L (Audier, L’herbier du village)
Sommaire
Laiche
Carex spp.
On désigne sous le nom de rouches divers carex qui croissent dans les terrains humides, surtout le long des fossés, dans le marais, où leurs jeunes pousses sont broutées par le bétail.
Fauchées en leur plein développement, ces plantes servaient autrefois à faire de la litière ou des liens pour les gerbes. On s'en servait aussi pour couvrir les loges en brande et les meules dans l'aire.
Laiteron
Répandus partout dans les jardins et les cultures, les laiterons sont les plantes les plus estimées pour la nourriture des lapins.
Laitues
Les salades, laitues et autres, ne doivent pas être plantées avant le 22 mai : elles monteraient. C’est même à cette date qu’aux Croix Blanches on sème la variété étalée appelée scarole. Ces légumes sont actuellement cultivés partout, ainsi que la romaine ou chicon mais, jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, ils n’étaient pas en grande faveur. On leur reprochait d’être trop « gourmandes d’huile » qui était rare et qu’on ménageait. Quant à la laitue sauvage, avant 1945, elle était ramassée et mangée en salade dans la région de Royan.
Laurier
Le laurier paraît spontané dans l’île d’Oléron et dans quelques bois comme celui de La Gouyonnerie, en la commune de Sainte-Gemme, etc. Autrefois, et encore au début de ce siècle, il était très fréquent de le trouver dans les basses-cours. Il fournissait un perchoir où les volailles étaient à l’abri du renard et son feuillage, coriace et persistant, les garantissait quelque peu des intempéries. Les années de très grand froid, quand il lui arrivait de geler, on le coupait et il repoussait autour de la souche. C’est pourquoi, en certaines basses-cours, on pouvait voir un massif circulaire de lauriers, conséquence d’un certain nombre de catastrophes hivernales qui, en détruisant les parties aériennes de l’arbuste, avaient, peu à peu déporté des repousses vers l’extérieur.
Il est rare de voir un jardin sans laurier car cette essence aromatique est d’un emploi constant en cuisine où elle assaisonne les poissons et les crustacés. Il sert aussi à aromatiser le civet et on en dépose une demi-feuille sur les pâtés avant la cuisson.
Il y a une trentaine d’années encore, la veille du jour où l’on sacrifiait le porc, les pots de grès destinés à recevoir graisse, grattons et tantouillée, étaient mis à bouillir avec de la cendre et quelques branchettes ou une poignée de feuilles de laurier. Cette précaution assurait une stérilisation qui concourait à la bonne conservation des produits. Dans les fermes où les jambons se conservaient par fumigation, on les suspendait dans la cheminée où l’on faisait brûler chaque jour des branches vertes de laurier et de romarin. La salaison a remplacé partout cette pratique vers le début du siècle.
Avant que le buis ne devienne le symbole du dimanche des Rameaux, c’étaient des bouquets de laurier que l’on portait à la bénédiction pour les distribuer ensuite dans les différentes pièces de la maison, les champs, les vignes et les jardins. Vers 1960, on le voyait encore aux mains de quelques rares fidèles mais c’est l’époque où cette coutume a définitivement disparu. Autrefois on voyait les conscrits parcourir les villages en portant un grand laurier pour lequel ils quêtaient rubans, cocardes et fleurs afin qu’il fût richement orné. Le dimanche suivant on le disposait au-dessus de la porte de l’auberge où avait lieu le banquet. Cette coutume existait encore à Balanzac en 1956.
Le laurier est aussi parfois sculpté, sans grande originalité, sur les tombes de soldats morts au champ d’honneur. On le trouve également avec plus de bonheur, sur les tablettes de cheminées paysannes, dans la région de Pons, en particulier. Et, si l’on considère que nos campagnes sont restées très longtemps et ardemment bonapartistes, là aussi il pouvait s’agir d’un symbole.
Laurier-cerise
Dans les premières décennies de ce siècle, le dimanche des Rameaux, les femmes qui avaient un laurier amande dans leur jardin, mettaient une certaine coquetterie à en apporter une branchette à la bénédiction en lieu et place du buis ou du laurier commun de leurs voisines. Auparavant, elles en avaient donné de grandes branches pour orner l’autel car il allait y acquérir une « vertu » pour soigner les érésipèles. Les personnes intéressées en demandaient quelques feuilles au sacristain ou se servaient elles-mêmes après l’office. Plus prosaïquement, dans la région de Rochefort, une feuille de laurier amande à l’odeur caractéristique d’amande amère, aromatisait les jonchets, ces fromages vendus dans un emballage de jonc des marais et qui sont en grand renom en ce pays.
Laurier-rose
Les bonnes jardinières, autrefois, tiraient orgueil d’un laurier rose souvent cultivé dans un vieux récipient car il fallait le garantir des gelées, l’hiver. On le trouvait, quelquefois, planté devant la porte quand la maison était particulièrement bien exposée.
S’il résistait mal aux rigueurs de l’hiver, le laurier-rose était en revanche facile à reproduire. Il suffisait d’introduire une jeune pousse herbacée dans une bouteille d’eau, au bout de quelques jours ou de quelques semaines, des racines apparaissaient sur la partie immergée, et il ne restait plus qu’à mettre la bouture en terre.
