R (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Radis

Raphanus sativus var. sativus

Petite culture familiale d'introduction récente, les radis sont semés à fleur de sol et, comme tout ce qui vient sous terre, en jeune lune. Les semis s'échelonnent dès les premiers jours tièdes.

Radis noir

Raphanus sativus var. niger

Rarement cultivé, il était surtout réputé comme médicament. À Champagne, pour soigner la coqueluche, on râpait dau grous radis neigue (du gros radis noir), on recouvrait de sucre la pulpe obtenue et, après dissolution, on faisait boire au malade le sirop ainsi préparé (24). Ce remède aurait été connu dans la région où on utilisait en complément ou en remplacement de la bave de cagouille (escargot) (10).

Ravenelle

Raphanus raphanistrum

Les ramenelles qui croissent en abondance dans les cultures, les jardins, les vignes sont recherchées pour la nourriture des lapins.

Réglisse

Glycyrrhiza glabra

On trouve encore très rarement de nos jours, cette plante médicinale dans les vieux jardins. Avant 1914, les enfants mâchaient ses racines qui sont sucrées et ont un goût agréable (34).

Reine des prés

Spiraea ulmaria = Filipendula ulmaria

Cette plante est assez rare dans la région et manque totalement en maints endroits. À Champagne, on l'utilisait autrefois en tisane pour ses propriétés diurétiques (24).

Renoncule

ou bouton d'or, Ranunculus spp.

On appelle boutons d'or les renonculacées à fleurs d'un jaune brillant. La ficaire, Ranunculus ficaria = Ficaria verna, en fait partie mais non la renoncule à petites fleurs, l'herbe grasse, Ranunculus parviflorus (7). Quant au caltha des marais, c'est le gros bouton d'or ou bouton d'or des marais.

Avec les boutons d'or, les enfants jouent à savoir qui aime le beurre. Ils mettent une de ces fleurs sous le menton d'un camarade et lui demandent : aimes-tu le beurre ? Si l'on voit sur la peau de l'enfant, le reflet jaune des pétales, c'est que la réponse est positive.

Renouée

Polygonum persicaria = Persicaria maculosa

Cette plante médicinale est connue sous le nom d’herbe à tous maux. À Champagne, en cas de blessure, on appliquait sur la plaie une feuille d’herbe à tous maux (84).

Renouée des oiseaux

Polygonum aviculare

Elle s'étale sur le sol près des lieux habités, en particulier dans les rues des villages, d'où le nom d’herbe de rue qu'on lui donne parfois.

Réséda

Reseda spp.

On trouve souvent le réséda jaunâtre, Reseda luteola, croissant dans les cultures mais son nom ancien de gaude n'est plus utilisé. À Saint-Symphorien, au début du siècle, on entendait encore l'expression vert coume gaude (réséda des teinturiers) mais le terme de comparaison n'en était plus compris (7).

Romarin

Rosmarinus officinalis

Le romarin n'est pas une essence indigène mais on la trouve dans beaucoup de jardins. Il n'est guère de village qui n'en ait au moins un pied, où comme pour le laurier, les voisins qui en manquent viennent s'approvisionner en cas de besoin. On l'utilise comme plante aromatique pour assaisonner poissons et crustacés.

Il y a une centaine d'années dans la région de Rochefort (Yves), on conservait plus volontiers les jambons par fumigation que par salaison. On les accrochait dans la cheminée et, chaque jour, pendant un mois environ, on y faisait brûler une brassée de branches vertes de laurier et de romarin. Le même usage avait existé à Saint-Symphorien (7).

À Champagne, dans les premières décennies du siècle, le romarin entrait dans la composition d'une décoction utilisée contre les douleurs. Il fallait le faire bouillir en mélange avec la marjolaine, de l'herbe à Saint-Jean, de la sauge, du lierre de muraille et du foin de marais. On y baignait le membre douloureux (7).

Ronce

Rubus spp.

On ne distingue pas entre elles les différentes variétés de ronces, appelées érondes (et dans certains vieux écrits éronces). Elles sont en général, considérées comme un signe du manque d'entretien des propriétés. Il n'y a pas d'érondes dans les palisses (haies) du bon cultivateur, disaient les anciens, mais l'on prétendait qu'on pouvait les exterminer, bien qu'elles soient très tenaces, en les coupant à ras du sol au mois d'août (7).

La ronce connaît cependant plusieurs emplois mineurs. Son écorce, souple et très résistante est utilisée dans la fabrication des vanneries de paille où elle sert à maintenir le boudin de seigleau de palenne et à le fixer à l'ouvrage commencé. On ne pratique plus ce petit artisanat mais, au XIXe siècle, les hommes, à la veillée, faisaient de cette façon des coffinas à faire lever les pains avant de les enfourner, des minelles ventrues où la farine se conservait bien, des bourgnés (tonneaux nasses de pêche), des bourniers (ruches), toutes sortes de corbeilles et petits objets, plus ou moins finement exécutés et même ces sortes de cylindre où l'on déposait les bébés qui ne savaient pas encore marcher.

Les tiges des ronces, armées de leurs forts éperons, sont parfois glissées dans les taupinières pour éloigner les hôtes indésirables qui bouleversent le sol de nos jardins ou vergers.

