O (Recueil de Dambourney)

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Recueil de procédés et d'expériences sur les teintures solides
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OBIER

OBIER à fleurs simples, (Viburnum Opulus.) Trois onces de ses branches & brindilles en sève, cuites pendant deux heures dans une pinte d'eau, répandent une désagréable odeur, telle que celle de la colle de Flandres que l'on feroit fondre. Un gros de laine LF, abattu dans la colature de ce bain, y acquiert, en trois heures de bouillon, une couleur puce, presque prune, bien solide.

Le même poids des mêmes, employées sèches, n'a procuré qu'une couleur de musc : cela annonce le grand rôle que la présence de la sève joue ici.

Les jolis fruits rouges de l'obier, au poids de trois onces, cuits pendant une [265] heure dans trois-quarts de pinte d'eau, m'ont procuré un bain couleur de rose dans lequel de la laine & du drap d'apprêt LF, au poids d'un gros, ont acquis, en trois heures de bouillon, un beau musc-doré qui résiste à douze heures d'immersion à froid dans l'eau de savon & dans le vinaigre ; mais le bain exhaloit une odeur de colle-forte qui ne seroit pas supportable en grand. Cet arbrisseau est très-commun dans les taillis.

Les brindilles de l’obier à fleurs doubles (pelotes de neige), traitées comme les autres, répandent la même puanteur, mais ne procurent qu'une couleur musc solide.


ŒIL DE CHRIST

ŒIL DE CHRIST à fleurs gris-de-lin, (Aster Amellus.) Trois once de ses tiges fleuries, séchées à l'ombre, cuites dans trois-quarts de pinte d'eau pendant une heure & demie, produisent un bain jaune-fauve assez foncé. Un gros de laine LF, y abattu, a pris d'abord un jaune agréable, puis, au long bouillon, un jaune-ravenelle très-transparent. Comme cette plante vi- [266] vace trace beaucoup, un si bon ingrédient est facile à multiplier.


ŒIL DE BŒUF

ŒIL DE BŒUF, (Anthemis Tinctoria.) Une médiocre poignée de la plante en fleur donne un bain dans lequel au premier bouillon un gros de laine LF contracte un jaune-aurore, ou souci, qui fléchit au savon & au vinaigre. La longue ébullition le change en un olive-clair, ou jaune d'ombre verdâtre solide, mais peu recommandable.


ŒILLET D’INDE

ŒILLET D’INDE, (Tagetes Patula.) Une médiocre poignée de ses feuilles & tiges, commençant à fleurir, broyée dans un mortier, & cuite pendant une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, m'a procuré un bain qui, en demi-heure entre chaud & bouillon, a coloré en beau jaune-citron un gros de laine d'apprêt E. Une seconde mise de demi-gros de la même laine n'a pris dans le déchet, au long bouillon, qu'une bruniture de jaune-terne.


OLIVIER

OLIVIER, (Olea Europœa.) Trois onces des ses brindilles en feuilles (le 14 Décem- [267] bre) hachées & cuites pendant une heure & demie dans trois-quarts de pinte d'eau, produisent un beau bain jaune-musc qui, même en un quart-d'heure de bouillon, ne communique à un gros de laine LF, qu'un citron-clair & peu brillant. Le déchet poussé à bout donne un jaune mat & terne.


OLIVIER DE PERSE

OLIVIER DE PERSE OU DE BOHÊME, (Eleagnus Angustifolia.) Trois onces de ses brindilles en feuilles ont, en trois heures de teinture, communiqué à un gros de laine LF la plus agréable nuance de noisette un peu violente, & qui s'embellit encore au feutrage & au vinaigre. Cet arbre, qui n'exige aucune culture, ne craint point nos hivers ; il pousse vigoureusement même dans les sables, & se multiplie par marcottes & même par boutures.


ORANGER

ORANGER, (Citrus Aurantium.) Une once des brindilles & feuilles sèches de cet arbre hachée & cuite dans une demi-pinte d'eau, m'a procuré un bain jaune-fauve de [268] grande espérance. Cependant la laine LF, même en quatre heures de bouillon, n'y a pris qu'un jaune mat & verdâtre.

Autant du gros bois, traité de même, communique une nuance de Nankin-clair.

Un bain pareil, avec addition de quatre gros de baies sèches de bourdaine, renforce les nuances ci-dessus sans les décider.

Un gros de laine LF, teinte en bain d'une once & demie de ces brindilles & feuilles sèches, puis réabattu dans un bain de garance & de baies sèches de bourdaine, acquiert un ton de carmélite, mais peu chatoyant. En général l'oranger promet, en teinture, beaucoup plus qu'il ne donne, & il faut en avoir essayé pour n'être pas séduit par la belle couleur jaune de son bois. L'écorce fraîche de ses fruits mûrs communique à la laine LF une couleur orangée terne.


