Laurus (Rolland, Flore populaire)

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Polygonum
Eugène Rolland, Flore populaire, 1896-1914
Daphne


[Tome IX, 196]

LAURINÉES


Laurus nobilis

Laurus nobilis (Linné). — LE LAURIER


  • laurus baccalis, lat. de Pline.
  • laurus arbor, daphnis, dafinus, dasmis, l. d. m. â., Goetz.
  • daphne, dampnis, dampnidon, dampdon, l. d. m. â., Dief ; Renzi.
  • laurus baccifera, nomencl. du XVIe s. Mattirolo.
  • laur, laurer, laurier, lorier, laurel, anc. prov., Rayn. ; Bartsch, Chrestom., 1892.
  • lhorér, m., Pyr.-Orient., Carrère.
  • laure, f., anc. franç., God.
  • lor, m., anc. franç., Brandini ; Couraye Du Parc, Mort Aymeri, 1884, p. 1884. [erreur : il s'agit du vers 3297, p. 141.]
  • laour, m., Aveyron, Duval.
  • laouriè, m., laourié, m., provenç., langued.
  • loouriè, m., loourié, m., Limousin ; Lot ; Dord. ; Cant. ; Drôme.
  • lourié, m., Isère.
  • loriô, m., La Motte-Beuvr. (L.-et-Ch.), r. p.
  • laouré, m., H.-Gar. — H.-Pyr. — Gers. — Landes.
  • laouzié, m., Cazideroque (L.-et-G.), c. p. M. De Dienne.
  • loouzié, m., Arles, Lang., Tarascon, Troubad. nation., 1831, l, 97 ; Marseille, Armand marsih., 1894, p. 31.
  • layouyè, m., Lézignan (Aude), Rev. d. l. rom., 1897, p. 325.
  • lori, m., lôri, m., louri, m., Normandie, Lorraine, Franche-C., Savoie.
  • loré, m., lôré, m., Poitou, Saintonge, Fr.-Comté.
  • lora, m., Melle (D.-S.), Levr., Maillezais (Vend.), c. p. M. Ph. Telot.
  • ôriè, m., Vosges ; Thiriat
  • lôlé, m., Char.-Inf., r. p.
  • olé, m., Chef-Bout. (D.-S.), Beauch. — Melle (D.-S.), r. p.
  • roliè, m., Bretagne franç., Sébillot.
  • lòya, f., Fray (Savoie), r. p.


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  • lauree, Béarn, XVIe siècle, Psaumes de David d'Arn. De Salettes. — laurè, actuellement, L. Batcave.
  • lorrin, anc. franç., Baret, Traité des Chevaux, 1645, p. 30.
  • laryin, m., Palaiseau (S.-et-O.), r. p.
  • lorianë, f., Veauchette (Loire), r. p.
  • louarèbé, m., jargon de Razey, près Xertigny (Vosges), r. p.
  • laurier franç., m. franç., Liger, 1718.
  • laurier royal, m,, franç., L. B***, Traité des jard., 1775.
  • laurier d'Apollon, franç., Bon Jardinier pour 1881.
  • bon laurier, m., lòrié, m., rodzèy’, m., fribourg., Sav.
  • laurier-jambon, m., franç., Buisson, 1779.
  • laurier à jambon, franç., Lam. et Cand., 1815.
  • laurier à sauces, franç., Fillassier, 1791.
  • laurier-sauce, m., franç., Millin, Annuaire du républicain, an II, p. 181.
  • loouriè dé couzino, m., Le Buisson (Dord.), r p.
  • laurier-palme, m., Château du Loir (Sarthe), r. p.
  • loryë-pal, m., Pléchatel (I.-et-V.), Dott. et Lang.
  • palma, f., Luchon, Sac.
  • palm’, f., béarnais, Lespy. — (Laurier à grande feuille, L. Batcave).
  • ràmpàn, m., langued., Sauv., 1785.
  • ràmpaou m., lang., Sauv., 1785 ; niçois, Risso, env. d'Avignon, Rev. d. l. rom., 1883, p. 287.
  • ràmpaliè, m., niçois, Sutterlin, p. 476.
  • baguier (baghié), m., entre Nîmes et Montpellier, Oliv. De Serres, Th. d'agr., 1600, p. 511. — Toulon, Achard, 1785. — Ampus (Var), r. p. (A l'origine on désignait particulièrement sous ce nom le laurier femelle qui porte les Bagues.)
  • abaghié, m., niçois, Risso.
  • aouribaghié, m., mentonais, Andrews.
  • cagoulhe, f., Char.-Inf., Jonain.
  • èrbo dé l'Ilo, èrbo dé San-Canil, erbo d'ubà, Provence, Mistr. [Le premier mot signifie que le laurier est commun aux îles d'Hyères ; le second qu'il est commun à Saint-Quinis, près Toulon ; le troisième qu'on le trouve au versant nord des montagnes.]
  • lore, breton moyen et moderne [E. E.].
  • mlôri, romagnol, Morri. — ôfêuggio, gênois, Cas.


