S (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Safran

Crocus sativus

Le safran ou crocus était cultivé dans les provinces de l’Ouest aux XVIIe et XVIIIe siècles. Si nous n’en avons pas trouvé trace chez nous, il n’en était pas de même en Angoumois où il paraît avoir fait l’objet de ressources non négligeables ainsi qu’en témoignent les us et coutumes de cette province :

Pour la Dîme des Safrans, comme ils sont communs en quelques paroisses, il y a un Règlement du Présidial entre le curé et les habitants de Blanzac qui porte qu’ils payeront la Dîme au trentième, à condition de les cueillir et préparer entièrement, ce qui donne beaucoup de peine et c’est la cause de cet éloignement. Il y a une sentence du 20 février 1682 qui lui adjuge « la trentième portion du safran cueillis et préparez », si mieux il n’aime les cueillir et prendre sa onzième, elle a aussi jugé que c’était une menüe dîme, et que le curé qui est en possession de percer et lever son droit sans attendre que les propriétaires aient coupé les premiers, peut couper et commencer par quel côté il veut à condition de suivre, et qu’il peut aussi prendre dans le même champ la dîme de deux espèces de fruits s’ils viennent à maturité.

Sagittaire

Sagittaria sagittifolia

Cette grande plante aquatique n’est rare ni dans les fossés des marais, ni dans les ruisseaux et les points d’eau de l’intérieur des terres.

Sainbois

Daphne gnidium

Le sainbois, ce petit arbuste toujours vert, aux feuilles lancéolées, aux fleurs blanches et d’un parfum suave, abonde sur nos rivages comme sur ceux de l’île d’Oléron.

En grand renom autrefois pour ses propriétés vésicantes, il a fait l’objet avec la sanguenite, d’un petit commerce qui ne s’est éteint qu’au début du XXe siècle. Des hommes, généralement âgés, le proposaient alors aux ménagères dans les villages. On se servait de sa peau extérieure pour ouvrir un cautère qu’on entretenait avec une feuille de lierre et ce jusqu’à la disparition des « mauvais humeurs » Par précaution, on pouvait prolonger l’opération, et l’on cite le cas de la Vieille Courade morte vers 1910, qui eut le sainbois dans sa jeunesse et qui, vers la fin de sa vie, l’entretenait encore, changeant chaque jour sa feuille de lierre (1).

Sainfoin

Onobrychis viciifolia

Le sainfoin était, début du XXe siècle, l’un des fourrages de printemps les plus cultivés.

On ne sait depuis quand il était ainsi en faveur mais, pour la province voisine d’Angoumois, les Us et Coutumes nous donnent un précieux document. Comme on n’y percevait pas la dîme des foins, un ingénieux propriétaire, qui voulait se soustraire à cet impôt, imagina de consacrer toutes ses terres de sa métairie à la culture du sainfoin. Il fut cependant condamné.

Ainsi dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, un curé de village trouvait des débouchés pour une grande quantité de graines de sainfoin. Ce qui prouve un intérêt certain (et étendu) pour la culture de ce fourrage.

Salicorne

Salicornia europaea

Cette plante marine est cueille par les habitants de la côte. Bouillie elle accompagne plat de poisson ou de viande.

Salsifis

Tragopogon porrifolius

Les jeudis de printemps, avant 1914, les familles pauvres de Rochefort envoyaient leurs enfants, arracher les salsifis sauvages qui abondent sur les bords de la Charente, dans les prairies. Ils étaient cuisinés comme les salsifis cultivés (16).

Quant aux salsifis potagers, on les trouvait alors beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui dans les jardins. Ils étaient semés au mois d’avril et l’on disait qu’ils ne seraient pas branchus si l’on opérait le premier jour de la lune.

Santoline

Santolina chamaecyparissus

Cette plante n’est pas indigène. On la voit parfois dans les jardins, cultivée pour ses qualités décoratives, en particulier pour faire des bordures. On l’a aussi utilisée comme vermifuge en remplacement de la Sanguenite.

