<center>'''1. ACAJOU'''</center>[244]
<center>'''89. GOYAVE, GOYAVIER'''</center>
Noms acceptés : ''[[Anacardium occidentale]]''
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89. GOYAVE, GOYAVIERNom accepté : ''[[Psidium guajava]]''
Le dictionnaire étymologique ·de· Bloch-von Wartburg date le terme de 1640 (gouyave) et le donne pour un emprunt à l'espagnol guyaba, « qui vient lui-même du parler des Arouaks » (1). M. Dau-_ ·zat, dans son dictionnaire, signale guayaba, 1555, chez Poleur, et gouyave, 1654, .chez Du Tertre ; il s'agirait d'un emprunt à « l'espagnol guyaba, mot caraïbe ». M. Kônig· (2) avait signalé que ·Iès plus anciennes attestations_ du mot en français (3) venaient, par l'espagnol, de l'arouak des Tainos -haïtiens, qui avait les formes guyaba (d'après Oviedo), guayava, guava (d'après V. Martius). En revanche, .le mot se présentait sous une forme goyaba dans l'arouak du continent et le galibi (4), et les Français, plus tard, ~vaient pu en prendre directement connaissance.
Le dictionnaire étymologique de Bloch-von Wartburg date le terme de 1640 (''gouyave'') et le donne pour un emprunt à l'espagnol ''guyaba'', « qui vient lui-même du parler des Arouaks » <ref>Le ''Dic.'' de J. Corominas (s. v. ''Guayaba'') penche pout un emprunt à l'arouak.</ref>. M. Dauzat, dans son dictionnaire, signale ''guayaba'', 1555, chez Poleur, et ''gouyave'', 1654, chez Du Tertre ; il s'agirait d'un emprunt à « l'espagnol ''guyaba'', mot caraïbe ». M. König <ref>''Op. cit.'', s. v. ''Goyavier''.</ref> avait signalé que les plus anciennes attestations du mot en français <ref>Tirées de traductions (1555-1598).</ref> venaient, par l'espagnol, de l'arouak des Tainos haïtiens, qui avait les formes ''guyaba'' (d'après Oviedo), ''guayava'', ''guava'' (d'après V. Martius). En revanche, le mot se présentait sous une forme ''goyaba'' dans l'arouak du continent et le galibi <ref>« Indessen ist das Wort in der Form ''goyaba'' auch im Festlandsaruak und im Galibi vertreten » ; suit un renvoi à De Goeje, ''Et. ling. car.'', p. 53.</ref>, et les Français, plus tard, avaient pu en prendre directement connaissance. Nous voudrions signaler les plus anciennes attestations du mot en français, préciser le passage du terme dans la langue scientifique au début du xvue XVIIe siècle, essayer enfin de déterminer à quel idiome a été prise la forme française moderne gouyaiJe, ''gouyave'' (go-yave''goyave''), qui devait se vulgariser alix aux Antilles. ·
Le mot fait deux apparitions dans notre langue avant 1555 : il se lit dans le récit italien de Pigafetta, traduit par J.-A. Fabre vers 1525 :
:« En toutes les isles de Mollucques se trouue ... ung autre [fruit] comme la pesche dict guau (5)<ref>F. :67 r°. L'identification avait été faite, à propos du texte italien, par Ch. Amoretti, ''Premier voyage'', p. 203, note 2. Pour la rapide diffusion du terme, comparez « batates », de même origine, également donné par Pigafetta pour une production des Moluques. Forme citée et commentée par G. Friederici, ''Amer. Wtb.'', p. 264, s. v. ''guaba''.</ref>.»
Il semble bien que le ·mot mot italien ait été pris, vraisemblablement par l'intermédiaire de l'espagnol, à l'arouak d'Haïti ''guava (6)'' <ref>Pour le rôle des deux langues espagnole et portugaise chez Pigafetta, voir l'article ''Almadie'', note 5. Pour la date de 1525, vo1r l'article ''Arack''.</ref>.
D'autre part Crignon, en 1529, avait tenté de franciser la forme espagnole entendue à Haïti :
:« La dite Yaguana [région de cette île] est une terre basse, rase comme la mer, avec grandes prairies, et grande multitude de palme~palmes, (1) Le Die. de J. Corominas (s. v. ·Guayaba) penche pout un emprunt à l'arou-ak. (2) Op. cit., s. v. GopmJier.
(3) Tirées de traductions (1555-1598).____________________
(4) « Indessen ist das Wort in der Form goyaba auch im Festlandsaruak und im Galibi vertreten » ; suit un rem:_oi à De Goeje, Et. ling. car., p. 53. -. .<references/>
(5) F. 67 r 0 • L'identification avait été faite, à propos du texte italien, par Ch. Amoretti, Premier vouage, p. 203, note 2. Pour la rapide diffusion du terme, comparez «· batates ~. de même origine, également donné par Pigafetta pour une production des Moluques. Forme citee et commentée par G. Friederici, Amer. Wtb., p. 264, s. v. guaba. _ _
(6) Pour le rôle des déux langues espagnole et portu~aise chez Pigafetta, voir l'article Almadie, note 5. Pour la date de 1525, vo1r l'article Arack. [245]
et autres manières d'arbres fruitiers qu'on appelle Gouyaux, de la grosseur d'un limon, et de la couleur jaune (7)<ref>''Discours'', p. 96. Le récit contient bon nombre d'hispanismes.</ref>. »
La rédaction donne à penser que le terme _désigne désigne à la fois l'arbre et le fruit (8)<ref>C'est celle que reprend Thevet dans son ''Grand Insulaire'' publié par Schefer à la suite de l'ouvrage de Crignon : « arbres fruictiers qu'on appelle Govyaux, de la grosseur d'un limon et de la couleur jaune », p. 172.</ref>.