Le fruit est appelé :

  • bacca, bacca lauri, baga lauri, vaga lauri, dafnicoca, dafinadon,


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l. du m. â., Goetz. — dampnococti, anacochi, l. du m. â., Renzi. — lauribacca, laurebaca, dafnida, diffunda, l. du m. â., Dief. — barbaricon, l. du m. â., Germania, 1888, p. 301. — baga, anc. provenç. — orbeque, f., bague de laurier, baie de laurier, anc. franç. — grano de baguié, provenç. — barbute, f., franç., Horntrens, 1599. — orbega, ital. du XVe s. dans le Nord. — orbaga, milanais.


Un lieu planté de lauriers est appelé :

  • lauretum, laurentum, lat. du m. â., Goetz.
  • laurière, f., franç., Oliv. De Serres, 1600, p. 511.
  • lauraye, f., franç., Oudin, 1681.
  • laurère, f., Arrens (Hautes-Pyr.), c. p. M. Camélat.
  • baghèy'rédo, f., provenç., Mistral.
  • baghéréda, f., Hérault, Bull. de la Soc. d'agric. de l'Hér., 1835, p. 288.


Toponomastique. — Le Laurier, Les Lauriers, Le Grand Laurier, Le Beau Laurier, Le Laurier Vert, La Laurède, La Laurière, La Laurie, La Rue du Laurier ou des Lauriers, La Villa des Lauriers, Montlaur, Roquelaure, Rochelaure, noms de nombreuses localités.

  • Les Lauriers, hameau, commune de Bayonne, L. Batcave.
  • Grotte de l'Aven-Laurier, Grotte à Laroque-Ainier (Hérault).
  • A las Laurieras, Font-Laurière, Roc de Laurière, Lauriérotte, loc. de la Dordogne, De Gourgues.
  • Larrede (au XIIIe s.), La Laurade (en 1655), Laurède (aujourd'hui), nom d'une colline à Luc-Armau (B.-Pyr.), P. Raymond [1].
  • Le Bois du Loret, Loire-Inf., Quilg.
  • Lauriacum en 945, Lorez en 1130, Lorei en 1320, Lorry aujourd'hui, loc. de la Moselle, Bouteiller. (Il n'y a pas de lauriers dans ce pays ; le nom vient donc d'un gentilice.) — De même, sans doute, le Lauriac de la Haute-Loire, Lauriago en 1000.


Onomastique. — Lalaurie, Dulory, Delorière, Delorier, Dulaure,

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  1. Mais M. L. Batcave remarque : Laurède, canton de Montfort (Landes), Laur, Laura, Laurade, n'ont rien à voir avec le laurier. Leur sens étymologique en béarnais, en gascon, signifient : labourer, terre labourée. — Laurede, en Béarn, était en 1010 le nom d'une villa = Villa Laureda (Revue d'Aquitaine, XI, p. 235).


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Dulaur, Laur, Laurier, Léorier, Lauras, Laureau, Loret, Laurut, Laureille, Lorillon, Laurichesse, noms de famille, presque tous du Midi. Et aussi : Delaurier, Dulauroy, Deslauriers, de Laurière, Delaury, Lalaurielle, Laurès, Laurec, Loreau, Loron, Lorin.


L'huile tirée du laurier est appelée :

  • eule laurin, m., eule lorin, m., franç. du XIVe s., Dorveaux, Antid., p. 72.
  • huylle laurain, m., Cheradame, Expér. de Hutem s. le Gaiac, s. d. (vers 1545).
  • huile de lorrin, m., Baret, Traité des Chevaux, 1645.


Un onguent fait avec le laurier est appelé :

  • papillon vert, Namur, Sermentier. (Par confusion avec le populeon qui est aussi un onguent vert.)

« vert de laurier = nuance du vert. » franç., Savary, 1741 ; De Francheville, Art. de la teint., 1774. — « Laura = color laureus, » anc. prov., Levy.