Sapins

(sapin, épicéa, cèdre, mélèze)

Jusqu’à une époque récente, ces arbres décoratifs ne se voyaient guère que près des châteaux, dans le voisinage des logis nobles et dans les parcs des domaines importants.

À Pont-l’Abbé, avant la dernière guerre, lors de la procession des Rameaux le prêtre portait une branche de sapin d’Espagne (Abies pinsapo) « dont les rameaux sont en croix ». Cette essence était réservée au clergé.

Les sapins (en réalité des épicéas) n’ont été choisis comme arbres de Noël que depuis quelques décennies, en remplacement du pin maritime et du genévrier.

Saponaire

Saponaria officinalis

La saponaire à fleur simple est assez rare. On la trouvait cependant autrefois à Royan et aux environs. La variété à fleurs doubles est beaucoup plus répandue près des villages, apparemment naturalisée car on l’a cultivée dans les jardins.

Vers 1930, on utilisait encore ses fleurs et ses tiges pour se laver les mains dans les familles pauvres et, durant la guerre de 1939-1945, on s’en est servi pour laver le linge.

Sarriette

Satureja hortensis

Cette plante est parfois cultivée pour ses propriétés aromatiques.

Sauge

Salvia spp. La sauge des prés (Salvia pratensis) est assez commune, le long des chemins. Les enfants aiment sucer l’extrémité de leurs corolles qui ont un goût sucré (6) mais ces sucettes rustiques ne tentent plus personne de nos jours. La sauge des jardins était autrefois beaucoup plus cultivée qu’aujourd’hui. Avant 1914, les anciens en faisaient de la tisane dont ils prenaient un verre chaque matin, pour bien se porter, pour avoir de la force, de l’appétit (7-28).

À Champagne, pour calmer les douleurs on l’utilisait en décoction avec d’autres plantes (lierre de muraille, foin de marais, marjolaine, romarin, herbe à Saint-Jean). On y baignait le membre douloureux (24).

Saule

Salix spp.

Le saule marsault ou saule de mars, la sauze en saintongeais, affectionne les lieux frais, les bois humides, le bord des eaux, où dès le prime printemps, apparaissent ses chatons argentés. Ceux des sujets à fleurs staminées, délicatement odorants à la floraison, et d’un jaune lumineux, étaient autrefois cueillis pour leurs vertus médicinales. On en faisait des tisanes qu’on donnait aux malades fiévreux.

Cette essence fournit un bois de chauffage de petite qualité mais les branches souples et résistantes, font de bons manches d’outils. Autrefois, les fourches de fenaison à deux ou trois doigts, façonnées au feu et très légères, étaient souvent faites en bois de saule (7). En ce bois on taillait aussi des toupies aux jeunes garçons car il a la faculté de résister aux chocs et de ne pas se fendre (34).

Quant au saule blanc, l’aubier, on le trouve surtout dans le marais, le long des fossés. Son bois lisse, blanc, fibreux, servait aussi à faire des manches d’outils et ses perches étaient renommées (7).

Saxifrage à feuilles cordées

ou bergénia, Bergenia cordifolia

On peut encore voir ces roses de Noël en quelques vieux jardins où on les apprécie pour leur floraison hivernale, d’un rose joyeux.

Scabieuse

Scabiosa spp.

Elles fleurissent généreusement dès les premiers beaux jours et souvent jusqu’à l’hiver, un peu partout, près des chemins, dans les lieux incultes, les vieux prés.

Scorsonères

Scorzonera hispanica

Les Scorsonères cultivés sont plus prisés que les salsifis, ont les mêmes modes de culture et les mêmes utilisations alimentaires. Toutefois, ces deux sortes de « racines » sont, sinon en voie de disparition, de moins en forte régression dans les jardins familiaux.

