Ceiba pentandra (Rollet, Antilles)
|
[293]
Ceiba pentandra (L.) Gaertn. Fruct. sem. pl. 2 : 244 (1791).
Basionyme : Bombax pentandrum L., Sp. Pl. 1 : 511 (1753).
Synonymes : Eriodendron anfractuosum DC. var. caribaeum DC. (1824).
Noms vernaculaires : Créole : Fonmajé, Bwadjab (Ste-Lucie). Précolombien : Kumaka ; Komaka (Olugbala) ; le nom vernaculaire caraïbe veut dire bateau. Fr : Fromager (Guadeloupe, Martinique, Dominique) ; Kapokier. A : Silkcotton tree (Antigua, Montserrat, Dominique, Ste-Lucie, St Vincent) ; Silkcotton (Barbade) ; Cotton tree, Corkwood. Esp : Le nom de genre et le nom espagnol Ceiba dérivent d’une langue indienne ; Yax ché, Etat de Campêche, Mexique (d’après le R.P. LABAT).
Description : Un des plus grands arbres de l’Amérique tropicale ; jusqu’à 68 m (VEILLON, comm. pers. au Venezuela) ; le plus grand des Antilles (DUSS) ; jusqu’à 3 m de diamètre (FOURNET) et 40 m de haut : souvent supérieur
[294]
à 1 m de diamètre : un sujet atteignant presque 2 m a été observé par FIARD sur l’Ancienne Habitation Etage, 250 m, Anse Couleuvre, Martinique. Houppier : à branches presque horizontales. Très grands contreforts aliformes parfois serpentiformes ; aiguillons côniques crochus sur le tronc (et les rameaux) surtout à l’état jeune ; le tronc est quelquefois en bouteille (Anse à l’eau, Guadeloupe). Écorce : aspect externe sur jeune arbre sublisse brun clair, vert pomme en face des rayons élargis donnant un aspect vergeté ; aiguillons coniques épaissis nombreux, moins denses que chez Hura. Sur un gros diamètre (80 cm) même aspect mais aiguillons plus rares ; aspect vergeté accentué ; écorce vivante : sous le rhytidome démasclé : vert bouteille ; section tangentielle rose à carmin avec larges rayons en entonnoirs rose à orangé, aspect de jambon en tangentielle. Aubier : blanc, rayons fins en chicane. Feuilles : alternes, composées palmées, 5-7 folioles lancéolées entières (un peu dentées sur la plantule), longues de 8-15 (-20) cm ; pétiole grêle long de 5-20 cm. Fleurs : 5 pétales roses à l’intérieur, tomenteux brun clair argenté à l’extérieur ; 5 étamines. Fruits : fusiformes pendants, plus de 10 cm de long, loculicides ; nombreuses graines noires très poilues, brunes (kapok). Phénologie : décidu au moment de la floraison. Ne fleurit pas tous les ans, mais tous les 3 ou 5 ans. Floraison janvier-février (avril-mai) ; fruits mûrs en avril-mai (DUSS). Se reproduit bien par boutures. Habitat : exceptionnel en forêt dense humide ; commun en forêt mésophile jusqu’à 450 m d’altitude ; tous terrains, en zone mésophile et dans les ravines jusqu’à la mer ; toutes régions inférieures et moyennes ; exceptionnellement jusqu’à 600 m ; inféodée aux habitations en Guadeloupe (rare aux Saintes). Tempérament : héliophile, espèce opportuniste ; faible régénération naturelle comparée à la quantité de graines émise (MARSHALL) ; croissance rapide, au début. Plantule : Type I. Deux cotylédons foliacés, cordiformes, à nervation palmée sont d’abord exposés. Puis l’axe épicotylé porte des feuilles alternes composées et stipulées. Les deux premières feuilles sont à 3 folioles, les suivantes à 5. Les folioles sont dentées sauf dans le tiers basal du limbe. L’hypocotyle rouge carmin dans sa partie basale, s’éclaircit dans son quart supérieur. Les graines pourtant volumineuses sont exportées à très longues distances par le vent grâce à leurs longues fibres cotonneuses.
Usages : Bois brun clair à aubier peu distinct ; léger, d = 0,23 (LITTLE & WADSWORTH), peu durable, très sensible aux insectes et aux champignons. Construction légère, caisserie, pli interne de contreplaqué, jouets. Ornemental mais décidu ; inconvénient lors de la fructification quand il répand ses graines cotonneuses. Infusion (coliques, inflammations) ; bains (empoisonnement, fatigue) ; diurétique, fleurs émollientes (DUSS) ; racine apéritive et contre l’hydropisie. Pour les Caraïbes “Home of tree spirits” : L’arbre peut être coupé entre mars et mai quand les esprits sont absents ; la fibre Kapok n’est pas employée car les Caraïbes croient que les esprits troubleraient leur sommeil (HODGE & TAYLOR) ; MARTIN & RUBERTÉ : canots, haies vives, tables et portes taillées dans les contreforts ; jeunes feuilles et jeunes fruits comme légumes, feuilles pour le bétail ; les graines donnent une huile et un tourteau ; tambours, canots (LONGWOOD) ; mellifère ; kapok (coussins, matelas, bouées, gilets de sauvetage).