« Le voisinage du laurier fait périr la vigne. » Corrèze, Le Tour du Monde, 1899, p. 510. Les deux plantes sont souvent réunies en vers ; ainsi dans la conclusion du poème de Brizeux, La Paix armée : « Du lot qui nous est fait sachons nous rendre dignes, Fils d'un sol qui produit les lauriers et les vignes ». [E. E.].

« Un homme fait un pet auprès d'une femme à laquelle il fait la cour. Il s'excuse en disant : je suis de la nature du laurier qui ne peut brûler sans péter. » Le Livre sans nom, 1711, Il, 475.

« Foudre ne chiet sur le lorier, » anc. franç., G. Raynaud, Poeme moralisé, 1885 [1]. — « Quand on entend le tonnerre on jette dans le feu une branche de laurier bénit le jour des Rameaux ou le jour du Vendredi saint. » Ardèche, Lot, H.-Pyr., r. p.

« Endormi sur ses lauriers. » Angola, histoire indienne, 1763, II, 175.

« La gloire donne un laurier, mais je n'aime le laurier que sur un

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  1. C'est à cette idée que fait allusion le vers du Cid (II, 1) : « Avec tous vos lauriers, craignez encor la foudre », qui était d'abord : « Tout couvert de lauriers craignez encor la foudre » [E. E.].


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jambon, ou dans les sauces. » Théâtre italien, Genève, 1695, p. 359.

« acovai coumo rampan à bacou = cela arrive bien comme le laurier sur un porc salé. » Languedoc, Sauvages, 1785.

« Lorsqu'en servant un ragout on donne sans y penser à une jeune fille la feuille de laurier, c'est signe de mariage. » Paris, Rev. d. tr. p., 1899, p. 479. — « Restera sept ans sans se marier la personne qui, à dîner, trouve dans son assiette la feuille de laurier mise dans le potage. » Liège, Monseur, Follkl-wall., p. 32.

« Qué planto dé laousié din l'anado n'é mort. » Cazideroque (L.-et-G.), c. p. M. De Dienne.

« Le seul attouchement du laurier tue les rats. » XVIe s., Liébault, Maison rust. — « Si l'on plante force lauriers dans la vigne, la malice des brouillarts tombera sur les rameaux de cet arbrisseau. » Idem.

« Pour guarir une femme qui a perdu ses fleurs, prenez du laurier benist au jour de Pasques fleuries et detrempez les feuilles avec vin et en donnes à boire à la malade. » Laryse Bourgeois, Rec. de secrets, 1635, p. 117.

« Pour se guérir de la fièvre il faut, le dimanche au moment où le prêtre se lève pour l'évangile, faire une croix avec du laurier et la mettre sur la poitrine de celui qui tremble la fièvre. » Haute-Bret., Sébillot.

« Fringuer sur les lauriers = Far l'atto venereo. » Brantôme, Dames galantes, 4e discours.

« Plantà lou laouriè = couronner d'un laurier le faîte d'une construction qui vient d'être achevée. Payer à boire à cette occasion. » Languedoc, D'Hombres. — Béarn.

« On dépose des branches de laurier sur le cercueil d'un mort. » Laroque des Alb. (Pyr.-Orient.), Carrère, p. 16. — Dans une assiette contenant l'eau bénite au chevet d'un mort (Béarn). L. Batcave.

« Dimanche des baies = dimanche des Rameaux. » Littré. — « Le laurier sert de rameau bénit le dimanche des rameaux. » Aveyron, Gard, Sarthe, Béarn. — Ce jour s'appelle : sul el laure, sul laure = dimanche du, de laurier, en bret. de Vannes, P. Grégoire [E. E.].

« Lors de la fête des Rameaux, personne ne manque à cette solennité, et chacun a une ample provision de laurier, pour rameaux, que l'on fait bénir, et dont on disperse les branches,


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les feuilles, en divers lieux de la maison, au chevet du lit, aux étables, sur les tas de fumier qui sont dans les champs, aux angles des pièces de terres ensemencées, ainsi qu'aux prairies ; on ne manque pas d'orner, pour les enfants, de beaux rameaux, de rubans, de gâteaux, de fruits de toute espèce, d'œufs, etc. » Landes, Métiv., p. 425.

« A Orthez, récemment encore, on portait à la procession de longs rameaux ornés d'oranges, fleurs, » etc., L. Batcave.

« L'usage antique d'une jonchée de myrte ou de laurier aux domiciles des mariés et à l'église s'est conservé dans le département. » Feret, Statist. de la Gironde, 1878.

