Igname (Potager d'un curieux, 1899)

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Haricot mungo
Potager d'un curieux, Introduction
Ketmie acide


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Nom accepté : Dioscorea


IGNAME


ORIGINES


Il ne semble pas qu'il existe d'Ignames spontanées dans l'Inde.

A Ceylan, M. Thwaites indique six espèces indigènes.

En Chine, le Dioscorea Batatas n'a pas été trouvé à l'état sauvage. D'autres espèces ont existé vraisemblablement à l'état spontané. M. le Dr Bretschneider indique trois Dioscorea comme cultivés en Chine, et ajoute : « Le Dioscorea est indigène en Chine, car il est mentionné dans le plus ancien ouvrage de matière médicale, celui de l'empereur Schen nung. »

Au Japon, le Dioscorea japonica Thunb., généralement cultivé sous le nom de Naga imo, est probable-


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ment indigène, ainsi que le D. Batatas, Yama imo, qu'on ne cultive pas et qu'on arrache dans les bois.

Le Dioscorea alata, cultivé dans les îles du Pacifique, en est probablement originaire, sans qu'on l'y ait encore rencontré à l'état sauvage.

En Amérique, le Dioscorea triloba est vraisemblablement indigène. On y trouve quelques autres espèces qui ne sont que peu ou point cultivées.

En Afrique, on compte encore moins de Dioscorea spontanés qu'en Asie et en Amérique.

En résumé, plusieurs Dioscorea sauvages en Asie, surtout dans l'Archipel asiatique, et d'autres, moins nombreux, croissant en Amérique et en Afrique, ont été introduits dans les cultures comme planles alimentaires à des époques probablement moins reculées que beaucoup d'autres espèces (1).

Nous sommes heureux de présenter au lecteur l'étude inédite qui va suivre et que nous devons au savant professeur, au travailleur infatigable, M. le Dr Paul Sagot. Il ne pouvait nous faire un don auquel nous fussions plus sensibles, et nous lui en sommes profondément reconnaissants.


DU GENRE BOTANIQUE DIOSCOREA

Le genre Dioscorsa contient plus de deux cents espèces, dont la très grande majorité habile les pays chauds. Un nombre assez notable d'espèces croit cependant hors des tropiques, au Chili, au Cap de Bonne Espérance, en Australie, en Chine, au Japon, et aux États-Unis. Une petite espèce a été découverte sur le

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(1) L'origine des plantes cultivées, par Alph. de Candolle.


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versant méridional des Pyrénées, il y a quinze ou vingt ans, à l'extrême surprise des botanistes.

Beaucoup d'espèces sont de grandes lianes s'élevant très haut sur les arbres ; beaucoup sont de plus modestes proportions ; quelques-unes (particulièrement au Chili) sont de très petites plantes de 2 ou 4 décimètres de haut, à tubercule gros comme une Noisette ou un Pois. Presque toutes ont une souche vivace tuberculeuse et les tiges, quoique élevées, ne sont qu'annuelles.

Le D. villosa des États-Unis a cependant un rhizome ligneux, grêle, allongé, courant sous terre.

Les botanistes ont varié sur la nature du tubercule : pour les uns, c'est un rhizome, c'est-à-dire une tige souterraine radiciforme parce qu'il émet des bourgeons et a une structure qui rappelle celle d'une tige; pour d'autres, c'est un organe de la nature des racines, se gorgeant de fécule et de sucs nutritifs accumulés.

Dans les échantillons d'espèces de médiocre dimension dont on a récolté la racine, il semble qu'un grand nombre des fibres radicellaires sortent du collet de la plante au-desnus du tubercule.

Le tubercule est tantôt tendre et farineux, tantôt dur et coriace, doux au goût et comestible, ou âcre et vénéneux, simple ou lobulé, fasciculé, multiple, concentré ou diffus à tubercules partiels pédicellés. Il est placé sous terre, à une profondeur moindre ou plus grande.

La tige est grimpante, volubile à gauche. Elle est tendre ou coriace, de la grosseur d'une plume à écrire, ou un peu plus, ou très grêle, inerme ou épineuse, ronde ou anguleuse et relevée d'ailes membraneuses.

Les feuilles sont le plus souvent du type cordiforme, acuminées, atténuées au sommet, polynerviées ; jamais

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leur bord ne porte de dents. Elles sont fermes-coriaces ou membraneuses-minces, le plus souvent glabres, quelquefois un peu tomenteuses ou pubescentes, surtout par-dessous. Elles varient d'une espèce à l'autre, grandes, médiocres ou petites, plus étroites ou plus larges, fortement cordées à la base, obtuses ou même arrondies subatténuées. Quelques espèces ont les feuilles lobées ou même 3, 5 et 7 foliolées. Les feuilles sont opposées ou alternes; mais, sur les espèces oppositifoliées, on trouve un certain nombre de feuilles alternes, surtout sur les petits rameaux terminaux.

Ces détails, peut-être un peu longs et minutieux, feront aisément comprendre que le genre Dioscorea est encore mal connu, difficile à étudier et à classer dans les herbiers; que l'on peut très aisément y supposer distincts spécifiquement des échantillons de la même espèce (tige principale ou rameaux terminaux, fleurs ou fruit de forme anormale.); que, si des sections botaniques ont été établies dans le genre par rapport à la graine, au fruit ou aux élamines, beaucoup d'échantillons sont d'un classement impossible, s'ils n'ont que des fleurs mâles, des fleurs femelles sans fruit mûr, de trop jeunes fruits., etc. ; que, suivant que le botaniste aime à distinguer minutieusement beaucoup d'espèces, ou à réunir beaucoup de formes sous un seul nom, il y aura beaucoup plus ou beaucoup moins d'espèces admises.

La dernière monographie des Dioscoréacées est de Kunth (en 1850) : Enumeratio plantarum. Elle comprend cent-cinquante-neuf espèces de Dioscorea et trente espèces d'Helmia, genre que la plupart des botanistes réunissent aux Dioscorea, aujourd'hui.

Si j'en juge par quelques espèces cultivées ou américaines que j'ai vues vivantes et que je connais familiè-


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rement, je crois que Kunth a trop multiplié les espèces.

D'une autre part, les herbiers ont reçu, postérieurement au travail de Kunth, un certain nombre d'espèces nouvelles, notamment du Brésil, du Mexique, d'Afrique.

Diverses flores locales ont aussi publié des espèces ou réuni en une seule espèce plusieurs espèces antérieures.

Le chapitre consacré aux Ignames par M. de Candolle (Origine des plantes cultivées) fait entrevoir les nombreuses incertitudes que laisse la connaissance de ce genre très difficile.


PRINCIPALES ESPÈCES D'IGNAMES CULTIVÉES

Dioscorea globosa Roxburgh — Excellente espèce, classée au premier rang dans l'Inde anglaise ; très estimée des Européens. Racines blanches, arrondies, souvent très grosses; Roxburgh n'a vu cette espèce que cultivée.

On peut rapprocher d'elle, comme variétés, les D. rubella Roxb. et D. purpurea Roxb. Je n'ai pas trouvé ce D. globosa dans l'herbier du Muséum. Sa description a quelque ressemblance avec le D. alata. La tige est ailée, le pétiole aussi est ailé ; la forme de la feuille est analogue, mais il y a des différences. Le bas de la tige est aculéolé, les feuilles sont alternes ou opposées, le pétiole est plus long, les fleurs sont odorantes.

D. triloba Lam. — Excellente espèce américaine.

Tubercules très tendres et très farineux.

D. alata L. — Bonne espèce, moins fine cependant comme qualité que les deux précédentes. Objet d'une culture considérable en Océanie, où elle est (avec le Taro) la plante alimentaire principale. Bien productive quand elle est cultivée avec soin. Cultivée à Java, à Maurice. Variétés assez nombreuses.


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D. Berteroana Kunth (D. cayennensis Lamk.). — Espèce de l'Afrique occidentale, qui est cultivée en Amérique, où elle a été imporLée. Espèce robuste, de

Fig. 35. — Igname à tige ailée (Dioscorea alata).

grande, production, très rustique. Tubercule unique, arrondi, discoïde, un peu dur quelquefois. Feuilles un peu coriaces, résistant à l'ardeur du soleil.


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D. atropurpurea Roxb. — Espèce asiatique, très cultivée à Malacca, dans le Pégu et dans les îles orientales.

Tubercule très gros, à chair violacée, au moins près de l'écorce. Paraît être une espèce très productive. La description ressemble un peu au D. alata, qui a des variétés à racine violacée.

D. eburnea Loureiro. — Sauvage et cultivé en Cochinchine; grosses racines longues, incurvées, blanches, d'une vague ressemblance de forme avec une défense d'éléphant. Point d'épines. Feuilles alternes, cordées.

D. aculeata L. — Sauvage et cultivé dans l'Inde, l'Archipel malais et l'Océanie.

D. pentaphylla L. — Tubercules très tendres, farineux, de volume médiocre, subarrondis, multiples.

D. sativa V. — Espèce incertaine, mal connue, ayant prêté à diverses confusions. Feuilles cordiformes,alternes ; bulbilles axillaires ; fruit obovale cunéiforme. Linné a reçu la graine de l'Amérique et l'a cultivée dans un jardin où le tubercule a persisté en terre sans que la tige ait fleuri (Voy. Hortus Cliffortianus). Les auteurs de flores : Miquel, Flora lnclise batavse ; Beutham, Flora Hongkong ensis ; Bojer, Hortus mauritianus, mentionnent cette espèce comme sauvage et cullivée dans l'Inde, à Maurice, aux Moluques. Linné, qui l'avait élevée de graines reçues d'Amérique, assure qu'elle croît aussi dans l'Inde. Paraît ressembler beaucoup au D. bulbifera, ne différant que par une végétation moins vigoureuse, un tubercule sans âcreté, un fruit plus large.

D. Schimperiana Hochst. Récolté sauvage en Abyssinie par Schimper. Racine cuite, comestible d'apiès l'étiquette de Schimper. Jeunes pousses pubérulentes. Ressemble au D. sativa L.

D. bulbifera L. — Paraît pousser sauvage dans


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l'ancien et le nouveau continent. La plante américaine (Guyane et Antilles) a été décrite sous le nom de D. lulea Mey. Végétation vigoureuse ; floraison abondante ; feuilles cordiformes, grandes, d'un vert clair ; bulbilles axillaires nombreuses et très grosses. Tubercules probablement gros, mais ayant de l'âcreté, qu'il faut détruire par le lavage à grande eau.

