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Goyave, Goyavier (Arveiller)

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Arveiller, Raymond, 1963. ''Contribution à l'étude des termes de voyage en français (1505-1722)''. Paris, d'Artrey. 571 p.


<center>'''1. ACAJOU'''</center>


Noms acceptés : ''[[Anacardium occidentale]]''
[244]

89. GOYAVE, GOYAVIER

Le dictionnaire étymologique ·de· Bloch-von Wartburg date le terme de 1640 (gouyave) et le donne pour un emprunt à l'espagnol guyaba, « qui vient lui-même du parler des Arouaks » (1). M. Dau-_ ·zat, dans son dictionnaire, signale guayaba, 1555, chez Poleur, et gouyave, 1654, .chez Du Tertre ; il s'agirait d'un emprunt à « l'espagnol guyaba, mot caraïbe ». M. Kônig· (2) avait signalé que ·Iès plus anciennes attestations_ du mot en français (3) venaient, par l'espagnol, de l'arouak des Tainos -haïtiens, qui avait les formes guyaba (d'après Oviedo), guayava, guava (d'après V. Martius). En revanche, .le mot se présentait sous une forme goyaba dans l'arouak du continent et le galibi (4), et les Français, plus tard, ~vaient pu en prendre directement connaissance.

Nous voudrions signaler les plus anciennes attestations du mot en français, préciser le passage du terme dans la langue scientifique au début du xvue siècle, essayer enfin de déterminer à quel idiome a été prise la forme française moderne gouyaiJe, (go-yave), qui devait se vulgariser alix Antilles. ·

Le mot fait deux apparitions dans notre langue avant 1555 : il se lit dans le récit italien de Pigafetta, traduit par J.-A. Fabre vers 1525 :

« En toutes les isles de Mollucques se trouue ... ung autre [fruit] comme la pesche dict guau (5). :.

Il semble bien que le ·mot italien ait été pris, vraisemblablement par l'intermédiaire de l'espagnol, à l'arouak d'Haïti guava (6).

D'autre part Crignon, en 1529, avait tenté de franciser la forme espagnole entendue à Haïti :

« La dite Yaguana [région de cette île] est une terre basse, rase comme la mer, avec grandes prairies, et grande multitude de palme~, (1) Le Die. de J. Corominas (s. v. ·Guayaba) penche pout un emprunt à l'arou-ak.

(2) Op. cit., s. v. GopmJier.

(3) Tirées de traductions (1555-1598).

(4) « Indessen ist das Wort in der Form goyaba auch im Festlandsaruak und im Galibi vertreten » ; suit un rem:_oi à De Goeje, Et. ling. car., p. 53. -. .

(5) F. 67 r 0 • L'identification avait été faite, à propos du texte italien, par Ch. Amoretti, Premier vouage, p. 203, note 2. Pour la rapide diffusion du terme, comparez «· batates ~. de même origine, également donné par Pigafetta pour une production des Moluques. Forme citee et commentée par G. Friederici, Amer. Wtb., p. 264, s. v. guaba. _ _

(6) Pour le rôle des déux langues espagnole et portu~aise chez Pigafetta, voir l'article Almadie, note 5. Pour la date de 1525, vo1r l'article Arack. [245]

et autres manières d'arbres fruitiers qu'on appelle Gouyaux, de la grosseur d'un limon, et de la couleur jaune (7). »

La rédaction donne à penser que le terme _désigne à la fois l'arbre et le fruit (8).

Il ne fait pas de doute que les attestations du nom de l'arbre, comme de celui du fruit, remontent, pour la période 1555-1598, aux termes espagnols correspondants. M. Kônig cite, pour goyave : « Guayaba » 1555, Oviedo, et « les Guiavé », 1579, Benzoni ; pour goyavier : « Guayabos », 1555, Oviedo -. « G;uayabos », 1568, Gomara - « les guayavos », 1598, Acosta. On peut ajouter à ces attestations celles qu'on lit chez Belleforest : ·

« Apres y voit. on le Guayabà, qui a les feilles [sic] comme le Memrier, sauf qu'elles sont plus petites ... » Cosmographie, II, col. 2108. Pays : Haïti ; source : Oviedo, mentionné en marge, mais lu chèz ·Ramusio (9).

