Papayer (Candolle, 1882)
Nom accepté : Carica papaya L.
[233]
Papayer. — Carica Papaya, Linné. — Papaya vulgaris, de Candolle.
Le Papayer est une grande espèce vivace, plutôt qu'un arbre. Il a une sorte de tronc juteux, terminé par une touffe de
[234]
feuilles dans le genre des choux-cavaliers, et les fruits, qui ressemblent aux melons, sont suspendus au-dessous des feuilles 1. On le cultive maintenant dans tous les pays tropicaux, même jusqu'aux 30°-32° degrés de latitude. Il se naturalise facilement hors des plantations. C'est une des causes pour lesquelles on l'a dit et on persiste à le dire originaire d'Asie ou d'Afrique, tandis que Robert Brown et moi avons démontré, en 1818 et 1835, son origine américaine 2. Je répéterai les arguments contre l'origine supposée de l'ancien monde.
L'espèce n'a pas de nom sanscrit. Dans les langues modernes de l'Inde, on la nomme d'après le nom américain Papaya, qui dérive du nom caraïbe Ababai 3. D'après Rumphius 4, les habitants de l'archipel indien la regardaient comme d'origine exotique, introduite par les Portugais, et lui donnaient des noms exprimant l'analogie avec d'autres plantes ou une importation de l'étranger. Sloane 5, au commencement du XVIIIe siècle, cite plusieurs de ses contemporains d'après lesquels on l'avait transportée des Indes occidentales en Asie et en Afrique. Forster ne l'avait pas aperçue dans les plantations des îles de la mer Pacifique lors du voyage de Cook. Loureiro 6, au milieu du XVIIIe siècle, l'avait vue dans les cultures de la Chine, de la Cochinchine et du Zanguebar. Une plante aussi avantageuse et aussi particulière d'aspect se serait répandue depuis des milliers d'années dans l'ancien monde si elle y avait existé. Tout porte à croire qu'elle a été introduite sur les côtes occidentales et orientales d'Afrique et en Asie, depuis la découverte de l'Amérique.
Toutes les espèces de la famille sont américaines. Celle-ci doit avoir être cultivée du Brésil aux Antilles et au Mexique avant l'arrivée des Européens, puisque les premiers auteurs sur les productions du nouveau monde en ont parlé 7.
Marcgraf avait vu souvent des pieds mâles (toujours plus nombreux que les femelles) dans les forêts du Brésil, tandis que les pieds femelles étaient dans les jardins. Clusius, qui a donné le premier une figure de la plante 8, dit qu'elle avait été dessinée en 1607 à la « baie des Todos Santos » (province de Bahia). Je ne connais pas d'auteur moderne qui ait confirmé l'habitation au
____________________
1. Voir les belles planches de Tussac, Flore des Antilles, 3, p. 45, pl. 10 et 11. Le Papayer appartient à la petite famille des Papayacées, réunie par quelques botanistes aux Passiflorées et par d'autres aux Bixacées.
2. R. Brown, Botany of Congo, p. 32 ; A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 917.
3. Sagot, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, 1872.
4. Rumphius, Amboin., 1, p. 147.
5. Sloane, Jamaïca, p. 165.
6. Loureiro, Flora Cochinch., p. 772.
7. Marcgraf, Brasil., p. 103, et Piso, p. 159, pour le Brésil ; Ximenes, dans Marcgraf et Hernandez, Thesaurus, p. 99, pour le Mexique ; ce dernier pour Saint-Domingue et le Mexique.
8. Clusius, Curæ posteriores, p. 79, 80.
[235]
Brésil. De Martius ne mentionne pas l'espèce dans son dictionnaire sur les noms de fruits en langue des Tupis 1. On ne la cite pas comme spontanée à la Guyane et dans la Colombie. P. Browne 2 affirme, au contraire, la qualité spontanée à la Jamaïque, et avant lui Ximenes et Hernandez l'avaient affirmée pour Saint-Domingue et le Mexique. Oviedo 3 paraît avoir vu le Papayer dans l'Amérique centrale, et il cite pour Nicaragua le nom vulgaire Olocoton. Cependant MM. Correa de Mello et Spruce, dans leur mémoire important sur les Papayacées, après avoir beaucoup herborisé dans la région des Amazones, au Pérou et ailleurs, regardent le Papayer comme originaire des îles Antilles et ne pensent pas qu'il soit sauvage nulle part sur le continent. J'ai vu 4 des échantillons rapportés des bouches de la rivière Manate en Floride, de Puebla au Mexique et de Colombie ; mais les étiquettes ne portent aucune remarque sur la qualité spontanée. Les indices, comme on voit, sont nombreux pour les bords du golfe du Mexique et les Antilles. L'habitation au Brésil, fort isolée, est suspecte.
____________________
1. Martius, Beitr. z. Ethnographe, 2, p. 418.
2. P. Browne, Jamaïca, ed. 2, p. 360. La première édition, que je n'ai pas vue, est de 1756.
3. Le passage d'Oviedo est traduit en anglais par Correa de Mello et Spruce, dans leur mémoire, Journal of the proceedings of the Linnean Society, 10, p. 1.
4. Prodr., 15, s. 1, p. 414.