D. japonica Thunb. et D. Batatas Dcne. — Espèces pouvant végéter dans les climats tempérés, où cependant les premiers froids surprennent leur tige feuillée avant qu'elle ait fourni tous ses sucs aux tubercules ; se cultivant cependant aussi dans les climats chauds, dans le midi de la Chine, à Java. Bulbilles axillaires nombreuses. Tubercules fusiformes, allongés. Je n'ai pas pu savoir si, à Alger, les tiges feuillées du D. Batatas jaunissaient et séchaient à l'automne avant la récolte des racines, mais j'ai su qu'il y fallait plusieurs années pour qu'un pied, élevé de bulbilles, devînt un plant vigoureux.

D. triphylla L., syn. D. dæmona Roxb. — Espèce croissant sauvage en Asie, dans l'Archipel malais et l'Afrique orientale ; végétation très vigoureuse ; tige aculéolée, élevée, subligueuse ; feuilles grandes, trifoliolées; inflorescence mâle paniculiforme par la réunion de très nombreux épis floraux, deuses, courts, bractéolifères ; fruit ovoïde oblong, trigone, grand. Tubercule volumineux, discoïde, probablement un peu dur, souvent (toujours ?) d'un goût nauséeux (Roxburgh).

D. oppositifolia L. (D. nummularia Lamk.). — Espèce sauvage, croissant en abondance dans toute l'Asie méridionale, autour de laquelle se groupent diverses espèces voisines, qui n'en sont peut-être que des variétés ; vigueur de végétation moyenne ; jeunes pousses plus ou moins pubérulentes. Feuilles ovales, un peu


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acuminées au sommet, nullement cordées à la base, brièvement pétiolées. Floraison abondante. Epis mâles, courts, groupés, fasciculés sur un axe floral court.

Fruit ovoïde arrondi, trigone, aplati, coriace.

Racines dures et un peu ligueuses, d'après Roxburgh, de volume médiocre d'après d'autres auteurs, mangées par les indigènes.

A. Reynoso dit que certaines Ignames peuvent se multiplier de bouture ou de marcotte (je suppose qu'il énonce le D. triloba), que je n'ai jamais vu cependant multiplier de bouture à la Guyane.

En général, les tubercules d'Ignames coupés et lavés dans l'eau sont glissants et glutineux, exsudant une gomme particulière.

Ils sont denses et vont au fond de l'eau.

On les suppose plus nourrissants que les Patates.

Les espèces inermes à feuilles tendres pourraient donner de bons fourrages verts.

Bulbilles aériennes abondantes ou se produisant au moins assez souvent :

Dioscorea Batatas ; D. japonica ; D. sativa ; D. bulbilera ; D. crispata Roxb. ; D. toxicaria Bojer, de l'Afrique orientale ; D. alata.

Tubercule unique volumineux ou tubercules en petit nombre, fasciculés, réunis, ne croissant pas à une profondeur qui en rende l'extraction incommode :

D. Berteroana ; D. alata ; D. eburnea ; D. atropurpurea ; D. aculeata Hoxo. ; D. fasciculata Roxb. ;

D. globosa Roxb.


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Tubercules pédicellés, multiples, un peu diffus, mais d'une extraction facile :

D. triloba Lam. ; D. pentaphylla.

Tubercules âcres à quelque degré ou même vénéneux :

D. bulbifera ; D. triphylla et sa variété D. dæmona ; Roxburgh dit de ce dernier qu'il est « terriblement nauséeux, même après avoir été mis dans l'eau » ; D. toxicaria Bojer, de la côte orientale d'Afrique (Monbaze).

Vigneron-Jousserandier dit qu'au Brésil une Igname originaire d'Afrique, à tige épineuse et à gros tubercule unique, qui me semble être le D. Berteroana, a le tubercule quelquefois un peu amer.

Espèces sauvages dont le tubercule est bon, ou au moins d'un usage acceptable en cas de disette ;

Bon : D. pentaphylla ; D. aculeata.

Assez bon : D. anguina Roxb., Inde.

- D. oppositifolia, Inde.

- D. SclÚmperiana, Abyssinie.

- D. tomentosa, Ceylan (Thwaites, Flor. Ceylan), ressemble cependant au D. triphylla.

- D. intermédia Thwaites.

- D. spicata Hoxb.

Notes communiquées, à diverses dates, à M. le Dr Paul Sagot.

En 1854, les journaux agricoles des États-Unis préconisaient la culture des Ignames dans les États du Sud ; D. sativa (?) D. alata (?) ; on affirmait qu'elle


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rapportait beaucoup, 17,000 kilogrammes à l'hectare (Patent Office Reports).

On a essayé en France, mais sans succès, l'Igname de la Nouvelle-Zélande. C'est M. le professeur Chatin qui a publié une brochure sur cette espèce. M. Hardy en avait obtenu de beaux tubercules à Alger. Quelle espèce botanique était celle Igname de la Nouvelle-Zélande? D. alata, var. (??) On l'avait reçue de Calcutta, de M. Piddington. (Rapport de M. Hardy, Bull. Soc. d'Accl., vol. V, p. 546, 1858).

La flore de la Nouvelle-Zélande ne parle d'aucun Dioscorea.

M. Hardy, au jardin du Hamma, à Alger, a fait beaucoup d'observations sur les Ignames. Il en avait exposé une très belle collection à l'Exposition universelle de 1867. A l'Exposition de 1878, il n'y en avait pas.

En 1877, à la suite de cultures multiples, M. Hardy avait publié le tableau de rendements comparés suivant :

kil.

1° Igname ailée blanche 12,380 l'hectare.

2° Igname cultivée 20,960 — 3° Igname violette 23,700 — 4° Igname de la Nouvelle-Zélande. 23,700 — 5° Igname de Chine. 33,000 - 6° Igname de l'Eléphant. 37,040 — 7° Igname trifoliée. 46,660 80 Igname patte de tortue. 64,780 -

L'Igname étant une culture estivale irriguée, peut difficilement se répandre beaucoup en Algérie.

On dit que les tubercules blessés pourrissent facilement.

Dans la multiplication par fragments de tubercules,


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M. Hardy expliquait qu'il fallait que le fragment portât de l'écorce pour qu'il en sortît une pousse.

La plantation d'une bulbille d'Igname de Chine ne donnait à Alger, la première année, qu'une racine grosse comme le petit doigt; cette racine pouvait servir de plant pour l'année suivante.

Les plus grosses racines de l'Igname de Chine, dans les premiers essais de culture, avaient pesé 675 grammes.

Plus tard, on en a obtenu de beaucoup plus grosses.

Je ne puis deviner quelles espèces botaniques représentent les noms vulgaires de M. Hardy, si ce n'est : I. ailée blanche, D. alata ; 1. de Chine, D. Batatas ; I. trifoliée, D. triphylla. Je n'ai pas su si l'Igname de Chine, à Alger, arrivait à pleine maturité, c'est-à-dire jaunissait et séchait.

Je ne sais si le Jardin botanique d'Orotava, Ténériffe (Canaries), a cultivé des Ignames. Aux Canaries, par abus de mots, on appelle Ignames les Colocases, Aroïdées tuberculeuses. La même dénomination vicieuse s'emploie parfois au Brésil, où les vraies Ignames s'appellent Caras (Vigneron-Jousserandier).

Je ne sache pas qu'on en ait cultivé des collections au Jardin d'Acclimatation d'Antibes, ni à celui de Collioure.

Je crois que c'est au Jardin botanique de Calcutta qu'on en a cultivé le plus. Les pluies ne commençant, à Calcutta, que vers mai ou juin, il serait facile de demander du plant pour la France, en mars ou avril.

Il y a dans les serres du Muséum un grand pied de D. alata. Comme il est tenu dans la serre chaude la plus humide, sa tige y végète, je crois, d'une manière continue.


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INDICATIONS GLOSSOLOGIQUES SOMMAIRES

Le mot Igname paraît venir du mot américain Namain (dictionnaire caraïbe) ou du mot américain Inicoma.

Les auteurs disent qu'on les appelle Yam dans une partie de la côte occidentale d'Afrique, et que ce mot signifie aussi «manger ».

Dans l'île de Cuba on appelle Aie le" D. triloba, Igname américaine, et Name le D. Berteroana, ou Igname apportée d'Afrique (A. Reynoso, Agricultura de los indigenas de Cuba et Haïti).

Il se distingue aussi au Brésil, dans les Ignames que l'on y appelle Caras, tandis qu'on y nomme parfois Inhame une Aroïdée à tubercule comestible, une espèce apportée d'Afrique, à gros tubercule unique, à tige épineuse, se plaisant dans un sol sableux et résistant bien à la sécheresse : D. Berteroana.

A Maurice et à la Réunion, les Ignames se nomment Cambare.

A Taïti, en Océanie, dans l'Archipel malais, Ubi, Oubi, Oebi.

A Calcutta, Aloo (alou), Kam aloo, D. alata.

En Chine, Sain-In, Chou-Yu, Tou-tchou, Chan-yu (De Candolle, Origine des plantes cultÙJées).

En général, les Ignames sont bien plus cultivées dans les pays chauds et humides que dans les pays chauds et secs. En Océanie, on désire vivement des pluies suivies aussitôt après leur plantation.

Dans les pays chauds, elles restent ordinairement six ou huit mois en végétation avant d'être récoltées. Si le plant est fort et si le sol est fertile, la végétation se pro-


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longe plus longtemps. Si un plant est [faible, on peut attendre deux ans avant de le récolter.


RÉSUMÉ

L'étude de la culture de l'Igname se complique de ce -fait que le nombre des bonnes espèces cultivées s'élève à quinze ou vingt, et qu'elles sont très différentes les unes des autres. L'Amérique intertropicale, l'Afrique, l'Inde, l'archipel Malais, la Chine, cultivent des espèces particulières, et, quoique plusieurs des bonnes espèces aient été portées d'un continent à l'autre, il n'est pas possible de les comparer sur place ou avec une égale connaissance des unes et des autres. Chaque espèce a, en outre, plusieurs variétés de mérite inégal, et tel auteur a pu apprécier une espèce sans connaître ses meilleures variétés et son meilleur mode de culture. Aucun jardin botanique des pays chauds n'a encore réuni une collection de toutes les Ignames cultivées, et, si un jardin arrivait à le faire, il ne pourrait encore y être établi une comparaison complète et rigoureuse du mérite relatif des espèces, le climat de la localité pouvant à quelque degré favoriser la végétation d'une espèce et contrarier celle d'une autre. Sans sortir, en effet, des pays chauds, telle espèce peut demander des pluies plus abondantes et plus prolongées, telle autre une saison sèche plus accusée et plus longue, telle craindre une trop vive radiation solaire et telle autre la supporter.

