Laitue cultivée (Vilmorin-Andrieux, 1904)
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Inde ou Asie centrale.— Annuelle. — L'origine de la Laitue cultivée n'est pas connue d'une façon certaine, non plus que l'époque où elle a été introduite en Europe. On ne peut dire à coup sûr si elle était connue des anciens ; cependant, la multitude des variétés qu'elle présente et la très grande fixité d'un certain nombre de ses races cultivées donnent lieu de supposer qu'elle est soumise à la culture depuis fort longtemps.
Les différentes variétés de laitues présentent entre elles une telle diversité au point de vue de la forme et de la coloration des feuilles, qu'il est difficile de donner une description générale de la plante s'appliquant à toutes les variétés. On peut supposer cependant, et principalement d'après certaines formes chinoises non pommées, que la Laitue, à son état naturel, doit se composer d'une rosette de grandes feuilles allongées, un peu spatulées et plus ou moins ondulées et dentées sur les bords ; du centre de la rosette s'élève une tige presque cylindrique, s'amincissant assez rapidement, et se ramifiant dès le tiers de la hauteur, garnie de feuilles embrassantes, auriculées et devenant de plus en plus étroites à mesure qu'elles sont plus haut placées sur la tige. Les capitules sont nombreux, plus longs que larges, à fleurons jaune pâle. Graine petite, en forme d'amande très allongée et pointue à une extrémité, marquée de sillons longitudinaux assez profonds, ordinairement blanche ou noire, parfois brune ou d'un jaune roux. Un gramme en contient environ 800, et le litre pèse en moyenne 430 grammes. La durée germinative est de cinq années.
De bons auteurs semblent disposés à rapporter les laitues cultivées à deux types botaniques distincts, dont l'un aurait donné naissance aux Laitues pommées proprement dites, à tête ronde ou aplatie, et l'autre aux Laitues Romaines, dont la pomme est haute et allongée. Cette double origine nous paraît bien difficile à admettre : d'une part, parce que les deux classes de laitues se fondent l'une dans l'autre par des gradations presque insensibles, et, d'autre part, parce que, dès qu'elles montent à graine, les Laitues à pomme ronde et les Romaines ne présentent plus entre elles aucune différence : ce qui paraît la meilleure preuve de leur identité d'origine.
Nous avons dit que la Laitue cultivée était une plante annuelle, parce que le développement des tiges florales succède, sans interruption de végétation, à celui des feuilles radicales réunies en rosette, et parce que cette rosette elle-même se forme complètement en quelques semaines, et au plus en quelques mois. Cependant plusieurs variétés de laitues sont assez rustiques pour pouvoir être semées à l'automne pour passer l'hiver et ne monter à graine qu'au printemps. Il s'en faut de beaucoup que toutes les variétés puissent se prêter à ce traitement. D'un autre côté, il y a beaucoup d'inégalité dans la promptitude avec laquelle les différentes laitues montent à graine sous l'influence des chaleurs de l'été. Ces différences de tempérament et d'aptitudes ont fait diviser les laitues, au point de vue de la culture, en trois classes :
1° Laitues de printemps, qui se forment rapidement, semées tout de suite après l'hiver ;
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2° Laitues d'été et d'automne, en général plus volumineuses que les laitues de printemps, et montant d'autant moins rapidement à graine qu'il s'agit de variétés plus résistantes à la chaleur ;
3° Laitues d'hiver, qui peuvent supporter, moyennant quelques précautions, nos hivers ordinaires.
Quoique celte division n'ait rien de bien rigoureux, nous l'adopterons, parce qu'elle donne le moyen d'indiquer, sans tomber dans des répétitions interminables, le genre de culture qui convient à chaque variété. Nous indiquerons donc tout d'abord la manière dont on doit soigner les laitues des diverses saisons, puis nous donnerons successivement la liste et la description des variétés comprises sous chacune de ces désignations.
CULTURE ORDINAIRE EN PLEIN AIR. — Laitues de printemps. — Elles se sèment généralement en Mars, sur d'anciennes couches, ou simplement sur du terreau au pied d'un mur, à une exposition chaude. On les repique en place en Avril et elles commencent à donner dès la fin de Mai ou en Juin. On peut aussi, et c'est ce que font généralement les maraîchers, semer la graine très clair, dès la fin de Février, si la terre n'est pas gelée, avec des Carottes, Ognons blancs, Poireaux ou autres légumes qui se cultivent dans le terreau pur, puis on recouvre le semis d'une très légère couche de terreau ; on obtient ainsi soit du plant à repiquer, soit de petites pommes que l'on récolte directement avant que les autres légumes aient pris tout leur développement. Pour ce genre de culture, il faut préférer les variétés qui tiennent peu de place et portent le moins de préjudice à la récolte à laquelle elles sont associées. — On peut aussi profiter des semis faits en pleine terre de Carottes hâtives et d’Ognons de couleur, pour y semer très clair des Laitues à couper, ainsi que des Laitues pommées de printemps : les premières seront bonnes à consommer très jeunes, environ un mois après ; les secondes seront utilisées, en partie, comme les premières ; le reste, qu'on laissera pommer, sera consommé un peu plus tard.
