Sideroxylon foetidissimum (Rollet, Antilles)

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Pouteria semecarpifolia
Bernard Rollet, Arbres des petites Antilles, 2006
Sideroxylon obovatum
Planche 231 : SAPOTACEAE. IX. Sideroxylon foetidissimum. A. Rameau fleuri. B. Feuille. C. Fleur. D, E. Fruits. F. Écorce (coupe transversale).
base du tronc
écorce
tranche

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Sideroxylon foetidissimum Jacq. Enum. Syst. Pl : 15 (1760).

Synonymes : Mastichodendron foetidissimum (Jacq.) H.J. Lam (1939) ; Mastichodendron sloaneanum Box & Philipson (1951).

Noms vernaculaires : Précolombien : Aukuma ; Aoroma. Fr : Acomat, Acomat franc, Acomat bâtard (Guadeloupe) ; Acomat (Martinique) ; Acoma (Acomat) St Christophe (Dominique) ; Aroma (Grenadines) ; Acoma (Trinidad). A : Mastic-Bully (Puerto Rico) ; False mastic, mastwood (Puerto Rico) ; Mastic (Floride) ; Mastwood (Antigua, St Vincent). Esp : Tortugo amarillo (Puerto Rico).

Description : Grand arbre atteignant 25 m de haut et 95 cm de diamètre. Pied : sans pattes (diamètre 24 cm) ; en général pattes à dos rond, large, très décurrentes jusqu’à 1 m de haut et plus (diamètre 77 cm) ; fût un peu musculeux. Écorce : épaisseur totale 4-5 mm pour un diamètre de 14 cm ; 6-7 mm pour un diamètre de 24 cm ; 12 mm pour un diamètre de 26 cm. Aspect externe : à l’état jeune beige finement fissurée longitudinalement, anastomosée ; sur gros diamètres : brun clair à gris marron. Fissures profondes. Rhytidome : caduc, laisse des cicatrices en cercles concentriques un peu guillochées ; liège mince ; démasclé : carmin ; fissures en face des rayons élargis. Écorce vivante : tranche orange, latex très peu abondant, couleur crème à jaunâtre ; section transversale : la partie externe est flammée par les rayons roses élargis en entonnoirs non confluents ; zone intermédiaire : jaunâtre avec tiretés oranges ; interne : gris nacré. Aubier : jaune à orangé ; rayons très fins, pores invisibles. Feuilles : en hélice, alternes, obovales à oblancéolées, 9-18 × 4-5,5 cm ; ondulées sur le bord, nervure principale jaune serin ; le limbe forme en général une petite poche à la face supérieure, au sommet du pétiole, celui-ci assez grêle (20-25) mm. Fleurs : fascicules axillaires ou cauliflores, fleurs subsessiles, en écouvillon sous les feuilles, jaune vif, sentant sur le tard le miel noir de Guinée ; staminodes pointues avec dents. Fruits : taille et aspect d’une petite olive, jaune d’or ; pulpe à saveur amère ; 1 graine. Phénologie : sempervirent. Fleurs en mars, mai, août, aussi septembre à novembre (DUSS). Fruits en février-mars (DUSS) aussi en juin-juillet et janvier. La fructification semble discontinue : une année ou deux ou plus. Ne semble pas fleurir souvent. Fruits disséminés par les oiseaux et chauve-souris. Habitat : devenu assez rare dans presque toutes les îles ; zones xéro-mésophiles de basse altitude, côtières ou de l’intérieur, calcaires ou volcaniques entre 0 et 400 m. Tempérament : xéro-sciaphile ; tout au moins tolère un couvert léger ; MARSHALL le considère héliophile modéré ; en dépit d’une fructification abondante, on trouve peu de jeunes plants.

Usages : Espèce devenue relativement (et inégalement) rare, surtout les gros diamètres, par surexploitation ; excellent bois de construction, dur, lourd (d = 1,0), jaunâtre, dont l’emploi est mentionné dans les premières relations sur les Îles ; c’est l’Acomat du Père Labat : « son incorruptibilité dans la terre et dans l’eau tient sans doute à son amertume, qui le rend inattaquable par les insectes » (DUSS). Le bois


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était très utilisé par les Caraïbes de Dominique (HODGE & TAYLOR) ; ponts (BRETON) ; meubles, bateaux, construction, poteaux ; ailes de moulins à sucre (Exquemelin). Arbre de chasse : fruits recherchés par les pigeons. Le latex donne une espèce de chewing gum (FOUQUÉ).

Distribution générale : Floride, Florida Keys, Bahamas, Cuba, Jamaïque, Hispaniola, Puerto Rico, Virgin Islands, Petites Antilles, Bonaire, Trinidad, Mexico, Guatemala, Belize, Colombie.

Note : il existe une variété au Yucatan et Belize (British Honduras) ; S. quadriloculare Pierre de Trinidad (MARSHALL) semble très voisine.

Distribution aux Petites Antilles : St-Martin, Saba, St Kitts, Montserrat, Antigua, Guadeloupe (Basse-Terre et Grande-Terre), Marie-Galante, Les Saintes, Dominique, Martinique, Ste-Lucie, St Vincent, Barbade, Grenadines.