La culture des Ignames, même dans leur pays natal, est délicate et montre de grandes variations de rendement. Rien n'est plus incertain qu'une appréciation générale tirée pour elles de l'essai partiel d une espèce et surtout d'une espèce étrangère.

Les cultures dans les serres d'Europe, et même les


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cultures au Jardin botanique d'Alger, n'ont pas pu fournir beaucoup de documents solides. A Alger, le climat est beaucoup trop sec l'été, seule saison où la chaleur soit suffisante, et les Ignames n'y sont arrivées que de quelques pays, sans détermination botanique précise, le plus souvent avec de simples noms vulgaires locaux. Il est même possible que quelques-unes des espèces réunies par M. Hardy ne se soient pas conservées dans le jardin.

Dans les serres, on ne peut donner aux Ignames, ni espace suffisant, ni sol suffisant, ni chaleur suffisante, ni cette alternance qui leur est absolument nécessaire de six ou huit mois de chaleur humide avec six ou quatre mois de chaleur sèche et de repos de végétation.

Dans les cultures sous châssis, on peut pour quelques espèces, réussir un peumieuxqu'en serre, maison n'obtiendra jamais un résultat général, s'appliquant à toutes les espèces et pouvant conduire à des résultats réellement pratiques ; une racine farineuse, si bonne qu'elle soit, ne peut, en effet, espérer un prix de fantaisie comme un fruit exotique.

Les conditions générales de succès des cultures d'Ignames des pays chauds sont :

Choix d'une espèce excellente; Plantation de plant robuste. D'un bourgeon grêle et jeune ne peut sortir, sous le meilleur climat et dans le meilleur sol, qu'un pied grêle et improductif, qui mettra au minimum deux, trois ou cinq ans à se bien former et à arriver à l'état de bon plant ;

Un sol fertile et très ameubli, un large espacement et un système de support pour soutenir les tiges grimpantes et les bien exposer à l'air et au soleil ;

Une chaleur suffisante, soutenue, humide pour la


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végétation foliacée, qui dure normalement de six à huit mois et qui, par une température insuffisante, devrait se prolonger davantage pour acquérir son plein développement;

Une chaleur sèche de quatre mois au minimum pour la formation du tubercule, résorbant les sucs nutritifs des tiges feuillées, qui doivent jaunir et sécher pendant que le tubercule grossit et se gorge d'amidon.

L'étude qu'on vient de lire traite scientifiquement la question des Ignames. Elle ne fait connaître ni le rang que chaque variété occupe dans l'estime de ceux qui la cultivent, ni les détails de culture et d'usage, particuliers à chaque pays, qu'il ne faut pas ignorer.

Nous trouvons ces diverses notions dans les écrits des botanistes, dans les publications et dans les correspondances des voyageurs, des planteurs créoles ou européens, et nous croyons utile de les présenter à nos lecteurs.


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I. — L'Igname en Chine et au Japon.

L'Igname semble n'occuper qu'une place très secondaire dans les cultures de la Chine et du Japon, et n'y être représentée, à peu d'exceptions près, que par le Dioscorea japonica et une ou deux variétés de l'espèce.

Voici ce que nous écrit à ce sujet M. le Dr Bretschneider : « A Pékin, on ne cultive que le D. japonica (je ne sais pas si vraiment cette espèce diffère du D. Batatas, comme feu M. Decaisne l'a prétendu). Les Chinois se plaignent comme vous de la grande difficulté que présente l'arrachage des rhizomes fragiles de cette plante: Ils sont obligés de défoncer le terrain pour les arracher. A Pékin, on ne cultive l'Igname que dans les jardins. Les indigènes l'estiment moins que la Patate (Batatas edulis), qu'on cultive dans les champs sur une grande échelle. »

On lit, dans le Japon à l'Exposition universelle de 1878: « Le Tsuku imo (Dioscorea japonica) se mange cuit. Une de ses variétés, nommée Jecheimo (1), a des tubercules aplatis ; ses graines, que l'on désigne sous le nom de Nukago, peuvent se manger (2).

« Le Jinen jo (Dioscorea japonica, var.) est une plante sauvage dont l'usage est à peu près le même que le précédent ; il fournit un amidon très estimé.

« Le Naga imo, ou Dioscorea japonica, sert aux mêmes usages que le précédent ; il comprend une variété nommée Shisen imo. On peut aussi en faire une

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(1) Il faut sans doute lire Jeche imo.

(2) Ne s'agit-il pas ici de bulbilles?


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espèce de gruau, que l'on mange avec une sauce spéciale, si l'on a le soin de le râper et de le piler préalablement ; ceci s'applique également aux deux précédents. »

On voit, par ce qui précède, que le Dioscorea japonica est seul cultivé au Japon, et que le Naga imo paraît être le type, dont on compte quatre variétés.

Nous avons reçu le Naga imo (1) et une autre variété à longs rhizomes ; nous n'avons trouvé entre ces deux Ignames aucune différence appréciable.

Nous avons reçu aussi une variété à rhizomes arrondis: elle végète mal et ses tubercules ne grossissent pas.

Nous avons reçu de M. le Dr H***, sous le nom de Kiriimo, deux petits tubercules d'une Igname cultivée au Japon. Le docteur nous écrivait de la Savoie : « Cette Igname vient très mal ici. Je l'ai essayée successivement dans la terre argileuse, puis dans la terre graveleuse, toutes deux de bonne qualité, et elle n'a bien poussé ni d'un côté ni de l'autre. Au Japon, on la cultive de préférence dans des sables gras conservant un peu d'humidité et très fortement fumés, ce qui est indispensable pour récolter des Ignames un peu grosses. »

Voici d'autres extraits des lettres du docteur : « Naga imo, longue racine tuberculeuse alimentaire, car le mot imo s'applique à toutes les racines féculentes alimentaires. C'est le nom qu'on donne à une des variétés cultivées de D. Batatas. Le même, à l'état sauvage et plus estimé alors comme aliment, s'appelle Yamà imo, racine de montagne. Je ne connais ni le Tsuku imo ni le Jinenjo.

« Dans la partie du Japon que j'habitais, on ne cul-

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(1) Naga imo, longue racine.


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tive pas le D. Batatas ; on se borne à recueillir ses tubercules, qui sont très communs dans les bois, mais, très difficiles à arracher. Ils sont plus estimés que les Ignames cultivées. Pour le Riri imo (D. Decaisneana), on se borne, pour les petites plantations, à conserver les collets au fur et à mesure de la consommation; on les plante en avril et on les arrache en hiver.

« Pour de plus grandes plantations, on recueille les bulbilles, on les sème au printemps, et en automne on les arrache. Elles ont alors un volume variant de celui d'une noix à celui d'un petit œuf, et fournissent du plant pour l'année suivante.

« Ici, c'est tout différent ; cette Igname pousse très peu et ne donne point de bulbilles (1) ; c'est dommage, car elle est d'une culture beaucoup plus facile que le D. Batatas. »

Dioscorea fargesii Franch.
Igname de Farges ou Mao- Yu-Tsé.

M. A. Franch et a décrit dans la Revue Horticole, 1er décembre 1896, p. 541 (Un nouveau Dioscorea alimentaire de la Chine occidentale), sous le nom de Dioscorea Fargesii, une nouvelle espèce d'Igname, originaire du Se-Tchuen où on la rencontre à une altitude moyenne de 1,400 mètres, sous le 32° 5' de latitude Nord.

C'est le R. P. Farges, missionnaire à Tchen-KéouTin, qui a envoyé en 1894, sous le nom de Maô-yu-tsé,

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(1) Nous avons récolté des bulbilles, mais en petit nombre. — P.B.


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Fig. 36. — Igname de Farges (Dioscorea Fargesii Franch.)

(Le rameau florifère a été dessiné d'après un échantillon conservé à l'Herbier du Muséum.)


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des bulbilles aériennes de ce Dioscorea, à M. Maurice de Vilmorin. 11 adressa en même temps la plante sèche à l'herbier du Muséum (Farges, n° 227). Le docleur Henry l'a également récoltée à l'état de plante sèche (Docteur Henry, ir 2666 et 7501).

Le D. Fargesii Franch. (fig. 36), a les lubercules comestibles ; il apparlient au groupe des Dioscorea qui au lieu d'avoir les feuilles entières ou lobées, présentent 3-5 folioles distinctes, rapprochées au sommet du pétiole comme celles de la Vigne-vierge, et rappelle beaucoup le D. pentaphylla L., que le R. P. Delavay a rencontré dans lYunnan, dans les montagnes, à Tapintze et sur le Ilee-chan-men, à une hauteur de 2,500 mètres. Les tubercules du D. pentaphylla sont utilisés depuis longtemps dans l'alimentation, et l'altitude à laquelle la plante a été rencontrée par le R. P.

Delavay semble indiquer qu'elle pourrait résister à une température assez basse.

D'après M. Franchet, le D. Fargesii diffère du D. pentaphylla par ses folioles, qui restent minces, presque membraneuses ; parla forme étroite, lancéolée des bractées, aussi longues que les fleurs pendant l'anthèse ; par le lomentum, qui persiste sur le fruit ; enfin par les bulbilles aériennes rugueuses. Dans le D. pentaphylla, les folioles deviennent promptement coriaces ; les bulbilles sont luisantes et très lisses ; les bractées qui accompagnent les fleurs mâles ou femelles sont constamment très larges, à peu près orbiculaires, concaves et brusquement terminées en mucron très court.

M. Maurice de Vilmorin a eu l'extrême obligeance de nous confier une bulbille du D. Fargesii. Nous l'avons plantée à Crosnes et nous venons de récolter, après deux années de culture, un tubercule sphérique, un peu déprimé, mesurant 0,55 de diamètre, ayant


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par conséquent le volume d'une mandarine, et de couleur jaune brun.

Il y a lieu d'attirer tout particulièrement l'attention sur cette nouvelle et très intéressante Igname, dont le tubercule, de bonne qualité, se développe presque à la surface du sol et est par conséquent d'un arrachage facile.

