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Centaurée (petite) (Cazin 1868)

Centaurée
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Cerfeuil
PLANCHE XIII : 1. Cataire. 2. Grande Centaurée. 3. Petite Centaurée. 4. Chardon-bénit. 5. Chardon-Roland.


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Nom accepté : Centaurium erythraea


CENTAURÉE (PETITE). Gentiana centaurium. L.

Erythræa centaurium. Pers., Rich. — Chironia centaurium. Smith. — Centaurium minus. Dod., J. Bauh. — Erythræa. Renealm. — Herba febrifuga. Trill.

Petite centaurée, — herbe au centaure, — gentiane centaurée, — centaurelle, — chironée, herbe à Chiron, — fiel de terre, — herbe à la fièvre.

Gentianacées, genre Erythrée. Fam. nat. — Pentandrie monogynie. L.


Cette petite plante annuelle (Pl. XIII) est assez commune dans les bois, les prairies, les terres sablonneuses, dans toute la France.

Description — Racine blanchâtre, ligneuse. — Tige grêle, lisse, de 30 centimètres environ. — Feuilles opposées, lancéolées, sessiles, ovales-aiguës, les radicales disposées en rosette. — Fleurs roses, petites, disposées en corymbe au sommet des ramifications (juin-septembre). — Corolle monopétale, infundibuliforme, à limbe quinquépartite. — Cinq étamines. — Anthères roulées en spirale après la fécondation. — Ovaire allongé, presque linéaire, uniloculaire. — Style bifurqué à son sommet, à lobes rapprochés. — Fruit : capsule allongée, enveloppée par le calice et la corolle, qui persiste. - Semences très-fines.

Parties usitées.— Les sommités fleuries.

[Culture. — La petite centaurée est propagée par graines ; mais on a remarqué que celle qui était cultivée était moins amère que celle qui pousse à l'état sauvage.]

Récolte. — Cette plante se récolte en juillet et août, époque de sa plus grande vigueur florale. Sa dessiccation doit s'opérer rapidement. Il faut l'envelopper dans des cornets de papier, afin de conserver la couleur et les propriétés de ses fleurs. Henry[1] a observé que, parmi nos amers indigènes, la petite centaurée est d’autant plus active que sa floraison est plus avancée.

Propriétés physiques et chimiques. — Les sommités fleuries de 1a petite centaurée jouissent d'une amertume très-intense et contiennent, suivant Moretti[2], un acide libre, une matière muqueuse, une substance extractive amère et quelques sels. Dulong d’Astafort[3] y a découvert un principe qu'il nomme centaurine et qui serait, s'il faut l'en croire, le principe actif de la plante.

[La petite centaurée a été récemment analysée par Méhu[4]; il en a extrait une matière cristallisée qu’il a appelée érythro-centaurine ; il y a trouvé de plus une matière céroïde dont il a extrait une matière résineuse qu'il appelle centauri-retine. La centaurée renfermerait encore une matière amère que les dissolvants partagent en deux, une matière sèche et une matière molle ; c'est celle-ci qui, d'après Méhu, donnerait l'odeur à l'eau distillée.

L’érythro-centaurine cristallise parfaitement ; elle se dissout dans des dissolvants ordinaires ; elle devient d’un beau rouge sous l'influence de la lumière solaire sans quelle participe en rien à ce changement. L'érythro-centaurine n'est pas azotée.]

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  1. Journal analytique de médecine, 1828, p. 165.
  2. Journal de pharmacie, t. V, p. 98, 1re série.
  3. Communication à l'Académie des sciences, 1830.
  4. Thèse de l'Ecole de pharmacie, 1862.


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PREPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L’INTERIEUR. — Infusion, 10. à 30 gr. par kilogramme d'eau.
Eau distillée (1 sur 3 d'eau), 30 à 100 gr. en potion.
Sirop (1 sur 30 d'eau et 60 de sucre), 30 a 100 gr. en potion.
Suc, 30 à 100 gr. en potion, etc.
Teinture (1 sur 4 d'alcool), 5 à 15 gr. en potion.