« Le Guiabo est tout ainsi que nos Orengers ... », id., Il, col. 2111. Même source, même intermédiaire.

Ces mots, qui apparaissent dans·des traductions ou adaptations, passèrent ensuite dans le français des savants au début du xvne siècle. Monardes avait parlé du fruit ; son adaptateur latin , - L'Escluse en fait mention à son tour. Le mot apparaît donc dans le français scientifique , chez Colirl, traducteur de l'Escluse en 1602 :: J.Jn chapitre s'iptJtnle. «·Du Gizayau,as » (10). Le terme désigné à la· fois le fruit et rarbré ·;·il est pi'éèisé' en effet d'où vient la semence dè « ce Jruict tant celebre entre les Indiens et les Espagnols, appellé Guayaüas » (10), mais· un sous-titre marginal, placé en face de la description du goyavier, indique :· « Description du .. Gzzayauas » (10). Une autre traduction du latin, l'importante version française du Daléchamps, parue en 1615, fournit les formes suivantes au chapitre Du Guaiaua (11) : « Guyava est un arbre et un fruict » ; référence : « Scalig. Exer. 181.9. » ; « Guayabo ... est un arbre ... Comme l'arbre·s'appelle Guyabo [sic], le fruict s'appelle Guy a ba [sic]... » ; référence : « Oviedo ; Liu. 8 ch. 19 » ; « le fruict appellé Guaiauas » ; référence : « Acosta ». On conc~ ura donc sur ce point que les noms de l'arbre et du fruit passent

(7) Discours, p. 96. Le récit contient bon nombre d'hispanismes.

(8) C'est celle que reprend Thevet dans son Grand Insulaire publié par Schefer à .la suite de l'ouvrage de Cri gnon : « arbres fruictiers qu'on appelle Govyaux, de la grosseur d'un iimon et de la couleur jaune », p. 172.

(9) Sur Belleforest lecteur de Ramusio, cf. l'article Albatros, note 5 et suite de l'article.

(10) Hist. des Drogues, p. 660.

(11) Hist. gén. des Plantes, Il, p. 723.

[246]

dans la langue des botanistes en 1002-1615, potiés de l'espagnol· au français par le latin. La forme est enc~~·"'llottante. Elle resf toujours dans la version française de ne:]:Aiet (1640). On y a~ signalé « l'arbre de Guyava » (12). Nous y Ilsons aussi : · . . .

c Pour l'onziemé le Xalxocotl; (par l~~:·Êspagnols Guyabo) . c'est . un grand· arbre, ·duqnet ·on· trouve· t:enc;N'êùvelle-Espagne] plusieurs espeees >, p. 138 ; · · ·. : · -. -~

~(}urees indiquées à la même p~ej.;: ·xim~nes, Oviedo~ Gomara, « Monard "» lu dans L'E8cîuse~ · ·

c Le Goyaue ·ou Morgo;ga èst une espèce d'arbrisseau ..• >, p. 549; . . -;:... . Source. indiqnéé : : C~

~dê<if:A~evilte.

c: Ra~u .,.du .Gritii1l!)e3aVèë: snn fruict », Table;- • · · .. "" ~- ..

Erltre-tertips.le mot étàit parvenu au français par" voie orale.· Très impOrtantes, nous semble-t-il, sont les attestations . .d~ ·Çlla_l;l;\.-:··· . plain · (13) dans le Brie( Discours (1601-1603) --~ _elles pré~tft_efit:.': . . ;pour ia première fois les formes gouiaue et gouiatzier.~ Stlt.liÎ:~U: ·- de Vera-Cruz (14) à Mexico, le navigateur admire·.de helle$·-t(J'rê{s remplies de beaux arbres .. --

c: comme palmes, cedres, lauriers, oranges, citronneles, palmistes, gouiauiers, accoyates, . bois d'ebene, Bresil, bois de cam pesche, qui sont tous arbr-es cômmims en ce pays là (15) >.

