B (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Bambou

Bambusoideae

Jusque vers 1930-1940, on trouvait souvent une touffe de bambous à l’entrée ou au fond des jardins d’agrément. Ils fournissaient les vieillards de bâtons de marche légers et solides. On en faisait des piquets. Les brins les plus hauts et les plus forts servaient de cannes à pêche. Très grands, ils remplaçaient la tête-de-loup pour débarrasser le plafond (et les murs de l’église) des toiles d’araignées. Avant 1900, on en a fait des cannes-fourrées ou cannes-épées.

Une haie de jeunes bambous décorait traditionnellement le chœur de l’église, le jour des Rameaux, et l’on en voit encore près des crèches de Noël.

Alors qu’il ne s’en trouvait plus guère, en nos villages, les bambous, en cette fin du XXe siècle, y font une discrète réapparition.

Barbarée

Barbarea vulgaris

Cette crucifère à fleurs jaunes croît dans les lieux frais. Elle est assez rare.

Bardane

Lappa communis = Arctium lappa

La lapace aux capitules hérissés, aux larges feuilles d’un vert cendré, est très commune autour des villages dans les lieux incultes.

Ses jeunes tiges, pelées, peuvent être mangées à la croque-au-sel comme des artichauts. Il en était ainsi autrefois à Gémozac et aux environs de Royan et cet usage persiste encore en Vendée (60). Les feuilles glanduleuses et amères, sont utilisées en médecine populaire. On s’en sert à Champagne pour lutter contre les douleurs. On en enveloppe le membre malade après les avoir passées sur la braise (24). Le guérisseur de Varzay les utilisait aussi en application dans le traitement du zona (21).

La racine sert à soigner les suites de jaunisse et les maladies de foie. Sa décoction donne un liquide vert que l’on prend au moment des repas et qui ferait merveille contre ces maladies (1962) (41). À Archiac, cette tisane est utilisée comme dépuratif (26). Quant aux capitules, peignerâs, adhérents, les enfants s’en servent dans leurs jeux en particulier pour fixer des poissons d’avril dans le dos des adultes.

Basilic

Ocimum basilicum

Le basilic est parfois utilisé comme plante aromatique.

Belle-de-nuit

Mirabilis jalapa

Souvent cultivées, surtout la variété à fleurs rouges, on trouve parfois les belles-de-neut naturalisées dans les terrains vagues.

Bettes et betteraves

Beta vulgaris

La bette (bette à larges côtes) est assez rare dans les jardins. Pourtant, une dizaine de ses feuilles entrent, traditionnellement, dans la confection de l’andouille de Pâques.

Les betteraves rouges alimentaires sont de culture récente et de peu d’importance. On les accommode en salade, préalablement bouillies ou cuites au four. Dans certaines fermes, on les fait frire à la poêle, coupées en tranches.

Les betteraves sucrières firent leur apparition, pendant la dernière guerre, dans les cultures familiales. Les ménagères en tiraient, par ébullition prolongée, un liquide brun, sirupeux, vaguement sucré (31-80).

Les betteraves fourragères, les joutes, ont longtemps été cultivées partout pour les besoins de la ferme. Semées à la jeune lune de mai pour qu’elles naissent vite et que le terrain se salisse peu (7), on les éclaircissait en juin. Rarement on repiquait les plants qu’on avait éliminés. Elles étaient arrachées à la fin d’octobre, ensilées et elles servaient l’hiver à l’alimentation du bétail et des lapins. Avant l’apparition des coupe-racines, elles étaient débitées à la main par les enfants et les domestiques. Pour le clapier, on saupoudrait les tranches avec du son pour éviter de donner la diarrhée aux bêtes (92).

À l’époque des vendanges, les petits bergers qui n’allaient pas à la vigne arrachaient une betterave et la creusaient pour s’en faire un chariot. Deux rondelles coupées près du collet faisaient les roues et deux baguettes, généralement deux sarments, servaient d’essieu et de timon (7).


Bleuet

Centaurea cyanus

Les bluets assez communs autrefois, poussaient par endroits dans les blés. Ils ont, de nos jours, à peu près disparu.

Leur décoction était utilisée en bain d’yeux et compresses, entre les deux guerres, à Champagne et dans toute la région (24).

Bouillon blanc

Verbascum spp.

Les diverses espèces de blonde ou bionde, jamais distinguées, se mêlent au bord des chemins, dans les vieux prés, les lieux incultes…

Elles ont leur emploi en médecine populaire. Leur tisane guérit les maux d’intestin et, au lendemain de la seconde guerre mondiale, la guérisseuse de Braud mélangeait leurs fleurs à celles des mauves sylvestres pour faire des tisanes qui soignaient l’inflammation d’intestin (23-24). En médecine vétérinaire, la blonde guérit la mammite. On fait bouillir la plante et on lave la mamelle avec cette décoction (4).

Bouleau

Betula sp.

Assez rare, le bouleau croît cependant spontanément à Cadeuil et dans les environs où l’on trouve quelquefois des arbres pleureurs. Il est souvent transplanté dans les jardins pour sa valeur ornementale mais, pour cet usage, on préfère les cépées. Très rarement, le bouleau porte du gui. Les jeunes branches de bouleau, fines et flexibles, ont parfois été employées en remplacement de la brande pour faire des balais d’écurie.

