Zygophyllacées (Le Floc'h, 1983)

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Linacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Rutacées


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223. Peganum harmala L.

(11/715 ; p:449] ZYGOPHYLLA­CÉES

Le Prophète désignant l' « harmal » indique « une plante dont chaque racine, chaque feuiHe, est protégée par un ange dans l'attente qu'un homme vienne y chercher la guérison » (TROTTER, 1915). Ce­ ci justifie que, sérieusement étudiée du point de vue biochimique et sur le plan des actions physiologiques des alcaloïdes qu'elle contient (CHOPRA et al., 1960 ; DOREAU, 1961), elle soit considérée comme une panacée par les populations d'Afrique du Nord.

M. - La synthèse la plus complète, la concernant, est l'œuvre de VONDERHEYDEN (1937) dont nous examinons ici les indications souvent reprises dans d'autres travaux. Cet auteur signale que l'espè­ce (tam. : bender tiffin; ar. = harmel; fr. = rue verte, rue sauvage) intervient dans de nombreuses préparations employées en usage in­terne :

- les graines, pilées avec de l'huile, sont utilisées contre les coli­ques, les maux de tête et les douleurs rhumatismales. Les graines peuvent aussi être avalées directement dans un verre d'eau.

- les feuilles servent à faire des infusions que l'on prend com­me dépuratif; les citadins qui ont adopté l'anisette font macé­rer volontiers quelques feuilles de « harmel » dans uu litre de cette liqueur; l'anis absorbé ensuite est utile contre les mauvaises digestions.

ou en usage externe :

- la fumigation est la forme d'emploi la plus utilisée. Ainsi, par exemple, le malade atteint de rhumatismes, s'expose à la fumée que dégage la plante ou seulement les graines grillées. Les fumées de « harmel » avec celles de l'encens et de l'alun sont aussi efficaces contre le tétanos des nouveaux-nés.

- les femmes utilisent, en sinapisme sur la plante des pieds, des feuilles séchées pour faire descendre le sang et plus spé­cialement dans les tentatives d'avortement,

- le mélange du « harmel » avec des dattes, sous forme d'une pâte, est, après avoir été passé sept fois au-dessus de la fumée de l'encens, absorbé par les femmes qui craignent la stérilité,


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- en lotion avec le « rassoul » (*), le « harmel » est employé pour faire repousser les cheveux,

- la poudre fine, délayée dans un jaune d'œuf, donne une pâte qui est appliquée sur la base de la joue, sur le cou et derrière l'oreille pour guérir les oreillons,

- c'est aussi un antiseptique utilisé, par exemple, après la cir­concision et en général pour cicatriser rapidement toutes sortes de plaies.

De façon dispersée géographiquement et dans le temps, nous avons relevé les informations suivantes qui, le plus souvent, corroborent ou devancent des usages signalés par VONDERHEYDEN (loc. cit.).

En 1850, PRAX indiquait que cette plante était administrée en poudre ou en décoction et employée pour les frictions; en outre, on fu­mait le « harmel », le matin, sans mélange de tabac, pour chasser le froid et le mauvais air (cf. à Anacyclus clavatus n° 423).

Les graines, aux vertus médicinales réputées, servent dans la ré­gion de Ghadamès (Libye) à la fabrication d'une huile médicinale nommée en arabe « zit el harmel » et utilisée pour les soins ophtal­mologiques (DUVEYRIER, in TROTTER, 1915). En plus de cet usa­ge dans les cas d'ophtalmies purulentes (TROTTER) les graines sont utilisées en Algérie pour soigner les rhumatismes et diverses maladies de la peau.

Divers emplois sont rapportés par BOUQUET (1921) pour le Ma­ghreb:

- le suc de la plante fraîche, mélangé à de la graisse de mouton est employé en friction contre les douleurs articulaires.

- la plante désséchée, pulvérisée et tamisée, trouve usage dans les soins contre la conjonctivite purulente, et la blépharite.

