Rubiacées (Le Floc'h, 1983)

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Plantaginacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Caprifoliacées


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405. Rubia peregrina L.

[III/1336; p:908] RUBIACÉES

Largement connu comme colorant, les « garances » ont également quelques vertus thérapeutiques.

M.R. - A propos de R. tinctorium BOUQUET (1921) rapporte certains usages qui sont repris par GATTEFOSSÉ (1921) pour R. peregrina ; il se peut donc que les usages suivants soient valables pour ces deux espèces :

- la poudre en suppositoire passe pour emménagogue et abortive, - la décoction s'emploie comme diurétique, - la friction avec l'huile dans laquelle on a fait bouillir des racines de garance sert contre la sciatique. Cette préparation est sup­posée plus active quand on remplace l'huile par de la graisse d'au­truche (!).

A cette liste d'usages, signalée par BOUQUET, GATTEFOSSÉ ajoute que l'infusion de fleurs est employée comme aphrodisiaque au Maroc et rapporte les indications de RAYNAUD selon lequel l'infu­sion de « foua » sert contre les diarrhées et les ophtalmies.

Bon nombre de ces pcropriétés sont aussi signalées par PARIS et MOYSE (1971), qui révèlent que la racine était anciennement connue comme diurétique, emménagogue et utilisée pour faciliter les accou­chements et contre les affections du foie et des reins. Ils indiquent


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qu'elle communique une teinte rouge aux os des animaux qui l'absorbent et qu'en médecine les feuilles de « garance » sont considérées comme hypotensives. C'est l'intérêt de l'espèce (ar. = fouaou ; fr. = garance voyageuse) comme colorant qui retient l'attention de LEMORDANT et al. (1977).

D. - L'emploi en teinture est noté par POINSOT et REVAULT (1937), puis BARDIN (1944) qui signalent que la « garance » (ar. = foua) donne une belle teinte rouge. COUSTILLAC (1958) rapporte que cette espèce des oasis s'était progressivement substituée à l'espèce cultivée Rubia tinctorum. Nous présentons ici une recette de teinture transcrite par COUSTILLAC. Il s'agit d'une formule utilisée dans la région d'Oudref en vue d'obtenir une teinte rouge :

- procéder à un mordançage préalable en introduisant dans un bain d'alun la laine et du tartre et en faisant bouillir 3 heures durant (certaines artisanes disent 1 journée), puis retirer la laine et rincer convenablement . Cette opération peut s'ef­fectuer selon une variante où le tartre est absent à ce stade.

- piler la racine de « garance » bien séchée (mélanger la poudre obtenue avec du tartre si celui-ci n'a pas été employé lors du mordançage),

- chauffer le bain à feu très doux pendant 2 heures, puis introduire la laine en la plaçant dans le récipient par couches superposées en ayant soin de saupou­drer chaque couche de « garance » pilée. Compléter le bain avec de l'eau de façon à noyer la couche supérieure,

- monter à ébullition, à feu doux, et maintenir ainsi durant 4 heures,

- retirer la laine, la faire sécher, la remettre à nouveau dans le bain et recommencer plusieurs fois (jusqu'à 6 fois selon les cas),

- passer définitivement la laine séchée dans un bain de chaux durant 3 à 15 minutes selon la nuance que l'on recherche et en remuant constamment.

Les doses à utiliser pour cette formule sont en moyenne les sui­vantes :

- laine 1 kg

- « garance » 1 kg

- tartre 0,025 kg

- alun 0,100 kg

- chaux 0,150 kg.

COUSTILLAC note aussi que parfois les femmes mettent dans le bain des grains d'orge qui en éclatant indiquent que la cuisson est suffisante. Le rouge de « garance » ainsi obtenu est parfois désigné


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sous le nom de rouge « bedoui », alors que le rouge obtenu à la cochenille est appelé rouge « beldi ». Si la couleur rouge monte assez mal sur la soie, sur la laine elle est par contre réputée de très bonne solidité à la lumière, à l'eau, au lavage ainsi qu'au frottement.

Au Maroc (BOUQUET, 1921) la garance sert aussi à préparer un fard rouge (« aker ») souvent falsifié à l'aide de l'aniline.


406. Rubia tinctorum L.

[III/1337; p:908]

M. - Les racines de cette plante servaient anciennement à la teinture des laines.

BOUQUET (1921) a rapporté de nombreux usages médicinaux du « foua » (cf. R. peregrina n° 405).

La poudre de la racine de cette « garance » s'emploie comme to­nique et, en boisson, pour faciliter les accouchements et combattre la dysurie (DUCROS, 1930 ; DORVAULT et WEITZ, 1945).

D. - La plante est réputée colorer en jaune les peaux et les laines (TROTTER, 1915).

COUSTILLAC (1958) a noté pour cette plante, les mêmes indi­cations que pour Rubia peregrina et précise qu'elle était ancienne­ment cultivée dans les palmeraies de l'Aradh (Gabès, Methouia), du Djerid (Tozeur) et peut-être du Nefzaoua (Mansourah).

Seules les racines (« alizaris ») de cette plante sont employées en teinture. La laine devant subir une teinture à la garance, doit au préalable être mordançée (JAT­TEAU, 1977).