Vin (60 gr. pour 1 litre de vin blanc), 100 à 200 gr.
Bière, 100 à. 200 gr.
Extrait (1 sur 6 d'eau), 1 à 5 gr. et plus en pilules, dans du vin, etc.
Poudre, 2 à 10 gr. et plus, en électuaire, dans du vin, etc.
A L'EXTÉRIEUR. — Décoction, en lotions, fomentations, lavements, etc.


La petite centaurée est tonique, stomachique, fébrifuge, vermifuge. Elle jouit, à un plus faible degré, de toutes les propriétés de la gentiane jaune, à laquelle on peut la substituer. Elle excite quelquefois la muqueuse gastro-intestinale, surtout au début de son usage, au point de produire des évacuations alvines et même le vomissement. Lorsque ces effets persistent, ce qui alors est dû à l’irritation des voies digestives, on doit en cesser l'emploi, ou le rendre supportable par l'addition d'une légère quantité d'opium. Cette plante est le fébrifuge populaire de nos campagnes ; comme la plupart de nos amers indigènes, elle réussit dans les fièvres intermittentes ordinaires. « Elle suffit presque toujours, dit Biett[1], pour arrêter les accès de la fièvre quotidienne, et, dans plusieurs circonstances, on l'a administrée avec un égal succès dans quelques fièvres quartes. Roques administrait contre les fièvres intermittentes une infusion très-rapprochée de cette plante, avec partie égale de camomille noble et addition de 2 à 4 gr. d'éther sulfurique, à la dose d'un verre de quatre heures en quatre heures, dans la pyrexie. Ce mélange lui a suffi pour dompter un grand nombre de fièvres tierces rebelles, à l'hôpital militaire de Perpignan, en 1793, époque à laquelle les pharmaciens des armées étaient dépourvus de bon quinquina. Frank employait une mixture fébrifuge composée d'amandes amères et d'infusion concentrée de petite centaurée. (Voyez AMANDES AMÈRES, p. 61.) Gesner[2] dit avoir guéri promptement et sûrement les fièvres tierces au moyen de la petite centaurée, et Wauters regarde cette plante comme un beau succédané du quinquina. Elle convient aussi dans la convalescence des fièvres muqueuses et typhoïques, presque toujours accompagnées de la langueur du canal alimentaire, dans la goutte atonique, les diarrhées rebelles, les affections vermineuses. La décoction concentrée, administrée par quarts de lavement, m'a réussi contre les ascarides vermiculaires. Je donne souvent la bière de petite centaurée dans la convalescence des fièvres muqueuses et intermittentes, dans la chlorose, les affections atoniques et flatulentes de l’estomac, la leucorrhée, et à la suite des hydropisies, après l'évacuation des sérosités, afin de fortifier l'organisme. J'emploie aussi avec avantage, dans les mêmes cas, le vin de petite centaurée, auquel j'ajoute souvent des baies de genièvre, ce qui le rend à la fois tonique et diurétique, et plus convenable dans les engorgements viscéraux, l'œdème, l'hydropisie, la cachexie paludéenne, etc.

Je ne crois pas, avec Wedelius[3], que la petite centaurée, appliquée en cataplasme, puisse guérir des ulcères fistuleux rebelles à tous les moyens curatifs ; mais je dois dire que j’en ai retiré des avantages appréciables dans les ulcères atoniques, scrofuleux ou scorbutiques. On l'a vantée contre l'alopécie.

[L. E. pulchella, Sm. (Chironia pulchella, Sw. ; E. ramosissima, Pers.), très-commun dans les bois humides, les prés, et L. E. Vaillants (Chironia Vail-

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  1. Dictionnaire des sciences médicales, t. IV, p. 415.
  2. Epist., lib. II p. 63.
  3. De cent. minor. Jéna, 1713.


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lanti, Schm. ; C. minima, Thuil. ; Exacum pusillum, D. C.), qui croît dans les marécages, jouissent des mêmes propriétés que la petite centaurée.]