Gymnospermes (Le Floc'h, 1983)

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Ptéridophytes
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Chlamydospermes


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009. Callitris articulata (Vahl) Murb.

[l/30; p:26] CUPRES­SACÉES

Pour cette espèee, correspondant à la combinaison actuelle (Flora europaea) : Tetraclinis articulata (Vahl) Masters, nous avons retenu aussi comme valables les données relatives aux diverses synonymies admises dans la littérature :

(l) Callitris quadrivalvis Rich., (2) Thuya articulata Desf.

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Employé surtout pour son goudron le « thuya » est réputé efficace dans le traitement de la galle du chameau.

M. D. - Si. comme le rapportent CHOUMOVITZ et SERRES (1954), le mât central des tentes de nomades est parfois fait d'un tronc de "bettoum" (*) ou d' 'ar'âr (**) (Callitris quadrivalvis Rich) (l), l'intérêt essentiel de cette espèee réside cependant dans le fait qu'elle fournit le "sandaraque" qui est une résine dite "gomme de géne­vrier" ou "vernis sec", exploitée surtout au Maroc (RENAUD et COLIN, 1934; DORVAULT et WEITZ, 1945; LEMORDANT et al. 1977). RENAUD et COLIN signalent tout de même de nombreuses confusions ne permettant pas de savoir, avec assurance, si cet usage se rapporte à la gomme de cette espèce ou celle de Juniperus phoe­nicea, J. thurifera (***) ou encore de J. oxycedrus.

TROTTER (1915), en Libye, a relevé que cette résine, hémostatique et abortive, est également employée comme encens et pour améliorer la sonorité des cordes des instruments de musique.

A propos de la sandaraque, BOUQUET (1921) signale qu'elle est employée en poudre pour arrêter les petites hémorragies de l'épitaxis, que triturée avec de l'huile, dans laquelle ont macéré des pétales de Rose, elle est utilisée dans les soins des crevasses des seins, des lèvres et des mains ainsi que contre les engelures. En mélange avec la noix de galle, elle procure une poudre qui évite les hémorragies de la cavité alvéolaire après avulsion des dents.

Au Maroc, GATTEFOSSÉ (1921) a noté que les feuilles de Thuya sont considérées abortives; en emplâtres sur la tête, elles interviennent pour calmer les céphalées dues aux insolations.

Le goudron obtenu à partir de cette espèce est très employé. Ainsi, BOUQUET (loc. cit.); DORAT et al. (1924) notent que le goudron de "thuya" (Callitris quadrivalvis) (l) est utilisé, en Afri­que du Nord, par les paysans pour soigner les animaux. Ainsi le "gou­dron vinaigre" (ou extrait pyroligneux accompagnant le goudron véritable lors de la dis1iilation sèche du bois), sous forme de pom­made, fournit de bons résultats dans les soins des affections parasi­taires, ga1e comprise, ainsi que dans les soins des plaies d'origine inflammatoire. CAUVET (1925) signale également que le "goudron végétal" ou "huile de cade", obtenu à partir de Thuya articulata (2) est utilisé pour combattre la gale sarcoptique du chameau.

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La résine sandaraque, de Thuya articulata Desf. (2), autrefois officinale et employée pour l'enrobage des pilules et la fabrication d'emplâtre, sert surtout, aujourd'hui, pour la fabrication de vernis (PARIS et MOYSE, 1965).

(*) "bettoum" est le nom arabe de Pistacia atlantica. (**) le nom vernaculaire arabe"'ar'âr" est aussi employé pour Juniperus phe­nicea d'où confusion possible. (***) Juniperus thurifera L. espèce absente de Tunisie.

010. Juniperus oxycedrus L.

[I/31; p:27] CUPRESSACÉES

En plus des renseignements concernant l'espèce, nous intégrons ici ceux relatifs à la ssp. macrocarpa (S. et Sm.) Ball reconnue dans la Flore de CUENOD et al. (1954). Les modifications conventionnelles amènent à orthographier ce taxon : Juniperus oxycedrus ssp. macrocarpa (Sibth. & Sm.) Ball.

Ce taxon est utilisé, essentiellement, sous forme d' "huile", pour des soins dermatologiques.

M. TROTTER (1915) rapporte qu'en Algérie le tronc de Juniperus macrocarpa S. et S. est soumis à la carbonisation et que l'on en extrait une huile, ressemblant à l' "huile de cade", employée pour soigner certaines affections cutanées (psoriasis, eczema).

Les mêmes faits sont également signalés par BOUQUET (1921) et GATTEFOSSÉ (1921) qui tiennent ces "goudrons" pour d'excel­lents antiseptiques.

MASSY (1922) nomme aussi ce produit de la distillation sèche du bois de Juniperus oxycedrus "huile de cade" et note également son emploi en thérapeutique dermatologique.