Bourdaine

Frangula dodonei = Frangula alnus

Assez répandue dans les bois, la bourdaine est une plante médicinale. Vers 1900, sa décoction était administrée aux malades souffrant de constipation (1).

Avec ses branches flexibles, au XIXe siècle, on tressait des melours, sortes de claies pour faire sécher les prunes (7).

Bourrache

Borago officinalis

On trouve la bourrache, assez rarement, autour des jardins et dans les lieux incultes. Sa tisane est partout utilisée pour ses propriétés éruptives.

Pour combattre la toux, une femme de La Rochelle faisait bouillir de la bière avec du sucre et y faisait infuser des fleurs de bourrache (1945).

Brize

Briza spp.

Avant 1940, les femmes des villages cueillaient les langues-de-femme pour faire des bouquets secs.

Brome des toits

Bromus tectorum

Les étran’ye-chevaux sont très envahissants dans les lieux incultes.

Bruyères

Outre la brande, il existe dans nos bois quatre espèces de bruyères ou bruelles. La plus répandue est la bruyère fine ou callune (Calluna vulgaris), dont certaines ménagères font des bouquets d’hiver et qu’on utilise parfois, en remplacement de la brande, comme allume-feu ou pour faire des balais d’écurie. On trouve parfois des pieds à fleurs blanches.

Presque aussi commune est la bruyère cendrée (Erica cinerea). La bruelle avec les fleurs de laquelle on fait, dans les environs de Marennes, une infusion pour lutter contre la tension (1963).

La bruyère ciliée (Erica ciliaris), la « grosse bruyère » est plus rare et disparaît peu à peu des landes de Cadeuil, de la Vergne, et des bois du Vieux Château. Sur nos limites à Mareuil-sur-Lay, on ne rentre pas de bruyères à la maison, elles portent malheur (1943).

Bruyère à balai

ou brande, Erica scoparia

Fort répandues autrefois sur les landes, dans les tourbières et les bois sablonneux, les brandes perdent peu à peu du terrain par suite du déboisement et de la conversion de ces bois en prairies.

À la fin du XVIIIe siècle, les fagots de brande étaient prisés pour chauffer les fours, en particulier les fours à chaux, et la commune de Sainte-Gemme, qui en faisait un grand commerce à l’époque de la Révolution, changea alors son nom en celui de Gemme-les-Brandes, plus civique. En 1940, on faisait encore des fagots de brande pour servir d’allume-feu. On en faisait des feisces, sortes de fagotins, qu’on plaçait devant l’ouverture de vidange de la cuve pour éviter que peaux, pépins et rafles n’en obturent le passage. Mais elle était recherchée pour faire des palissades et des loges. La brande était difficile à couper mais chaque pied, régulièrement exploité, donnait une cépée. Quand elle était de longueur voulue, l’homme courbait les tiges sous sa semelle et, à l’aide d’une hachette, les détachait de la souche. Les brins ainsi élossés étaient donc généralement pourvus d’un talon. Les fagots séchaient à l’ombre pendant plusieurs années, perdaient leurs feuilles et devenaient très résistants à la pourriture. Pour faire des loges, on prenait des brins d’environ 1 m-1,50 m de haut. S’il s’agissait d’une palissade, on les coupait selon la hauteur désirée.

Pour faire une clôture, des piquets étaient plantés tous les deux ou trois mètres et l’on y fixait, selon la hauteur, un, deux ou trois rangs de fils de fer. On creusait, entre les piquets, une rigole de 15 à 20 cm de profondeur et l’on y disposait la brande, appuyée aux fils de fer. La rigole comblée on clouait, de l’autre côté des piquets et en face des premiers, d’autres rangs de fil de fer qui contenaient la brande. Pour consolider l’ouvrage on pouvait comme en a), réunir les deux fils de fer qui se faisaient face, par des liens ainsi qu’il se faisait pour les loges, ou, comme en b) ne pas clouer le second fil et le faire passer de part en part devant le premier. Il était d’usage une fois le travail fini, de tailler la tête de la brande afin de lui donner un aspect plus net. Ces palissades enclosaient surtout jardins et basses-cours.

Les loges étaient faites selon le même principe. On mettait d'abord en place les robustes piliers d'angle en bois de chêne. Si la loge avait une façade, on en plaçait deux pour encadrer l'entrée et d'autres intermédiaires, si l'on prévoyait une construction assez vaste. La distance entre deux poteaux était de l’ordre de 1,90 m, quelquefois moins, selon les structures. On adaptait sur ces poteaux la charpente en bois de chêne ou de châtaignier et, entre eux, on clouait de petites traverses parallèles éloignées de 20 à 25 cm les unes des autres qui maintiendraient la brande à l'extérieur et l'on faisait de même pour la toiture. De fortes traverses en diagonale, allant d'un poteau à l'autre ou contre butant un poteau sur deux, en croisant l'intermédiaire, assuraient la stabilité des parois. Ces divers éléments étaient cloués par de longues pointes de charpentier ou liés les uns aux autres par du fil de fer, parfois les deux.

