N (Audier, L’herbier du village)
Jusque dans le courant du XIXe siècle, la pomme de terre étant, chez nous, successivement, inconnue puis négligée ou ménagée, les navets et les rabes, légumes d'hiver, eurent une grande importance dans l'économie rurale. Selon Vigier de la Pile, en Angoumois, sous l'Ancien régime, certaines paroisses en devaient même payer la dîme.
Longtemps destinées aux animaux, ces racines ont vu peu à peu leur aire de culture diminuer et disparaître. Mais comme les ménagères aiment à en ajouter quelqu'une au pot-au-feu du dimanche pour le bon goût qu'elles donnent, on en sème encore quelque peu dans les jardins. Cependant, il a fallu les sévères restrictions de la dernière guerre pour revoir sur nos tables des plats de ces légumes. Les navets et les raves se sèment au mois d'août et en jeune lune comme tout ce qui vient sous terre (7).
Néflier
Le mêlier est assez rare dans les bois. On trouve dans les jardins une espèce améliorée à gros fruits (généralement greffée sur aubépine) mais les nèfles sauvages leur sont souvent préférées. On les cueille au début d'octobre et on les enfouit dans le tas d'avoine, au grenier où elles mèlent (blettissent) en plusieurs semaines.
Ces mèles blettes combattent la diarrhée.
Nielle des blés
Lychnis githago = Agrostemma githago
Autrefois, vers le mois de juin, les nielles fleurissaient en abondance, surtout dans les prairies artificielles. Elles ont maintenant disparu de nos champs, sans doute éliminées par divers désherbants sélectifs. Certains amateurs tentent de les réintroduire dans des ensembles de fleurs des champs ou dans les parties botaniques de leurs jardins. Cette plante est toxique.
Nigelle
Cette jolie fleur pâle est entourée d'une fine collerette verte très découpée qui lui vaut son nom d’araignée car elle évoque un peu des pattes de faucheux. On ne la trouve plus à l'état sauvage dans les blés mais elle est encore cultivée dans les jardins pour sa valeur ornementale.
Nénuphar
Les nénuphars croissent spontanément dans les fossés des marais gâts. Le nénuphar blanc (Nymphaea alba) étant à la fois plus beau et bien plus rare que le jaune (Nuphar lutea). C'est ce dernier que les amateurs transplantent dans les bassins qu'il est maintenant de mode de creuser pour agrémenter les jardins.
Noisetier
ou coudrier, Corylus avellana
Les coudes sont très communs dans nos bois mais le noisetier franc - que l'on n'appelle plus coude - ne se trouvait guère, autrefois, qu'au voisinage des logis nobles et des domaines importants. Il est assez répandu de nos jours, dans les vergers, les jardins ou les haies. La variété la plus appréciée donne des noisettes rouges allongées.
Au printemps, les chatons mâles, les mimis amusent les tout petits enfants, et les écoliers sont friands de nouzilles, une petite potée ni salée ni poivrée comme dit la devinette (21). L'abondance de ces fruits passait pourtant pour être de mauvais augure :
- Année de noisettes,
- Année de disette (6), dit le dicton.
Et l'on entend aussi :
- Année de nouzilles,
- Année de filles (58).
Ce qui est également une prédiction pessimiste, la naissance d'une fille étant souvent une déception dans la famille.
Les noisettes, les amandes et la noix, ont la réputation de relever la qualité du vin qu'on va goûter.
Les bois de noisetiers, en coupe tous les douze ou treize ans, donnaient un bois de chauffage de qualité moyenne mais ils étaient d'un bon rapport avant la dernière guerre, car ils produisaient alors des piquetages, vendus aux ostréiculteurs de la côte pour fixer le naissain (larves d’huîtres). C'étaient des fagots de vingt brins, longs de 1,70 m et de la grosseur du bras. Ils étaient plantés en croix dans les fonds vaseux, là où les autres collecteurs, les tuiles par exemple, risquaient de s'enfoncer. Il en était ainsi, en particulier, à l'embouchure de la Seudre. Ils fournissaient au naissain des supports nombreux et propres, à grande surface de fixation. Au moment de la récolte, on les ramenait à terre pour le détroquage : un coup sec donné sur la branche détachait à la fois l'écorce et les petites huîtres dont on allait achever la culture en claire. Avec des branches plus grosses, on faisait des chevalets, vendus en fagots de neuf à dix branches, et qui, plantés aussi en croix, délimitaient les concessions (7).
