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Pommier (Candolle, 1882)

Nom accepté : Malus domestica Borkh.

Poiriers
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Cognassier

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Pommier. —Pyrus Malus, Linné.

Le Pommier se présente à l'état sauvage dans toute l'Europe (à l'exception de l'extrême nord), dans l'Anatolie, le midi du Caucase et la province persane de Ghilan 4. Près de Trébizonde, le botaniste Bourgeau en a vu toute une petite forêt 5. Dans les montagnes du nord-ouest de l'Inde, il paraît sauvage (apparently wild), selon l'expression de sir J. Hooker, dans sa flore de l'Inde anglaise. Aucun auteur ne le mentionne en Sibérie, en Mongolie ou au Japon 6.

En Allemagne, on trouve deux formes spontanées, l'une à feuilles et ovaires glabres, l'autre à feuilles laineuses en dessous, et Koch ajoute que cette pubescence varie beaucoup 7. En France, des auteurs très exacts signalent aussi deux variétés spontanées, mais avec des caractères qui ne concordent pas complètement avec ceux de la flore d'Allemagne 8. Cette diversité s'expliquerait si les arbres spontanés dans certaines provinces proviennent de variétés cultivées, dont les pépins auraient été dispersés. La question qui se présente est donc de savoir jusqu'à quel degré

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4. Nyman, Conspectus floræ europeæ, p. 240 ; Ledebour, Flora rossica, 2, p. 96 ; Boissier, Flora orient., 2, p. 656 ; Decaisne, Nouvelles Arch. Mus. 10, p, 153.

5. Boissier, l. c.

6. Maximowicz, Primitiæ ussur. ; Regel, Opit flori, etc., sur les plantes de l'Ussuri, de Maak ; Schmidt, Reisen Amur ; Franchet et Savatier, Enum. Jap., n'en parlent pas. Bretschneider cite un nom chinois qu'il dit s'appliquer à d'autres espèces.

7. Koch, Synopsis fl. germ., 1, p. 261.

8. Boreau, Flore du centre de la France, éd. 3, vol. 2, p, 236.


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l'espèce est probablement ancienne et originelle en divers pays, et s'il n'y a pas une patrie plus ancienne que les autres, étendue graduellement par des semis accidentels de formes altérées par des croisements et par la culture.

Si l'on demande dans quel pays on a trouvé le Pommier avec l'apparence la plus indigène, c'est la région de Trébizonde au Ghilan qu'il faut citer. La forme qu'on y rencontre sauvage est à feuilles laineuses en dessous, à pédoncule court et fruit doux 1, qui répond au Malus communis de France, décrit par Boreau. Voilà un indice que la patrie préhistorique s'étendait de la mer Caspienne jusque près de l'Europe.

Piddington citait, dans son Index, un nom sanscrit pour le Pommier, mais Adolphe Pictet 2 nous apprend que ce nom, Seba, est industani et provient du persan Sêb, Sêf. L'absence de nom plus ancien dans l'Inde fait présumer que la culture, actuellement fréquente, dans le Cachemir et le Thibet, et surtout celle dans les provinces du nord-ouest ou du centre de l'Inde sont plus anciennes. Le Pommier n'était probablement connu que des Aryas occidentaux.

Ceux-ci ont eu, selon toute probabilité, un nom basé sur Ab, Af, Av, Ob, car on remarque ce radical dans plusieurs langues européennes d'origine aryenne. Ad. Pictet cite : en irlandais Aball, Ubhal ; en cymrique, Afal ; en armoricain, Aval ; en ancien allemand, Aphal ; en anglo-saxon, Appel; en scandinave, Apli ; en lithuanien, Obolys ; en ancien slave, Iabluko; en russe, Iabloko. Il semble, d'après cela, que les Aryas occidentaux, ayant trouvé le Pommier sauvage ou déjà naturalisé dans le nord de l'Europe, auraient conservé le nom sous lequel ils le connaissaient. Les Grecs ont dit Mailea ou Maila, les Latins Malus, Malum, mots d'une origine fort incertaine, dit Ad. Pictet. Les Albanais, qui remontent aux Pélasges, disent Molé 3. Théophraste 4 mentionne des Maila sauvages et cultivés. Je citerai enfin un nom tout particulier des Basques (anciens Ibères ?), Sagara, qui fait supposer une existence en Europe antérieure aux invasions aryennes.

Les habitants des « terramare » de Parme et des palafittes des lacs de Lombardie, de Savoie et de Suisse faisaient grand usage des pommes. Ils les coupaient toujours en long et les conservaient desséchées, comme provisions pour l'hiver. Les échantillons sont souvent carbonisés, à la suite d'incendies, mais on reconnaît d'autant mieux alors la structure interne du fruit. M. Heer 5, qui a montré une grande sagacité dans l'observation de ces détails, distingue dans les pommes des lacustres suisses, d'une époque où ils n'avaient pas de métaux, deux variétés

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1. Boissier, l. c.

2. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, 1, p. 276.

3. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 64

4. Théophraste, De causis, I. 6, cap. 24.

5. Heer, Pfahlbauten, p. 24, f. 1-7.


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quant à la grosseur. Les plus petites ont un diamètre longitudinal de 15 à 24 millimètres et environ 3 millimètres de plus en travers (à l'état séché et carbonisé) ; les plus grosses, 29 à 32 millimètres sur 36 de large (à l'état séché, non carbonisé). Ces dernières répondent à une pomme des vergers de la Suisse allemande appelée aujourd'hui Campaner. Les pommes sauvages en Angleterre, figurées dans l' English botany, pl. 179, ont 17 millimètres de hauteur sur 22 millimètres de largeur. Il est possible que les petites pommes des lacustres fussent sauvages ; cependant leur abondance dans les provisions peut en faire douter. M. le Dr Gross m'a communiqué deux pommes des palafittes moins anciens du lac de Neuchâtel, qui ont (à l'état carbonisé) l'une 17, l'autre 22 millimètres de diamètre longitudinal. A Lagozza, en Lombardie, M. Sordelli 1 indique pour une pomme 17 millimètres de long sur 19 de large, et pour une autre 19 sur 27. Dans un dépôt préhistorique du lac de Varese, à Bardello, M. Ragazzoni a trouvé une pomme un peu plus grosse que les autres parmi celles d'une provision.

D'après l'ensemble de ces faits, je regarde l'existence du Pommier en Europe, à l'état sauvage et à l'état cultivé, comme préhistorique. Le défaut de communications avec l'Asie avant les invasions aryennes fait supposer que l'arbre était aussi indigène en Europe que dans l'Anatolie, le midi du Caucase et la Perse septentrionale, et que la culture a commencé partout anciennement.

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1. Sordelli, Sulle piante della stazione della Lagozza, p. 35.