Orobanchacées (Le Floc'h, 1983)

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Scrophulariacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Globulariacées


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Cistanche phelipaea

391. Cistanche phelipaea (L.) P. Cout. [III/1272 ; p. 867] OROBANCHACÉES


Orthographe retenue pour Flora europaea : C. phelypaea (L.) Coutinho.

Ce taxon admet également des synonymies que l'on retrouve dans la littérature :

(1) Phelipaea lutea Desf.

(2) Cistanche lutea Hoffmanns et Link.

Cette Cistanche ainsi que C. violacea et Cynomorium coccineum, sont des plantes parasitant en général des Salsolacées mais parfois aussi les plantes des genres Zygophyllum et Limoniastrum.

A. - Une fraction de cette espèce parasite, est consommée assez fréquemment par les populations nomades mais ce n'est pas là son seul usage, la pharmacopée traditionnelle lui reconnaissant des propriétés antidiarrhéïques et diurétiques. BOUQUET (1938) souligne que l'on recueille Phelipaea violacea [1], P. lutea (1) et P. aegyptiaca [2] correspondant, dans les populations rurales, aux nombreuses dénominations.

ar. = danoun, denouss, barnouk, ouars, deriss, kharès, tertout el kelab, zebb el qaâ, fetekchen, zebb er roumi, zebb el nasrani.


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ber. = idergis, abouchel-n-tekkouk.

tam. = zimzellil, temzellit, ahéliouine.

Les recettes de préparation de cette cistanche pour l'alimentation humaine sont variables selon la portion consommée de la plante.

Selon BOUQUET (1938), on arrache de préférence la plante avant l'épanouissement des fleurs ; la hampe florale, blanche, charnue, avec à sa base un renflement volumineux, est coupée au dessous de la zone où naissent les fleurs. Cette partie de la plante se consom­me fraîche, cuite à l'eau à la façon des asperges, ou séchée puis mise en poudre et mélangée à de la farine d'orge.

GALAN (1951) a révélé qu'en cas de disette les nomades consomment :

  • le pourpier (Portulaca olerocea)
  • plusieurs orobanchées, Cistanche phelypaea, Orobanche aegyptiaca et O. cernua dont ils mangent les parties souterraines charnues cuites sous la cendre ou bouillies.
  • Cynomorium coccineum qu'ils préparent en la broyant des­séchée pour en faire une sorte de farine.
  • des graines de Bœrhaavia agglutinans [3]
  • des rhizomes de Typha elephantina
  • des drupes de Ziziphus lotus et de sa sous-espèce saharae [4].

La consommation des parties souterraines de Cistanche phelypaea (« danoun ») est notée pour la région de Ouargla par DOREAU (1961) ; LARRIDAUD (1952) rapporte le même usage en signalant qu'il concerne également C. violacea. PASSAGER et DOREY (1958) précisent cet emploi en soulignant que l'espèce est mangée cuite sous la cendre ou bouillie et que le séchage au soleil en permet la conservation.

C'est sans conteste au Sahara que cette espèce (tam. = ahliou ; ar. = danoun ; fr. = cistanche) est encore la plus utilisée, et il suffit pour s'en convaincre d'examiner les nombreuses notes de GAST (1968) à son sujet. Il indique ainsi :


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  • qu'on ne consomme que rarement la partie la plus vieille de la racine,
  • que donc seule la partie souterraine de la tige (tam. = akou­nef, ikounefen) cueillie avant le flétrissement est mangée et qu'elle est préparée comme un légume, soit bouillie à l'eau, soit rôtie à la braise mais que toutefois un rouissage de plusieurs jours est toujours nécessaire pour atténuer la forte amertume de la pulpe. Cette portion « consommable » séchée, broyée, recouverte de feuilles de Pulicaria crispa Forrsk. (tam. = tametfert), pressée et que l'on laisse macérer et sécher perd son amertume. Cette préparation réduite ensuite en farine peut, en mélange ou non avec d'autres farines ou avec des dat­tes, servir à la fabrication de bouillies ou de galettes. Ce même produit peut, après rouissage, être conservé sans dommage durant 1 à 6 ans,
  • que les pousses aériennes encore blanches sont cueillies, éplu­chées, trempées dans l'eau puis cuites à l'eau salée et agrémentées de piment. A cette soupe, et pour l'épaissir, on ajou­te des graines de mil ou du blé concassé et si possible un peu de beurre fondu,
  • qu'en cas de disette, la partie « consommable » étant déjà consommée, on mange aussi sous forme de bouillie et malgré son mauvais goût, la vieille racine dite « doriten ».

