Young Ts'aï (Potager d'un curieux, 1899)
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Nom accepté : Ipomoea aquatica
Les graines de cette plante nous ont été envoyées par le P. Heude, missionnaire à Zikawei, en Chine. Elles étaient accompagnées de la Note suivante :
- « Il y en a partout dans le sud de la Chine. On en cueille les pousses tendres et on les traite comme l'Épi-
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- nard, l'Amarante, la Luzerne, c'est-à-dire qu'on les dégourdit dans l'eau et qu'on les frit dans l'huile, le saindoux, etc.
- C'est une culture en planches, terre franche et fraîche. Semez dès réception. Je doute que vous puissiez avoir des graines mûres à Paris. »
C'est évidemment de cette plante que Ch. Eckeberg parle dans son ouvrage Chinese husbandry. Les Chinois, dit-il, cultivent dans les étangs un Épinard d'eau qui croit en si grande abondance qu'il couvre entièrement la surface de l'eau. C'est une des herbes potagères les plus usuelles.
Fortune, dans son Voyage agricole et horticole, cite le Convolvulus reptans au nombre des plantes potagères qui sont l'objet d'un commerce considérable sur les marchés du sud de la Chine.
Dans une lettre en date du 28 janvier 1890, le Dr Bretschneider nous dit que le nom le plus répandu de ce légume en Chine est Young ts'aï (prononcez Ang tsoï) ; c'est le nom sous lequel la plante est décrite dans les livres chinois de botanique, dans le dialecte de Canton. Son nom populaire à Pékin est Koung-tsai. Young et Koung sont les noms de la plante ; Ts'aï signifie légume. Quoique aquatique, on ne la cultive pas dans l'eau à Pékin.
Dans d'autres parties de la Chine, le Young tsaï est néanmoins cultivé dans les étangs ou les cours d'eau, comme le montre une Note publiée dans la Revue horticole, 1890, page 52, sous le titre de Jardins flottants chinois. On y lit ce qui suit :
- « Un ingénieux moyen de mettre les récoltes à l'abri
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- d'une inondation et de les préserver en même temps d'une trop grande sécheresse est mis en pratique par les Chinois.
- Il consiste à construire des radeaux de longueur variable, dont le plancher présente de nombreux interstices. Sur ce plancher est étendue une épaisseur de 2 à 3 centimètres de paille que l'on recouvre de boue ou de terre provenant du fond d'une rivière, destinée à recevoir la semence de diverses plantes, et principalement d’Ipomæa reptans, dont le Chinois mangent les tiges et les racines. Dans ces conditions, la paille, puis le sol ne tardent pas à pourrir et à disparaître. Les racines se développent alors dans l'eau.
- Ces radeaux sont attachés aux rives des lacs, des étangs ou des cours d'eau, sur lesquels ils flottent constamment, défiant ainsi les inondations, et c'est un curieux spectacle, dit M. Magowan dans la China Review, que de contempler, en été, ces jardins d'un genre qui nous est totalement inconnu en Europe. »
M. Balansa, botaniste voyageur, chargé de l'exploration du Tonkin, nous a donné pendant son séjour à Paris, en 1889, quelques détails intéressants sur la culture de l’Ipomæa reptans dans notre colonie :
- « La plante existe partout. Elle est l'objet d'une grande culture.
- L'extrémité des rameaux feuillés est récoltée et vendue sur les marchés. On mange ce légume cuit, mais il n'a pas de saveur bien particulière.
- Dans l'intérieur de Hanoï, il y a un étang spécialement consacré à la culture de cette plante. Il est divisé en plusieurs parties appartenant à plusieurs propriétaires, lesquelles sont limitées par des Bambous.
- Le pied de la plante plonge toujours dans l'eau ;
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- les rameaux feuillés flottent à la surface. Des femmes vont dans de petits bateaux plats en faire la récolte. »
Nous avons semé les graines d’Young ts'aï sous châssis et nous avons repiqué moitié du plant sous verre et moitié en pleine terre. La plante s'est mieux comportée à l'air libre que dans le coffre. Elle a fleuri assez abondamment dans les deux conditions ; cependant, c'est dans le coffre que nous avons pu récolter trois ou quatre graines.
Les rameaux latéraux se montrent fort tard ; ils rampent sur le sol et s'y appliquent strictement comme le Lierre au mur. Ils sont épais, de consistance molle et portent des feuilles charnues. Les fleurs, assez grandes et d'un blanc pur, émailleraient le tapis formé par les feuilles. Cette Ipomée ne serait peut-être pas sans intérêt comme plante d'ornement. Comme légume, elle pourrait être expérimentée sous un climat plus favorable que ne l'est celui de Paris, où en aucun cas elle ne peut être utilement cultivée.
D'après Krasnow (1), une Gentianée aquatique, le Limnanthemum peltatum, vulgairement Djinsaï, serait cultivé dans les étangs et fournirait une salade douceâtre, mucilagineuse, très appréciée au Japon.
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(l) Krasnow, Les régions théières de l'Asie subtropicale, 1er vol. Japon, Saint-Pétersbourg, 1897 (en russe).