Il est certain que le tubercule atteindra une grosseur relativement beaucoup plus considérable après trois années de culture, ce temps étant exigé par l'Igname de Chine et l'Igname de Decaisne pour atteindre, leur développement complet, lorsqu'on les reproduit à l'aide des bulbilles. L'Igname de Farges nous semble, dès à présent, supérieure à Y Igname de Decaisne, son tubercule étant lisse et la production des bulbilles d'une abondance extraordinaire, le seul pied que nous possédions nous ayant permis d'en récolter 120, cette année (1897).


II. - L'Igname aux Indes Orientales (1)
Dioscorea globosa Roxb.
Beng. Choopuree aloo.

« 1. Tubercules arrondis, blancs. Je n'ai trouvé cette espèce qu'à l'état cultivé. Elle tient la première place parmi les racines tubéreuses dont se nourrissent les Hindous de ces contrées, et est aussi celle que les Européens estiment le plus. » -

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(1) W. Roxburgh, Flora indica, vol. III, p. 797 à 808. Extraits.


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D. alata Willd., IV, 792.
Beng. Kam-aloo.

« 2. Cette espèce est cultivée dans les différentes parties de l'Inde. Sur la côle de Coromandel, elle est, je crois, la seule qui soit cultivée comme aliment.

« Au Bengale, elle occupe seulement le second rang, le D. globosa étant plus estimé. Elle n'en est pas moins très cultivée. Elle fleurit à la fin des pluies. »


D. rubella Roxb.
Beng. Guranya-aloo.

« 3. Je n'ai rencontré cette espèce qu'à l'état cultivé.

Les Hindous la placent immédiatement après le D. purpurea ; par conséquent, elle ne tient parmi les Dioscorea que la quatrième place dans leur estime. Elle est très cultivée près de Calcutta.

« Tubercules oblongs, à peau rouge. »


D. purpurea Roxb.
Beng. Lal-guranya-aloo.

« 4. Tubercule oblong, coloré dans toutes ses parties en pourpre plus ou moins foncé, mais toujours teint profondément, et les fermiers et les cultivateurs de cette espèce disent que cette couleur est permanente.

« Je n'ai rencontré le D. pitrpitrea qu'à l'état cultivé,


[253]

et je ne sais pas où il existe à l'état sauvage. Sa racine est estimée égale à celle du D. alata, et, par conséquent, occupe le troisième rang parmi les aloos. Cette espèce est très cultivée. »


D. atropurpurea Roxb.

« 5. Tubercules subarrondis, de couleur pourpre dans toutes leurs parties.

« Cette espèce est celle qui est l'objet d'une culture si étendue à Malacca, Pegu et dans les îles orientales.

Ses tubercules sont très gros, de forme irrégulière, lisses, presque ronds et poussant si près de la surface du sol que, dans les temps secs, ils se laissent voir à travers les fissures qu'ils produisent en soulevant la terre. Ce fait et la couleur très foncée des tiges font reconnaître aisément l'espèce. »


D. aculeata Roxb.

« 6. Originaire du Bengale. Ses racines sont ovales, pèsent généralement 2 livres ou plus, sont d'une blancheur agréable, et, pendant la saison froide, s'arrachent dans les bois, car la plante n'est pas cultivée, et sont portées au marché de Calcutta, où elles sont connues des indigènes sous le nom de mou-aloo. Extérieurement, cette Igname ressemble beaucoup à l'espèce que nous avons nommée D. fasciculata, Soosni-aloo des Hindous. »


D. fasciculata Roxb.
Beng. Soosni-aloo

« 7. Cette espèce est cultivée sur une très grande


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échelle dans le voisinage de Calcutta, non seulement comme aliment, mais aussi pour extraire l'amidon de ses racines.

« Ces racines consistent en tubercules nombreux, du volume et de la forme d'un œuf de jeune poule, liés par de grêles filaments à la base des tiges.

« La culture et l'usage des racines des différentes espèces mentionnées ci-dessus ou ci-après sont trop connus pour exiger que je m'étende ici sur ce sujet.

Mon but est de dissiper l'obscurité dont les plantes utiles de ce genre ont été enveloppées jusqu'ici, non seulement en vue de satisfaire les botanistes, mais en vue d'indiquer à ceux qui ne sont pas botanistes les signes auxquels ils peuvent distinguer les espèces; et les plus sûrs se trouvent généralement dans la forme et dans la couleur de la racine. Ces caractères sont permanents et guident le cultivateur hindou; mais je crains d'être blâmé par les botanistes pour m'être écarté de la règle de Linné, qui défend de se fier à la couleur.

En ce cas, ils devront considérer les D. globosa, rubella jet purpurea comme des variétés d'une même espèce, ce à quoi je consens volontiers, s'ils trouvent que ce soit une méthode meilleure que celle que j'ai suivie. »


D. pulchella Roxb.

« 8. Originaire de Chittagong. Tubercules presque ronds, assez petits. Si exactement semblable au D. crispata qui va suivre, qu'on ne peut l'en distinguer que par sa peau, parfaitement douce et lisse, et ses tiges cylindriques, qui ne présentent pas la moindre apparence de côtes.

« Il fleurit, à la fin de la saison des pluies, dans le Jardin botanique. »


[255]

D. crispata Roxb.

« 9. Grande et élégante espèce, originaire de l'intérieur du Bengale et introduite parle Dr Carey, en 1798 , dans le Jardin botanique, où elle fleurit pendant la saison des pluies.

« Hacines tubéreuses, à peu près rondes et petites relativement aux grandes dimensions de la plante, avec des fils nombreux, ralueux, ténus, sortant de toutes les parties du tubercule. Comme les Pommes de terre, les vieilles racines périssent lorsque les nouvelles sont formées. Bulbilles axillaires, à la fois nombreuses et grosses, pouvant servir à la reproduction. »


D. anguina Roxb.
Beng. Kookoor-aloo.

« 10. Tubercules cylindriques. J'ai trouvé cette espèce à l'état sauvage dans les bois voisins de Calcutta. Elle fleurit à la fin des pluies.

« Sa racine n'est pas très estimée, quoique les pauvres gens la mangent lorsqu'ils sont pressés parla faim. »


D. nummularia Willd. IV, 792.
Hind. et Beng. Shora-aloo

« 11. J'ai pris d'abord cette espèce pour le D. oppositifolia ; mais en trouvant quelques vieilles plantes ligneuses et armées de nombreuses et fortes épines, j'ai acquis la conviction qu'elles appartenaient à une espèce


[256]

très différente. Elle est originaire des bois voisins de Calcutta. Elle fleurit à la fin des pluies.

« Sa racine paraît être impropre à l'alimentation. »


D. glabra Roxb.

« 12. Tubercules petits, subfusiformes. Originaire de Silhet. »


D. heterophylla Roxb.

« 13. Originaire de Pulo-Pinang et des Moluques. »


D. oppositifolia Willd., IV, 797.
Teling. Ava-tenga-tiga.

« 14. Spontanée dans les terrains secs, parmi les buissons, sur la côte de Coromandel. Fleurit pendant la saison des pluies.

« Les indigènes mangent ses racines. »


D. tomentosa Koen, mss.

« 15. Racine tubéreuse, de la forme de l'Igname commune, succulente et exigeant, pour sa préparation, moins de soin que celle de D. tri/ihylla. »


D. dæmona Roxb.

« 16. Cette espèce, très distincte, est originaire des forêts de Goruckpore et aussi des Moluques. Des plantes de ces deux origines sont en ce moment sous mes yeux dans le Jardin botanique de Calcutta, où elles prospèrent et fleurissent vers la fin des pluies. Leurs racines sont


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horriblement nauséeuses, même après avoir été bouillies. »


D. pentaphylla Willd., IV, 789.
Beng. Kania-aloo.

« 17. Je n'ai trouvé cette espèce qu'à l'état sauvage, quoique sa racine soit grosse, blanche , considérée comme très salubre, d'une saveur agréable et mangée par les indigènes (1). » c-

III. - L'Igname aux îles Fidji (2).

« Dans toute la Polynésie, l'alimentation de l'homme repose, à l'exclusion de tous grains et de tous légumes, sur l'Igname, le Taro, le Bananier, l'Arbre à pain et le Cocotier : mais la plus grande part est fournie, dans les différentes îles, par un seul de ces végétaux. Dans le groupe Hawaien, le Taro domine, tandis que le fruit du Cocotier est considéré comme un mets délicat, dont les femmes étaient autrefois absolument privées. Dans quelques-unes des îles de Corail, plus petites, les habitants se nourrissent presque exclusivement des noix du Cocotier. Les Samoans placent au premier rang les fruits de l'Arbre à pain. Les Fidjiens préfèrent l'Igname à tout autre aliment, bien que les autres végétaux que nous avons cités croissent parfaitement dans leurs îles et y

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(1) Cette espèce existe aussi en Chine (voir p. 250).

(2) Flora vitiensis, par Berthold Seemann (Art. Dioscorea, p. 250).


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présentent un nombre infini de variétés. Une preuve frappante de l'importance qu'ils attachent à l'Igname résulte de ce fait, que sa culture et la saison où elle mûrit servent de base à leur calendrier, et que le seul des onze mois entre lesquels ils divisent l'année, ot qui ne porte aucun nom qui se rapporte à l'Igname, est celui où la récolte n'exige aucune attention particulière ou a été mise à couvert.

« Une version de ce calendrier a été publiée par Wilkes, dans The narrative of the United States exploring expedition, et est placée en regard de celle qui m'a été dictée par un intelligent chef Bauan et par l'interprète du consulat, M. Charles Wise (1). Les noms que j'indique et l'ordre dans lequel je les place ne sont pas tout à fait d'accord avec ceux de Wilkes. Cette différence tient en partie à ce que Wilkes a écrit sa liste d'après le dire d'Européens imparfaitement versés dans le fidjien, et a adopté une orthographe inexacte. Les noms des mois peuvent aussi varier dans les différentes parties du groupe. Le sujet toutefois réclame une étude ultérieure. »


CALENDRIER FIDJIEN
(selon Seemann).

1. Vula i werewere. JUIN-JUILLET. Mois de balance. Lorsqu'on défriche et nettoie le sol.

2. Vula i cukicuki. AOUT. Lorsque les champs d'Ignames sont.défoncés et plantés.

3. Vula i vavakadi. SEPTEMBRE. Lorsqu'on donne aux Ignames des roseaux sur lesquels elles puissent grimper.

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(1) La version de Seemann nous parait suffire, et nous ne donnons pas celle de Wilkes. — P. B.