M. - Selon BOUQUET, la farine obtenue à partir de la portion de tige située entre la base des fleurs et le « rhizome » passe pour avoir des propriétés antidiarrhéïques, on l'emploie, délayée de lait de chamelle, en cataplasmes contre les contusions. La plante consom­mée crue (par les Chambâa et les Touaregs) est considérée diurétique.

Au Fezzan, LETHIELLEUX (1948) mentionne que les popula­tions consomment sous forme de farine, qu'ils préconisent contre la diarrhée, la partie renflée de la tige contenant, au moment où elle sort de terre, beaucoup d'amidon.

D. - Phelypaea lutea (Desf.) (1) commune en Erythrée (Ethiopie) (TROT­TER, 1915) est utilisée en teinture et donne une couleur jaune.


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  1. Phelypaea violacea Desf. = Cistanche violacea (Desf.) Beck.
  2. POTTIER-ALAPETITE (1981) signale la synonymie Phelipaea aegyptiaca Walp. = Orobanche aegyptiaca Pers.
  3. Bœrhaavia agglutinans B. = Bœrhaavia viscosa Lag. et Rodr. (famille des NYCTAGINACÉES) espèce absente de Tunisie.
  4. Ziziphus lotus ssp. saharae est probablement Ziziphus saharae Batt. (famil­le des RHAMNACÉES) espèce absente de Tunisie.


Cistanche violacea

392. Cistanche violacea (Desf.) Beck. [III/ 1273 ; p: 867]

Cette combinaison adoptée dans la Flore de la Tunisie admet des synonymies dont en particulier : Phelypaea violacea Desf.

BOUQUET (1921) signale que cette espèce parasite le plus souvent Zygophyllum cornutum ou Limoniastrum guyonianum.

A. - En Libye en temps de famine (TROTTER, 1915) la partie souterraine grosse et charnue est consommée ; elle est d'abord cuite puis séchée au soleil et mise en poudre. PERVINQUIERE (in TROT­TER) rapporte qu'un Phelypaea (probablement P. violacea) est pa­rasite du Limoniastrum et que quand elle sort de terre la tige charnue est comestible mais que plus tard elle prend un goût amer qui dispa­raît en partie après cuisson sous la cendre.

Les Touaregs consomment cette espèce à la façon des asperges in­dique BOUQUET (1921) qui ajoute la recette suivante : après des­sication à l'ombre on transforme la plante en farine que l'on mélange à celle de l'orge.

M. - La plante fraîche passe pour avoir la propriété de diuréti­que et la farine délayée dans du lait de chamelle sert, en cataplasmes, à lutter contre les contusions (BOUQUET, 1921).


Orobanche aegyptiaca

393. Orobanche aegyptiaca Pers. [III/1274 ; p : 869] OROBANCHACÉES

Nous avons adopté ici la synonymie retenue par POTTIER-ALA­PETITE Phelipaea aegyptiaca Walp. = Orobanche aegyptiaca Pers.

A. - Les populations nomades consomment les parties souter­raines de Phelipaea aegyptiaca (espèce parasite) rapportent GALAN (1951) et GAST (1968).


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GAST signale en outre que cette espèce (tam. : tamzellit ; fr. = orobanche) est réputée, en Ahaggar, avoir meilleur goût que la cistanche.


Orobanche cernua

394. Orobanche cernua Lœfl. [III/1285 ; p:874]

A. - La consommation de cette « orobanche » est mentionnée par GALAN (1951) et par GAST (1968) qui précise que cette espèce (tam. : efetekchi ; fr. : orobanche) est moins appréciée que Oroban­che aegyptiaca (n° 393) et que les racines sont consommées comme celles de Cistanche phelipaea (n° 391).