Il donnera plus loin une des~ription d'un .. « arbr~ qui s'appelle gouiàue,- qui croist fort communement audi-ct pays. [le Mexique]; qui . rend un_g fruict que l'on nomme aussy gouiaue (16) · ~; · ·

c Gouiauier » et «- gouiaue » ont-ils été èmpruntés par Champlain à l'espag_nol ou à U:n 'parler « sauvage » ? Ces mots ll'larqu~t~ ils simplement ici l'utilisation de termes déjà français et connt~~ ·des· marillS de notre pays trafiquant 4ans ees régions _? Tel_~~t::!~ problème. A priori, les __ trois .solutions _·sont possibles. C[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]]) 25 septembre 2020 à 19:27 (CEST):!âln ·!ommande un vaisseau f~ançais qur fait_ partie _d'U:né e~ar~- ~pa-.

-. fi2) ,}1. Kônig, ~p. -cil., s. "··Le con:te:de précise les sources ~ nolts HS:Ons en effet; p'{t/, 277-:8. de- L'Histoire : c Enfin l'arbre de Gugaua de ~in:oY,eJilie grandenr,~( dit Monard-es) •.• la fueille comme le laurier, mais plus es-paissè et_:large, (dit Gonta,a). • · .· . . - · ·• · . · (13)·S'ic~~es par M. Kônig, datées de (1599). Pour la (tate. "'oir la. bibliographie •. · · .. / ·. . . . . . . . - : < ··o,-·· ~,-

{14) Pott.r·l'identification de « Saint Jean de Luz-.: :.,.:noi'JLdu port donné par Champlaif.;,v:oir l'éd. citée, p. 20, note. 2. '"-<. ·

(15) P. 2~. :· ,_ -~ - · _,.

(16) P. 27.

[247]

ghoie croisant .dans la mer des Antilles. · Certains mots . de son récit S(}nt des· citations: de l'espagnol. Exempl-e . : « pacho del dello » (17) ; d'autres, nombreux, sont dè source espagnole r~eonnue, par exemple les noms de fruits « coraçon _, '(18)_.011_-_ . « serolle· » (19)~ Pourtant << gotiiauè_ ;_ ~e paraît pas avoir__ ~té empruntè par Champlain à l'espagnot U ne pouvait, en c~tte 1ùt du XVI" siècle; eptendrè qu'un -b.:. pàitr)a-·dernière_ CODSOimè du . mot, prononcé par un Espagnol (20):. D~. f~tt,·~ !1. appelle tel arbre · et son fruit « algarobhes » (21), plur .• « ~1gatob•f, (2~); C'est un emprunt certain à l'espagnol_ algaroba ou; algarifuit,: « espèçe d' Acacia du nouveau monde :. (23). Si le nom du fmt·jt-ùdié-·:reinentait à la même source, Champlain, semble-t.:il·~ a~':;:j~tÄ~~---·noté, *gouiabe, voire *gouiàbbe. . ·· . · ·< -,., >-:~::Ä ~ ~ ..