Il fallait éviter de s’endormir auprès de cet arbuste car on pensait qu’il s’en dégageait un poison mortel. C’est une plante toxique.
Lavande
Lavandula spica = Lavandula angustifolia
On trouve la lavande en quelques jardins, les tiges fleuries sont cueillies pour parfumer le linge. Parfois, on en fait des sachets.
Lierre
Le yerre, ce « pampre » envahissant, est partout : sur les murs, sous les haies, dans les sous-bois qu’il tapisse et d’où il monte à l’assaut des vieux arbres. (Un châgne yerru est un chêne couvert de lierre et peut devenir un lieu-dit). L’hiver, ses baies attirent les oiseaux, en particulier les merles, mais alors on ne les chasse pas car quand le merle va au yerre, il est pas bon. On n’y ramasse pas davantage les escargots : ils sont amers. Mais avant 1900, l’hiver, lorsque la neige retenait les moutons à la bergerie, on allait en cueillir des brassées qui leur servaient de fourrage. Ses feuilles, coriaces et persistantes l’ont fait utiliser pour la décoration des crèches de Noël et pour faire ces guirlandes qui ornaient aux mariages la salle du banquet comme elles décoraient aussi le drap qui tenait lieu de tapisserie, derrière les héros du jour.
Avec des feuilles de lierre, les enfants faisaient des « musiques ». En soufflant par le côté, ils arrivaient à détacher la mince pellicule de la feuille, ce qui produisait un son menu et flûté que n’avaient point dédaigné leurs aînés qui utilisaient cet instrument rustique dans les bals de veillées. Une décoction de feuilles de lierre était utilisée pour laver les étoffes noires mais c’est surtout en médecine populaire qu’elle avait ses applications.
On a vu qu’en association avec la marjolaine, l’herbe à Saint-Jean, la sauge, le romarin et le foin de marais, il donnait une décoction propre à calmer les douleurs. On y baignait le membre douloureux. Pour soigner les orgelets, il fallait déposer en croix sur l’œil deux feuilles de lierre femelles perforées avec une aiguille flambée. Les feuilles de lierre dites « femelles » étaient celles des rameaux floraux ; elles n’avaient pas de « cornes ».
Pour prévenir la congestion cérébrale, Poirier, « dormeur » à Rochefort, conseillait de porter un bonnet de feuilles de lierre. A Saintes, on se mettait des feuilles de lierre un peu ramollies sur la tête. Enfin, en enfilant, comme des perles, de minces tiges de lierre coupées au demi-centimètre environ, on obtenait un collier qui allait permettre au jeune enfant de percer ses dents sans drame, sinon sans douleur ; on signale encore cette pratique à Fouras en 1953.
Lierre terrestre
L’herbe à Saint-Jean croît au pied des haies et à l’orée des bois où ses fleurs bleues s’épanouissent aux premiers soleils. Avec ses feuilles fraîches, on obtient une tisane qui permet aux fiévreux de lutter contre la déshydratation. Elle est aussi préconisée dans les cas de rhume et contre la toux. On sait qu’en association avec le lierre et d’autres végétaux aromatiques sa décoction était autrefois utilisée contre les douleurs.
Lilas
Le lilas dont la culture fut introduit en Europe par Busbeck, ambassadeur d’Allemagne à Constantinople en 1552, a conquis tous les jardins. Plusieurs variétés à fleurs mauves ou blanches y fleurissent ainsi que la variété improprement appelée « lilas de perse », plus rare. Les lilas à fleurs doubles ne furent connus que vers 1930. Si le lilas fleurit une deuxième fois dans l’année, à l’automne, il annonce une mort dans la maison.
Divers autres végétaux à fleurs en grappes sont aussi appelés « lilas » par analogie. Le lilas d’Espagne est généralement la valériane rouge (Centranthus ruber), mais à Chaniers, c’est le buddleia qu’on ne doit pas rentrer à la maison car il porte malheur.
À Sainte-Gemme, c’est le lilas de mer (statice) qui est maléfique quand on en fait des bouquets et qu’on le garde chez soi.
Lin
Le lin croît dans les mêmes terres que le chanvre mais il est loin d’avoir été aussi répandu et sa culture a cessé beaucoup plus tôt. La farine de lin fut longtemps utilisée en cataplasme saupoudré de farine de moutarde, pour soigner les affections du système respiratoire, et en médecine vétérinaire, quand un animal souffrait d’indigestion, on lui faisait manger de la graine de lin. Ce remède encore préconisé entre les deux guerres, n’est plus employé de nos jours.
Le lin sauvage, aux fleurs gris-bleu, se trouve souvent dans les prés et au bord des routes (Linum angustifolium) mais c’est dans les friches et les lieux arides qu’il faut chercher l’espèce à fleurs jaunes (Linum gallicum = Linum trigynum) qui est beaucoup plus rare.
Linaire
Linaria sp.
