Rutacées (Le Floc'h, 1983)

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Zygophyllacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Euphorbiacées


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Ruta montana

230. Ruta montana L. [II/726; p:457] RUTACÉES

Flora europaea indique : R. montana (L.) f.

M.T.R. - Nous rapportons ici les indications signalées, par GATEFOSSÉ (1921), comme relatives aux diverses « rues » qui sont réputées être des panacées :

  • à l'état sec, la « rue » est utilisée, comme emménagogue et abortif ou à faible dose comme diurétique et aphrodisiaque, dans de nombreuses préparations ;
  • à l'état frais, le suc de la plante est employé en tant que col­lyre.

Diverses propriétés relatives à cette espèce [1] ont été rapportées par PARIS et MOYSE (1967) (cf. à Ruta chalepensis n° 231).

LEMORDANT et al. (1977) ont indiqué pour cette espèce (ar. fidjel el djebel ; fr. = rue des montagnes) un caractère toxique.

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  1. De fait PARIS et MOYSE indiquent Ruta montana Clus.

Ruta chalepensis

231. Ruta chalepensis L. [II/727; p:458]


Ont été rassemblées ici des données relatives aux taxons retenus dans la Flore de la Tunisie :

(l) l'espèce,

(2) la ssp. bracteosa (D.C.) Batt., non retenue dans Flora eu­ropaea où elle est réintégrée à l'espèce sous la dénomination R. brac­teosa DC.

(3) la ssp. angustifolia (Pers.) P. Cout. qui dans Flora euro­paea retrouve le rang d'espèce sous la combinaison Ruta augustifolia Pers.

Les données relatives à Ruta graveolens L. en sont exclues malgré la synonymie avec R. chalepensis L. proposée par BATTANDIER et TRABUT (1902) mais non acceptée dans Flora europaea.


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M. - L'huile dans laquelle on aurait cuit Ruta bracteosa Boiss. (2) servirait, note DUVEYRIER (in TROTTER, 1915), dans les soins des douleurs rhumatismales et des contusions.

Divers usages pour Ruta bracteosa et R. angustifolia sont aussi rapportés par GATTEFOSSÉ (1921) (cf. R. montana n° 230).

La sous-espèce bracteosa (2) entre avec d'autres espèces dans la composition d'une tisane, dite « medhach », de la région de Korbous (cf. Artemisia arborescens n° 428) (BURNET, 1939).

Une infusion où entre Ruta chalepensis (cf. à Rosmarinus offici­nalis n° 348) est servie à la jeune accouchée, note REBOUL (1953.

Ruta angustifolia Pers., Ruta chalepensis L. et Ruta montana Clus. ont, rapportent PARIS et MOYSE (1967) des propriétés analogues à celles de Ruta gra­veolens L. à savoir que cette plante (fr. = rue fétide) autrefois réputée contre la rage, l'épilepsie, comme abortive et anthelmintique est actuellement peu utilisée en médecine officielle car si les propriétés spasmolytiques et emménagogues ont été mises en évidence, la « rue » est également susceptible de provoquer des métror­ragies et des gastroentérites. Ces propriétés sont rappelées par LEMORDANT et al. (1977) pour l'espèce (ar. fidgel ; fr. = rue) alors que pour la sous-espèce angus­tifolia [1] (ar. = fidgel; fr. = rue à feuilles étroites) ils ne signalent que la toxicité.

R. - Rappelons également l'indication qne nous avons recueillie et selon laquelle, en mélange avec d'autres espèces, Ruta chalepensis est susceptible de procurer la puissance sexuelle (cf. à Capparis spino­sa n° 153).

D. - TROTTER (1915) et KEITH (l965) signalent que la sous­ espèce bracteosa (ar. = fejzel, figel) est réputée tenir les scorpions éloignés et avoir des propriétés aphrodisiaques.

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  1. LEMORDANT et al. signalent de fait Ruta angustifolia.