. Restent deux .hypothèses : .le mot a été empr.UiiU p[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]]);~tt;;~0--~-~ _plain. à un parler américain ; ou bien le mot, quelle que soif·S()J} · · origine, existait ~éjà en français. Examinons la première suppo~ .-sition. Champlain~ au cours de son voyage, n'a abordé qu'aux Antilles et au Me~ique .. Dressant la liste des fruits de Porto- Rico (24), il ne parle n:i de goyave ni de goyavier ; il ne mentionne pas non plus le fruit à propos de Saint-Domingue (25), ni de Cuba (26), ni des Petites Antilies (27). C'est sur la route qui le mêne de Vera-Cruz à Mexico· qù~il rencontre, de belles forêts où polissent les goyaviers {{ communs en ce pays là » (28) ; la des:~ ription de la . goyave est doD.l}êe de même à propos des produc.:. t~9fi.~ du Mexique. Si le IUQt est chez Champlain un emprunt à. Un . ~der américain; c'est au ~exique que le passage d'une lang11e à l'ali~-;. d-evrait s'être fait Ma1s le mot mexicain. nef est pas guyavanr{ l~fuiv~. ni rien qui. ressemblé à .cela;. c;est « Xalx()C{)tl -», vocableA'cl.trni à la fofs par De Laet (29) et Re.cchus (30). ·D'ailleurs le capitaine français ne donne nullement le mot comme. « indien -, {31}. Il présènte gouiauier sans commentaire dans une: · ~ liste, puis.éërit1 comme on a vu : «un arbre qui s'appelle gouiaue ,,

(17) P. 35.

(18) P. 11. ..... --~ - .

(19) P. 28. Cf. la, tiôte-6 de l'éd. citée c De l'espagnol Cirù-elf.l; ~prune. (Ed. Soc. Hakl.) :. -~ .·, .. . . . . . . . . ...

~20) .Il n'y a ·fas trâè(t_-·_ 1le ë_ù_I.tnre livresque. ..dans le Brie___ ! -<!~~-·. ~.- . Champlam dit ce qn'1 à vu .et-~~t~ ee. -qn'1l a '61ltendu. .. ·- ._:-•· . . - .

(21) P. 11 ; région : P.€!~~ · .· . _ · , :

(22) P. 28 ; région .: Mexiqùe~> ,: : · . · · .· · .

(23) Ed. citée, p. 11, notê 3.: ·_

(24) P. 11.

(25) Pp. 13-18.

(26) P. 45 ..

(Z7) Pp. 5-7.

_(28) P. 22.

(29'1-L'Histoire (1640), p. 138.

(30) Thesaurus (1649), p. 84.

(31) Comparez : « Les Indiens se seruent d'une espece de hl~· qu'ils nomment mammaix :», p. 30.

[248]

« ung fruict que l'on nomme aussy gouiaue ». Examinons la liste citée : elle ne contient que des mots déjà français ou des mots adaptés de l'espagnol ; le seul qui ait un aspect étrange accoyates, s'expliqùe mieux par une forme espagnole agouacat que par l'indigène (aztèque) ahuacahuitl (32). Prenons maintenant un à un tous les animaux èt végétaux que présente Champlain à l'aide des formules « on nomme, on· appelle », des participes « nommé, appelé » ou des formes pronominalés à sens passif « se nomme, s'appelle ». Nous trouvons dans I;ordre :

-« unE( manieré d'autres [sic] arbre que l'on nomme sonbrade (33), un früi.t ridtlliilé- coraçon (34), une racine qui s'appelle cassaue (35), de petits oyseaux.'.. que· l'on nomme sus le lieu [Porto-Rico] perriquites (36), une espece de baume, appellee huille de Canime (37), ung autre arbre que l'on nomme cacou (38), ce fil, nommé fil de pitte (39), ung fruict qui s'appèlle. aceoiates (40), un fruict que l'on nomme algarobe (41), ung autre fruict qui s'appelle carreau (42), un autre fruict qui se nomme serolles (43), un arbre que l'on nomme palmiste (44), un autre fruict que l'on nomme cocques (45), son fruict, que l'on appelle nois d'Inde (46), un autre fruict qui s'appelle plante (47), une gomme qui se nomme copal (48), une racine que l'on nomme patates (49), ung oyseau qui se n~mme pacho del ciello. (~()) .».