Laitues d'été et d'automne. — Leur culture est des plus simples : On sème clair, en pépinière, depuis le mois de Mars jusqu'en Juillet ; on peut repiquer en pépinière, mais il est plus simple d'éclaircir le semis, ce qui permet au plant de prendre de la force pour être mis directement en place, soit en bordures, soit en planches ; on espace à 0m30 en tous sens.
On peut aussi contreplanter les laitues dans des planches d'autres légumes qui, dans leur jeunesse, laissent entre eux un intervalle assez large. Il est bon, sans que cela soit indispensable, de replanter les laitues avec le plus de terre possible, pour en faciliter la reprise. Ce travail se fait de préférence le soir et doit être suivi d'un copieux arrosage.
Les laitues franchement d'été ne demandent d'autres soins que des arrosages abondants et souvent répétés. Un bon paillis recouvrant la terre où elles sont plantées entretient la fraîcheur du sol et active la végétation.
Laitues d'hiver. Ces variétés se sèment d'Août en Septembre, en pépinière ; quinze jours à trois semaines après le semis, on repique les plants en pépinière où ils acquièrent de la force ; lorsqu'ils ont cinq ou six feuilles, on les replante en place, avec le plus de terre possible, à une exposition chaude, de préférence au pied d'un mur au Midi, et dans une planche parfaitement saine. — En vue des remplacements à faire au printemps, on réservera un certain nombre de plants repiqués en pépinière, et on les abritera des gelées. — Pendant les plus grands froids, on peut garantir les plantes avec des paillassons ou au moyen de litière longue qu'on enlève dès que le temps le permet.
Les laitues d'hiver ne souffrent pas de la neige, et quelquefois même, on voit des variétés peu rustiques passer d'autant mieux l'hiver que la neige qui les recouvre est plus épaisse. Par contre, les alternatives de dégels et de regels leur sont souvent funestes.
Dès le mois de Février, la végétation des plantes reprend une certaine activité ; on donne à ce moment aux cultures un binage énergique pour rompre la croûte formée à la surface du sol, et on répand au pied de chaque laitue ou sur toute la surface de la planche une couche de bon terreau ou de fumier bien consommé, pour exciter la végétation.
La récolte commence en Avril et peut se prolonger pendant environ un mois.
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CULTURE AUTOMNALE SOUS VERRE DES LAITUES HÂTIVES. — Les semis se font très clair, en pépinière, à mi-ombre et en plein air sur une planche terreautée, depuis la seconde quinzaine d'Août jusque dans la première quinzaine de Septembre. On éclaircit au besoin les plants, et, lorsque ceux-ci ont deux feuilles en plus des cotylédons, on les repique sur ados, sous cloches, à raison de 24 à 30 plants par cloche, en tenant les plants les plus extérieurs écartés d'environ 0m04 à 0m05 du bord intérieur de la cloche. On ombre au moyen de paillassons jusqu'à reprise complète. Quinze jours après, le plant est bon à mettre en place, toujours sur ados, à raison de quatre laitues par cloche. La récolte commence de trois semaines à un mois environ après la mise en place. — Au lieu de planter sous cloches, on peut mettre en place sous châssis, pourvu que la terre ne soit pas à plus de 0m08 à 0m10 du verre.
CULTURE FORCÉE. — Cette culture, pratiquée sur une grande échelle par les maraîchers, se fait par saisons successives, de Septembre à Avril, et presque exclusivement avec les laitues de printemps. Les plus employées pour la culture chauffée sont : la Laitue crêpe à gr. noire, la L. à forcer de Milly, les Laitues gotte à graine blanche et à gr. noire et la L. Tom-Pouce. La Laitue crêpe à graine noire est particulièrement précieuse pendant la période la plus froide de l'hiver, en raison de son aptitude à pouvoir se passer à peu près complètement d'air, alors que les Laitues gottes et les autres variétés demandent à être aérées de temps en temps.
