent facilement. Ses rameaux sont parfois utilisés pour fabriquer des vanneries d’usage courant, paniers et corbeilles. Les tiges, longues et minces, sont coupées dans les bois en hiver et conservées dans l’obscurité d’une cave. Au moment de s’en servir, on les plonge dans l’eau bouillante. L’écorce se détache et elles deviennent blanches et flexibles (38).
Tulipe
Tulipa spp.
Dans les jardins avant 1930 – 1935, on trouvait souvent une tulipe ancienne à la tige longue, à la coupe assez petite, orangée avec un onglet bleu, et délicatement parfumée. On ne la voit plus de nos jours, chassée par l’envahissement des variétés horticoles plus brillantes.
Tussilage
On le trouve par endroits, dans les lieux frais où il peut être assez abondant alors qu’il manque totalement ailleurs.