Haplophyllum tuberculatum

232. Haplophyllum tuberculatum (Forsk.) Juss. [II/729; p:459] RUTACÉES


La synonymie la plus couramment employée est : Ruta tuberculata Forskal. En Tunisie, POTTIER-ALAPETITE ne cite que H. tubercula­tum ssp. vermiculare (Handel-Mazetti) Maire qui paraît être la seule sous-espèce reconnue en Afrique du Nord.

Très répandue, cette plante est employée en pharmacopée tradi­tionnelle avec des indications diverses où l'on relève cependant assez


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fréquemment son usage, en tant qu'abortif, pour combattre les nausées et les vomissements.

M. - La guérison des coliques, dues aux flatulences, obtenue à partie de cette plante a été signalée par TROTTER (1915) comme ori­gine probable du nom vernaculaire « sezeret en rih » signifiant « herbe du vent ».

LARRIBAUD {1952) note que contre les nausées et les vomisse­ments, on recommande de prendre le matin à jeun une infusion de feuilles de cette espèce {cf. à Ammodaucus leucotrichus n° 310). Sans en indiquer le traitement en détail, MAIRE et SAVELLI (1955) rap­portent également l'usage de l'infusion contre les nausées et les vomis­sements.

A forte dose, elle est abortive alors qu'à petite dose en infusion, elle est employée pour combattre la fièvre, le paludisme et la consti­pation (PASSAGER et DOREY, 1958}.

De nombreuses indications relevées chez les populations saharien­nes sont rapportées par DOREAU (l961) (ar. : fijel) concernant son usage dans les soins contre les vomissements, les nausées, la constipation, le paludisme, les rhumatismes, les aneuries, les douleurs gastri­ques, les vers intestinaux, les maux d'yeux ou d'oreilles, dans les cas d'accouchement difficile, comme aphrodisiaque, antivenimeux local et enfin pour conjurer les maléfices.

La propriété d'aphrodisiaque de cette espèce (« scezeret er rih »), ainsi que de Ruta chalepensis, est rapportée par KEITH (1965).

Plus proche dans le temps, LOUIS (1979) indique que dans le Sud tunisien la « rue sauvage » (ar. : fijel) entre dans une composition, avec du fenugrec [1] et de la bouillie de semoule grossière, comme cal­mant pour les femmes qui ont des règles difficiles ou des pertes et qu'elle est également considérée abortive.

Les graines noires de la « rue sauvage » sont efficaces pour soigner les irritations des yeux relève encore LOUIS, qui précise que pour les cas d'ophtahnie simple on brûle de l'alun, dit « chebb » jusqu'à pul­vérisation, puis on le mélange avec du blanc d'œuf et que l'on appli­que cette mixture sur l'œil. Le même auteur a relevé qu'en cas de toux pernicieuse (« sell ») on cueille des branchettes de « rue sauvage » encore verte, on les fait chauffer dans un plat de fer puis on les passe


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rapidement dans de l'huile. Ces branchettes sont appliquées encore très chaudes sur le corps du patient que l'on enveloppe de laine toute la nuit. Cette indication est appliquée de nuit en nuit, trois ou quatre fois s'il le faut.

Dans cette même région, nous avons nous-mêmes relevé chez les Beni-Zid, l'emploi de la plante, fraîche ou séchée, en tisane contre les gonflements du ventre et pour procurer la puissance sexuelle (cf. à Capparis spino­sa n° 153).

Il faut ajouter à ces emplois celui déjà signalé pour les soins en cas de morsure de serpent (cf. à Artemisia campestris n° 430).

R. - Rappellons les usages signalés plus haut (DOREAU) com­me aphrodisiaque et pour conjwrer les maléfices.

D. - L'espèce, sous le binôme de Ruta tuberculata, est parée également (GAST et al., 1969) des propriétés d'agent clarificateur et conservateur de la matière grasse du beurre (cf. à Anethum graveo­lens n° 306).

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  1. Trigonella foenum-graecum L. (fam. Légumineuses)