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4. Vula i Balolo lailai. OCTOBRE. Lorsque le Balolo (Palolo viridis J.-E. Gray), remarquable Annélide, fait en petit nombre sa première apparition.

5. Vula i Balolo levu. NOVEMBRE. Lorsque les Balolo se montrent en grand nombre. Le 25 novembre est généralement le jour où l'on en prend le plus.

6. Vula i Nuga lailai. DÉCEMBRE. Un poisson, nommé Nuga, paraît en petit nombre.

7. Vula i Nuga levH. JANVIER. Le Nuga arrive en grand nombre.

8. Vula i Sevu. FÉVRIEU. Lorsque les offrandes des premières Ignames arrachées (ai Sevu) sont faites aux prêtres.

9. Vula i kelikeli. MARS. Lorsqu'on arrache les Ignames et qu'on les place sous des abris.

10. Vula i Gasau. AVRIL. Lorsque les roseaux (Gasau) recommencent à pousser.

11. Vula i Doi. MAI. Le Doi (Alphitonia zizyphoides A. Gray), arbre des îles Fidjii, donne des fleurs à profusion.

« L'Igname principalement cultivée est le Dioscorea alata L., qui a une tige grimpante quadrangulaire, sans piquants. Les naturels en distinguent de nombreuses variétés, qui sont toutes connues sous le nom collectif de Uvi. Quelques-unes ont de grosses racines, quelquesunes en ont de petites, soit blanches, soit tirant plus ou moins sur le pourpre, et ditfèrent aussi bien par la forme que par l'époque de leur maturité. Ces variétés se nomment Daunini, Ken, Kasokaso ou Rasoni, Voli, Sedre, Lokaloka, Moala, Uvi ni gau, Lava Namula, Rausi, Balebale, etc. A Nuava, dans Viti levu, le chef Kuruduadua nous a montré un lot d'Ignames longues de 6 pieds et du poids de 100 livres, qui ne sont nullement rares dans le grou pe. D'habiles cultivateurs affir-


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ment que, pour obtenir de grosses et abondantes racines, les plantations doivent être faites dans un sol dur et non préparé. Selon eux, l'Igname doit rencontrer de la résistance, ou, comme ils le disent quelquefois eux-mêmes, s'irriter avant de déployer toute sa force.

J'ai même entendu parler d'un pari gagné par une femme qui avait pratiqué ce mode de culture, et qui avait parié qu'elle obtiendrait une racine assez grosse pour nourrir vingt personnes, tandis que l'homme qui pariait contre elle n'en avait produit qu'une insuffisante pour nourrir le tiers de ce nombre, quoiqu'il se fût donné beaucoup de peine pour ameublir et préparer la terre destinée à sa plantation.

« Le signal général donné pour la plantation est la floraison du Drala (Erythrina indica L.). Aussitôt que ses fleurs commencent à paraître, ce qui a lieu vers le mois de juillet ou au commencement d'août, tous les bras s'y emploient. Le sol ayant été déjà nettoyé pendant les mois précédents, des monticules de 2 pieds de hauteur environ, et distants l'un de l'autre de 4 ou 5 pieds, sont élevés; ces monticules sont connus sous le nom de Buke, d'où la montagne la plus haute de Kadavu, dont M. Pritchard et moi avons fait pour la première fois l'ascension le 6 septembre 1860, et dont la forme ressemble à celle de ces monticules, tire son nom de Buke levu ou grande butte à Ignames.

« Il n'y a pour labourer ni bêche, ni aucun outil en fer. Tout se fait avec des perches de Manglier et par la seule force des bras. Des tronçons de vieilles Ignames sont plantés au sommet des buttes, et, après le court espace de temps que la plante met à pousser, moins d'un mois, elle exige des roseaux pour y grimper; il suffit ensuite de débarrasser le terrain des mauvaises herbes.


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« Vers février, les premières Ignames commencent à mûrir et servent d'offrandes aux prêtres dans les districts païens. En mars et avril se fait la principale récolte, qui est emmagasinée dans des hangars couverts en feuilles de Cocotier. Pendant la saison, le contenu de ces hangars doit être visité au moins une fois par mois; les racines qui présentent la moindre trace de maladie sont retirées, pour éviter qu'elles infectent celles qui sont saines. Les Ignames sont mangées cuites au four, bouillies ou cuites à la vapeur, et les naturels peuvent en consommer de grandes quantités. Des cargaisons entières ont été quelquefois expédiées à la Nouvelle-Galles du Sud et à la Nouvelle-Zélande, et les baleiniers et les navires de commerce ne touchent jamais à Viti sans en faire d'amples provisions.

« Une autre espèce, le Kawai (.D. aculeata L.), est aussi plantée sur des monticules artificiels, quoique moins élevés que ceux où l'on plante l'Igname ailée.

Ses tiges rampantes sont rondes et garnies d'épines, mais on ne les élève pas sur des Roseaux, comme celles de l'espèce dont nous avons parlé plus haut. Le D.

aculeata mûrit vers le mois de juin ; le 27 de ce mois, il n'avait plus de feuilles. Au dire des naturels, il ne donne jamais ni fleurs ni graines, et j'ai cherché en vain dans les champs avec l'espoir de les convaincre d'erreur. On le multiplie en plantant de petits tubercules qui, comme les vieux, sont oblongs, de couleur brûnâtre extérieurement et d'un blanc pur intérieurement.

« Lorsqu'il est cuit, sa peau se détache comme Vécorce du Bouleau, selon l'expression de Wilkes. Sa racine est très féculente, comme celle d'une bonne Pomme de terre farineuse, mais d'une plus grande blancheur. Son goût rappelle celui de l'Arracacha de


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l'Amérique du Sud. Il possède une légère saveur sucrée, très agréable au palais; en somme, le Kawai peut être considéré comme la meilleure racine alimentaire qui soit au monde, et je recommande énergiquement sa culture à tous les pays tropicaux qui ne la possèdent pas encore.

« Plusieurs espèces d'Ignames sauvages, telles que le Tikau, le Tivoli et le Kaile, sont suspendues en gracieux festons aux branches des arbres et des arbustes de presque tous les bois. Le Tivoli (D. nummularia Lam.) a une tige épineuse comme celle du Kawai cultivé et grimpe très haut. Ses racines sont longues, cylindriques et aussi grosses que le bras d'un homme. Souvent, lorsqu'ils pénètrent dans les forêts, les naturels arrachent ses racines à l'aide d'un bâton, le font griller et le mangent sur place. Ils le trouvent excellent.

« Le Kaile [D. sativa L.) a quelque peu l'aspect du Tivoli et se rencontre souvent enlacé à ce dernier, mais ses tiges et ses branches sont rondes et inermes, et l'âcreté de ses racines oblige à les macérer dans l'eau avant de les faire bouillir. Le mets préparé avec elles a l'apparence de Pommes de terre, assez écrasées pour ne pouvoir être mangées qu'avec les cuillères que fournissent les feuilles, résistantes comme du cuir, de l'arbre à cuillères ou Tatakia (Acacia laurifolia Willd.), ou tout autres feuilles suffisamment solides qu'on a sous la main.

« Le Kaile-tokatolu (D. pentaphylla L.) est quelquefois cultivé, selon M. Slorck, et son tubercule est un bon aliment. Je n'ai pas pu me procurer de spécimens de l'Igname sauvage que les naturels nomment Tikau, mais il est établi, dans le Dictionnaire Fidjien (p. 323 et 324), qu'elle diffère du Tivoli et que son nom est en usage dans quelques dialectes du groupe au lieu du nom


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générique Uvi. Serait-ce le D. pentaphylla ou bien est-ce une espèce de plus?

« La liste suivante donne la clef des espèces de Viti :

Caule inermi -

alato.

tereti.

D. alata.

D. sativa.

Caule aculeato

Foliis oppositis.

Foliis altérais

integris.

digitatis.

D. nummularia.

D. aculeata.

D. pentaphyîla. »


IV. — L'Igname dans la Nouvelle-Calédonie (1).

« L'Igname est particulièrement exigeante sous le rapport de la légèreté du sol, qu'elle soit naturelle ou acquise. Ce n'est que dans les terres légères et profondes que l'on obtient des tubercules si gros, qu'il faut parfois deux hommes pour les transporler. Quant à la composition qu'elle paraît préférer, c'est un mélange de sable et de calcaire, tel qu'en offrent les sols reposant sur le corail, et fortement mélangés de matières organiques en décomposition.

« Une autre qualité essentielle que doit posséder la terre destinée aux Ignames, c'est de n'avoir rien à

(i) Lettre de M. V. Perret, ancien directeur du Pénitencier agricole de-Ia Dumbéa, 20 décembre 1883.


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redouter de l'humidité. Peu de plantes sont aussi sensibles aux effets désastreux de l'eau stagnante et de l'humidité persistante.

« Toutes les variétés viennent généralement dans l'intérieur, comme sur le bord de la mer. Il en est cependant qui redoutent l'influence du vent de mer.

Telle est la variété nommée Kilira dans le Nord, et Cocodyi dans le Centre, qui ne vient pas au bord de la mer.

En somme, bien que la Nouvelle-Calédonie soit une terre essentiellement argileuse, l'Igname y vient partout, pourvu que la terre ait été suffisamment bien préparée.

Nous donnons ci-contre la liste des principales variétés d'Ignames, avec leurs noms en deux langues de la colonie, dont l'une des Falanguito est très répandue.

La préparation de la terre consiste dans l'ameublissement et le nettoyage.

