Cucurbitacées (Le Floc'h, 1983)

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Valérianacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Composées


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Bryonia dioica

411. Bryonia dioica Jacq. [III/1365 ; p: 928] CUCURBITACÉES


Combinaison de Flora europaea : B. cretica sp. dioica (Jacq.) Tutin.


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T.M. - De nombreux usages sont rapportés pour le Maghreb par BOUQUET (1921) et GATTEFOSSÉ (1921) :

  • le suc frais est utilisé, pour déterger les plaies, contre la gale et la lèpre (Maroc),
  • la décoction des racines s'utilise comme diurétique et purgatif.
  • le fruit est un purgatif très violent et un bon vermifuge.

La toxicité de l'espèce a été également signalée par LEMOR­DANT et al. (1977) qui notent les dénominations de l'espèce (ar. : qeriaa ; fr. = bryone).

PARIS et MOYSE (1971) précisent qu'à faible dose, il s'agit d'un purgatif drastique et dangereux et que la racine fraîche (révulsive et vésicante sur la peau), ainsi que les baies sont toxiques. Ces auteurs ajoutent cependant qu'à dose homéo­pathique, l'espèce sert contre les infections pulmonaires aiguës et les rhumatismes.


Ecballium elaterium

412. Ecballium elaterium (L.) Reich. [III/1366 ; p : 929] CU­CURBITACÉES


Orthographe de Flora europaea : E. elaterium (L.) A. Richard.

M. - A son propos BOUQUET (1921) note un traitement cu­rieux de l’ictère. Il s'agit de faire éclater des fruits mûrs de façon à ce que le liquide soit projeté dans le nez du malade qui doit aspirer fortement pour que le liquide pénètre profondément. Une humeur jaune s'écoule alors des narines. A la fin des écoulements, avaler un œuf cru puis remplir la coquille d'huile d'olive et boire ; le traite­ment devant être continué durant 6 jours. Si à l'époque du traite­ment l’Ecballium ne porte pas de fruits à maturité, il faut prendre sa racine fraîche, y creuser un trou qu'on emplit de lait de chamelle. Après bouchage de l'orifice avec de l'argile on fait cuire le tout dans des cendres chaudes puis le malade doit boire le lait. Cette recette est signalée par GATTEFOSSÉ (1921) qui note également l'emploi du fruit comme purgatif.

La racine du « concombre d'âne » est employée en Egypte à l'intérieur comme drastique et vomitif (DUCROS, 1930). Etant très âcre et très irritante, on utilise aussi cette drogue en frictions ou en applications dans les cas d’affections douloureuses des articulations.


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PARIS et MOYSE (1971) ont également rapporté qu'il s'agit d'un purgatif hydragogue considéré très dangereux alors que dans la racine existe un principe hydrosoluble présentant des propriétés analgésiques.

LEMORDANT et al. (1977) soulignent la réputation de purgatif, qui est faite à cette espèce en Tunisie.

Le jus du fruit frais est utilisé en Libye dans le traitement de la jaunisse (KOTOB HUSSEIN, 1979).

Colocynthis vulgaris

413. Colocynthis vulgaris (L.) Schrad. [III/1367 ; p: 930] CU­CURBITACÉES


Combinaison de Flora europaea : Citrullus colocynthis (L.) Schrader.

Une littérature abondante existe à propos de la coloquinte à qui l'on reconnaît essentiellement des vertus purgatives dont le caractère drastique est à l'origine de son usage en tant qu'abortif et cause de nombreux accidents.

A. - TROTTER (1915), GAST (1968) et KEITH (1965) no­tent l'empioi alimentaire possible des graines de cette espèce (tam. : alked ; ar. = el hadja, hadedj, handel ; fr. = coloquinte).

GAST décrit que les graines sont bouillies jusqu'à éclatement des enveloppes, en changeant l'eau plusieurs fois pour en épuiser l'amer­tume. La farine obtenue par pilage de ces graines sèches est consom­mée soit tout simplement humectée d'eau, soit en bouillie, soit en galette.

BOUQUET (1921) décrit la même préparation en notant une tor­réfaction légère faisant suite à l'ébullition des graines afin de favori­ser la disparition du principe amer et drastique de cet aliment de luxe (« taberka ») chez les touaregs.

M.T. - Déjà connue dans l'Egypte pharaonique, pour son usa­ge comme purgatif, la coloquinte était également considérée par AVICENNE (traduit par JAHIER et NOUREDDINE, 1956) comme efficace, en décoction avec d'autres drogues, pour expulser les pituites des malades atteints de gastrite chronique. Ces emplois comme ca­thartique ou purgatif et hydragogue ont été depuis fréquemment rap-


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portés dans la littérature (TROTTER, 1915 ; DUCROS, 1930 ; BOU­CHAT, 1956 ; PARIS et DILLEMAN, 1960 ; PARIS ET MOYSE, 1971 ; LEMORDANT et al., 1977).

PERVINQUIERE (in TROTTER, loc. cit.) indique une recette de ce purgatif très employé. « On enlève la pulpe du fruit et on ver­se du lait à sa place ; on laisse macérer toute une nuit puis on absor­be le lait en se réveillant. Au besoin, on avale, en plus, de l'huile d'o­live. L'effet est « souverain ».

Au Maghreb BOUQUET (1921) note plusieurs indications :

  • la décoction des racines, mélée à de l'ail pulvérisé, est utilisée contre les morsures de serpents et les piqûres de scorpions.
  • la pulpe de coloquinte, corrigée avec de la gomme arabique, est absorbée à jeun contre la paralysie, les rhumatismes, les convul­sions et l'ascite. A défaut de « coloquinte », pour ces indications, BOUQUET signale que l'on peut la remplacer par 3 fois son poids de harmel [1] auquel on ajoute 3 graines de ricin (kheroua [2]).