Le noisetier a la propriété d'émettre des rejets longs et droits qui servaient autrefois à maints usages mineurs. On en faisait des manches de râteaux de fenaison, des aiguillons pour mener les bœufs, des bâtons pour conduire le troupeau aux champs. En noisetier aussi, étaient les baguettes dont les écoliers fournissaient leurs maîtres - bien qu’elles servissent autant à guider la lecture au tableau ou à montrer les lieux sur la carte de géographie, qu'à châtier les bavards et les ignorants. Les enfants en faisaient le poussoir de leurs cannes petouères, leurs sarbacanes en bois de sureau, et comme le noisetier se fend facilement, des pièges pour les petits oiseaux. Sur un cadre carré, de trente centimètres de côté environ, on fixait en diagonale deux liens d'écorce de ronce d'une cinquantaine de centimètres et, sous ces lanières, parallèlement aux côtés, on installait des demi-baguettes de longueur décroissante. La cage terminée avait un peu l'aspect d'une petite pyramide à degrés. Il ne restait plus qu'à y installer un système de fourchettes et de levier pour retenir l'appât et tendre le piège (7).
On a parfois accordé des propriétés magiques au noisetier : n'était-ce pas une fourchette de ce bois qui permettait au sourcier de déceler la présence des eaux souterraines ? Et les mais que les garçons déposaient à la porte des filles, dans la nuit du trente avril au premier mai, étaient presque toujours des branches de noisetier.
Dans les nombreux bois-des-coudes saintongeais, on trouve, à la fin de l'été, le bolet jaune, comestible excellent qu'on appelle parfois, comme à Saint-Hippolyte, le cèpe de noisetier. Mais ailleurs, le cèpe de noisetier est le bolet scaber, beaucoup moins estimé, qu'on appelle aussi pibe-gris, cèpe de peuplier tremble, bien qu'il pousse surtout au voisinage des chênes.
Noyer d’Amérique
On ne trouvait autrefois ce bel arbre de prestige que dans les cours des châteaux et des maisons bourgeoises ; il en existe en particulier, un superbe spécimen à l’abbaye de Sablonceaux. Bien que sa croissance soit très lente et qu’il exige beaucoup d’espace pour se développer, il est plus souvent planté, de nos jours, sur des places et dans quelques grands jardins car il n’est mis en valeur que s’il reste isolé. Les noix seraient d’un goût agréable mais, comme elles sont extrêmement dures, on ne les consomme généralement pas.
Noyer
Les nougers se sèment sur place car, en les transplantant, on risquerait d’atrophier leurs racines pivotantes le birau. Par suite ils se développeraient mal et resteraient souffreteux (7).
Ils ont besoin de plus d’espace entre eux que les autres arbres et on les trouve en général disséminés dans les champs proches de la ferme. Ils ont une croissance lente et ne fructifient qu’assez tard mais, en revanche, ils sont très résistants aux températures extrêmes et, pour montrer combien le « grand hiver » de 1709 fut rigoureux, on a coutume de dire que cette année-là, les noyers ont gelé dans les champs.
Leur ombre, très froide, est redoutée. On dit que se reposer en sueur sous un noyer fait courir un risque mortel.
Il existe maintes variétés de noix, qui sont rarement distinguées entre elles. On apprécie celles qui ne sont pas avères (1 et 3), celles qui ont peu de bois et l’on a soin de prélever celles que l’on sème sur un arbre très fructifère. Les parisiennes à coque tendre, qui se cassent entre paume et phalanges quand on en presse deux dans son poing. Elles ont longtemps eu une certaine faveur. Quant aux très grosses noix cocardes que Rabelais appelait des noix groslières, on ne les voit plus que rarement et on les considère surtout comme des curiosités.
La récolte de noix avait autrefois beaucoup d’importance. Même si l’on cuisinait surtout au saindoux, il y avait les salades, les vinaigrettes, les conserves pour lesquelles l’huile était indispensable, et toute celle qu’utilisait la maison, même pour alimenter le chaleuil provenait des noyers de la maison.
En ce domaine, la pluie de Mardi Gras était de bon augure :
- Pas d’eau au Mardi Gras,
- Pas de calas ! (4)
Et certains prisaient hautement les noyers de la Saint-Barnabé qui se développent tardivement, à l’époque où les risques de gelées sont négligeables (14).
On appréciait les noix fraîches lorsque la pelure se détache du cerneau, le bon, à l’époque des vendanges. Sèches, l’hiver, elles faisaient trouver le vin bon et rendaient la piquette meilleure quand elles clôturaient le diner de la famille. On en donnait quelques unes aux enfants pour leur goûter et ils en raffolaient avec une tartine de confiture de figues.
Les noix séchaient au grenier et il fallait aérer le tas, de temps en temps, pour éviter les moisissures. Ainsi remuées, elles racassaient et ce bruit caractéristique faisait dire aux enfants lorsque le tonnerre grondait : o l’est l’Bon Yeu qui brasse ses calas !