« Voici comment opèrent les indigènes, en NouvelleCalédonie : quand vient le mois de septembre, qui est l'époque de la saison sèche, ils ont choisi l'emplacement de leur plantation et l'ont marqué par un pieu, au sommet duquel est attachée une poignée d'herbe ; c'est une prise de possession. Quelque temps après, quand le jour est favorable, ils mettent le feu aux herbes et, avant l'arrivée des Européens, la Calédonie brûlait ainsi tout entière. Après avoir débarrassé le sol des arbustes et autres obstacles que l'outil peut rencontrer, l'indigène l'attaque au moyen d'un pieu de 2m,50 à 4 mètres, sur 6, 7 ou 8 centimètres de diamètre à la base, aiguisé et durci au feu. Les indigènes n'emploient à cet usage que certains bois spéciaux, lourds et durs. Ils enfoncent violemment cet instrument dans le sol, en le projetant, à plusieurs reprises, de haut en bas, dans le même trou,


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Noms des principales variétés d'Ignames en Nouvelle-Calédonie,

LANGUE D'ATÉ DÉSIGNATION DES VARIÉTÉS UNGUEDEVOH FALANGUITE QUAUTÉ ou BAYE

Forme et grosseurde la Pomme de terre vitelotte, sucrée, parfumée. Ounrli. Ware. »

Yiolette, longue, grosse. Ouitoupila Grabon 1 Blanche, longue, grosse. Fuapendo. Fuapendo. 3 Blanche, courte, petite., Cocathi. Cocathi. 3 Blanche, courte, grosse. C' h' oun. Ndhé 1 Blanche, assez longue, petite. Teiuha. Teinha 1 Parfumée. Aoui Aoui. A SaiutLouis: Initua 1 Grosse, longue..,.,. Hèpè,. Hèpè. 2 Blanche, très courte, petite Coubar Coupar. 1 Rouge, courte, très petite. Ghéléath N'existe pas. 3 Rouge, très courte, petite. Moindah. Moindah. 2 Longue, grosse, hlanche. Bou-aou Bou-aou 2 Rouge, très longue, assez grosse.. Dipoû. Dîpoù. 2 Rouge, grosse, longue.. ," Ti-ôman. Ti-ôman. 2 Grosse, longue. Calhia. Cathia. 2 -Blanche, très longue, grosse. Goin. Goin. 2 Blanche, longue, grosse Hon-da. Hon-da. 2 Un seul nom pour deux variété?, l'une blanche, l'autre violette. Ouacoulouta.. Ouacoulouta 3 Blanche, très petite, courte Ghéléhale Ghéléhate. 3 Rouge, moyenne, assez courte. DUa. DîLa. 2 Rouge, moyenne, courle. Tha-ate. Tanneh. 2 Blanche, longue de 2 mèt., mince. Opou-âli. Dé-émi. 2 Rouge fourchue, aplatie, courte, (main à 2 ou 3 doigts). Pocouta. Pocouta. 2 Rougo, courte, l£loyenne. Dahambou., Him-boueh. 2 Blanche, assez longue, mince. Matoh Matoh 3 Blanche, assez courte, petite. Pouan Pouan 2 Rouge, courte, petite., Tikaë. Tikaé. 2 Blanche, courte, petite. Konn-lap Konndap. 1 Blanche, longue, grosse. Deh-eoh. Deh-end. 3 Blanche, très courte, moyenne. Mouènne Ta-qui-Ouà. 2 Rouge, courte, petite. Onombitio. Onombitio. 2 Blanche, très courte, petite. Tapouar Tapouar. 2 Rouge, courte, moyenne. Dié-Nambué. N'existe pas. 3 Rouge, longue, mince. Nakaan Nakaan. 2 Rouge, assez longue, grosse Fémafai In-Dioh. 2 Courte, moyenne, rougo. Ooounden. Cabuui. 2 Blanche, aplatie, main à 2, 3, 4, 5 La doigts. Grand, d'une grosse main Boutanhénn. Coutanham meilleure Blanche, longue, grosse. Tanoa Tanoa 3 Blanche, courte, assez petite. Llop. TOqlli. 3 Rouge, longue, moyenne, feuilles et tige vertes. Founambouata Brarou. 2 Rouge, courte, moyenne Kidétite. Diomali. 2 Rouge, courte, moyeune., Coumandioh.. Coumandioh.. 2 Blanche, assez longue, grosse. Taquheth. Tiagandou. 2 Blanche, courte, moyenne. Toundo-onn. Top-Ondou 3


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jusqu'à ce qu'il ait pénétré à O", 30 environ. En quelques - pesées, une fois les premières mottes enlevées, ils culbutent un bloc de terre de plusieurs décimètres cubes, quelquefois même plus volumineux, mieux que ne pourraient le faire des ouvriers armés d'outils, surtout lorsqu'ils sont trois ou quatre à défoncer ensemble. Ces blocs renversés passent aux mains des femmes qui s'avancent lentement, à genoux, en débitant sur leur passage toutes ces mottes, d'abord avec de petits bâtons, puis avec les doigts, jusqu'à ce qu'elles soient réduites en poussière et que toutes les racines adventices soient extraites. Quand ce travail d'ameublissement est achevé, la couche de terre meuble est accrue par son amoncellement. Si la portion cultivée est en plaine, les indigènes creusent deux sillons profonds de chaque côté et relèvent fortement la terre en dos d'âne. Pour une largeur de 6 mètres, je suppose, la différence de niveau peutalteindre 1 ID, 50. Les principales vallées de la colonie sont couvertes de ces sillons. Si, au contraire, la culture a été faite sur le flanc d'un coteau, la terre est ramenée de toutes les extrémités et entassée dans le milieu en forme de planche, ou de croissant le plus souvent, à moins qu'elle ne soit dans le thalweg, dont elle suit alors les sinuosités.

« Ils préparent ensuite leurs plants ; ce sont des morceaux coupés du volume d'un demi-décimètre cube environ, préférablement le sommet de la plante. On les divise plusieurs jours d'avance pour laisser sécher les plaies. L'Igname craint beaucoup l'humidité et pourrit très facilement ; ils en mettent deux morceaux à chaque pied, presque à fleur de terre et les recouvrent d'un petit dôme de terre très fine.

« Quand la pousse est sortie, ils fichent de grandes perches inclinées à l'opposé du vent régnant et plantées


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à Oin ,40 environ du pied de l'Igname pour ne pas la déranger.

« Aussitôt que la pousse a om,30 de long environ, ils fichent à sa base une petite baguette de bois ou de Bambou qui relie le pied de la plante avec la perche voisine, et l'Igname est conduite, le long de cette baguette inclinée, jusqu'au tuteur qui doit lui servir d'appui.

« Là se bornent à peu près les soins que cette plante reçoit : trois à six mois après, suivant les espèces les tubercules sont mûrs. Suivant les espèces etles variétés, il y en a de 1 à 15 ou 18, et il y en a de toutes les grosseurs. On a vu des Ignames, des Nouvelles-Hébrides notamment, venues en terre de Corail, atteindre plus de 2 mètres de long et excéder la charge d'un homme, « Les indigènes prennent beaucoup de soins pour l'extraction. La conservation de l'Igname dépend de son intégrité et, si elle a été retirée saine et entière, elle peut se conserver sept à huit mois dans un local approprié.

« Cette plante ne fleurit jamais en Nouvelle-Calédonie ; elle est certainement importée. Il y en a au moins une trentaine de variétés. Toute la surface de la peau de l'Igname est bourgeonnante, malgré l'absence d'yeux visibles.


V. - L'Igname à la Guyane (1)

« Les espèces cultivées à la Guyane sont : « L'Igname indienne (D. triloba), cultivée de toute

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(1) Bull. Soc. bot. de France, 1871, t. XVIII, Dr Paul Sagot.


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antiquité par les indigènes d'Amérique. C'est l'espèce dont les tubercules sont le plus agréables au goût.

« L'Igname pays-nègre ou Igname de Guinée. Igname épineuse, D. cayennensis Kth. (D. altissima Lam.). Ses tubercules sont très volumineux, mais moins délicats.

« L'Igname franche, appelée souvent mal à propos Igname française (D. alata), moins répandue que les précédentes.

« Voici leur courte description :

« L'Igname indienne, D. triloba L. (D. affinis Kth., D. truncata Miquel, D. trifida Meyer), a la tige sans épines, relevée de crêtes membraneuses saillantes. Les feuilles sont larges ; elles ont, les inférieures, 7 ou 5 lobes, les supérieures 3, qui ne vont pas jusqu'à moitié de leur longueur. Le feuillage est d'un vert jaunâtre clair. Les tubercules sont nombreux, ovoïdes ou arrondis, couverts d'une écorce noirâtre et crevassée.

Cette espèce, qui est américaine, est cultivée au Brésil et aux Antilles, comme à la Guyane. C'est une excellente espèce.

« L'Igname pays-nègre, D. cayennensis Kth. (D. altissima, Berteroana Knth.), vraisemblablement apportée anciennement d'Afrique, a la tige épineuse. Les feuilles sont entières, cordiformes, d'un vert foncé, luisantes, assez petites. Son tubercule est généralement simple, aplati, plus ou moins ovoïde. Il est très volumineux, mais plus dur et moins délicat au goût que celui de l'Igname indienne. C'est, d'autre part, une espèce plus productive et moins exigeante surla qualité du sol.

« L'Igname franche, D. alata L., originaire de l'Archipel malais et de l'Océanie, a la tige sans épines, relevée de crêtes membraneuses saillantes, les feuilles


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cordiformes, entières, d'un vert jaunâtre. Le tubercule est ovoïde, plus ou moins allongé. Cette espèce est moins répandue dans la colonie que les deux précédentes. Son tubercule n'est pas aussi délicat que celui de l'Igname indienne.

« On cultive encore quelquefois dans la colonie le D. pubescens Poir. ; mais je n'ai pas eu l'occasion de l'observer. On recueille quelquefois les tubercules de l'Igname-bois, D. bulbïfera, qui vient sauvage dans les forêts. Les Indiens du haut des rivières cultivent, à ce que m'a rapporté M. Leprieur, outre l'Igname indienne, une espèce particulière que les colons ne possèdent pas.

VI. — L'Igname au Venezuela (1)

« Parmi les différentes espèces d'Ignames cultivées dans le pays, on en distingue trois principales, vulgairement connues sous le nom de : Name de Santo-Domingo, Name liso et Name de espina.

« Ces trois espèces n'ont pas encore été classées, que je sache ; toutefois, la première, ou l'Igname dite de Saint-Domingue, semblerait répondre au Dioscorea bulbifera.

« C'est une plante à tige sarmenteuse dont la principale production consiste dans lesbulbilles ou tubercules qui se développent sur la partie aérienne de la plante, à l'aisselle des feuilles; la racine souterraine n'est qu'un produit accessoire; aussi y forme-t-on à l'entour une

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(1) Plantes alimentaires du Venezuela, par M. A. de Tourreil (Bull. Soc. d'Accl., vol. VI, 1859, p. 581).


