Lythracées (Le Floc'h, 1983)

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Thyméléacées
Le Floc'h, Ethnobotanique tunisienne, 1983
Punicacées


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Lythrum salicaria

278. Lythrum salicaria L. [II/872; p:549] LYTHRACÉES


M. - En usage interne (décocté, poudre ou extrait fluide), cette espèce (fr. salicaire) est employée comme antidiarrhéique recommandé pour les nourrissons et efficace même pour les cas de diarrhées bacillaire en usage externe, c'est un astringent et un cicatrisant prescrit contre les ulcères variqueux (PARIS et MOYSE, 1967).

Les vertus astringentes, antidiarrhéiques et cicatrisantes de la « salicaire  » (ar. rih'ant el ma) sont aussi signalées par LEMORDANT et al. (1977).


Lawsonia inermis

279. Lawsonia inermis L. [II/sans n°); p:552)


Très connue pour ses propriétés tinctoriales l'espèce a, de fait, de très nombreux intérêts thérapeutiques et est surtout considérée comme astringent externe.

M. - TROTTER (1915) souligne que Lawsonia alba Lam., dont il signale la synonymie avec L. inermis L., contient des principes astringents, qu'elle est utilisée en thérapeutique pour soigner les blessures, combattre les pellicules et les engelures mais qu'elle est égale­ment abortive.

En poudre, le « henné » s'emploie en cataplasmes, avec du vinaigre, contre les panaris et les furoncles (BOUQUET, 1921). Le même auteur note que la plante entière s'emploie en fomentations sur les pieds des varioleux dans le but d'empêcher que la maladie ne gagne les pieds.


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GATTEFOSSÉ (1921) rapporte des usages confirmant ceux de TROTTER et de BOUQUET (loc. cit.).

L'usage des tiges de « henné » pour le traitement des douleurs à l'aide des pointes de feu est rapporté par RAMES (1941) (cf. Retama raetam n° 190).

Les brûlures sont soignées en enduisant la partie atteinte d'un mélange de « henné » et de beurre de chamelle (LARRIBAUD, 1952) ou d'un emplâtre fait de henné, de quartiers d'oignons ou de beurre et de romarin [1] ou encore de savon, de « henné » ou de thé vert (PASSAGER et BARBANÇON, 1956). Une autre recette est donnée par LOUIS (1979) qui note que si la brûlure est bénigne on y met quelques gouttes d'huile, voire de pétrole, mais que si la brûlure est plus profonde on y applique une sorte de pommade faite de « henné » réduit en poudre etc... d'urine de femme.

En Algérie (DOREAU, 1961) on utilise, en badigeonnage sur le front, une préparation à hase de « henné » pour calmer les maux de tête. Nous avons également (cf. à Capparis spinosa n° 153) rapporté pour la région de Touggourt (Algérie) la composition d'une prépara­tion ayant les mêmes effets. Le « henné » entre aussi, rapporte DO­REAU, dans la composition de liniments antirhumatismaux.

T. - CAUVET (1925) a relevé que cette espèce serait, selon VALLON, mortelle pour les chameaux.

R - La plante serait employée dans les cérémonies religieuses ou magiques (DOREAU).

D. - La richesse en tanins et en matière colorante est à l'origine de nombreux emplois de cette plante.

En Libye (TROTTER), on extrait des feuilles desséchées ,des ra­meaux et des racines un colorant qui au contact de l'air devient rouge ou jaune-orangé. Cette teinture est employée par les femmes, (mais aussi les hommes) qui se teignent les ongles, la paume des mains, la plante des pieds, et les vieux qui se colorent parfois la barbe et les cheveux. Selon la mode, la teinture est aussi quelquefois appliquée à la crinière blanche des chevaux et des ânes. On teinte aussi la soie, la laine, les peaux et le bois blanc qui prennent alors une belle couleur


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acajou. L'addition de la teinture de la « noix de galle » (cf. Quercus) transforme en une belle nuance châtain le rouge du henné. Il semble également que les infusions de pondre de « henné » ne colorent que si on y a d'abord ajouté une substance alcaline ou tout autre substance comme l'acide citrique, l'alun, l'acide tartrique etc...

VIVIANI (in TROTTER) indique qu'au cours des séances de tatouage, c'est l'incorporation de sels ammoniaqués qui fait virer au noir la couleur rouge donnée par le « henné ».

L'emploi du « henné » pour la teinture est rapportée en détail par BOUQUET (1921) qui note que le « henné » de Gabès est en Tu­nisie le plus réputé. Les deux procédés de teinture suivants sont appliqués.

= teinture blonde, à l'aide de 400-500 gr de henné pulvérisé :

  • délayer dans le double de son poids d'eau de pluie.
  • faire cuire à feu doux jusqu'à réduction à l'état de crème,
  • empâter toute la chevelure en roulant les cheveux,
  • après 24 h. démêler les cheveux et les sécher au soleil,
  • laver en employant, au lieu de savon, du « ghassoul » ou « tfal » (terre à foulon) qui dégraisse et communique un certain flou vaporeux,
  • si la teinte obtenue n'est pas assez claire, recommencer une ou plusieurs applications à quelques jours d'intervalle.

