Voandzou (Potager d'un curieux, 1899)
[650]
Nom accepté : Vigna subterranea
Herbe annuelle, à tiges rampantes, divisées en rameaux étalés. Feuilles composées de 3 folioles oblongues, obtuses ; pétiole commun long de 3 à 4 pouces. Pédoncules courts, axillaires, inclinés, ceux des fleurs hermaphrodites biflores. Corolle jaune ; ailes oblongues, étalées horizontalement ; étendard ovale, strié. Légume arrondi, charnu, monosperme par avortement. Pédoncules s'enfonçant en terre comme ceux de l'Arachide.
« Les plus anciens voyageurs à Madagascar (1), avaient
____________________
(1) Le R. P. Camboué, missionnaire à Madagascar, en a envoyé, à diverses reprises, des graines à la Société nationale d'Acclimatation (voir Revue des sciences naturelles appliquées, 1890, p. 76), ainsi qu'à la Société nationale d'Agriculture (Voir Bulletin de la Société nationale d'Agriculture de France, 1888).
[651]
remarqué cette Légumineuse annuelle, que les habitants cultivent pour en manger le fruit ou les graines, comme des Pois, des Haricots, etc. Elle ressemble à l'Arachide, en particulier par la circonstance que le support de la fleur se recourbe et enfonce le jeune fruit ou légume dans le sol. La culture en est répandue dans les jardins, surtout de l'Afrique tropicale, et moins communément de l'Asie méridionale. Il ne semble pas qu'on la pratique beaucoup en Amérique, si ce n'est au Brésil, où elle se nomme Mandubi d'Angola. » (A. de Candolle, Origine des plantes cultivées.)
Nous avons reçu d'Elim, Spélouken, en date du 13 juillet 1882, une lettre de M. E. Creux, chef de la mission vaudoise dans le Transvaal, qui contenait les passages suivants : « Notre église nous envoie un agriculteur, M. Mingard ; j'espère que vous le verrez à son passage à Paris. Le Sésame, les Arachides et un excellent Haricot tubercule dont je ne connais pas le nom indigène sont très cultivés par les natifs... »
Nous n'avons pas vu M. Mingard, qui faisait déjà route pour l'Afrique lorsque nous parvenait l'avis qu'il passerait à Paris ; mais nous avons reçu de lui une lettre datée d'Elim Waterfall, Spélouken, 1er février 1883, nous disant : « Je vous expédie 100 grammes de nos Tindlohu ou Haricots tubercules, et 100 grammes de nos Tinyawa, Haricots de haies, à rames.
« La première espèce est bonne et sucrée ; elle donne un très bon légume ici. On la sème à raison d'un grain par creux. Elle doit être buttée comme les Pommes de terre.
« La seconde est plus médiocre, semblable, pour le goût, aux petites Fèves. Pour la table, les Tinyawa doi-
[652]
vent être bouillis préalablement. Ils croissent ici dans les buissons. »
Nous avons reçu et semé les graines annoncées. Le Tinyawa est un Lablab. Il a végété vigoureusement, mais sans fructifier. Nous avons tardivement reconnu que le Tindlohu était le Voandzou, plante très intéressante, mais rebelle à la culture sous le climat de Paris.
Nous avions semé sous châssis ; les graines avaient bien levé ; trois ou quatre feuilles, portées sur de longs pétioles, formaient une petite touffe au centre de laquelle on voyait naître plusieurs faibles pousses très grêles... Nous attendions pour butter, qu'il s'élevât des tiges, lesquelles ne devaient pas venir, et, lorsque nous avons butté, il était trop tard. Les pousses grêles qui s'étaient montrées, et qui n'étaient sans doute pas destinées à végéter à l'air libre, étaient desséchées.
Le Voandzou ne nous paraît pas encore suffisamment connu. On n'en a appris ni la culture ni les usages.
On nous dit que ses graines torréfiées sont vendues aux nègres, dans les rues de Rio, parmi d'autres friandises grossières ; mais cet usage n'expliquerait nullement la culture générale qui se fait de ce légume dans un grand nombre de partie tropicales de l'Afrique, où il en existe plusieurs variétés d'un rouge brun ou d'un blanc jaunâtre, unicolores ou panachées. On en consomme certainement les graines comme les Haricots, les Pois et les Fèves.
Le R. P. Camboué a consacré au Voanzo une note intéressante, parue dans la Revue des Sciences naturelles appliquées, 1889, p. 893, dans laquelle il nous apprend que la plante est cultivée à Madagascar dans les terrains argileux ou silico argileux des collines dénudées de l'Imérina, à 1,300 mètres environ au-dessus du
[653]
niveau de la mer. Les semailles ont lieu vers le commencement de la saison des pluies (octobre-novembre). Vers février, quand la plante fleurit, on butte légèrement. La récolte a lieu vers mars-avril. « Le Voanzo se vend alors sur le marché de Tananarive à raison de 4 francs l'hectolitre. En Imérina, le Voanzo se mange préparé comme le Haricot ou le Pois ; bouilli à l'eau, sa saveur rappelle un peu celle du Pois chiche et de la Noisette.
Il sera assurément impossible de cultiver utilement le Voandzou en France. On pourra l'introduire dans nos possessions d'Afrique, à la Guyane, à Pondichéry, en Cochinchine, au Tonkin, etc.
La plante est assez curieuse pour que les amateurs essayent d'en élever quelques pieds sous châssis. Elle rendrait certainement de grands services dans celles de nos colonies qui ne la possèdent pas encore.