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espèce de treillage sur lequel elle puisse grimper et étendre ses rameaux. Cette Igname est la moins prisée; sa fécule conserve un certain goût d'amertume peu agréable, mais qui serait sans doute susceptible de correction.

« L'Igname lisse serait-ellele Dioscorea sativa ? Elle donne des racines plus ou moins allongées, en forme de massue, à tissu charnu, compact, féculent et d'un blanc opalin. Sa surface, d'un brun fauve, est unie et offre les organes de la génération autour du collet (1).

Ses racines pivotent quelquefois jusqu'à une grande profondeur; mais, en général, les renflements souterrains qui constituent le produit essentiel de la plante sont presque ronds et d'un arrachage facile. Les tiges portent également leurs fruits et l'on a soin d'y placer auprès des tuteurs pour les soutenir.

« L'Igname épineuse appartient au même genre. Elle diffère seulement de la lisse en ce que sa surface offre des yeux analogues à ceux de la Patate et des radicelles en forme d'épines. Sa fécule est grasse, moelleuse et succulente; ses tiges sont aussi grimpantes et parviennent à plusieurs mètres d'élévation, mais on ne les pourvoit de tuteurs que pour leur servir d'appui ; on ne fait aucun cas des bulbilles qu'elles portent. Ces deux espèces ont beaucoup de rapport avec la Dioscorée chinoise.

« Il est une autre racine farineuse, connue dans le pays sous le nom vulgaire de Mapuey, dont la forme et la tige sarmenteuse indiquent qu'elle appartient aussi à la famille des Dioscorées (2).

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(1) Par ces mots organes de la génération, il faut entendre les bourgeons. — P. B.

(2) Dioscorea trifida, 'Dr Ernst. — P. B.


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« Elle se présente sous deux espèces différentes, l'une de couleur violette, l'autre blanche.

« Le Mapuey violet est préféré ; ses renflements radiciformes sont gros et courts; sa fécule est très friable et d'un goût savoureux; cuit à l'eau de sel, au four ou sous la cendre, on le mange comme du pain. C'est aussi une plante potagère par excellence.

« Ces plantes aiment les climats chauds, mais elles s'habituent aussi à un climat tempéré.

« Leurs rhizomes mûrissent dans l'espace de dix mois, à 600 ou 700 mètres d'élévation au dessus du niveau de la mer; mais à une plus grande altitude, à 1,600 ou 1,700 mètres, il leur faut quatorze ou quinze mois pour atteindre leur maturité.

« La reproduction de l'Igname se fait ici par tubercules entiers ou par tronçons de la partie supérieure du rhizome. Souvent même cette opération s'exécute sans détruire la partie aérienne de la plante; on en découvre la racine, on la coupe à environ un pouce au-dessous du collet, on comble de nouveau l'excavation et l'on remet à sa place la portion supérieure de la racine, qu'on recouvre de terre végétale.

« L'Igname aime la terre molle et elle s'étend ordinairement selon l'espace qu'on lui a préparé ; d'un terrain creusé à 1 mètre de profondeur et 50 centimètres de largeur on a retiré des Ignames en proportion de cette grandeur. L'Igname est susceptible d'acquérir de très grandes dimensions ; on en a vu au Venezuela qui pesaient jusqu'à 100 kilogrammes.

« Il arrive souvent que, ne pouvant opérer leur entier développement dans la partie souterraine, soit par faute d'espace, soit par la rencontre d'un obstacle quelconque, les rhizomes de l'Igname s'élèvent au-dessus du sol à plus d'un quart de mètre ; on a soin alors de les tenir recou-


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verts de terre, ce qui, d'ailleurs, n'offre aucun obstacle à leur production.

« Le rendement de l'Igname est supérieur à celui de la Pomme de terre; elle contient presque autant de fécule farineuse que celle-ci et elle renferme un principe azoté qui la rendrait nutritive. Sa substance est reconnue comme très nourrissante et d'une facile digestion ; elle sert, au besoin, en qualité de pain aux habilants des campagnes et, en général, de plante potagère d'un usage journalier. Elle se prête, en outre, sous différentes formes, à la composition de divers ragoûts et sa cuisson s'obtient en peu de temps, soit à l'eau de sel, soit au four ou sous la cendre chaude.

« Les climats chauds sont les plus favorables à l'Igname : plus la chaleur est vive et intense, plus sa végétation est active et vigoureuse. La température moyenne sous laquelle elle végète est d'environ 22 degrés du thermomètre centigrade et le maximum de froid de 15 à 16 degrés, tandis qu'elle supporte très bien un maximum de plus de 29 degrés de chaleur.

« La rusticité de l'Igname est telle que sa culture n'exige ici aucun engrais; elle croît même sylvestre, et les oiseaux se chargent d'en répandre la semence. »


VII. — L'Igname en France

L'Igname de Chine, introduite, en 1848, par M. de Montigny, est la seule dont on se soit sérieusement occupé en France. Nous serons muets sur cette Dioscorée, qui a été l'objet de cultures expérimentales persévérantes et qui est encore cultivée dans les jardins d'amateurs. Nous nous bornerons à donner la liste des notes et mémoires qui ont été publiés à son sujet et qui sont d'ailleurs résumés dans l'article que lui consacrent MM. Vilmorin-Andrieux et Cie, aux pages 283-285 des Plantes potagères.

Une Igname introduite de Chine au Muséum, en 1862, à laquelle M. Carrière a donné le nom de D. Decaisneana et qui n'est peut être qu'une variété de l'espèce précédente, nous intéresserait davantage si elle était plus productive. Elle a le mérite de ne pas plonger profondément dans le sol et d'être, par conséquent, d'un arrachage facile. Elle est de bonne qualité et absolument rustique ; malheureusement, le tubercule que l'on plante périt et est simplement remplacé par un tubercule un peu plus gros ; il n'y a donc pas de multiplication. Il faut recourir aux bulbilles aériennes que fournit la plante en petit nombre et dont le volume atteint rarement celui d'une Noisette. On plante ces bulbilles en pépinière et, trois ans après, on récolte des tubercules de forme très irrégulière et de médiocre grosseur.

M. Doumet-Adanson s'est occupé pendant longtemps du D. Decaisneana avec tout le succès qu'on pouvait


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Fig. 37. Igname de la Chine, rameau feuillé.


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en attendre. Il en a présenté de très beaux spécimens à la Société d'Acclimatation.

Cette Igname est de bonne qualité, occupe peu de place en pépinière et mérite les soins des amateurs.

Fig. 38. — Igname de la Chine, tubercules.

M. Paillieux, donnant l'exemple, a pu mettre à la disposition de la Société d'Acclimatation quelques milliers de tubercules, qu'elle a distribués à ses membres.

M. Paul Chappellier fait, depuis plusieurs années, de


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très louables efforts pour obtenir de nouvelles variétés d'Ignames, soit en semant des graines du Dioscorea Batatas et du D. Decaisneana, soit en croisant ces deux plantes (1).

De son côté, le Muséum a demandé, reçu et semé des graines du D. japonica. Ces graines ont levé, et, dans quatre ou cinq ans, on saura si l'expérience donne un résultat utile.

Il sera bon de renouveler les semis tous les ans et de les faire sur une grande échelle pour que le succès soit probable. Lorsqu'une variété plus courte que le D. Batatas et plus productive que le D. Decaisneana aura été trouvée, il faudra la fixer par des cultures répétées.

Le croisement de ces deux Ignames est très désirable et donnera probablement le résultat cherché ; mais, sous le climat de Paris, nous n'obtenons de graines ni de l'une, ni de l'autre. On devra donc opérer dans le midi de la France, ou en Algérie, ou dans quelqu'une de nos autres colonies.

Comment se fait-il qu'il ne se soit produit de croisement, spontanément ou artificiellement, au Japon ou en Chine, où l'on cultive les deux plantes et où l'on ne souffre pas moins que nous de leurs défauts ? Nous ne pouvons nous l'expliquer.

Quoi qu'il en soit, et en attendant, nous proposons de cultiver l'Igname plate du Japon, qui est le D. Decaisneana. Nous l'avons reçue directement du Japon, il va quelques années.

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(1) Voir Revue Horticole. Les Cultures de M. Chappellier, par M. D. Dois, J 893, p. 15 ; Culture de l'igname, par M. P. Chappellier, même recueil, même année, p. 274. Revue des sciences naturelles appliquées : Nouvelle méthode de culture de l'Igname de Chine, par M. P. Chappellier, 1895, Ie" semestre, p. 402.


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Cette Igname est d'une qualité tout à fait supérieure ; elle est rustique et sa culture est des plus faciles.

Il a fallu renoncer à l'Igname de Chine, Dioscorea Batatas, dont l'arrachage était impraticable; l'Igname plaie du Japon se récolte à fleur de terre.

Sa culture ne diffère en rien de celle de sa congénère; récolter des bulbilles à l'automne, les semer au printemps suivant, en obtenir du plant qui, cultivé de nouveau, produit des tubercules de grosseur marchande, telles sont les opérations applicables à ces deux Ignames.


PRODUCTION DES BULBILLES

On emploie à cette fin les plus gros tubercules que l'on possède.

Ils fournissent à l'arrachage des tubercules également gros qu'on affecte au même usage, c'est-à-dire qu'on replante chaque année les nouveaux tubercules de la planche productrice de bulbilles. Ils sont difformes et impropres à la vente, mais produisent des pieds forts qui donnent de belles récolles de plant. On peut compter sur un rendement moyen de 5,000 bulbilles pour cent pieds de ces grosses Ignames.

Nous estimons que, dans un jardin, il suffira d'entretenir une plantation d'une cinquantaine de pieds producteurs.

On les cultive en planche bien fumée, sur deux rangs espacés de om, 40 dans la ligne. On ne plante que ces deux rangs sur une planche de lm,30.

On donne aux jeunes plantes, dès qu'elles sortent de terre, des tuteurs de 3 mètres au moins de hauteur, sur lesquels on dirige les liges, en observant que celles-ci sont volubiles de gauche à droite. Il suffit ensuite de


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débarrasser le sol des mauvaises herbes par quelques binages; un léger buLtage, sans être nécessaire, nous semble utile, les tubercules apparaissant quelquefois à fleur de terre.

La récolte se fait au commencement de novembre.

Fig. 39. — Igname de la Chine, bulbille.

On conserve les tubercules, soit en les plaçant sur des planches, sans entassement, dans un lieu froid et sec, soit en les stratifiant dans du sable sec, soit en les enterrant sous châssis dans le jardin, en les préservant de la gelée.