- hachée, bouillie dans l'huile et à dose d'une grande cuillerée à jeun durant sept jours, la plante sert à lutter contre les hémorroïdes et les vices du sang.

- en fumigations, la plante entière est utilisée contre les affections des organes génitaux de la femme.


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Au Maroc, GATTEFOSSÉ (1921) note que la plante est surtout employée contre les empoisonnements et le venin des serpents comme la coloquinte (**) mais à condition d'en employer trois fois plus et d'y ajouter trois graines de ricin (***).

DUCROS (1930) rapporte, pour l'Egypte, quelques emplois des graines (ar. = bizr el Hharmal) de cette espèce dont certains sont russi signalés au Maghreb. Selon son propos, seule la graine est em­ployée en médecine où elle est considérée vomitive, anthelmintique, sudorifique, emménagogue, diurétique et parée de vertus enivrantes et somnifères analogues à celles du Cannabis indica (****).

Contre les rhumatismes, on utilise un emplâtre de feuilles de « harmel » (PIANA, 1939). Le même usage est aussi rapportée par LE­THIELLEUX (1948), MAIRE et SAVELLI (1955) (cf. à Matricaria pubescens n° 426).

Selon LETHIELLEUX, en plus de la faculté de calmer les rhumatismes, cette espèce (ar. : h'armel; fr. : rue) aurait, aux dires des fezzanais, de multiples emplois contre les conjonctivites, les maux de dents, les congestions, provoquerait des vomissements et serait utilisée lors des avortements.

Par ailleurs, les mozabites portent sur eux et suspendent dans leurs demeures, pour éloigner les scorpions et les maléfices, du « harmel >> fleuri. Ils l'utilisent de plus, contre les coliques, la toux, les rhuma­tismes et en mixture contre les fièvres (PASSAGER et DOREY, 1958).

Tout en précisant la nature chimique des aicaloïdes que contient cette plante, DORVAULT et WEITZ (1945) comme DUCROS (loc. cit.) rapportent qu'elle est parfois cultivée et a des graines enivrantes, soporifiques, anthelrnintiques et antipaludiques.

BEN ALI et LOUIS (1946) la considèrent comme étant une véritable panacée employée pour guérir la conjonctivite, les rages de dents (gargarismes), les affections de la poitrine (cataplasme) et les rhumatismes (liniment à hase de « harmel » et de « marrube » (*****)). Ils relèvent aussi dans la bibliographie quelques données plus ancien· nes, ainsi :

MOULIERAS (1899) : l'usage de la plante contre la migraine selon le procédé suivant : « on cuit dans l'huile les racines de « harmel » et on applique la décoction sur la tête »,


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- MARÇAIS (1925) : au sujet de la croyance aux vertus prophylactiques du « harmel ».

- QUEMENEUR (1944) : l'emploi des graines de « harmel », que l'on avale le jour d' « Aoussou » (12 juillet = canicule), pour s'immuniser contre la conjonctivite granuleuse.

De très nombreux usages sont aussi rapportés pour le Sud algérien par DOREAU (1961) qui indique que les sahariens citent les proprié­tés suivantes en thérapeutique traditionnelle :

- infusions employées dans le traitement des nausées, de la fiè­vre, des rhumatismes,

- drogue entraut dans la composition des liniments antirhuma­tismaux (emplâtre de feuilles),

- traitement des : blépharites, troubles intestinaux, céphalées, états syncopaux, toux, eczémas, vers intestinaux, brûlures.

En 1962, FONT-QUER a, dans Plantes médicinales, noté que les semences de « harmel » sont, depuis des temps immémoriaux, utilisées sous diverses formes dans le but de se procurer une délicieuse ivresse (cet emploi fût déjà signalé par LINNÉ). Selon le même auteur on considère au Maroc que ces graines constituent une sorte de panacée et il est vrai qu'elles sont réputées ténifuges, anthelmintiques et em­ménagogues.