Le goudron de "'ar'âr" ou "goudron végétal" provient, selon RENAUD et COLIN (1937), de Juniperus oxycedrus, de Juniperus phoenicea ou bien encwe de Callitris articulata.

Par distillation sèche, le bois fournit le "goudron de cade" ou "huile de cade" officinal employé surtout, en médecine vétérinaire pour ses propriétés anti­septiques et parasiticides, dans le traitement des diverses maladies de la peau (PARIS et MOYSE, 1965).

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LEMORDANT et al. (1977) confirment les vertus thérapeutiques de l'espèce (ar. = taga; fr. = cadier).

D. - Le bois sert également de combustible (TROTTER). BOUQUET (1921) note que, par mesure d'hygiène, ce goudron est également utilisé pour le badigeonnage des outres et autres réci­pients à eau.

011. Juniperus phoenicea L.

[I/32; p:28]

Il s'agit encore d'une sorte de panacée aux vertus très nombreuses. Les divers écrits à son propos portent à envisager d'éventuelles confusions entre cette espèce et, en particulier, Juniperus oxycedrus et Callitris articulata.

A. - CLASTRIER (1936) signale les baies, bouillies écrasées, passées et saupoudrées de farine d'orge, et quelques fois associées à Atriplex halimus, comme aliment de disette.

M. - TROTTER (1915) a révélé qu'en Libye l'espèce est con­sidérée abortive.

Le goudron végétal est selon BOUQUET (1921), GATTEFOSSÉ (1921) puis CAUVET (1925) utilisé pour lutter contre la gale sarcoptique du chameau (cf. Callitris articulata n° 009); cependant RENAUD et COLIN (1934) confirment que ce goudron, qu'ils nomment goudron du "'ar'âr", provient soit de Juniperus phoenicea, de Juniperus oxycedrus ou encore de Callitris articulata.

L'emploi fréquent de ce goudron est aussi attesté par CLASTRIER qui signa1e par ailleurs que lors de la circoncision on pansait la plaie à l'aide d'un mélange de cendre de genévrier ("ires n'zimba" et de crottes de chèvres pulvérisées ("berr").

Ce même "genévrier" est noté par BURNET (1939) dans la composition d'une tisane spécifique de la région de Korbous (cf. à Artemisia arborescens n° 428).

LARRIBAUD (1952) indique que dans certains cas de syncope ou d'insolation on se contente de répandre, à profusion, sur la tête du malade, de l'eau dans laquelle on a plongé un rameau de cette espèce ("'ar'âr"); le lendemain il est conseillé de faire aspirer au malade, par le nez, un peu d'eau tiède dans laquelle on a trempé une jacinthe Hyacinthus orientalis (•) ("sanbal").

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La plante serait également calmante et après pulvérisation agirait :

- mélangée aux sauces comme apéritif stimulant,

- en suspension dans l'eau contre les coliques,

- en onction sur le front et les tempes contre les céphalées (REBOUL, 1953).

L'infusion aurait également un effet contre les oedèmes et les fluxions articulaires (cf. à Cleome arabica n° 154) (REYNIER, 1954), alors que la décoction est un excellent diurétique dans les cas de blennorragie masculine (cf. à Colocynthis vulgaris n° 143) et que les diarrhées sont arrêtées par des infusions où l'espèce entre en mélange avec le "henné" (**); Limoniastrum feei (*) et Lavandula vera (*) (PASSAGER et BARBANÇON, 1956). En cataplasme avee le henné ou en fumigation, elle est réputée guérir les maux de gorge, signa1e BOUCHAT (l95é) qui souligne aussi son action contre les douleurs (cf. à Cleome arabica n° 154). BOUCHAT puis PASSAGER et DOREY (1958) confirment la propriété, déjà signalée par REBOUL et selon laquelle les feuilles pulvérisées, en suspension dans l'eau, sont ingé­rées contre les maux de ventre et les diarrhées.

Dans le Sud Tunisien, LOUIS (1979) rapporte la même proprié­té, mais dans une préparation où l'espèce entre en mélange avec de la pâte de dattes; il souligne aussi la réputation qu'elle a de calmer les douleurs qui suivent la parturition.

DOREAU (1961) a rapporté que "'ar'ar", qui contient une essen­ce riche en carbures terpéniques, a, dans la thérapeutique traditionnelle au Sahara, des usages parfois contradictoires. De fait, il rap­porte essentiellement les emplois ainsi que les préparations déjà si­gnalées paœ REBOUL (antidiarrhéique, sédatif des douleurs abdomi­nales, calmant des céphalées) auxquels il ajoute une action en appli­cation locale contre la teigne. C'est très probablement à cet emploi que KOTOB HUSSEIN (1979) fait référence quand il souligne l'intérêt de l'espèce dans le traitement des maladies de la peau.

