Moutarde tubéreuse (Potager d'un curieux, 1899)
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Nom accepté : Brassica juncea
Plante bisannuelle, glabre, atteignant 1 mètre à lm,50 de hauteur. Racine renflée, napiforme, ressemblant beaucoup au Panais commun, blanche, mesurant environ 0m,17 de longueur et 0m,20 de circonférence. Feuilles inférieures oblongues lancéolées, dentées, quelquefois lyrées ; les supérieures étroites, linéaires lancéolées, entières ou dentées. Fleurs jaune clair, en grappe terminale. Sépales divergents. Siliques dressées, bosselées ; bec assez long, asperme, un peu comprimé ; valves carénées, trinerviées, à nervures latérales sinueuses.
On peut lire, dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation, 3° série, tome IX, page 579, la lettre datée de Pékin, 20 novembre 1881, par laquelle M. le Dr E. Brelschneider, médecin de la légation russe, annonçait à celle Société un envoi de graines et de tubercules qui ne comprenait pas moins de 112 plantes, arbustes ou arbres, d'utilité ou d'ornement.
La Moutarde tubéreuse faisait partie de cette riche collection, et ses graines nous ont été remises à fin d'expérimentation. Nous avons rendu compte de nos essais dans le Bulletin de la Société, 3e série, tome X, page 21.
Semée au printemps de 1882, la plante est montée à graine avec une extrême rapidité, et n'a pas formé de racine tubéreuse.
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Semée le 1er août, elle nous a donné en deux mois et demi les racines décrites plus haut. Nous avons informé M. le Dr Bretschneider du résultat favorable que nous avions obtenu, et il nous écrivait àce sujet, de Pékin, en date du 28 février 1883 : « Les Chinois sèment cette plante en plein été et en recueillent les racines en hiver. Ces racines jouent un rôle très
Fig. 54. — Moutarde tubéreuse.
important comme aliment, en Chine, et on les cultive beaucoup dans le Nord. Les Chinois les mangent salées et confites aux fruits de Zanthoxylon Bungei et d’Illicium anisatum. Je leur trouve un goût assez agréable.» La culture de la Moutarde tubéreuse ne diffère en rien de celle du Navet. Elle doit être classée, comme celle de ce dernier, parmi les cultures dérobées.
Ses racines, introduites dans le pot-au-feu, communiquent au bouillon un très bon goût ; préparées au jus, comme le Céleri-rave, elles sont tendres, légèrement piquantes.
Nous considérons comme précieux le don que nous a
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fait M. le Dr Bretschneider de cette variété du Sinapis juncea, absolument nouvelle pour nous.
Parmi les Crucifères utilisées comme plantes alimentaires au Japon, il en est une, le Wasabi (Eutrema Wasabi Maximowicz), que nous désirions connaître.
Nous l'avions trouvée, mentionnée dans la Note explicative des objéts exposés par l'École agricole et forestière de Komaba (Japon), à l’Exposition universelle de Paris, en 1889. On peut lire dans cette brochure : « Wasabi. Pour la culture de ce Raifort, on choisit un terrain dans une vallée arrêtée par un cours d"eau. On en récolte les racines. Il existe une variété appelée aussi Wasabi, dont les feuilles, préparées avec du vinaigre, sont d'un goût exquis. » Nous avons demandé cette plante au Japon et nous avons reçu, en 1896, des rhizomes qui, malheureusement avaient pourri pendant le voyage.
Une autre espèce de Wasabi (Ainu-Wasabi, Risesseri ou Nisesseri) (Cardamine yesoensis Maximowicz) est citée par MM. Batchelor et Miyabe : Ainu Economic plants (Transactions of the Asiatic Society of Japan, 1893, p. 215). « Au commencement du printemps, disent ces auteurs, on recueille les jeunes feuilles et les nouveaux rhizomes, comme nourriture, les parties plus vieilles des racines sont rejetées. Pour augmenter leur saveur piquante, les Aïnos, en quelques endroits, ont appris à mettreles feuilles et les rhizomes ensemble, dans des bouteilles qu'ils gardent bien bouchées un jour environ avant de s'en servir. Le Risesseri est généralement bouilli avant d'être mangé. »