Matériel examiné : SM : BÉNA, s.n., s.loc. (P). At : WULLSCHLÄGEL 325, s.loc. (P). BT : DUSS 159, Vieux- Fort (P) ; HUC 1090, 1092, 1209, Monts Caraïbes, 200 m (GUAD) ; LE GALLO s.n., forêt des Palmistes, 700 m (P) ; LE GALLO 3038, Vieux-Fort, 45 m (P) ; QUESTEL 2375, Vieux- Fort (P) ; ROLLET 699, Monts Caraïbes, 200 m (GUAD) ; ROLLET 1601, entre Grande Anse et Vieux-Fort « Les Acomats », 100 m (GUAD) ; ROUSTEAU 213, Deshaies, Pradel, 100 m (GUAD). GT : L’HERMINIER s.n., s.loc., en 1843 (P) ; ROLLET 581, Haut de la Montagne, 70 m (GUAD) ; ROLLET 643, Anse Patate près Le Moule, 10 m (GUAD) ; STEHLÉ s.n., Calvaire, Abymes (P). G : BÉNA 1956, 2086, 2159, s.loc. (P) ; PERROTTET 246, s.loc. (P). MG : ROLLET 825, Anse Coq, 40 m (GUAD) ; ROLLET 1876, La Source St Louis (GUAD). La station de Folle Anse notée par DUSS n’a pas été retrouvée. D : NICOLSON and al. citent 2 spécimens : IMRAY 3 et JONES s.n., ce dernier récolté probablement au Jardin Botanique de Roseau dont JONES a été le Directeur. M : BÉLANGER 360, s.loc. (P) ; DUSS 164, 1910 , s.loc. (P) ; Collecteur ? s.n., Trois Ilets, Phare Caravelle (P).

Observations : SK : pente sud South Range, 100-200 m (FIARD & ROLLET). At : Boggy Peak, 350-400 m ; Darkwood, 50 m (FIARD & ROLLET). BT : Ravine de Belost près de Basse-Terre (DUSS) ; Ravine du Plessis, 70 m (ROLLET). St : Terre-de-Haut, 150-300 m (ROLLET & ROUSTEAU) ; Terre de Bas, Morne des Abymes, 200 m (FIARD & ROLLET). M : L’arbre a presque disparu ; 3 pieds à la Caravelle, environs du Phare ; hauteurs des Trois Ilets (arbres non retrouvés). Ce sont les 2 stations déjà signalées par DUSS en 1897. Morne Manioc, St Anne, quelques pieds ; Morne Bois la Roche, Case Pilote, quelques pieds (FIARD). SL : Petit Piton, 400 m (FIARD & ROLLET). SV : King’s Hill, 150 m, 50 cm de diamètre (ROLLET). B : in GOODING, 1965 : était commun quand SLOANE a visité l’île (1687) ; très rare en 1830 (MAYCOCK) ; disparu d’après BOX & PHILIPSON (1951) mais relocalisé à Kellman Gully (Sion Hill, St James), un seul individu d’après CARRINGTON).

Bibliographie : (*Iconographie, **couleur) : BEARD 1944, 1949 ; BOX & PHILIPSON 1951 ; BRETON 1665 ; BRITTON & WILSON 1925 ; CARRINGTON 1993** ; DUSS 1897 ; EXQUEMELIN 1969 ; FIARD 1992** ; FOUQUÉ 1972 ; FOURNET 1978* ; GOODING and al.

1965 ; HODGE & TAYLOR 1957 ; HOWARD 1952, 1989 ; LITTLE & WADSWORTH 1964* ; MARSHALL 1939* ; NICHOLSON 1979 ; NICOLSON and al. 1991 ; TOMLINSON 1980* .

Note : Le nom du genre Mastichodendron (masticho : mâcher) se rapporte sans doute à la pulpe collante du fruit qui rappelle (en Floride) le goût de la Sapotille ; le nom de l’espèce foetidissimum a peut-être été donné en raison de l’odeur forte des fleurs (TOMLINSON).

Anatomie du bois

coupe transversale (en haut à gauche), coupe tangentielle (en haut à droite), coupe radiale (en bas) (P. Détienne & P. Jacquet)

Sideroxylon foetidissimum, Sideroxylon obovatum, Sideroxylon salicifolium :

  • Bois parfait jaunâtre (les 2 premières espèces), à peine distinct de l’aubier, mais brun rose à brun rouge différencié de l’aubier beige gris dans S. salicifolium. Grain fin, maille imperceptible, densité de 0,80 à 1,10.
  • Pores très souvent accolés radialement donnant l’impression d’une disposition en files radiales dans S. foetidissimum et S. salicifolium mais bien groupés en files ou plages radiales et obliques dans S. obovatum, au nombre de (10)-20 à 30 par mm2, indistincts à l’œil nu (diamètre moyen de 60 à 90 μm), souvent obstrués par des thylles. Perforations des éléments vasculaires uniques ; taille des ponctuations intervasculaires de 4 à 6 μm.
  • Parenchyme en chaînettes fines très nombreuses (espèces 1 et 3) mais plutôt en chaînettes regroupées en lignes et même en lignes dans S. obovatum. Files de cellules composées de 3 à 6 éléments contenant parfois du sable cristallin englobant ou non des cristaux dans S. obovatum, composées de 6 à 10 éléments parfois cristallifères (cristaux par 2-4 ou en chaînes) dans S. foetidissimum).
  • Rayons 2-3-sériés (S. obovatum) ou 1-2-sériés (les 2 autres espèces), au nombre de 10 à 15 par mm, de structure hétérogène : cellules couchées au centre avec 1 à 4 rangées (plus chez S. salicifolium) de cellules carrées et dressées aux extrémités. Ponctuations radiovasculaires grosses à très grosses, rondes, ovales à étirées. Présence de cristaux, généralement par 2 dans certaines cellules carrées ou dressées chez S. foetidissimum.
  • Fibres à ponctuations simples.