ORIGAN

ORIGAN, (Origanum Vulgare.) Une médiocre poignée de la plante fleurie donne un bain olive foncé ; mais, malgré le long [269] bouillon, la laine LF n'y acquiert qu'une nuance de musc. On a pourtant imprimé que cette plante teignait en beau rouge.


ORME

ORME (Ulmus Campestris.) Trois onces de premiere & seconde écorce de l'espèce à petites feuilles, dépouillées d'une branche coupée le premier Mars, hachées & cuites dans trois-quarts de pinte d'eau, m'ont procuré un bain très mucilagineux, d'une odeur de syrop de pommes, de saveur sucrée-amère, de la couleur du plus fort cidre doux, & susceptible de fermentation vineuse. Un gros de laine d'apprêt LF n'y a point acquis le jaune intense qui semblait promis, mais au long bouillon, un assez beau mordoré. Le bois écorcé donne encore une assez belle nuance de noisette.

Dans une pinte & un quart, ou soixante pouces cubes d'eau de puits, j'ai fait cuire pendant une heure (le 10 Décembre) trois onces de premiere & seconde écorce d'une branche d'orme mâle coupée depuis huit jours. Le bain est devenu de couleur de [270] vin rouge très vieux & un peu jaunissant. Après l'avoir coulé, j'y ai abattu trois gros de laine & lainages : savoir :

  • Laine & étoffe d'apprêt E, bon pour rouge, y ont acquis une nuance de vigogne canelle.
  • Laine E, caustique portant au glaucium... vigogne dorée.
  • Id. LF... une couleur équivoque.

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une heure une once d'écorce d'orme, une once d'écorce de bouleau, & dix-huit grains de garance. Le bain coulé, j'y ai abattu deux gros de laine & espagnolette d'apprêt E, qui y ont acquis une belle teinte de canelle-rougeâtre.

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une heure une once d'écorce d'orme, quatre gros de baies sèches de bourdaine, & quatre gros de paille sèche de sarrasin. Un gros de la laine & étoffe d'apprêt E y a pris un jaune-ravenelle tendre & bien transparent


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ORPIN

ORPIN, (Sedum Telephium.) Une petite poignée de ses tiges, en fleurs, m'a donné un bain gris-de-lin dans lequel la laine d'apprêt E a pris une nuance de noisette-Nankin clair, très unie.


ORCEILLE DES CANARIES

ORCEILLE DES CANARIES. On connoît dans tous les Ateliers de Teinture la fugacité des riches couleurs que cette composition fournit. J'en ai fixé à peu près quelques nuances par les procédés ci-après.

Dans un tiers de pinte d'eau, j'ai fait cuire un demi-gros d'orceille telle qu'on la vend dans le commerce. Le bain coulé, j'y ai abattu un gros de laine d'apprêt AT, qui y a pris un lilas-violet. Cette laine submergée pendant une demi-heure dans le vinaigre y est devenue colorée d'un rouge-clair assez vif, puis repassée en eau de sa- [272] von à froid & au feutrage, a été viré en un rose charmant, & que j'ai cru inaltérable. Mais ce feutre gardé pendant deux années, partie à l'air, partie enveloppé dans du papier, a un peu violacé. Néanmoins comme la plupart des couleurs élégantes de nos draperies sont encore moins assurées, je suis persuadé qu'on tireroit grand parti de celle-ci en habits de fêtes pour les jeunes gens. Si l'action du foulon violaçoit trop les nuances, on y remédieroit en passant les draps foulés dans un bain froid acidulé qui leur rendroit de la vivacité, puis le travail des apprêts achèveroit de les rétablir en rose.

Comme le vinaigre seroit un avivage trop dispendieux en grand, j'ai fait un nouveau bain d'un gros d'orceille cuit dans deux tiers de pinte d'eau. Deux gros de laine d'apprêt AT, abattus dans sa colature, en sont sortis teints d'un beau ton un peu plus violet que lilas. Cette laine submergée pendant une heure dans de l'eau froide acidulée par l'huile de vitriol, jus- [273] qu'au degré du fort vinaigre, s'y est bien avivée, & le feutrage lui a donné le même ton rose brillant du premier essai.

Désirant virer ainsi l'orceille dans la chaudière même, j'ai fait un bain de trois quarts de pinte d'eau dans lequel au bouillon, j'ai projeté trente-six grains de crème de tartre en poudre. Après qu'elle a été fondue, j'ai calmé le bouillon pour y verser trente-six grains d'huile de vitriol délayée dans un demi-verre d'eau tiède, & j'y ai fait cuire trente-six grains d'orceille desséchée & pulvérisée. Ce bain coulé, j'y ai abattu quarante-huit grains de laine AT qui, après trois quarts d'heure, en est sortie parfaitement teinte en rose solide au feutrage & au vinaigre. Les laines d'apprêt LF & E rosent aussi, mais d'un ton beaucoup moins brillant que la laine AT.