Tous les mots de cette liste remontent à une forme espagnole,fournie en note par notre édition, ou étaient déjà attestés en français avant 1601-1603. Or le mot gouiaue est présenté de la même manière par Champlain. S'il n'est pas emprunté à l'espagnol, et l'on a vu qu'il ne peut l'être, c'est que c'est déjà. un mot français connu des marins croisant dans la mer des Antilles, ce qui est le cas d'au moins cassave, sans doute de patate. Appuierait cette hypothèse la forme du- mot gouiauier ; cette francisation du nom de l'arbre, au moyen du suffixe -ier, suppose un emploi assez habituel du mot, et par_ suite fait penser à un -emprunt déjà ancien : (32) Formes indiquées par l'éd. cit., p. 27, note 5. Cf. K. Konig, op. cit., p. 20 : « lus Frz. gelangte das Wort wohl durch die Vermittluug der Spanier, die es über ag11acate zn avocata, avogato u. iihnl. umformten. '> .

(33) P. 11. c De l'espagnol sombra ~. id., note 1. _ . _

(34) Id.

(35) Id.

(36) P. 12.

(37) P. 25. (Canime animé.)

(38) Id.

(39) P. 26.

(40) P. 27.

(41) P. 28.

(42) Id.

(43) ta:.

(44) Id.

(45) P. 29

(46) ld.

(47) P. 30.

(4-8) P. 31.

(4-9) Id.

(50) P. 35. '

[249]

aucun des autres mots nouveaux- qu'apporte Champlain dans Je Brief discours, en particulier dans la liste citée, n'a ce suffixe.

Nous avancerons donc l'hypothèse suivante : gouyaue (gOyave) est un emprunt à un parler arouak, soit celui de Saint~DQmingue, où les formes guayaua, guyaba, guava, sont attestées (51), s'Oit celui d'un îlot voisin de cette grande île. On sait (52) que la région, antillaise a été visitée par des vaisseaux français dans la seconde partie du XVI" siècle ; ceux-ci, naturellement, évitaient avec soin les Espagnols. Champlain confirme le fait dans le Brief discours, à propos de Saint-Domingue :

« le reste du peuple [de cette île] sont Indiens, gens de bonne nature et qui ayment fort la nation françoise, auec laquelle ils -trafficquent le plus souuent qu'ils peuuent en fere; toutesfois c'est à desçu des Espagnolz. C'est le lieu aussy où les François traffiquent le plus en ces quartiers-là, et là où ils ont le plus d'acces, quoy .. que peu libre (53). »

L'escadre dont fait partie Champlain surprend en effet des vaisseaux français devant l'île de la Tortue et près du cap SaintNicolas.

Il se peut d'ailleurs que l'emprunt ait été fait pat l'intermédiaire d'un. « baragouin » commercial (54) : nous citerons ci-dessous un texte ae 1638 qui montre que les gouaves..., ètaient. transpol,'tées en barque par les Caraïbes, êt\lfiJisables com.~ provi sions, de même_ que la. cassaye ~ÄL •leS• .pâtate~V{55 )..

- ,L~exaiUen" du. te;t.te ··V'·=î61i-4'ait -pensèr, à son tour, que « Goyliùe » ~-E56f ési alors uri mot français utilisé par les marins. A cette date, . Claude d'Abbeville parle d'un arbrisseau de l'île ·de Maranhào << que les Indiens appellent Goyaue ou Morgoya » (57). Les deux mots, il est vrai, sont donnés pour « indiens >>, mais pourquoi deux noms, alors que le même missionnaire n'en donne habitueiiement qu'un pour chacun des végétaux de la région ? Nous supposons que le premier, bien français d'-allure, représente une forme du langage des marins de notre pays, évidemment d'origine « indienne », tandis que la seconde e_st la forme indigène. En effet, lorsqu'il a à parler de certain village de la région qu'il chris-

(51) Voir le début de cet article.

(52) Sur ce point : articles Cassave, Patate et surtout Ouragan.

(53) Brief discours, p-. 18.

(54) Voir les artiéles Cabouille, Cassave, Mllrron, Ouragan. Notez que la variation p/vlb est fréquente dans les langues caraïbes ; De Goeje, Et. -ling .. car., p. 73.

(55) Voir l'article Cassave.

(56) On sait qu'au début du xvrl" sièèle l'hésitation o - . ou est très fré~ quente dans notre langue en syllabe initiale. · ·

(57) Histoire, f. 220 r 0 • Formes déjà relevées p-ar M. Konig, op. ·dt., s. v. Goyavier.