Scrofulaire aquatique

Scrophularia auriculata

La scrofulaire, très abondante au bord des eaux, est nommée herbe de siège parce qu’en 1628, lorsque Richelieu attaque La Rochelle, les habitants privés de vivres, eurent recours aux racines de cette plante, excessivement commune dans les fossés de leurs remparts, pour en faire du pain.

Ainsi en témoignait Lesson dans sa Flore rochefortine, et il est exact que les Rochelais ont fait du pain de n’importe quoi lors de ce siège de 1628. Toutefois, il semble bien que la scrofulaire doive son nom populaire au fait qu’on a longtemps utilisé sa décoction en bains de siège pour soigner les hémorroïdes.

Sédum

Sedum spp.

Le sédum à fleurs jaunes comme la variété à fleurs blanches colonisent les vieux toits où on l’accuse de causer des gouttières. Leurs feuilles courtes, rondes et allongées leur ont valu le nom de tétines de chattes. Le sédum, assez rare, peut se rencontrer près des chemins de terre, en terrain sec. On le transplante parfois dans les jardins pour la beauté de son feuillage vert cendré et des ses ombelles de fleurs pourpres.

Seigle

Secale cereale

Au XIXe siècle et jusque vers 1900, la seille en saintongeais, était cultivée comme céréale panifiable. Ensuite, il fut longtemps semé pour servir de fourrage vert, au printemps, en association avec la vesée ou garoube, la vesce.

La paille de seigle était autrefois très prisée pour faire des couvertures car on disait qu’elle n’enfondait pas, qu’elle ne se laissait pas pénétrer par la pluie, aussi la considérait-on comme la meilleure pour cet usage (7). Elle était aussi très souple et comme cette céréale mûrissait la première, elle venait à point pour confectionner des liens de gerbes (5). Cette même propriété l’a fait utiliser également pour réaliser des vanneries de paille en concurrence avec la palenne ou en remplacement de cette graminée des bois (1).

Pour la garder intacte, il n’était pas possible de dépiquer le grain au fléau, ce qui l’eut broyée. On opérait donc par chaubage, mode de battage qui consistait à frapper des poignées d’épis contre un tonneau placé debout (1). Ce mode de battage a disparu en même temps que les couvertures de chaume, avant 1900.

La farine de seigle a rarement été panifiée seule. On l’utilisait en mélange avec celle d’autres céréales, généralement du blé et de l’orge (ou de la baillarge). On obtenait ainsi du pain de méture qui fut celui des paysans jusqu’à l’aube du XXe siècle.

Séneçon

Senecio vulgaris

Commun partout, dans les champs cultivés, les jardins, les vignes, le senusson est recherché par certaines ménagères pour la nourriture des lapins. D’autres, au contraire, l’écartent du clapier car elles l’accusent de faire passer le lait aux lapines (5).

Serpolet

Thymus serpyllum

Le serpoulet qu’on trouvait surtout dans les vieux prés autrefois, se fait de plus en plus rare à mesure que disparaissent ces vieux prés mal tolérés par l’agriculture moderne. Il donnait une infusion qu’on proclamait première des tisanes et qui combattait à la fois le rhume et les douleurs d’estomac (24).

Silène enflé

Silene inflata = Silene vulgaris

On apprend de bonne heure aux petits à faire éclater d’une tape vigoureuse, les capsules du silène qu’on appelle parfois des pétards.

Soja

Glycine max

Cette plante oléagineuse fut l’objet d’essais de culture dans la vallée de l’Arnoult vers 1943. Ils furent abandonnés dès 1945.

En cuisine, les graines de soja étaient préparées comme des haricots. Torréfiées elles furent mélangées à l’orge et aux glands pour composer un succédané de café.

Soleil

ou tournesol, Helianthus annuus

Le soleil qui fait de nos jours l’objet d’une exploitation importante, sous le nom de tournesol, n’était pratiquement jamais cultivé comme plante oléagineuse avant la guerre de 1939 – 1945. Il ne faisait alors qu’égayer quelques jardins de ses grandes cocardes jaunes d’or et on les trouvait aussi sculptés comme symboles sur les cadrans solaires.