En médecine populaire, la décoction de pichons d'éronces (pousses de ronces) en bains de bouche guérit les aphtes (6) et les angines si on l'utilise en gargarisme. En mélange avec des figues sèches, les décoctions de pointes de ronces guérissent aussi les maux de gorge à Royan.

Quant aux fruits de la ronce, les moures, on les utilise parfois en confitures et en gelées bien que celles-ci figent plus difficilement que les gelées de groseilles. Quelques baies insuffisamment mûres mêlées aux fruits faciliteraient la prise de ces gelées.

Partout, en cette région, on défend aux enfants de manger des mûres : elles ont le mauvais renom de donner des poux.

Rose

Rosa spp.

La rose a partout valeur de symbole. Image de grâce, de la beauté, du bonheur, on trouve cette reine des fleurs sculptée sur les plus beaux de nos meubles régionaux comme sur le manteau de nos cheminées paysannes. On l'a souvent peinte sur le boîtier des horloges. Elle a orné les bijoux de nos aïeules, leurs coiffes et les vieilles faïences qui faisaient leur fierté aux étagères des vaisseliers. Là, elle était bleue sur les productions de La Rochelle tandis que sur celles de Marans, tracée au violet de manganèse, elle était tellement stylisée qu'on l'a prise pour une fleur de pomme de terre. Les petites filles autrefois l'ont brodée sur leurs canevas. On la voit sur d'humbles objets, des moules à beurre, des cuillers d'étain, des soufflets. Et, du fronton de la plus belle armoire jusqu’au plus modeste ustensile, qu'elle soit fidèlement rendue ou si maladroitement schématisée qu'on ne la reconnaisse qu'à ses pétales multiples et ses feuilles composées, c'est le domaine propre à la ménagère, de la patronne, qu'elle a mission de marquer, d'embellir, de poétiser.

C'est encore sous cet aspect symbolique que la rose apparaît dans nos vieilles chansons. Elle est souvent blanche, symbole d'innocence.

C'était un' jeune fille,
Qui n'avait pas quinze ans,
Qui s'était endormi - e
Au pied d'un rosier blanc...

La même résonance se retrouve dans la complainte des retours des noces si populaire autrefois dans nos villages et la version peut même être masculine :

... ma maîtresse m'a quitté
Pour un bouton de rose
Que je lui refusai.
Je voudrais que la rose
Soit encore à couper,
Que le rosier même
Soit encore à planter.
Et qu'ma jolie maîtresse
Soit encore à m'aimer...

Cependant, le pouvoir évocateur de la rose n'est jamais plus heureux que lorsqu'elle est simplement enchâssée dans le texte où elle ne joue apparemment aucun rôle si ce n'est d'y ajouter une note de grâce : joli cœur de rose... vive la rose ... vivent la rose et le lilas... c'est le procédé de la décoration des fermes transposé à la poésie populaire.

Voulait-on honorer la jeune fille la plus méritante de la paroisse ? On la faisait rosière !

Avant 1914, lorsqu'il était d'usage de décorer d'une livrée les invités à un mariage, les femmes mariées, les hommes et les jeunes gens arboraient un bouton de rose, qui au corsage, qui à la boutonnière, tandis que les jeunes filles avaient un bouquet rond et que la fleur d'oranger était réservée aux mariés (7).

Ne nous étonnons pas si l'on accordait aussi à la rose et au rosier des pouvoirs magiques. À Champagne et dans toute la région, jusque vers 1910, on a enterré le cordon ombilical sous un rosier rose pour que l'enfant ait bonne mine et lorsqu'on coupait les ongles du nourrisson pour la première fois, (ce qu’on retardait le plus possible de crainte de lui rogner l'esprit), on opérait au-dessus d'un rosier pour qu'il devînt bon chanteur (24). Pour porter bonheur à la vigne, il fut longtemps d'usage de planter des fleurs au bout des rangs de préférence des rosiers qu'on taillait en mars en même temps que les ceps.

De haut en bas :

  • Roses stylisées ornant des soufflets
  • Roses sculptées sur une cheminée paysanne (début du XIXe siècle)
  • Rose (?) esquissée au compas sur une embrasure de porte (moulin de Fromagé)


Rose sauvage

Rosa sp.

Les différentes variétés d'églantines ne sont pas distinguées entre elles. En épluchant leurs fruits, les jeunes garçons d'autrefois se procuraient du poil-à-gratter.

Roseau

Phragmites communis = Phragmites australis

La tige, fendue en lanières et aplatie, a une grande résistance. Par immersion dans l’eau, elle a été utilisée pour remplacer l’écorce des ronces dans la vannerie de paille de fabrication récente mais souvent vendue comme objet ancien.

Rue

Ruta graveolens

On trouvait autrefois ce petit arbuste à odeur fétide dans un coin retiré de certains jardins car on disait qu’il était interdit de le cultiver en raison de ses propriétés abortives (49 et 68). Cependant, au temps de Lloyd, il croissait à l’état sauvage à Saint-Savinien, Taillebourg, Le Douhet… et il s’était naturalisé çà et là.