[250]

tW1ise, lé P. Claude indique ; « le principal ( vîllage] est Mar- . giJya Perop; c'est à dire l~ ·peau amere d'un fruict nommé Margoyaue » (58). La forme indigène du pays - citée ici - est dQnc bien « Margoya •. Qûâht au nouveau mot « Margoyaue »,. fruit. . il paraît un eotnprOUiis entre la forme de Maranhào citée deux fois, « Margoya.~::{5t}), et le mot déjà franÇais « Goyaue », signalé plus haut eoin:Ql~t:nf>hl de rarbre. . .

Ç>npeût .(lp~er·à ces hypothèses le fait que De Goeje signal& UP:J:npi:« g~J,;tidba,. guajava » (60), qui àurait peut-être pu deven~t : gt>yf!ve .cfiei~Chiüde ·d'Abbeville. La t~ble des abréviations du mê,me savanl;préei$e ses sources : « Tupi sans indiCe, Martius ~ (61). R:epoFt<ms-nous à cet auteur ; ran trouvera : « . Guaùiba, GuajaiJa, Guayava Psidiuîn Gnayava Raddt Piso li. 153. Marcgr. 104 (hune fructum introductum . pr~dièaf),;[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]])aYfibo Hai~i :. Oviedo VIII. · c. 19. Benzoni l. c. 27 ~ {t}2.}~·De ~J~ a::ni~ entendu lafs~é,. sur ce point, la forme haïtienne;· q.ttî' :-ffii[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]])ÄitÄêtfe .d~ tupL Les trois premières formes citées par V. Marthi&:'~ïtf:~{®1te···été:pri$es dans les ouvrages de Marcgravius et dé· Plsô'l'l:~&iij~~J~;,r[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]])ùt:oprévient de plus que le premier de ces savants donne-l~~ftlîl'i':~lJ#:';~~": Ouvrons ces livres aux pages indiquées. MàrcgràVî~:signalé-"~ tivement. à l'article Guayaba (64), qu'il traite d'un arbre:un:P9rië « ex America s~ptentrionali [Mexique] et Pern ~ : il lu( a ·garaé tout simplement la forme espagnole commune, dont l'origine e8t .. précisée par une c annotatio » : « ... quam indigenae Insulae Hispaniolae vocaba~t Guayabo, est arbor grandis, et ab Hispanis similitet vocatur Guajabo » (65). On ne saurait trouver dans ce texte, et· pour cause, la · trace d1une appellation indigène tu pie. Lisons maintenant ce qu'écrit Pison dix ans plus tard, à la page indiquée par V. Martius et aux précêdentes (66). Le chapitre XX dulivre IV est intitulé :- « lbabirdba, Araça duae, et Guaidba :. . Quand Pbon se sert de termes « brésiliens ~. il le prêcise toùjours ; au~i note,.t-il dans le chapitre- étudié : « vasta arbor quae gentilitio vocabuio lbabiriiba, corrupte ~-à Lusitanis et Nostris Gu(lbi·. raba (67).~. Hu jus arbo,ris fruchis a Brasilianis àppellatur Ata'ç9: ·. miri (68) ... Quapropter ab lndigenis Araça-guaçû,. id_ est, Ar~~.

(S&) ·Histoire, f, 183 r 0 •

(5~} Note.z la variante « Morgoyii », f. 220 r", à côté de « ~a:l'goya :., f. 183 1'0 , .

- (60) Êtudes .. Ling. car., p. 53.

· (61) ErL tête . de l'article. · .

(62) Wortètsmnmlung, p. 394.

(63) Publié& respectiVement en 1648 èt en 1658. yoir la b'bli_ogpaphie.

(64) Historiat,-hvre lU, P• 104.

(65) Id., p. lOS. •· . . .

(66) Pp. 14~-158; dans· le livre IV.

(67) P. 149. . ....