Souci

Calendula sp.

Le souci fleurit fort avant dans l’hiver, dans les vignes (Calendula arvensis) et les jardins où on le trouve fréquemment. On cultive aussi = une espèce améliorée (Calendula officinalis).

On appliquait sur les griffures de chat, des fleurs de soucis conservées dans l’eau de vie.

Spéculaire miroir

ou miroir de Vénus, Specularia speculum = Legousia speculum-veneris

On trouve cette plante çà et là dans les blés et les cultures, parfois au bord des chemins. Certaines années, elle est assez abondante. Sans raison connue elle peut manquer presque totalement en d’autres temps.

Spirée filipendule

Filipendula vulgaris

Cette plante dont les feuilles sont divisées comme celles des fougères est présente dans les prés et les bois. On la transplante parfois dans les jardins pour sa valeur ornementale.

Statice

Limonium spp.

C’est la fleur des marais salants et des rivages vaseux, mais les gens de l’intérieur des terres ne rentrent pas ce lilas des mers à la maison : il porte malheur. Une tradition orale rapporte que Marie Mancini, exilée à Brouage, aimait cueillir ces fleurs au pied des remparts.

Soude

Suaeda fruticosa = Suaeda vera

La sarrhe brandier, végétal des marais salants et des rivages envasés doit peut-être son nom à ce qu’il a pu servir d’allume-feu en remplacement de la brande pour les habitants de ces lieux dépourvus de bois (13).

Sureau

Sambucus nigra

Le seuil, en saintongeais, est un arbuste fort envahissant qu’on extirpe plus souvent qu’on ne l’introduit, car il s’implante partout où ses graines peuvent germer. Cependant, dans les lieux où il ne gêne pas, les haies, l’orée des bois, le bord des mares… on aime au mois de juin, ses larges ombelles d’un blanc crémeux auxquelles on attribue des vertus médicinales.

On les récoltait autrefois entre les deux Fête-Dieu ce qui renvoie cet usage aux temps de l’Ancien Régime, avant que le Concordat ne réduise à une seule ces deux solennités (1).

On en faisait une tisane aux propriétés diurétiques mais souvent on préférait faire infuser le sureau dans du lait bouillant qu’on sucrait et qu’on relevait de quelques cuillérées d’eau-de-vie. Ce breuvage, qu’on disait fort efficace surtout comme sudorifique, devait être absorbé au coucher et le plus chaud possible. L’infusion de sureau était aussi utilisée en fumigations pour faire percer un abcès dentaire (5) et l’on s’en servait pour les bains d’yeux (24).

Les tiges de sureau, qu’on vidait facilement de leur moelle, faisaient le manchon des sarbacanes des petits garçons, les cannes-pétouères dont le poussoir était généralement en noisetier. Jusqu’au début du siècle, les enfants ont pris plaisir à envoyer des projectiles légers à l’aide de cette très ancienne arme, jouet que décrivait déjà Rabelais : les petits garsons tirent d’un canon de seux avec belles rabbes… » Ces branches faisaient aussi les ch’nelles qui assuraient l’écoulement des lessis, du bujour (ou la ponne) à la poêlonne (ou chaudière) où il se réchauffait avant d’être reversé sur le linge. Pour cet usage, les tiges de sureau étaient généralement fendues en deux pour servir de gouttière.

Sureau yèble

Sambucus ebulus

En toponymie, le hameau de Chez Huble, semble un ancien lieu-dit, les Hubles, lieu ou poussaient ces plantes qui sont assez communes par endroits, dans les terrains incultes.

Symphorine

Symphoricarpos racemosus = Symphoricarpos albus

Les bouquets de la mariée, très estimés autrefois, n’ont plus grand prestige de nos jours. Il arrive qu’on les trouve naturalisés, près des anciens jardins des logis et des domaines.