Les gueules-de-loup sont communes dans les vignes et les cultures. La linaire cymbalaire, parfois appelée pleurs-de-Madeleine pousse sur beaucoup de vieux murs.
Liseron
Les liserons d’autrefois, aux fleurs multicolores et éphémères ont presque complètement disparu des treillages de nos jardins. Ils sont parfois remplacés par des ipomées volubilis aux grandes fleurs bleues ou par des variétés horticoles nouvelles.
Dans les champs et les jardins, la veuriée (liseron des champs, Convolvulus arvensis) est particulièrement envahissante, tandis que dans les lieux humides, plus rares, la grande veuriée (le liseron des haies, Calystegia sepium) aux grandes fleurs blanches, parfois roses, grimpe aux arbustes et aux grandes herbes. Quant au liseron marin, le liseron soldanelle, il n’est pas rare dans les sables maritimes.
Lotier corniculé
Répandu partout, dans les champs comme au bord des chemins, le lotier est considéré comme une herbe médiocre pour les bovins mais c’est l’un des meilleurs fourrages pour les moutons. Le lotier sauvage est plus estimé que le lotier amélioré que l’on sème (7).
La graine, comme celle de la luzerne, se prend sur la deuxième coupe.
Lunaire
Jusqu’en 1930, la monnaie du pape était cultivée dans beaucoup de jardins. Lorsqu’elle était sèche, en décortiquant les lunules, on obtenait des rameaux portant leurs nombreux médaillons en papier de soie, que l’on plaçait, en général, dans des vases sur la cheminée. On changeait en principe ces bouquets tous les ans. Ils étaient d’autant plus en faveur qu’on ne voyait pas souvent de fleurs fraîches, autrefois, dans les maisons paysannes.
Luzerne
La luzerne était déjà cultivée chez nous dès la fin du XVIIIe siècle puisqu’un document de 1779 l’atteste pour la paroisse de Sainte-Gemme mais nous ne savons pas quelle importance on accordait alors à ce fourrage, lié à l’élevage des bovins et certainement réservé aux grands domaines. Car il s’était établi un équilibre séculaire entre le cheptel vif et l’herbe et on n’élevait les vaches que dans les fermes possédant des prairies naturelles ou des « prises » de marais gât. Les troupeaux des petites gens ne comptaient guère que des moutons, avec une ou deux chèvres, toutes bêtes vivant de peu, se contentant de la pâture sur la jachère, dans les chaumes ou dans les bois.
Peu à peu, les plantes fourragères remplacèrent la jachère en même temps que, lentement, les vaches remplaçaient les moutons dans les troupeaux. Toutefois, c’est surtout après la destruction des vignes par le phylloxéra que l’agriculture se tourna vers l’élevage et que beaucoup de terres, dépendant de l’ancien vignoble, furent converties en luzernières et autres prairies artificielles.
La luzerne, semée en mars-avril, est fauchée l’année suivante. La graine se prend sur la deuxième coupe. Cette légumineuse favorise la lactation mais la pâture de la plante fraîche présente des dangers de météorisation (le cru) comme celle du trèfle quoique à un degré moindre. Elle donne aux chèvres un lait qui fait des fromages très gras (5).
Dans le canton de Gémozac, les pêcheurs ajoutent de la luzerne à leur vermée pour pêcher l’anguille. Les enfants se servent parfois de cette plante comme de la saponaire pour se laver les mains (55).
Luzerne lupuline
Cette plante fourragère fut introduite en Poitou et en Saintonge par Jean-Jacques Bujauld. Elle lui doit le nom de bijolène qu’elle porte à Trizay (22).
Lychnis dioïque
Les sifflets ou subiets abondent le long des chemins, à l’orée des bois, dans les cultures, autour des villages. Ce lychnis, appelé ailleurs compagnon-blanc, doit son nom local à l’usage que les petits bergers en ont toujours fait en cassant quelques dents à sa capsule parvenue à maturité. On pouvait aussi le transformer en toton ou sabot (24).
Lychnis fleur-de-coucou
On trouve ce lychnis çà et là dans les lieux inondés l’hiver. Comme ses fleurs roses sont très gracieuses, il arrive qu’on les cueille pour faire des bouquets. Les pieds à fleurs blanches sont rares.
Lys
Le lys blanc ou lys de Saint-Joseph se trouvait autrefois dans tous les jardins et, partout, il ornait les reposoirs des processions et les autels les jours de premières communions.
En médecine populaire, feuilles d’égnon de lî (les pétales de lys) séchés à l’ombre étaient introduits dans une petite fiole où on les laissait macérer après les avoir recouverts d’eau-de-vie. Pour soigner les coupures, on en retirait un avec une aiguille et on l’appliquait sur la plaie.
La fleur de lys, rappelant plus ou moins l’image des armoiries, était le signe distinctif des panseurs qui avaient le don de guérir. Beaucoup ne pouvaient y prétendre. Cependant, disait-on, quand la panseuse de Corme-Ecluse soigne, il lui pousse une fleur-de-lys dans la main. Quant au lys rouge, l’hémérocalle, on le voit dans les jardins.