(68) P. 150.

[251]

·màjor vocatur (69) ... ~. Mais vient-il à parler de 'feitrê~e ressem- · blance que l'on note èntre ce . dernier 'arln•e, ·indigène, et la « Guiâba ~, il indique sans ambiguïté : « Aliis IndiatUJil ~{}gionibus communis haec arbor, · ~c. proinde _hic patr:iaiÎ.l ~f[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]])-llegant ». (70)~ Il s'agit hien d'un ~})re importé, et l~ :tu~;@~;~ rait être, au Brésil, une désignation indigène. Pison parlerà·· a~$it à propos de ~a même région, 4u bananier, de la banane, et de la patate, mais les mots qu'il utilise. le plu~ souvent, « Ban~'". niera » (71), « Banana » (72), « Bàtata » (73), ne sauraient être considérés comme tupis. ·

. Résumons-nous : les deux auteurs sur lesquels s'appuie V. Martius pour po$er un mot tupi « Guaiaba, Guajava, Guayava », ne donnent aucunemen! ce mot pour « brésilien >> d'origine. Par suit-e . l'indication de De Goeje « Tupi Guaiâba, Guajava » n'est' plus fondée, du moitis. à date ancienne.

Il nous paraît donc établi que goyave ne peut être chez Claude d'Abbeville un emprunt au tupi ; nous proposons d'y voir, par conséquent, le mot déjà français de la langue des marins, attesté dès 1601-1603. Le vocable « Morgoyâ, Margoya », en revanche, donné comme indigène, a ehanee d'être un mot tupi, car Léry avait signalé dès 1578 le terme de « Morgouia » (74) appliqué par les Brésiliens aux oranges des arbres plantés par les Portugais, et. la >'l'essemblance entre le goyavier et l'oranger a plusieurs t'ois ~té ::·.Ji()tée c 1 s >. ·

:•7:_--Noûs ne croyons pas ~on plus que la phrase de .P. Boyer per.;. --nî[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]])jle fonder l'hypothèse. d'un emprunt au galibi (76}. Il écrit êti 1li~,~- q: Gouyanes {sic] est un fruîct rond ef gros comme un. oeriF~:{1-7).~ ~ais il faut remarquer que le mot est attesté au moi~ deux fois ·'fl!ant que les Français se • soient établis, et de façon bien intermitléiibf;::,ju~qu'eri 1676, à l'île de Cayenne et en Guyàne (1635) (78).· ~te Boyer ne donne pas le mot pour indigène_; dans sa liste ·dêS pr()(lueti~ns du pays, d'où est tirée la p~--,: . .~ ;.~: . :. . .- ·~ -"'. ~--~~--~--~·-~~-·-_:,-~.;~-~---·.(_}[[Utilisateur:Michel Chauvet|Michel Chauvet]] ([[Discussion utilisateur:Michel Chauvet|discussion]]):.c ";.. ·.~-.::·· :"_:·:.._.-;_~;<:, - - - ~ -·

(69) P. 152. -.. < -.. :>· ., ... .. >>. .· - · ... ~~:_-.:..';:;''~··:;·_

(70) P. 153. Variante i -Giiàj4b~f:~,.~ p:.1&-J~ ;Pa:S d~.-~ri':tm.e>forme avec . -v-,<lî)• r1_4;1t,3. . . ~ c,·~~c:-~·Ä~~,~-·:;,:?t:ë.;'_:'~.,-:~;::~_<;;r:_, é.:··· ..•

(72) Id. ; « Batuina, planta .qmié lli'asi'Jtens1l~tùt .Pâèoliuftl :dicta », p. 155.

(73) Id., p. 254. c Quae Peruviallis ·Apic1iu, Brafdliànîs TeHca dictae ~. id.

(74) Histoire, p. 208. . · . - _· -

(75) Belleforest, ·cosmogr. univ., Il; col. 2111; texte cité; - Daléchamps; trad. Des Moulins (1615) : « de la grandeur des Orengiers », Il, p. 723 ; < les fleurs blanches, semblables à celles des Orengiers :., Il, p. 724.

