Boussingaultie (Potager d'un curieux, 1899)
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Nom accepté : Anredera baselloides
Appareil souterrain très développé. Racines peu nombreuses, fibreuses et charnues. Tubercules abondants, agglomérés et rameux, de forme allongée, irréguliers, pourvus, sur toute leur étendue, d'une quantité de bourgeons souterrains plus ou moins allongés, qui leur
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donnent une forme irrégulière, et comme hérissés de grosses pointes. Extérieurement d'un gris terreux noir, l'intérieur est homogène, d'un tissu très blanc, abondant en mucilage épais et filant. Les tiges, rameuses et longues, atteignent jusqu'à 10 mètres d'étendue; elles sont déliées, grêles, feuillées et ne se soutiennent qu'à l'aide d'un support; couchées sur terre, elles s'enracinent facilement; les feuilles sont abondantes et charnues. La plante fleurit et ne fructifie pas, quelque bien exposée qu'elle soit.
La Boussingaultie est originaire du Mexique et du Chili.
Cette plante peut avoir quelque utilité dans les jardins d'agrément ; mais nous n'avons pas à nous en occuper à ce point de vue.
Nous avons dégusté ses feuilles, apprêtées comme les Épinards ; elles sont à peine mangeables. Les tubercules ne valent pas mieux.
D'après Mérat, leur nature visqueuse et leur saveur désagréable ne permettent pas d'en faire usage comme aliment (1).
D'après Philippar, ils ont une saveur très fade et sont tellement abondants en mucilage, même après la cuisson, qu'il est impossible d'en manger (2).
D'après Louis Tellière, lors de l'introduction du Bomsingaultia baselloides dans notre pays, on avait pensé que l'on pouvait manger ses feuilles comme celles des Épinards et ses tubercules comme les Pommes de terre; mais bientôt on reconnut que ni les unes ni les
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(1) Notice sur les tubercules proposés pour remplacer la Pomme de terre. Librairie agricole de la Maison rustique, rue Jacob, 26.
(2) Notice descriptive, culturale et économique sur deux plantes tuberculeuses. Bull. de la Soc. Agriculture, 2e série, t. IV, p. 425, 1848).
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autres ne pouvaient servir d'aliment, les feuilles étant très sûres et grasses, et les tubercules étant mous et gluants. J'ai mangé, dit-il, des feuilles et des tubercules, et j'avoue que c'est très mauvais (1). Ces témoignages prouvent suffisamment que la Boussingaultie n'a droit à aucune place dans le potager, et, par cette raison même, elle nous fournit un sujet de méditation.
Comment se fait-il que, pour remplacer la Pomme de terre, on ait proposé des plantes sans valeur aucune?
Comment a-t-on pu croire un instant que le Dahlia, l'Apios, la Boussingaultie, la Picotiane, l'Olluco, la Poire de terre Cochet, pourraient remplacer la Pomme de terre?
Parmi ces plantes, les unes se refusent à toute culture, les autres sont immangeables. Les chercheurs de plantes nouvelles sont-ils donc invinciblement enclins à toutes les illusions?
Instruits par leur exemple, nous nous promettons de ne pas céder aux mêmes entraînements que nos devanciers. Le pourrons-nous ?
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(1) Boussingaultia baselloides [Revue horticole, 1869, p. 419).