Distribution générale : Introduit et naturalisé dans l’Ancien Monde. Du Mexique au Brésil ; Grandes Antilles ; Petites Antilles.
Distribution aux Petites Antilles : Espèce plutôt rare mais présente dans presque toutes les îles des Petites Antilles (sauf Saba, Nevis et Barbuda).
Matériel examiné : SB : QUESTEL 491, Gustavia (P) ; probablement indigène mais rare, a presque disparu. BT : DUSS 981, Basse-Terre (P). MG : ROLLET 419, Rivière St Louis, 50 m (GUAD). D : NICOLSON and al. citent 3 spécimens de HODGE récoltés à Cabrits, Portsmouth et South Chiltern. M : HAHN 730, Vallée de St Pierre (P).
Observations : SM : Cul de Sac (BOLDINGH). SE : est (ou était) dans le cratère du Quill à St Eustache (STOFFERS). SK : South Range, flanc Sud, 100-400 m (FIARD & ROLLET). At : base du Boggy Peak (assez commun), jusqu’à 350 m ; Sugar Loaf, 50-250 m ; Darkwood, 0-50 m (DAVID & ROLLET). GT : Grands-Fonds, NE Gosier, 100 m (JÉRÉ- MIE). Dé : Ravine de la Rivière, 100 m (DAVID & ROLLET). MG : Ravine Oubliée, Ravine Sarde, Ravine St Louis, Folle Anse (ROLLET). SL : Petit Piton, 250 m ; Union, 50 m (ROLLET). B : Coffee Gully, Hackleton Cliff, 100 m (ROLLET). Quelques pieds aux Grenadines (Bequia, Cannouan) selon HOWARD (1952), mais toujours près d’anciennes habitations.
Bibliographie : (*Iconographie ; **Couleur). ADAMS 1972 ; ALLEN* 1956 ; Anon. 1963 ; BEARD 1944, 1949 ; BRITTON & WILSON 1924 ; CHEVALIER 1949 ; DESCOURTILZ** 1821-1830 ; DUSS 1897 ; FAWCETT & RENDLE* 1926 ; FOURNET* 1978 ; GOODING and al. 1965 ; HODGE & TAYLOR* 1957 ; HONYCHURCH* 1980 ; HOWARD 1952, 1989* ; HOYOS** 1983 ; HUGHES 1750 ; KARSTEN & SCHENK* 1910 ; LE GALLO & MONACHINO 1956 ; LIOGIER* 1982 ; LITTLE & WADSWORTH* 1964 ; LONGWOOD 1961 ; MARSHALL 1939 ; MARTIN & RUBERTÉ 1979 ; NICHOLSON 1979 ; NICOLSON and al. 1991 ; OLUGBALA (sans date) ; PENNINGTON & SARAKHAN* 1968 ; QUESTEL 1941 ; RECORD 1959 ; RECORD & HESS* 1949 ; ROBYNS 1964 ; SCHMIDT 1952 ; SCHUBERT 1979 ; Société Galeries** 1987 ; STOFFERS 1984 ; TOXOPEUS 1948 ; WHITMORE et al. 1969.
Anatomie du bois
- (3)-4-15-(25)-29-30-35-36-(38)-(43)-50-54-55-56-57-65-70 (Voir la signification des codes)
- Bois parfait blanchâtre ou beige très clair, indifférenciable de l’aubier, très tendre et très léger (0,25 à 0,40 g/cm3), à grain grossier, à maille moyenne mais bien visible.
- Pores disséminés, isolés ou accolés radialement par 2 ou 3, au nombre de 1 ou 2 par mm2, bien distincts à l’œil nu (240 à 320 μm de diamètre). Perforations des éléments vasculaires uniques ; taille des ponctuations intervasculaires de l’ordre de 12 μm.
- Parenchyme essentiellement en chaînettes alternant régulièrement avec 1, parfois 2 rangées de fibres et formant parfois une ligne plus ou moins nette en limite d’accroissement. Files de cellules étagées, composées de 4 éléments. Cristaux présents mais peu nombreux.
- Rayons 4- à 8-sériés, au nombre de 3 ou 4 par mm, de structure hétérogène : cellules couchées au centre et cellules carrées et légèrement dressées en bordure et aux extrémités. Ponctuations radiovasculaires à peine plus larges que les intervasculaires. Cristaux présents.
- Fibres à ponctuations simples.