SEMIS DES BULBILLES (1)

Sur des planches de jardin de lm,30 de largeur, on trace quatre sillons, dans lesquels on sème les bulbilles comme des Pois. Il vaudrait assurément mieux les espacer régulièrement, mais ce serait beaucoup de peine. On peut d'ailleurs éclaircir la plantation après la levée des bulbilles et obtenir ainsi de plus gros plant.

On rame les jeunes Ignames comme des Pois, dès qu'elles sortent de terre. On maintient le sol en état de

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(1) Il serait plus correct de dire « plantation î


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propreté par des sarclages à la main. On récolte aux premiers jours de novembre le plant qui doit donner l'année suivante des tubercules de grosseur marchande.

On stratifie les racines ainsi obtenues dans du sable, en un lieu froid et sec (1).


PLANTATION DES PETITS TUBERCULES DE PREMIÈRE ANNÉE

On plante dans des trous de Om,20 environ de profondeur, espacés de 0m,20, ou à moindre distance encore si la terre est fortement fumée, et disposés sur trois rangs dans des planches de lm.30 de largeur. Dès que les plantes sortent de terre, on leur donne des tuteurs de 2m,50 à trois mètres de hauteur. On tient la terre propre à l'aide de la serfouette. On peut laisser les tiges s'enrouler spontanément autour des tuteurs, mais il est mieux de les y attacher, en les dirigeant de gauche à droite.

La récolte se fait dans les premiers jours de novembre et est consommée on livrée au commerce. On ne conserve, à fin de replantation, que les tubercules trop petits pour la vente.


USAGES

La fécule de l'Igname plate du Japon est remarquablement fine et délicate. Elle n'a pas la saveur sucrée de la Patate, qui déplaît à beaucoup de personnes.

L'Igname plate est supérieure à toute autre pour plats sucrés (sweet des Anglais, mehl speise des Allemands), gâteaux et soufflés. Elle est excellente : en purée claire

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(1) Nous entendons dire par là qu'il faut éviter de les serrer dans un lieu où l'humidité et la chaleur pourraient les faire germer intempestivement.


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pour potage, coupées en tranches et frite dans la pâte, apprêtée au jus comme les Cardons , cuite sous la cendre.


AUTRES ESPÈCES

Les essais de culture d'autres espèces qui ont sans doute été faits ont été assurément fort rares; nous ne pouvons parler que de nos expériences personnelles.

Il y a une vingtaine d'années, nous avons tenté sous châssis la culture de deux variétés de Dioscorea alata, avec un résultat absolument négatif.

Plus tard, et à deux reprises, nous avons planté des tubercules du Mapney branco (D. trifida, blanc) et du Mapuey morado (D. trifida, violet), du Venezuela. Ce dernier n'a pas formé de tubercules. Le premier nous a donné des tubercules imparfaits, mais la culture sous châssis n'est peut-être pas impraticable; malheureusement, le Mapuey blanc est beaucoup moins estimé que la variété violette. Celle-ci nous a été particulièrement recommandée par M. le Dr Ernst, professeur d'histoire naturelle à Caracas. On a vu plus haut en quelle estime M. le Dr Sagot tient cette espèce (1).

Nous avons dégusté le Mapuey violet et nous déclarons qu'on ne saurait trouver une racine meilleure. Sa saveur est excellente et elle est farineuse au point de s'effrondèr dès qu'on y touche, comme ces pâtés de sable que font les enfants. A notre grand regret, nous

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(1) Cette Igname est cultivée dans toutes les Antilles où elle porte le nom de Cousse-Couche, Couche-Couche. D'après le R. P. Duss, Flore phanérogamique des Antilles françaises, p. 566, elle produit habituellement un grand nombre de tubercules allongés ou fusiformes, attachés à un fil comme ceux du Topinambour, fournissnat un aliment délicat, très appétissant et recherché, qui l'emporte de beaucoup sur les autres Ignames par sa valeur.


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tenons la culture de cette Igname comme impossible sous le climat de Paris.

Nous avons planté sous châssis plusieurs espèces de la Nouvelle-Calédonie, mais nous les avions reçues trop tard et les tubercules que quelques-unes nous ont donnés, n'étant pas arrivés à maturité, ne se sont pas conservés pendant l'hiver.

Nous excepterons cependant l'Igname bulbifère sauvage, qui a mûri ses tubercules et ses bulbilles, succès sérieux en ce qu'il permet d'espérer que d'autres espèces, choisies parmi les plus hâtives, pourront aussi donner d'heureux résultats.

La Société d'Acclimatation propose un premier prix de 600 francs et un second prix de 400 francs pour l'introduction et la culture, pendant deux années successives d'une Igname (Dioscorea) joignant à sa qualité supérieure un arrachage facile.

Ces prix seront-ils gagnés ?

Nous en doutons, s'il s'agit de présenter une Igname de grande culture; nous n'en doutons pas s'il s'agit d'une Igname considérée comme plante potagère et traitée par les procédés de la culture maraîchère. Ces procédés suffisent pour obtenir parfaitement mûrs et de bonne garde les tubercules et les bulbilles du D. bulbifera, espèce originaire des contrées les plus chaudes du globe, spontanée aux Indes, à la Guyane, etc.

Cette Igname n'est pas particulièrement hâtive et les renseignements que nous avons recueillis nous ont appris que la végétation de plusieurs autres espèces est de moindre durée. Il faut donc trouver ces. dernières, et nous sommes fondés à croire que cela ne tardera pas (1).

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(1) M. Maurice de Vilmorin nous a donné, en 1894, une bulbille de D. Fargesii Franch. (voir p. 248), espèce nouvelle originaire de la


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Nous avons donné plus haut une liste de 42 espèces ou variétés d'Ignames cultivées dans la Nouvelle-Calédonie. On nous signale une variété bulbifère, très productive, très hâtive, qui ri exigerait dans le pays que trois mois de végétation; une autre précoce, dont chaque pied donnerait 10 à 12 tubercules, courts et de facile conservation; une troisième, sucrée et parfumée, légèrement musquée, précoce, produisant en abondance des tubercules courts, bourgeonnés, se conservant mieux en terre que dehors, s'arrachant et se plantant toute l'année.

On peut estimer que la Nouvelle-Calédonie ne possède pas moins de 50 espèces ou variétés d'Ignames qu'il s'agit de cultiver expérimentalement et de comparer entre elles, en exceptant cependant celles dont les racines sont très grosses. On en trouvera plusieurs qui accepteront la culture maraîchère.


NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
Revue horticole.

Note sur le Dioscorea Balatas, 1854, p. 242 et 443.

Dioscorea Batatas, par M. J. Decaisne, 1855, 4e sér., vol. IV, p. 69. Description comparative des D. Batatas etjaponica. Analyse chimique des tubercules. Culture. Multiplication.

Dioscorea Batatas. Succès et revers de sa culture, par M. Naudin, 1855, 48 sér., vol. IV, p. 242.

Dioscorea Batalas. Sa culture, par M. Naudin, 1855, 4° sér., vol. IV, p. 442.

Chine occidentale, voisine du D. pentaphylla, à tubercules alimentaires comme ceux de cette espèce, d'un arrachage facile. Nous possédons la plante et nous saurons bientôt si nous serons déçus dans les espérances que nous avons fondées à son sujet.


[283]

Dioscorea Decaisneana, par M. Carrière. Description, origine, culture, 1865, p. 111, 215, 407.

Culture de l'Igname, par M. P. Chappellier, 1893, p. 274.

Dioscorea Fargesii Franch. (Un nouveau Dioscorea alimentaire de la Chine occidenlale:, par A. Franchet, 1896, p. 541.


Journal de la Société nationale d'Horticulture de France.

Note sur la culture de l'Igname de Chine, par M. Vuitry, 2e sér., vol. V, p. 110.

Culture de l'Igname, par M. Lassausse, 2° sér., vol. IV, p. 495, 1870.

Culture de l'Igname de Chine, par M. Colardeau, 2e sér., vol. IV, p. 270, 1870.

Nature et végétation du tubercule de l'Igname de Chine, par M. Ch. Royer, 2e sér., p. 735, 1873.

Note sur l'Igname de Chine, par M. Vuitry, 2e sér., vol. VIII, p. 346, 1874.


Bulletin de la Société d'Acclimatation.

Note sur l'Igname de Chine, par M. Richard (du Cantal), vol. II, p. 271, 1855.

Indications sur la culture de l'Igname, par M. le baron de Montgaudry, vol. Il, p. 337, 1855.

Sur une nouvelle Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Piddington, vol. III, p. 156, 1856.

Note sur l'Igname de la Nouvelle-Zélande, par M. Chatin, vol. III, p. 159, 1856.

Sur la grande culture de l'Igname de Chine entreprise par M. Rémond, de Versailles, dans les départements de Seine-etOise, de la Drôme et des Landes, vol. III, p. 571, 1856.

Acclimatation de l'Igname de Chine, par M. Moquin-Tandon, vol. V, p. 62, 1858.

Sur les résultats de la culture de diverses espèces d'Ignames, pdr M. Chatin, vol. V, p. 26, 1858.

Sur la culture des Ignames en 1857, à la Pépinière centrale du Gouvernement, à Alger, par M. Hardy, vol. V, p. 546, 1858.


[284]

Notes sur divers modes de culture de l'Igname de Chine, par M. Henri de Calanjan, vol. V, p. 589, 1858. Culture et pain de l'Igname de Chine, suivant le système de M, de Montigny, 2e sér., vol. IV, p. 111, 1867.

Note sur l'Igname, 2e sér., vol. V, p. 347,1868.

Dioscorea alata. Rapport sur la culture faite au Jardin d'Acclimatation, par M. Quihou, 2e sér., vol. VI, p. 134, 1869.

Note sur l'Igname, par M. Vavin, 3e sér., vol. V, p. 69, 1878.

Note sur l'Igname (multiplication), par M. le Dr Lecler, 3e sér., vol. Y, p. 188,1878.

Nouvelle méthode de culture de l'Igname de Chine, par M. P. Chappellier, 1895, 1er semestre, p. 402.

Notes sur la culture de l'Igname de Chine, par M. le Dr Heckel, 1897, p. 19.

Flore des serres et des jardins de l'Europe, vol. IX, p. 167 ; vol. X, p. 184; vol. XI, p. 26 ; vol. XII, p. 22.