(76) La forme « goyaba :s> est attestée dans ce parler pour l'époque actuelle (enquête de De Goeje). De Goe_je, Et. ling. car., p. 53, n. 310.

(77) Véritable relation, p. 315. Déjà cité par M. Konig, op~ cil;, s; v. Goyave, avec correction de la coquille (n pour u). ·

(78) Cf. l'article Caïman, note 46.

[252]

citée, il utilise quantité de termes de marins de toute origine banane (79), igname (80)~ cassa.ve (81)-, « cachimans » (82), etc.

Enfin l'article de Raymond Breton « coyâbou, sont goyauiers blancs » (83) montre que le caraïbe des Petites Antilles avait un mot de forme voisine, différent cependant de la forme de notre langue qui a prévalu dans ces îles, et qui est attestée avant 1635, date de l'arrivée des premiers colons français. Comme dans le cas de banane, canot ou manioc (84), par exemple, la forme française paraît donc a)ioir été importée à la Martinique et à la Guadelon pe c:pâr les marins de notre pays.

eLa .forme gouyave, goyave, s'est sûrement vulgarisée aux Antilles ; elle se lit souvent dans les récits des voyageurs. Aux attestations déjà signalées, on ajoutera les suivantes :

1638 : « ils [les Caraïbes de la Guadeloupe] avoient mis leur [sic] provisions des meilleurs fruits du pais : asçavoir des patates, ce sont des racines en forme de raves plus savoureuses que nos trufes ! des gouyanes [sic] qui est un fruit du goust d'une pomme de reinette, ayant au dedans des grains pareils à ceux de grenade. » Gazette de France, p. 90.

Remarquez que la même coquille déforme le terme chez Bouton, Relation, p. 63 (85). Coppier, Histoire et Voyage (1645) a « Gouyaues », p. 90.

1643 sans doute, 1647 au plus tard : « ils [les habitants de la Martinique] ont pareillement plusieurs sortes de bons fruits, comme ananas, gouyaves, limons ... » Le Hirbec, Voyages, p. 21.

1647 : « Le Goyavier est poly par l'escorce, et lice ... La Goyawe est fort bonne de couleur, de chair. » Relation de l'isle de la Guadelouppe, f. 16 r 0

• Première attestation de la forme définitive, pour le nom de l'arbre. Nous ne sommes pas sûr de la lecture du nom du fruit (pour les deux dernières lettres).

1652 : « on mange des Goyaues » à la Martinique. Maurile, Voyage, p. 32. - « Il y a [à Saint-Christophe} un arbre- qu'on' appelJe Goyauier », id., p. 73 •.

16S8 : « Ce fruit, qui se nomme Goyave » aux Antilles frânçaises. Rochefort, Histoire, p. 49.

(79) P: 314.

(80) P. 316.

(81) Id.

(82) P. 314.

(83) Die. car.-fr. (1665). p. 252. Cité par M~ Kônig. op. cit., s. v. Goyavier.

(84) Voir les articles correspondants.

(85) M. Kônig cite la fontie corrigée « gouiaves •·

[253]

1659 : « Ces Sauuages [de Guadeloupe] auoient leurs charges de "cassaue ... cachimans, goyaues, papaïs. » Chevillard, Les Desseins, p. 41.

1667 : « les Gouyaves », Du Tertre, Antilles, 1, p. 405 (86).

Aussi bien est-ce aux Antilles françaises que se réfèrent ·les dictionnaires de Th. Corneille (1694) (87) et de Trévoux (1704) (88),

(86) C'est aussi la forme « goüyave » qu'utilise De Laon, à propos de -<::ayenne, Relation, p. 107.

(87) S. v. Gouyavier, ou Goyavier. « Arbre qui croist dans les Antilles. »

(88) S. v. Goyavier, ou Goujavier. Citations de Poincy .._et Du Tertre.

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<references/>


[[Category:Arveiller, Raymond]]
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