Apios tubéreuse (Potager d'un curieux, 1899)

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Anys-wortel
Potager d'un curieux, Introduction
Aponogéton à deux épis


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Nom accepté : Apios americana


APIOS TUBÉREUSE


Glycine Apios L. ; Apios tuberosa Mœnch.


Fam. des Légumineuses.



Plante vivace, herbacée, glabre; tiges de 2 mètres, grimpantes, naissant d'une racine tubéreuse. Feuilles imparipennées; en août-septembre, fleurs pourpre foncé, panachées de rose-chair, odorantes, en grappes axillaires.

Vers 1845, le monde agricole fut en proie à une véritable panique. La Pomme de terre était atteinte d'une maladie qui pouvait faire redouter sa disparition complète. On se demandait comment on pourrait se passer de la précieuse Solanée, comment on pourrait la remplacer. Des populations entières, sinon en France, du moins en divers pays, étaient menacées des horreurs de la famine. La terreur était grande, grande aussi était l'ardeur avec laquelle on expérimentait la culture des plantes proposées comme succédanées du tubercule malade.

La Pomme de terre n'a pas disparu, la maladie non plus ; mais elle ne fait éprouver au cultivateur que des pertes accidentelles. Nous pouvons donc, sans trop de tristesse, constater que les efforts méritoires qui ont été faits pour remplacer la Pomme de terre ont été absolument vains.

L'Arracacia ne peut pas être cultivé en France, La Picotiane ne produit rien ; l'Olluco, pas davantage ; enfin, l'Apios, dont nous nous occupons en ce moment, est à peine comestible et son rendement est à peu près nul.

Nous aimerions à la passer sous silence, mais son nom


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a fait quelque bruit pendant les années qui ont suivi l'invasion de la terrible maladie et nous lui devons au moins une mention.

Sous ce titre : Culture de l'Apios tuberosa comparée à celle de la Pomme de terre, G. Moretti, professeur à l'Université de Pavie, a publié une note étendue que les curieux pourront lire dans la Revue Horticole, 4e série, volume 1, 1852, page 84. Nous en donnons ici un résumé aussi succinct que possible : « Jacques Cornut, médecin parisien, fit connaître, le premier, l'Apios tuberosa, en 1635. La plante était originaire du Canada; elle se répandit promptement dans tous les jardins botaniques de l'Europe et se naturalisa en Italie, en Autriche et en Bohême.

« M. Payen communiqua, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, février 1849, page 194, l'analyse chimique des tubercules de l'Apios :

Matières azotées. 4,50 Substance grasse 0,80 Fécule amylacée, dextrine, matière sucrée analogue, acide pectique, pectine, etc. 33,55 Cellulose, compris l'épiderme. 1,30 Matières minérales, 2,25 Eau. 57,60 100,00

« A la même époque, M. A. Richard communiqua à l'Institut de France une note sur les qualités alimentaires de l'Apios et proposa même une méthode de culture que le professeur, dont nous résumons la note, considère comme impraticable.

« Dans les premiers jours de mars 1848, MM. Barbieri et Moretti avaient planté 2 kilogrammes de tuber-


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cules d'Apios; ils récoltèrent 3 kilogrammes le 8 novembre suivant.

« Un second essai, fait en plantant 1 kilogramme de tubercules, donna lk, 185. Une culture comparative d'Apios et de Pomme de terre démontra que celle-ci fournissait six fois autant de substance nutritive que celle-là.

« Une notice de Mérat sur plusieurs tubercules proposés pour remplacer la Pomme de terre [Revue horticole, vol. IV, p. 13-14) présente des conclusions absolument défavorables à l'Apios. »

Le Bon jardinier dit que, lorsqu'on mange une certaine quantité de ces tubercules, ils laissent sur le palais et l'arrière-bouche une sorte de happement singulier et désagréable, qui est dû à la présence d'un suc laiteux très analogue au caoutchouc.

On peut cultiver l'Apios par curiosité. Il produit chaque année des jets souterrains qui se renflent de distance en distance et présentent un chapelet de tubérosités d'un aspect fort original. C'est d'ailleurs une plante grimpante ornementale propre à couvrir les treillages et les tonnelles.