Cazin, Florilège

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La lecture du traité de Cazin est riche d'enseignements. Tout médecin de campagne qu'il était, il est remarquablement bien documenté. Il va jusqu'à citer Dioscoride, Galien ou Arnaud de Villeneuve. Mais il ne croit personne sur parole, et tient à vérifier toutes les assertions. Son ouvrage est émaillé de remarques qui situent bien l'état de la médecine à la fin du XIXe siècle. Nous en proposons un florilège pour ceux qui n'auraient pas le temps de lire tout le traité.


  • Cette propriété est due à la présence de la gomme-gutte. Moins active que cette dernière, la chélidoine en a tous les avantages sans en avoir les inconvénients. Ce purgatif indigène est le plus efficace de tous ceux que l'on a proposés comme succédanés des évacuants exotiques. S'il nous venait de l'Amérique ou des Indes, on le trouverait dans toutes les pharmacies, et tous les médecins le prescriraient. Quand donc finira cette exoticomanie, qui rend la médecine inacessible au pauvre, et la France tributaire de l'étranger pour des ressources qu'elle possède et dont elle pourrait user à si bon marché ? (Chélidoine, 282)
  • L'humble citrouille, avec tous ses avantages, l'emportera-t-elle sur le cousso ?... Non, elle n'a pas le bonheur d'être étrangère, et le préjugé que « nul n'est prophète dans son pays » persiste encore, malgré le progrès des lumières. Si elle se présentait métamorphosée en flacons de 20 fr. élégamment étiquetés, nos citadins atteints du ver solitaire s'empresseraient de l'acheter et d'en louer les heureux effets. Les médecins de campagne, auxquels je destine plus particulièrement le résultat de mes efforts pour la propagation des remèdes indigènes, se serviront de la semence de citrouille telle qu'elle est, et leurs clients, dont le bon sens n'a pas été faussé par l'imagination, l'accepteront avec reconnaissance comme tout ce qui se rapproche de la simplicité de la nature. (Citrouille, 327-328)
  • Rien n'est venu justifier les merveilleuses propriétés attribuées à l'eupatoire par un grand nombre d'auteurs. L'exagération en matière médicale mène au discrédit. Il ne faut donc pas s'étonner de l'injuste oubli dans lequel cette plante est tombée. (Eupatoire, p. 423)
  • Quand de grands noms accréditent l'erreur, elle marche, traverse les siècles, et vient s'asseoir gravement à côté de la science. (Euphraise, 431)
  • Dans les fièvres putrides, après l'administration de quelques purgatifs salins, ou mieux de la crème de tartre, je me suis souvent contenté, pour tout traitement, de la décoction concentrée d'écorce de saule et de sommités de scordium, à laquelle je mêlais quelquefois un peu de vin ou de teinture d'angélique. Par ce traitement simple et pourtant très-efficace, le pauvre ménager n'était pas dans la triste obligation de dépenser en quelques jours, pour des drogues officinales, le fruit des pénibles travaux de la moisson. (Germandrée, 482)
  • ...mais peut-on admettre son efficacité (quand elle est sèche) dans la diarrhée et la dysenterie, contre lesquelles on l'a préconisée, sans préciser les circonstances où elle convient et celles où elle pourrait être nuisible ? Si son usage est contre-indiqué dans l'état aigu de ces affections, il ne l'est peut-être pas moins parfois dans l'état chronique. Dans ce dernier cas, en effet, il est plus difficile de juger de l'opportunité d'une médication astringente que ne le pensent ces praticiens routiniers qui, prenant leur aveugle empirisme pour de l'expérience, trouvent toujours avec facilité dans la matière médicale un remède contre chaque maladie, et dans chaque remède un spécifique. (Iris jaune, 530-531)
  • La petite bardane est tout à fait inusitée de nos jours. La turquette et la reine des prés étaient aussi complètement abandonnées ; on leur reconnaît de nouveau des propriétés qu'elles ont toujours possédées : il en sera peut-être de même de la lampourde. Cette raison suffit pour la rappeler aux praticiens qui ne dédaignent pas nos plantes indigènes, et justifier la petite place que nous avons cru devoir lui accorder. Il faut donner asile aux proscrits...
    En médecine, comme en politique, ce qu'on livre aujourd'hui au mépris sera peut-être demain loué avec exagération. (Lampourde, 563)
  • ... je puis affirmer que ce purgatif [le lin cathartique] a constamment produit le même effet que le séné. Comment se fait-il donc qu'avec la globulaire, dans certaines contrées, le lin cathartique, le liseron, le nerprun et la gratiole partout, on aille encore chercher une plante dans le Levant pour se purger en France ? (Lin purgatif, 594)
  • Les vertus contradictoires dont on a décoré le mélilot prouvent seulement que des médecins crédules ou peu attentifs lui ont attribué gratuitement des succès dus aux efforts salutaires de cette bonne et puissante nature qui, dans beaucoup de cas, guérit sans et même malgré les secours de l'art. (Mélilot, 624)
  • L'eau distillée de ces fleurs (eau de fleurs d'oranger), exerce son action sur le système nerveux comme antispasmodique et sédative. On en fait un fréquent usage dans les spasmes, les convulsions, les palpitations, les anxiétés précordiales, les coliques nerveuses, l'hystérie, et, dans cette longue série de maux de nerfs qui, dans nos grandes cités, abreuvent d'amertume la femme incomprise, accablée sous le poids du bonheur et de l'ennui, et dont la vie se consume soit à la lecture des romans du jour ou à des broderies qui n'exercent que les doigts, soit à recevoir, mollement étendue sur un divan, des visites que l'oisiveté procure, et qui ne sont plus que le pâle reflet des délices de la société. (Oranger, 708)
  • Les médecins de nos cités craindront de vulgariser la médecine par l'emploi de remèdes si simples ; ils préféreront toujours, ainsi que leurs malades, les préparations d'iode, celles d'or, de baryum, etc., élégamment arrangées dans l'officine du pharmacien. (Tussilage, 1079)
  • Arnault de Villeneuve dit qu'un gros de poudre de verge d'or, infusé du soir au matin dans un petit verre de vin blanc, et continué douze ou quinze jours brise la pierre dans la vessie !... L'oubli dans lequel est tombée cette plante s'explique par de telles exagérations. (Verge d'or, 1094)
  • Cesalpin, Fuchsius et Liébaut assurent qu'un roi de France fut guéri de sa lèpre par des fomentations préparées avec cette plante. Il ne faut pas moins se défier des panégyristes des médicaments que de ceux des héros, dit le judicieux Haller. Les éloges pompeux prodigués à des plantes inertes ou dont on a exagéré les vertus n'ont pas peu contribué à discréditer la thérapeutique végétale. Si on se fût renfermé dans les limites d'un raisonnement fondé sur la rigoureuse observation des faits, la pénurie où nous croyons être à cet égard, et qui nous porte à payer chèrement les secours de l'étranger, n'eût jamais existé que pour un petit nombre de substances. (Véronique, 1095)
  • Lorsqu'un long emploi de l'ipécacuanha est nécessaire, il devient trop coûteux pour la thérapeutique du pauvre. Si la pratique urbaine donne au médecin la facilité de puiser, à l'aide des bureaux de bienfaisance, dans l'officine du pharmacien, il n'en est pas ainsi de la pratique rurale ; ici le praticien emploie, le plus souvent, ce que la nature lui offre avec cette générosité et cette profusion émanée d'une bonté providentielle qui a voulu mettre à la portée de tout le monde ce qui est vraiment et généralement utile. (Violette, 1136)