« Le jour de la fête de saint Blaise, on orne sa statue de branches de laurier : les pèlerins en détachent chacun une feuille qu'ils déposent dans un baquet plein d'eau, et ils font boire cette eau à leurs bestiaux pour lesquels elle sert de préservatif contre toutes sortes de maux. » Eure-et-Loir, A. S. Morin, Prêtre et Sorcier, 1872, p. 265.

« Sainte Gudule est représentée couronnée de laurier. » Guénebault.

« Lauros operire c'est faire une espèce de sortilège. » Du Cange.

« Secret merveilleux pour vous réveiller la nuict à telle heure qu'il vous plaira. Prenez autant de feuilles de laurier que vous avez envie de dormir d'heures et les enveloppez dans un linge bien délié et le bandez droit sur la fontaine de la tête, et vous couchez sur le côté gauche et la tête fort basse et sans doute vous serez éveillé à l'heure que vous désirez. » D'Emery, Rec. de curiositez, 1685, p. 391.

« Si après avoir dit un Pater et un Ave, on prend une feuille de laurier, et qu'on la mette sous son oreiller, on voit la nuit celui ou celle qu'on épousera ; mais il ne faut parler à personne ». Haute-Bret., Sébill.

« Conscientia integra laurus. Devise de la famille Pinder ». Dielitz, Wahlsprüche, 1888.


Symbolique. — « Le laurier signifie : la félicité asseurée ; les feuilles de laurier signifient : l'entière victoire ; une feuille de laurier coupée signifie : le pouvoir me manque ; la graine de laurier signifie : j'ayme la brunette. » Traité curieux des couleurs, 1647, p. 74 et 75.


Héraldique. — Renesse, IV, 94-100.


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« La fleur de laurier symbolise l'ardent désir. » Legrand, Roy de Cocagne, comédie, 1718.

Le laurier est le symbole de l'honneur, de la gloire et de la vertu [1]. « Une image représentant un l. frappé du tonnerre signifie : spoliamur jure vetusto, on m'ôte mon ancien privilège. » La Feuille, Devises, 1693. — « Une im. représ. une branche de l. = Dieu aidant. » Idem. — « Une im. de l. = laedentem laedo, il ne faut point offenser, mais deffendre. » Id. — « Une couronne avec deux branches de l. = En une bonne union Consiste notre conservation. » Id.

  • laurier, entour son chief posé tripos qui est espece de lorier, anc. franç. (Nord-Est), Godefroy.
  • laureola alippiados = radix lauriolae, Mowat, 1882.
  • laureoles laccarides, la semence, Mowat, 1882.
  • laureola, herba catholica, c'est l'atriplex selon d'autres, Mowat, 1882.
  • laureola alipiados, III, 524, Steinmeyer.

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  1. « Allez cueillir des lauriers La salade des troupiers. » Lamb. Thiboust, La Petite Pologne, drame, 1860.

Laurus sassafras

Laurus sassafras (Linné).


  • sassaphraz, m., franç., Boisse, Descript. d'un médicam., 1619, p. 15.
  • saxaffras, m., franç., De Planis Campy, Vérole, 1623, p. 121.
  • sasaphraise, franç., Liébaut Maladies d. femmes, 1649, p. 44.
  • sassafras, m., franç., Le Febure, Traicté de chymie, 1669, II, 649.


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[Les compléments qui suivent viennent de Additions et corrections du tome 9 (Rolland, Flore populaire)]


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LE LAURIER, p. 196
  • usubium, gaulois. Apulée, De herbis, 28.
  • Laurus nobilis, Laurier. — On se sert, dans quelques cantons des départements du Gard et de l'Hérault, de cet arbre, presque naturalisé dans nos contrées, pour former des taillis à cerceaux, comme on en fait plus communément en châtaignier, lesquels sont désignés par le mot languedocien ceouclieîra ou jourguieîra. Ceux qui sont composés de laurier sont nommés dans quelqnes lieux baguerèdes, du mot languedocien baguié, qui signifie un laurier femelle. Bull. de la Soc. d'Agr. de l'Hérault, 1835, p. 288.

Additions de M. Ed. Edmont :

  • allorou, m., arivolhou, m., Corse.
  • lor, m., Vallées vaudoises.
  • laouribaga, f., Menton (Alp.-Mar.).


[275]

Dans beaucoup de contrées pyrénéennes, les habitants se couvrent de laurier lorsqu'il tonne, afin de se garantir de la foudre.