Il ne fait pas de doute que les attestations du nom de l'arbre, comme de celui du fruit, remontent, pour la période 1555-1598, aux termes espagnols correspondants. M. Kônig König cite, pour ''goyave '' : « Guayaba » 1555, Oviedo, et « les Guiavé », 1579, Benzoni ; pour ''goyavier '' : « Guayabos », 1555, Oviedo -. « G;uayabos Guayabos », 1568, Gomara - « les guayavos », 1598, Acosta. On peut ajouter à ces attestations celles qu'on lit chez Belleforest : ·
:« Apres y voit. on le ''Guayabà'', qui a les feilles [sic] comme le MemrierMeurier, sauf qu'elles sont plus petites ... » ''Cosmographie'', II, col. 2108. Pays : Haïti ; source : Oviedo, mentionné en marge, mais lu chèz ·Ramusio (9).
« Le Guiabo est tout ainsi que nos Orengers ... »Pays : Haïti ; source : Oviedo, id.mentionné en marge, Ilmais lu chez Ramusio <ref>Sur Belleforest lecteur de Ramusio, colcf. 2111l'article ''Albatros'', note 5 et suite de l'article. Même source, même intermédiaire</ref>.
Ces mots, qui apparaissent dans·des traductions ou adaptations, passèrent ensuite dans le français des savants au début du xvne siècle. Monardes avait parlé du fruit ; son adaptateur latin , - L'Escluse en fait mention à son tour. Le mot apparaît donc dans le français scientifique , chez Colirl, traducteur de l'Escluse en 1602 :: J.Jn chapitre s'iptJtnle. «·Du Gizayau,as » (10). « Le terme désigné à la· fois le fruit et rarbré ·;·il Guiabo est pi'éèisé' en effet d'où vient la semence dè « ce Jruict tant celebre entre les Indiens et les Espagnols, appellé Guayaüas » (10), mais· un sous-titre marginal, placé en face de la description du goyavier, indique :· « Description du tout ainsi que nos Orengers ... Gzzayauas » (10). Une autre traduction du latin, l'importante version française du Daléchamps, parue en 1615, fournit les formes suivantes au chapitre Du Guaiaua (11) : « Guyava est un arbre et un fruict » ; référence : « Scalig. Exer. 181.9. » ; « Guayabo ... est un arbre ..'id. Comme l'arbre·s'appelle Guyabo [sic], le fruict s'appelle Guy a ba [sic]II, col.2111.. » ; référence : « Oviedo ; Liu. 8 ch. 19 » ; « le fruict appellé Guaiauas » ; référence : « Acosta ». On conc~ ura donc sur ce point que les noms de l'arbre et du fruit passent
(7) DiscoursMême source, p. 96. Le récit contient bon nombre d'hispanismesmême intermédiaire.
(8) C'est celle que reprend Thevet Ces mots, qui apparaissent dans des traductions ou adaptations, passèrent ensuite dans le français des savants au début du XVIIe siècle. Monardes avait parlé du fruit ; son Grand Insulaire publié par Schefer adaptateur latin L'Escluse en fait mention à son tour.la suite Le mot apparaît donc dans le français scientifique chez Colin, traducteur de l'ouvrage de Cri gnon Escluse en 1602 : un chapitre s'intitule « arbres fruictiers qu'on appelle Govyaux'Du Guayauas'' » <ref>''Hist. des Drogues'', de p. 660.</ref>. Le terme désigne à la grosseur fois le fruit et l'arbre ; il est précisé en effet d'un iimon où vient la semence de « ce fruict tant celebre entre les Indiens et les Espagnols, appellé Guayauas », mais un sous-titre marginal, placé en face de la couleur jaune description du goyavier, indique : « ''Description du Guayauas'' ». Une autre traduction du latin, l'importante version française du Daléchamps, parue en 1615, fournit les formes suivantes au chapitre ''Du Guaiaua'' <ref>''Hist. gén. des Plantes'', II, p. 172723.</ref> : « ''Guyava'' est un arbre et un fruict » ; référence : « Scalig. Exer. 181.9. » ; « ''Guayabo''... est un arbre... Comme l'arbre s'appelle ''Guyabo'' [sic], le fruict s'appelle ''Guyaba'' [sic]... » ; référence : « Oviedo ; Liu. 8 ch. 19 » ; « le fruict appellé ''Guaiauas'' » ; référence : « Acosta ». On conclura donc sur ce point que les noms de l'arbre et du fruit passent
(9) Sur Belleforest lecteur de Ramusio, cf. l'article Albatros, note 5 et suite de l'article.____________________
(10) Hist. des Drogues, p. 660.<references/>
(11) Hist. gén. des Plantes, Il, p. 723.
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