Pour PARIS et MOYSE (1965) l'espèce est reconnue, comme étant un emmé­nagogue, éméto-cathartique et ocytocique, moins actif que Juniperus sabina (*) à la­quelle elle est parfois substituée.

D. - Certains auteurs ont collecté la survivance d'emplois ne relevant pas de la thérapeutique. Selon TROTTER les feuilles de

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cette espèce seraient utilisées pour le tannage des cuirs. Elle rentrerait, même, dans un mélange avec le Cannabis sativa ("kif"),à El­ Oued (Algérie) alors que dans la région de Laghouat on en fait un constituant du "neffa" ou tabac à priser (cf. à Arthrophytum sco­parium n° 116) (FOLEY, 1939).

(*) Hyacinthus orientalis L. (famille des Liliacées).

(•) Limoniastrum feei (de Gir.) Batt. (famille des Plombaginacées).

(*) Lavandula vera DC. (famille des Labiées).

(*) Juniperus sabina L. (famille des Cupressacées).

(*) Cannabis sativa L. (famille des Cannabinacées).

Ces 5 espèces sont considérées absentes de la flore tunisienne.

(**) henné : Lawsonia inermis L. (famille des Lythracées).

012. Cupressus sempervirens L.

[I/33 ; p : 28] CUPRESSA­CÉES

Le "cyprès" est largement réputé pour ses vertus antihémorra­giques.

M. - L'infusé de fruits secs broyés est employé pour combattre la toux et pour les soins cardiaques (TROTTER, 1915).

DORVAULT et WEITZ (1945) indiquent que les populations arabes emploient la poudre fine des graines pour panser la plaie qui résulte de la circoncision.

Les cônes de "cyprès" sont utilisés, selon PARIS et MOYSE (1965), pour leurs propriétés astringentes et vaso-constrictrices dues à des tanins. Ces auteurs signalent aussi que l'extrait aqueux de cette espèce est un antidiarrhéïque et anti-hémorragique réputé alors que les pommades et les suppositoires sont employés pour traiter les varices et les hémorroïdes ; en outre, on reconnaît à l'essence des rameaux des propriétés antispasmodiques.

LEMORDANT et al. (1977) notent l'ensemble de ces emplois pour cette espèce connue sous la dénomination "cerouel" en Tunisie.

013. Pinus halepensis Mill.

(I/34; p:30] PINACÉES

A. - Pour le Centre de la Tunisie, GOBERT (1940) a rapporté que la graine (ar. = zgougou), du Pin d'Alep, se consommait avec du miel et qu'elle rentrait également dans la préparation du "bouza" boisson traditionnelle en Ramadan.

M. - La poudre de l'écorce est utilisée pour le traitement des plaies (GATTEFOSSÉ, 1921).

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R. - A la graine, trempée dans l'eau salée et légèrement torréfiée, on attribue des vertus aphrodisiaques et spermatogènes (BOU­QUET, 1921).

D. - Le Pin d'Alep fournit la térébenthine de Grèce ou d'Algérie (PARIS et MOYSE, 1965; LEMORDANT et al. 1977; TROTTER, 1915). Ce dernier auteur signale de surcroît que l'écorce est utilisée en Algérie pour le tannage des peaux.

014. Pinus pinaster Soland.

[I/35; p:30]

Nous pensons pouvoir assimiler ce taxon à P. pinaster Aiton, combinaison retenue dans Flora europaea.

Pom la Tunisie, CUENOD ne retient, de fait, que la ssp. renoui H. del Villar et indique P. maritimus Lamk. comme étant un syno­nyme.

Ce "Pin", fameux pour sa térébenthine, offre également quelques usages industriels.

M. - La térébenthine du pin, en nature mais purifiée, est un expectorant et un antiseptique des voies urinaires signalent PARIS et MOYSE (196g) qui rappor­tent que :

- l'essence de térébenthine officinale, solvant des corps gras, de la cire, du caoutchouc et d'autres substances organiques, est utilisée par voie interne comme antidote des intoxications au phosphore et en usage externe sous forme de liniment comme rubéfiant.

- la poix noire est employée pour la fabrication de pommades vétérinaires.

LEMORDANT et al. (1977) indiquent que Pinus maritimus (ar. = senouber; fr. = pin maritime) fournit la "térébenthine officinale" dite aussi "térébenthine de Bordeaux".

D.-Pour les usages non médicaux PARIS et MOYSE notent que :

- le bois sert à la fabrication de poteaux de mine, de papier, de goudron.

- la colophane, résidu de la distillation du pin, entre dans la préparation de vernis, peintures, encres et savons.