Venait ensuite le moment de poser la brande. Comme pour la palissade, on traçait une rigole entre les poteaux et, devant les petites traverses, on mettait en place le premier rang, pied enterré et bien fourni. (Certains n'enterraient pas la brande et la faisaient reposer directement sur le sol, on la disposait alors la tête en bas). La rigole comblée, on assurait la stabilité de cette base par un fil de fer, tendu extérieurement entre deux poteaux devant l'une des petites traverses. Il était fixé aux deux poteaux extrêmes par des pointes doubles et, de part en part, tous les 25 ou 30 cm environ un lien de fil de fer, enserrant la traverse et le fil horizontal, immobilisait la brande.

Les couches suivantes, placées à 70 cm les unes des autres environ, étaient toutes disposées la tête en bas et devant la précédente. Le travail se faisait à deux. Tandis que l'un tenait le fil de fer tendu, l'autre posait la brande, bien fournie, et la fixait aux moyens du lien de fil de fer et l'on continuait de même jusqu'à ce que, arrivé au poteau terminal, le fil de fer y soit cloué et coupé. Il y avait donc autant de rangées de fil de fer que de couches de brande et le nombre de celles-ci dépendait évidemment de leur longueur. Plus on prenait la brande courte et plus elle était serrée et isolante (34). Pour la toiture, on opérait de même mais on laissait la première couche dépasser de 25 à 30 cm environ de manière à former un petit auvent. Sur l'arête du toit, les bases des rameaux se croisaient.

La plupart des loges avaient l'aspect de maisonnettes mais certaines n'avaient qu'un pignon droit triangulaire et deux pentes allant jusqu'au sol à la manière d'une tente. D'autres avaient une assise de maçonnerie où l'on fixait l'ossature du bâtiment ce qui la rendait plus résistante aux intempéries. Les loges servaient généralement de bûchers, assez souvent de hangars à remiser les charrettes et le matériel agraire (dans ce cas-là on laissait la façade ouverte), parfois de poulaillers et de lieux d'aisance, rarement d'étables. L'étanchéité était assurée par une épaisse couche de roseaux et de schoins (sorte de borée) dont on recouvrait le toit à forte pente et qui était maintenue en place par de longs fils de fer passant d'un versant à l'autre et tendus par des pierres trouées ou des objets lourds, de vieux socs de charrue par exemple, attachés à chaque extrémité. Cette couverture était périodiquement renouvelée car, si l'on veillait à ce que le toit soit bien isolé des eaux de pluie et à ce que le lierre n'y grimpe pas, une loge pouvait durer 20 à 30 ans, rarement plus de 40 car la brande s'effritait à la longue.

Comme toute plante d'usage courant, la brande a pénétré le langage populaire. Une brandasse est un mauvais couvert de brande, des cheveux très plats sont raides comme de la brande, le cèpe de brande pousse en fin de saison sous les bruyères tandis qu'à Nieulle-sur-Seudre le sart brandier (Suaeda fruticosa) sert d'allume-feu comme la brande.

Bryone

Bryonia dioica

La coie sauvage s'enroule aux arbustes dans les haies et aux lisières de bois. À Saint Symphorien on l'utilise contre les douleurs. On râpe ses tubercules et on applique la pulpe ainsi obtenue sur la partie douloureuse (7).

Buis

Buxus sempervirens

Si tu veux pianter un rameau t'élosse ine branche pas trop poussée, tu fais un creux, tu la piantes, tu fais ton signe de croix et tu tournes autour en disant morceaux je te piante et je te bénis (André Dutreuil). Le buis est indigène ou subspontané sur les falaises dominant l'Arnoult, au Douhet, à Dampierre.

C'est l'essence spécifique des Rameaux et il n'est pas rare d'en trouver un pied dans les jardins, souvent une branche bénite qui s'est enracinée. Il s'en rencontre plusieurs variétés : buis géant, buis bicolore, buis à feuilles étroites..., mais le plus répandu est le buis à petites feuilles qui forme des touffes compactes de 1,5 m de haut environ. Certaines de ces bouillées sont très vieilles et ceux des voisins qui ne possèdent pas de pied de rameaux ont coutume de venir s'y approvisionner chaque année.

Essence-type des Rameaux, et par là consacré aux morts, le buis joue cependant un rôle dans certaines fêtes. La couronne que les premiers communiants offraient à la Vierge Marie, au cours de la cérémonie de l'après-midi, était essentiellement faite de buis avec des fleurs, souvent des petites roses rouges, disséminées çà et là dans la verdure. Avant 1914, c'étaient les feuilles de buis épinglées qui dessinaient le cœur et les initiales des mariés au centre du drap qui formait tenture dans la salle du banquet.

En médecine populaire (1964), les décoctions de buis mélangé à du gui de pommier, font baisser la tension.

Le buis dont la croissance est très lente, donne un bois très dur. Les artisans l'ont parfois utilisé pour faire des pilons et des égrugeoirs pour écraser le sel. On en a fait aussi de la marqueterie.