1re Saison — Elle comprend les semis effectués sous cloche du 10 au 20 Septembre ; on repique également sous cloche et l'on met en place fin-Octobre sous châssis et sur couche chaude. On peut aussi se servir, pour cette saison, des plants provenant des semis faits le mois précédent en vue de la culture automnale indiquée plus haut. La récolte a lieu suivant la force des plants, de Novembre à Décembre.
2e Saison. — Au commencement de Décembre, sur des couches neuves venant de recevoir des semis de Carotte à châssis et de Radis à forcer, on repique, à raison de 36 plants par châssis, de la Laitue crêpe ou de la L. gotte provenant des semis effectués en Septembre et ayant déjà été repiqués sous cloche. Le Radis se récolte le premier, la Laitue suit vers fin janvier ou commencement de Février ; puis, la Carotte donne son produit en Mars-Avril.
3e Saison. — Après les grands froids, fin-Février, on commence une nouvelle saison, toujours sur couches légèrement inclinées vers le soleil levant, mais simplement sous cloches. Sur ces couches, qui sont épaisses d'environ 0m35 et chargées de 0m10 à 0m12 de terreau, on installe en échiquier trois rangées de cloches, sous chacune desquelles on plante quatre Laitues et une Romaine au milieu ; on couvre ou découvre suivant la température extérieure. Cultivées ainsi, ces laitues sont bonnes à enlever de la fin-Mars en Avril. Les plants employés dans cette culture proviennent des semis faits vers la fin d'Octobre et repiqués en pépinière sur ados et sous cloches ; ils passent ainsi parfaitement l'hiver, pour peu qu'on ait la précaution, lorsqu'il gèle un peu trop fort, de les couvrir de paillassons que l'on enlève dans la journée quand il fait du soleil. Au besoin, on comble avec du fumier court l'intervalle existant entre les cloches, tout en veillant à l'aération nécessaire afin d'éviter la pourriture.
Pour obtenir des produits devant succéder à la troisième saison, on peut cultiver aussi comme primeur, mais sans le secours de la chaleur artificielle, plusieurs autres variétés de laitues provenant de semis à froid faits à l'automne : la L. à bord rouge, la L. d'Alger, la L. Passion, ainsi que la L. Palatine.
INSECTES NUISIBLES ET MALADIES. — Les ennemis des laitues sont légion, et certaines espèces d'insectes montrent une prédilection toute particulière pour cette plante.
Citons d'abord le Puceron des racines (Aphis radicum) et le Puceron du laiteron (Aphis sonchi), qui s'attaquent au collet des plantes (Traitement indiqué page 94, aux Chicorées).
Le Ver blanc ou larve du Hanneton (Melolontha vulgaris) mange très volontiers les racines des laitues. Le traitement du sol à l'aide de capsules au sulfure de carbone est efficace mais coûteux ; le plus simple est encore d'arracher les laitues que l'on voit se flétrir et de rechercher dans la terre la larve, cause du dégât.
Le Ver gris, larve de la Noctuelle des moissons (Agrotis segetum), se combat en saupoudrant le sol, avant le repiquage, avec du soufre, de la suie ou de la chaux éteinte.
La Larve fil de fer du Taupin rayé (Agriotes lineatus) est quelquefois redoutable pour les cultures faites en plein champ. Quand sa présence est malheureusement constatée, il faut rechercher soigneusement les insectes pour les détruire.
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L’Anthomye de la laitue (Anthomya lactucæ) n'attaque ordinairement que les porte-graines. On ne connaît aucun remède efficace.
La Limace et l’Escargot sont très friands des feuilles de la laitue : le plus simple est de leur faire la chasse ; on peut aussi protéger les planches contenant des laitues en les entourant d'un cordon de cendre, de son, de sciure de bois ou de chaux en poudre.
Parmi les maladies qui attaquent habituellement les laitues, la plus grave est le meunier ou blanc, due à la présence d'une cryptogame : le Peronospora gangliformis. Les feuilles se couvrent à la face inférieure d'efflorescences blanchâtres, jaunissent, se dessèchent ou pourrissent. Le sulfatage du sol, effectué après le semis et avant le repiquage, avec une des bouillies : bordelaise ou bourguignonne, paraît prévenir la maladie.
La moucheture est une sorte de brûlure des tissus, due à l'action du soleil sur les feuilles couvertes de gouttes d'eau formant lentille ; elle se produit fréquemment après les pluies d'orage. Il est prudent de n'arroser que le matin ou le soir pour éviter cet accident.
USAGE. — La Laitue constitue une excellente salade, tendre et délicate, et c'est ainsi qu'elle est le plus habituellement employée ; on la consomme également cuite, seule ou avec d'autres légumes, notamment avec les petits pois.