Pour PARIS et MOYSE (1967), la plante a des propriétés excitantes du système nerveux, dues aux alcaloïdes qu'elle contient. Ils indiquent aussi qu'il s'agit d'un anthelmintique et d'un ocytocique.

Cette réputation de panacée est confirmée par LOUIS (1963) qui ajoute, aux usages déjà cités dans BEN ALI et LOUIS (1946) concer­nant les soins des affeetions de la poitrine et les rhumatismes, l'emploi de la décoction prise en gargarisme pour guérir les rages de dents.

Pour le Sud tunisien, le même auteur (LOUIS, 1979) ajoute en­core que les feuilles séchées réduites en poudre et saupoudrées sur une plaie en facilitent la cicatrisation, alors qu'en Libye, KOTOB HUS­SEIN (1979) les considère anthelmintiques.

Pour notre part, nous avons relevé les indications selon lesquelles le Peganum est utilisé dans la région de Feriana, pour donner de l'ap-


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pétit aux enfants et dans la région des Souassis, pour lutter contre la stérilité des femmes.

T. - La plante aurait une certaine toxicité et ainsi est-elle, selon CAUVET (1925), mortelle pour le chameau qui, d'ailleurs le plus souvent, n'y touche pas VONDERHEYDEN (1937), dans sa synthèse, confirme que cette toxicité est souvent signalée dans la lexicographie arabe, ce qui n'empêche pas la plante de servir de médicament interne.

RODIN et al. (1970) révèlent que la teneur de la plante en alca­loïdes s'élève brusquement durant la phase de mûrissement des fruits et qu'une paisson abondante en hiver entraîne un amaigrissement, des convulsions et un dérèglement des fonctions digestives des animaux mais que, de fait, l'espèce est peu broutée.

Les propriétés toxiques et hallucinogènes prévalent chez cette es­pèce (ar. = harmel; fr. = harmel) (LEMORDANT et al. 1977).

R. - En Tripolitaine la plante brûlée, avec des versets du Coran, serait un bon remède contre les maladies mentales et nerveuses (TROTTER), alors qu'en Cyrénaïque (HAIMANN, in TROTTER) l'espèce sert à chasser les démons. Ces observations sont confirmés par RENAUD et COLIN (1934) puis par VONDERHEYDEN qui note que le « harmel » joue aussi un grand rôle en propbyllaxie magique pour chasser le mauvais œil et dans toutes les purifications.

Pour éloigner les mauvais esprits (RAMES, 1941) lors de la cir­concision, on orne le poignet droit des enfante d'un lien de laine qui comporte un bouton d'étoffe contenant des gTaines de « harmel ». On fait aussi brûler de l'encens pour écarter les maléfices (BOUCHAT, 1956).

Le « harmel » fleuri est suspendu dans les demeures pour éloigner les scorpions et les maléfices; porté sur soi en permanence, un brin préserve des maladies et des mauvais génies (DOREAU).

(*) rassoul = il s'agit d'une espèce dont nous n'avons pu établir l'identité avec précision. note des numérisateurs : le rassoul est une argile saponifère très employée dans les hammams pour le soin des cheveux et du corps.

(**) coloquinte = Colocynthis vulgaris (L.) Schrad. (fam. Cucurbitacées).

(***) ricin = Ricinus communis L. (fam. Euphorbiacées).

(****) Cannabis indica Lam. synonyme de C. sativa L. (fam. des Moracées) espèce absente de Tunisie.

(*****) Marrube = Marrubium sp. (fam. Labiées).


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224. Fagonia cretica L.