= teinte noire, à l'aide de 200-300 gr. de henné :

  • griller à part, lentement en humectant légèrement d'huile d'olive, un poids égal de « henné » et de « tacahout » (galle de Tamarix aphylla n° 262),
  • après grillage, piler les galles,
  • mélanger les poudres en y ajoutant environ une cuillerée à café de sulfate de cuivre pulvérisé et une cuillerée à soupe de sesquioxyde de fer,
  • verser dans récipient de terre et délayer avec 1 litre d'eau de pluie,
  • faire bouillir à feu doux 1 h. durant en remuant,
  • appliquer comme pour la teinture blonde mais en laissant agir durant 48 h. sur les cheveux.

BOUQUET ajoute, lors de la description de ces recettes, que dans le Sud tunisien où le « tacahout » est inconnu on emploie pour les mêmes usages les galles de Tamarix gallica et de Limoniastrum guyo­nianum.

L'emploi de feuilles pour la teinture des laines a été aussi abondamment rapporté par COUSTILLAC (1958) dont nous reproduisons ici les recettes de trois teintes :


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- nuance beige (teinture à base de henné et d'aloès [2] employée dans la région de Zarzis, Tunisie).

  • poids de laine à teindre = 3 kgs
  • produits :
    • aloès jeunes feuilles sèches) 0,5 kg
    • tan 2 kgs
    • henné 1 kg
  • opération:
    • faire cuire l'aloès, le tan et le henné dans 30 litres d'eau environ jusqu'à ce que tout soit parfaitement cuit.
    • y plonger la laine et laisser cuire 2 à 3 h.
    • retirer, laisser sécher, rincer.

- nuance grise (teinture préalable puis mordançage)

  • produits pour la teinture :
    • eau ordinaire 40 litres
    • henné 300 grs
  • produits pour le mordançage :
    • eau ordinaire 40 litres
    • tartre 40 grs
    • sulfate de fer 20 grs
  • opération :
    • faire d'abord pour la teinture une infusion de henné en le faisant bouillir 1/2 heure, teindre la laine durant 1 h. 1/2 dans ce bouillon: pour le mordançage monter un bain spécial avec sulfate de fer et tartre, y introduire la laine à froid, monter à ébullition en 1/2 h. et tenir à cette température 1 h. environ.

- nuance orangée (région d'Oudref)

  • opération :
    • préparer un bain contenant de l'eau, du henné et des feuilles de pommiers, monter à ébullition, introduire la laine et maintenir à température jusqu'à estimation d'une cuisson satisfaisante.
    • laisser refroidir la laine dans le bain.
    • retirer la laine, la recouvrir de sable rouge « remla » et laisser ainsi une nuit.

- si la tonalité n'est pas satisfaisante recommencer l'opération.

Cette teinture est réputée solide au lavage et à la lumière. COUS­TILLAC signale aussi que le « henné » est employé dans d'autres tein­tures.


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- à Djerba et Oudref pour la teinture avec l'indigo, - à Zarzis pour la teinture avec l'indigo, la centaurée [3] et l'armoise champêtre [4].

DOREAU a également consigné que les femmes se colorent la che­velure, les mains et les pieds au « henné ». Cet usage pour teindre les paumes des mains, les ongles et les talons et pour effectuer parfois des tatouages à l'aide d'une macération de henné, surtout à l'occasion des fêtes, est aussi rapporté par BOUQUET (1921) et GATTEFOSSÉ (1921).

Les fleurs enfilées en chaine servent d'ornement ; elles entrent également dans la composition d'une huile et d'une pommade de toi­lette (TROTTER).

La fleur de henné distillée procure une essence parfumée qui, aux dires de GOBERT (1940), fait les délices des orientaux. Cette odeur serait semblable à celle exhalée par l'Olivier de Bohème [5] (ar. zansfour).

BOUQUET (1921), indique que l'odeur suave des fleurs de hen­né rappelle celle de la « rose thé » [6] et que l'on s'en sert pour préserver le linge contre les mites et autres insectes. Ces mêmes fleurs sont parfois (GATTEFOSSÉ, 1921) ajoutées au thé.

Nous avons noté, dans la région de Touggourt, l'usage de coucher les bébés dans un lit de feuilles de « henné » pour leur éviter les mé­faits des trop grosses chaleurs.

Pour PARIS et MOYSE (1967), cette plante est très employée comme cosmé­tique et teinture, dans la préservation des maladies de peau qu'elle tonifie, comme astringent, antiulcéreux, antidiarrhéique, emménagogue et anthelmintique. Ils notent également qu'en dehors des pays d'origine elle sert surtout en cosmétologie pour les teintures des cheveux.

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  1. romarin : Rosmarinus officinalis L. (fam. des LABIÉES).
  2. aloès : Aloe vera L. (fam. des LILIACÉES).
  3. centaurée : Centaurea acaulis Desf. (fam. des COMPOSÉES).
  4. armoise champêtre : Artemisia campestris L. (fam. des COMPOSÉES)
  5. olivier de Bohême : Eleagnus angustifolia L. (fam. des ELEAGNÉES) espèce plantée en Tunisie et non traitée ici.
  6. rose thé : Rosa odorata (fam. des ROSACÉES) absente de Tunisie.