Quand elle n’était pas vendue au double, et le double d’autrefois était plus grand que celui d’aujourd’hui (7), le gros de la récolte était converti en huile. Pendant les longues veillées d’hiver, dans chaque maison du village, à tour de rôle on énougheait, on cassait les noix pour extraire l’amande, le nougeait. Le père opérait au marteau, au bout de la table, et les veilleurs, tout autour, triaient les parties comestibles. De temps en temps, il fallait bien rappeler à l’ordre quelque gamin qui se régalait sans vergogne mais comme on travaillait à titre de revanche, les parents veillaient à ce que personne n’exagérât.
Quelques familles avaient un petit pressoir personnel où l’on écrasait le nougeait après l’avoir fait chauffer, mais la plupart avaient recours à l’huilier. Pour trois livres de nougeait il ne donnait qu’un litre d’huile, le reste lui tenait lieu de rémunération, mais la rumeur publique l’accusait de faire des bonnes affaires en arrosant les amandes avec du vin blanc gras pour qu’elles rendent d’avantage.
On a énoughé jusque vers 1914 et ce travail fut repris pendant la guerre de 1939-1945 où l’huile était rare.
Les noix vertes servent à faire une liqueur, le brou-de-noix. Il faut en cueillir 11 ou 15 entre la Saint-Jean et la Saint-Pierre quand elles ne sont pas encore en bois (52).
On les fait macérer plusieurs mois dans un petit tonnelet d’eau-de-vie qu’on additionnera ensuite d’un sirop de sucre au vin rouge. Le brou-de-noix passe pour être une liqueur de santé mais, pour lutter contre les maux de ventre, c’est 13 noix vertes, cueillies le matin de la Saint-Jean, qu’il faut ainsi laisser « confire » dans le cognac avant de leur ajouter du sucre et une décoction de turquette. La feuille de noyer sert aussi à préparer une boisson tonique et dépurative. On met dans un bol une trentaine de folioles qu’on recouvre d’eau-de-vie. Au bout d’une semaine, on passe, et on ajoute le sucre et ce qu’il faut de bon vin rouge pour faire un litre de ce vin-de-noix (1).
Bien qu’on leur défende de jouer sous le noyer de crainte d’un refroidissement, les enfants aiment cet arbre dont ils tirent des jouets. Les mimis, les chatons, amusent les tout petits au printemps et les plus grands, avec des coques de noix se fabriquent des bateaux qui, munis d’un mât d’allumette et une voile de papier, flottent sur la mare ou sur l’eau des fossés.
En revanche, pour faire un moulin avec une noix cocarde, il fallait l’aide d’un grand, le grand-père souvent. On perçait l’écorce aux deux extrémités et l’on faisait un troisième trou au milieu d’une coquille. Patiemment, on vidait la noix sans l’ouvrir et l’on passait dans son axe une petite tige de bois surmontée de deux ailettes à laquelle on avait attaché une ficelle. Par le trou de la coquille, on tirait la ficelle qui, en s’enroulant et se déroulant, faisait virer les ailettes à la grande joie des petits garçons (24). Ce jouet avait une origine ancienne et Rabelais le décrit très exactement : d’une coquille de noix groslière il faisait si beau petit joyeulx et harmonieux moulinet a aesles de quatre petites aisses d’un tranchouer de vergne…
Avec une coquille de noix dans laquelle on avait laissé l’amande, on faisait un piège à souris. On mettait le bord d’une assiette creuse en équilibre sur cette coquille posée debout, la pointe en bas et l’amande en dedans. La souris, en grignotant la noix, faisait tomber l’assiette sous laquelle elle restait prisonnière (1).
Le bois de noyer s’enflamme facilement et a un grand pouvoir calorifique. Seule la ramure est ainsi brûlée dans la cheminée car le tronc et les branches maîtresses étaient destinés à l’ébénisterie, bien que cette essence n’avait pas la faveur du cerisier. Le noyer gris servait à faire des meubles massifs, le noyer noir, ou noyer ronceux était employé en plaquages et on connaissait aussi le noyer violet qui était très rare (58). On en a fait des armoires, surtout d’esprit Louis XIV, des lits, des tables, des horloges, parfois des petits meubles à écrire.
Ce bois servait aussi à fabriquer des couets (coffins ou coffinâ) de faucheurs où l’on conservait l’eau pour la pierre à aiguiser ainsi que les sabots solides et fins des riches paysannes.
Le gui ayant poussé sur le noyer aurait eu la réputation de faire repousser les cheveux, propriété qu’il était difficile de tester car le gui de noyer, encore plus rare que le gui de chêne, était introuvable (10) mais, par contre, il poussait parfois des morilles noires sous cet arbre, au printemps.
Le noyer a laissé peu de traces dans la toponymie. Quelques fermes ou lieux dits appelés Les Noyers, Les Nougers, indiquent seulement qu’il y fut autrefois cultivé et on trouve aussi le patronyme Nouger que certains curés, au XVIIIe siècle, transcrivaient Dénoyers pour le franciser.