L'usage de « handel » dans les soins contre l'envenimation des piqûres de scorpion est aussi rapporté prur LASSOUED (1978). A ces préparations signalées par BOUQUET, RAYNAUD (in GATTEFOS­SÉ 192l) ajoute que le lait ou l'eau qui a séjoumé dans le récipient constitué par le fruit vidé de ses graines oonstitue un purgatif d'usage constant.

Dans le droguier égyptien, DUCROS (1930) note que la coloquin­te (Citrullus colocynthis Schr.), est employée, en cataplasme, comme résolutive et astringente et qu'en bouillie, elle est donnée comme purgative.

Pour plus de détails, CHOPRA et al. (1960) notent sur ce même sujet que la drogue officinale connue sous le nom de « coloquinte » est constituée par la pulpe du fruit, cueillie à son plein développement mais avant maturité, débarassée de son écorce et séchée. Ils signalent également que cette drogue est un hydragogue cathartique drastique, provoquant des selles abondantes et liquides qui, à forte dose, entraîne de violentes tranchées, un état de prostation et parfois des évacuations sanguinolentes. Ces mêmes auteurs signalent par ailleurs les principes actifs de diverses parties de cette plante.

KEITH (1965), dans eon ouvrage relatif à la flore libyenne, appor­te d'autres* precisions en indiquant que la drogue (préparée comme


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le soulignent CHOPRA et al.), réduite en poudre, est connue dans les codex sous le nom de « pulvis colocynthidis » et que le caractère dras­tique de son action fait qu'elle est rarement employée seule mais le plus souvent incluse à un grand nombre de préparations.

Selon RAMES (1941), pour se faire avorter, les jeunes femmes boiraient de l'eau dans laquelle a macéré un fruit de coloquinte (ar. = 'hadej). Nous avons également eu l'occasion de recueillir cette opi­nion à Touggourt (Algérie) et cet usage est par ailleurs rapporté par BOUCHAT (1956) puis PARIS et MOYSE (1971), lesquels signalent que très irritante, la coloquinte est à l'origine d'accidents lors de ces tentatives d’avortement.

L'espèce présente maints autres emplois en pharmacopée tradi­tionnelle. Ainsi dans le traitement de la gale du dromadaire (CAU­VET, 1925) emploie-t-on le distillat des graines de la coloquinte sau­vage (ar. = handfaal). Chez les Reguibat (Algérie), on lutte contre cette gale en faisant ingurgiter au malade chaque matin, durant 40 jours, une sorte de pâte obtenue en triturant la poudre de feuilles de Zygophyllum gaetulum [3] (« aggaïa ») avec des graines de coloquin­te et des dattes (LARRIBAUD, 1952).

FOURREAU (in TROTTER, loc. cit.) rapporte que le « suc », réchauffé est employé donne le Sahara algérien pour guérir la « rogne » des chameaux en remplacement du goudron inconnu dans ses régions.

L'espèce est également réputée fameuse dans le traitement de la blennorragie et cet emploi est décrit par LARRIBAUD ainsi que par PASSAGER et BARBANÇON (1956). REYNIER (1954) confirme en indiquant qu'associé à Juniperus phœnicea, la coloquinte « est, en décoction, un excellent diurétique dans les cas de blennorragie mas­culine ».

Les soins à une personne piquée par un scorpion ou mordue par une vipère peuvent également entraîner un emploi de cette espèce. Ainsi selon TROTTER l'infusion des graines, très amères, addition­nées d'ail, serait efficace contre les méfaits des morsures de vipère. DORVAULT et WEITZ (1945) notent que l'on donne à boire à l'accidenté l'eau dans laquelle on a broyé de la coloquinte et de l'ail. Dans ce même cas, LOUIS (1979) indique que l'on applique sur la plaie créée, de la coloquinte, ce qui a pour effet d' éliminer le venin


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et de permettre au malade de reprendre vigueur (cf. à Artemisia campestris n° 430).

BROWNE (1921) rapporte l'usage de la coloquinte, en décoction dans le lait, pour lutter contre la paralysie, PARIS et MOYSE (1971) notent que cette drogue est préconisée contre l'hydropisie, la goutte et l’arthrite alors que LOUIS (1979) insiste sur les vertus vésicantes bien connues de la pulpe de cette espèce (ar. : hend'el) employée pour guérir les boutons ; le même effet pouvant toutefois être obtenu en appliquant sur la partie atteinte un oignon ouvert ou une figue imprégnée d'huile ou encore une tomate.

R. - GATTEFOSSÉ (1921) a noté que la décoction de la racine mélée d'ail sert dans diverses opérations de sorcellerie.

D. - Hormis les nombreuses vertus thérapeutiques citées, l'espèce présente quelques emplois :

  • le fruit est utilisé (RAYNAUD in GATTEFOSSÉ, 1921) pour préserver les laines de l'atteinte des insectes en été.
  • le fruit est aussi employé au Maroc (GATTEFOSSÉ, 1921) pour préserver le blé des charançons dans les silos.
  • les graines de coloquinte peuvent également, par extraction, procurer un goudron (GATTEFOSSÉ, 1921 ; GAST, 1968).

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  1. harmel = Peganum harmala (fam. des ZYGOPHYLLACÉES),
  2. kheroua = ricin = Ricinus communis (fam. des EUPHORBIACÉES),
  3. Zygophyllum gaetulum est très probablement employé pour Zygophyllum album ssp. gaetulum (E. et M.) Q. et S. non signalé en Tunisie.