[II/717; p:451] ZYGOPHYLLACÉES

D. - Cette espèce saponifère cet très employée dans le Sud marocain (GATTEFOSSÉ, 1921).


225. Fagonia glutinosa Del.

[II/720; p:454]

A.T. - SAUVAGE (in GAUTHIER-PILTERS, 1969), écrivant à propos de la Hammada du Dra signale que, la plante (« desme ») sur­tout en graine, est estimée nutritive mais que, ingérée seule et en gran­de quantité, elle provoquerait des coliques.


226. Zygophyllum cornutum Coss.

[II/722 ; p:455] ZYGOPHYLLACÉES

Signalons que ce taxon est considéré par LE HOUEROU (1959) comme non distinguable de Zygophyllum album L.

M.-Confirmé par la suite, à partir d'expériences cliniques, l'effet hypoglycémiant de l'espèce a été à l'origine de son emploi comme remède empirique du diabète sucré (PARIS et DILLEMAN, 1960 ; PARIS et MOYSE, 1967).


227. Zygophyllum album L.

[II/723; p:455]

Pour plus de précision Flora europaea retient comme combinaison complète : Z. album L. fil.

M. - Cette espèce a d'assez nomhreux emplois dans la thérapeutique traditionnelle :

- GATTEFOSSÉ (1921) rapporte que les sommités fleuries sont utilisées en infusion pour les soins du visage (beauté du teint) et la toilette corporelle des jeunes enfants.

- PASSAGER et BARBANÇON (1956) signalent l'action de Zy­gophyllum album dans le soin des proies (cf. à Atriplex hali­mus n°106).

- Dans le Sud tunisien (Ouara), préparée sous forme de thé, l'espèce (ar. = bou griba) sert au traitement des caries dentai­res et du diabète.

D. - Zygophyllum album (« aggaïa ») et Salsola vermiculata


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(« ghessal ») sont utilisés pour le lavage des linges et des chevelures féminines (PASSAGER et BARBANÇON).


228. Tribulus terrester L.

[II/725; p:456] ZYGOPHYLLACÉES

Cette combinaison doit être orthographiée (Flora europaea) T. terrestris L.

M.T. - A propos de Tribulus terrestris L., DUCROS (1930) indi­que que le fruit, détersif, astringent et diurétique, est employé contre les coliques, les dysenteries et les douleurs de la vessie. Les fruits sont, par ailleurs, susceptibles de provoquer des accidents chez les lapins et les moutons qui en mangent.

Cette espèce renferme un principe photosensibilisant responsable d'accidents causés chez le mouton note BROCKMANN (in PARIS et DILLEMAN, 1960). Cette toxicité de l'espèce (ar. : hassek) est rap­portée aussi par LEMORDANT et al. (1977) et par PARIS et MOYSE (1967) qui précisent que ces intoxications sont provoquées par les sa­ponosides stéroïdiques à propriétés hémolytiques.


229. Nitraria retusa (Forsk.) Asch.

[II/725; p:456] ZYGOPHYLLACÉES (TÄCKHOLM, 1974 = NITRARIACÉES)

L'espèce est couramment indiquée sous une dénomination syno­nyme : N. tridentata Desf.

A. - Les drupes de Nitraria retusa (« guezim ») de Rhus tripartitum (« jedari ») et de Ziziphus lotus (« sedra ») sont considérées comestibles (LARRIBAUD, 1952).

Il s'agirait (KEITH, 1965) du « lotos » des Lotophages et les fruits sont uti1lisés pour préparer une boisson.

Les feuilles sèches servent, en décoction, de succédané au thé (TÄCKHOLM, 1978).

M. - Les feuilles de Nitraria tridentata Desf., additionnées d'eau, servent à fabriquer des cataplasmes que l'on applique comme résorbant des enflures (TROTTER, 1915). Cette indication est confirmée par KEITH et nous l'avons également relevée dans la région de l'Ouara en Tunisie.


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Les cendres de cette espèce (ar. : guerzim) ont la propriété de retirer les humeurs des plaies infectées (cf. à Atriplex halimus n° 106) (PASSAGER et BARBANÇON, 1956).