En variant le poids de l'orceille on obtient diverses nuances depuis la lie de vin, jusqu'à la rose d'églantier des haies. L'agrément & le bon marché de ces couleurs doivent engager à chercher de nou- [274] veaux moyens de les assurer parfaitement.

L'orceille est encore un intermède & moyen de réunion entre les divers ingrédients qui entrent dans la teinture des couleurs nommées carmélites pour en prévenir les brinjures. C'est de M. Van-Robais l'aîné que je tiens cet avis, dont je lui fais hommage.

On m'a assuré que les Anglais teignoient d'abord en orceille les laines qu'ils destinoient à la cuve-d'Inde, & que c'est de là que procède le chatoyant de leurs bleus foncés.

ORTIE

ORTIE, grande, (Urtica Dioïca.) Ses racines produisent un bain d'un jaune agréable ; cependant la laine LF y prend à peine une légère nuance de paille, quart de citron, mais douée, & qui siérait bien aux adolescents qui ont du teint.

Une poignée médiocre de ses tiges & feuilles hachée, cuite dans trois-quarts de pinte d'eau pendant une heure & demie, donne un bain dans la colature duquel un gros de laine LF acquiert une bruniture [275] si intense, qu'on y soupçonnerait une addition de couperose. La laine AT, en seconde mise, y prend un ton gris-brun équivoque.

J'avais traité les tiges & feuilles de la grande ortie comme l’Anil, & le battage en avait séparé une fécule grise-ardoisée que j'avais fait sécher. Environ trois mois après, je pesai deux gros de cette fécule, réduite en poudre, & les fis cuire très doucement dans un tiers de pinte d'eau. Ce bain exhala bientôt l'odeur d'une cuve-d'Inde en travail. J'y abattis de l'espagnolette d'apprêt LF & de la laine AT. Comme je teignais à la chandelle, la fausse lumière & l'imagination exaltée par cette odeur, me firent croire y voir des nuances de bleu ; mais le lendemain le jour me détrompa. Je ne trouvai sur l'étoffe LF que la bruniture que m'avait procuré déjà la plante fraîche, & sur la laine AT, qu'un jaune-verdâtre & indéterminé.

J'ai broyé de cette même fécule, & j'en ai monté une petite cuve à froid, mais [276] étant rassise, elle ne m'a donné qu'une liqueur de couleur de citron, & sans énergie à froid.

En ajoutant à ce liquide un tiers d'eau, je l'ai fais chauffer & j'y ai abattu de la laine préparée par le sel de bismuth, ce qui rentre dans l'apprêt LF, mais elle y a totalement fondu : sans doute que la lessive & la chaux employées dans la composition de la cuve s'y sont, malgré la couperose & l'addition d'eau, trouvées encore en proportions suffisantes pour dissoudre cette laine.


ORTIE GRIÈCHE

ORTIE GRIÈCHE, (Urtica Urens.) Une médiocre poignée des tiges & feuilles, broyées dans le mortier de marbre & cuite dans trois-quarts de pinte d'eau, m'a produit un bain peu riche dans lequel la laine LF n'a pris, même au long bouillon, qu'un musc-olivâtre & terne.

J'ai haché & meurtri dans le mortier une assez grande quantité de feuilles & tiges d'ortie grièche (en Juin), & j'en ai formé un tas pour les laisser fermenter per [277] se, pour éprouver s'il s'y développeroit de l'alkali volatil urineux comme dans l’Isatis ou Pastel, mais il n'en a point été question. La fermentation est bientôt devenue putride, & un bain que j'en ai formé m'a donné, sur la laine LF, encore moins de couleur que la plante fraîche.


OSEILLE

OSEILLE, (Rumex Acetosa.) Trois onces des racines, bien lavées, broyées & cuites pendant deux heures dans une pinte d'eau, m'ont produit un bain très coloré, dans lequel un gros de laine d'apprêt LF a pris, au long bouillon, un bon musc-doré ; mais la laine y contracte de la dureté, ou aspérité, comme dans le bain d'écorce d'aune.


OSIER

OSIER JAUNE, (Salix Vitellina.) Deux onces de ses (278) brindilles hachées, cuites dans trois-quarts de pinte d'eau pendant une heure & demie, donnent d'abord à un gros de laine LF un beau jaune qui, en trois heures de bouillon, devient un riche mordoré.


OSIER FLEURI

OSIER FLEURI, (Epilobium Angustifolium.) Une poignée de ses tiges en fleur, [278] hachée & cuite dans trois-quarts de pinte d'eau, m'a procuré un bain jaune-gris trouble, dans lequel un gros de laine LF a pris, au long bouillon, une belle nuance de vigogne-dorée. Tous les bois en fonds un peu sec sont pleins de cette plante vivace.