Tabebuia heterophylla (Rollet, Antilles)

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Spathodea campanulata
Bernard Rollet, Arbres des petites Antilles, 2006
Tabebuia serratifolia


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Planche 21 : BIGNONIACEAE. IV. Tabebuia heterophylla. A. Rameau fructifié. B. Feuille. C. Fleur. D. Plantules. E. Écorce (coupe transversale).
écorce

Tabebuia heterophylla (DC.) Britton Ann. Mo. Bot. Gard. 2 : 48 (1915).

Basionyme : Raputia heterophylla DC, Mem. Museum Paris 9 : 153, (1822).

Synonymes : Bignonia leucoxylon L. (1753) ; Bignonia pentaphylla L. (1763) ; Tabebuia pentaphylla (L.) Hemsley (1882) ssp. pentaphylla Stehlé (1945).

Noms vernaculaires : Précolombien : Bamatta. Créole : Powyé (Ste-Lucie). Fr : Poirier, Poirier-pays (Guadeloupe, Martinique) ; Poirier blanc, Poirier gris, Poirier noir, Poirier jaune, Poirier rouge (Guadeloupe, Martinique) ; Porier, Poirier (Dominique, Ste-Lucie). A : White Cedar (St Kitts, Dominique, Ste-Lucie, Antigua, St Vincent, Grenade, Grenadines) ; Cedar (Grenadines) ; Whitewood (Barbade). Esp : Roble blanco, Roble prieto (Puerto Rico).

Description : Grand arbre. Un gros sujet à 260-280 m d’altitude (Anse Couleuvre, Nord Martinique) atteint 205 cm de diamètre !! et plus de 30 m de haut. De nombreux sujets dépassent 1 m de diamètre. Espèce très variable par la couleur du bois et le nombre de folioles, ce qui a entraîné la description d’un nombre inconsidéré d’espèces, réductibles tout au plus à des variétés. Une variété monophylle semble dominer dans certaines stations ; exemples : en Guadeloupe entre Trois-Rivières et Capesterre, Haut de la Montagne et carrefour Grande Vigie - Anse Bertrand - Porte d’Enfer en Grande-Terre ; à la Désirade (bord du Plateau, Falaise Sud, à Marie-Galante à ravine Anse Coq) ; Les Saintes : Terre-de-Bas, route entre Grande Anse et Petites Anses ; près Grand Rivière vers Anse Couleuvre à la Martinique ; aussi entre Anse Bertrand et Grande Vigie, niveau carrefour Porte d’Enfer (Guadeloupe) ; entre 300 et 400 m cours supérieur Rivière des Pères près de Basse-Terre. On observe cependant côte à côte des arbres monophylles et des arbres à 3-5 folioles (Désirade, Marie-Galante). En fait il y a souvent mélange de feuilles 1-3 folioles ou 3-5 folioles (ou même 1-5 folioles sur le même arbre, HOWARD) d’où l’idée qu’il existe souvent des populations d’hybrides. Pied : pattes d’importance variable à dos rond. Tronc anfracteux cannelé souvent tortueux. Écorce : épaisseur totale 9 mm pour 50 cm de diamètre. Aspect externe : beige à brun clair, fissurée longitudinalement irrégulièrement côtelée anastomosées. Rhytidome : 3-5 mm très feuilleté en section. Écorce vivante : orange à brun clair finement feuilletée très fibreuse, avec des rayons très fins serrés donnant un fin quadrillage et de larges rayons en entonnoir, blancs. Écorce interne jaunâtre. Aubier : jaunâtre, structure étagée en tangentielle ; pores fins mais visibles ; bandes continues ondulées de parenchyme jaune sur fond brun clair. Rameaux : peuvent présenter des “balais de sorcières” dûs à un virus transmis par un insecte. Feuilles : opposées décussées composées palmées à 1-2-3-4-5 folioles elliptiques à obovales, apex arrondi, en coin à la base, quelquefois un peu crassulescentes 3-5 × 6-11 cm. Fleurs : roses (jaune à l’intérieur du tube) ; fleurs passées blanches ; en cymes terminales ou axillaires. Les jeunes plants fleurissent tôt, souvent à un ou 2 ans. Fruits : capsules linéaires 12-30 cm, déhiscentes en 2 valves. Graines plates 4 × 8 mm à 2 ailes latérales dans un plan, minces, blanches, translucides ; longueur totale : 25 mm. Plantule : Type II. Les graines ailées peuvent être portées par le vent à très longue distance du semencier. L’enveloppe de la graine libère deux cotylédons profondément bilobés très rapidement exposés. Les restes de la graine demeurent parfois solidaires de la plantule au niveau du collet. L’axe épicotylé produit des feuilles opposées simples. Elles sont sombres et leurs nervures sont claires. Le « poirier » s’établit spontanément sur des falaises, des sols nus, éventuellement des murs. Son tempérament de pionnier s’exprime bien au-delà des régions où il participe aussi à la constitution des peuplements forestiers.

Usages : Bois facile à sécher et à travailler, résistant à la pourriture ; très sensible aux termites et aux tarets ; couleurs variables : aubier blanc crème ; cœur brun clair, gris ; figuré sur quartier ; essentes, jougs, bâtis de charrettes, meubles (Marie-Galante) ; moulins à manioc, jantes de roues (DUSS) ; mortiers, bois (HODGE & TAYLOR) ; instruments aratoires ; bateaux (membrures, pont, étambot, rames : très recherché dans toute la Caraïbe, en particulier pour les bois courbes ; construction lourde, planchers, poteaux. Charronnage, menuiseries, meubles, ébénisterie, manches, tournage, articles de sport ; bois de fente, tonnellerie (STEHLÉ, 1949, Classif.) ; sculpture. C’est le bois d’œuvre par excellence des Petites Antilles. Arbre d’alignement ; ornemental par ses fleurs roses (rosées puis blanches en fin de floraison). Pas d’emploi médicinal connu, cependant feuilles en emplâtres in HODGE et al. ; d’après ces auteurs on reconnait 2 variétés de bois, le rouge et le blanc ; le premier est préféré.

Distribution générale : Hispaniola ; Puerto Rico ; Virgin Islands ; Petites Antilles ; naturalisé aux Bermudes ; planté en Floride du Sud. GOODING and al. (1965) mentionnent aussi l’espèce en Amérique centrale et au Venezuela, probablement par erreur.

Distribution aux Petites Antilles : Commun dans toutes les îles des Petites Antilles.

Matériel examiné : SB : QUESTEL 138, environs de Gustavia (P). BT : GRÉBERT 35, Houëlmont (P) ; HUC 1000, Lamentin, 10 m (GUAD) ; HUC 1366, Trois-Rivières (GUAD) ; MC KEE 10526, Vieux-Fort, 20 m (P) ; RODRIGUEZ 2989, Gommier (P) ; ROLLET 6, près Basse-Terre, 50 m (GUAD) ; ROLLET 1280, Monts Caraïbes, 270 m (GUAD) ; ROUSTEAU 76, Monts Caraïbes (GUAD) ; STEHLÉ 534ter, Capesterre (P). GT : HUC 1356, Petit Canal, 8 m (GUAD) ; ROLLET 1127, Anse Patate près St François, 2 m (GUAD). Dé : SASTRE & JÉRÉMIE 1970, Porte d’Enfer (P) ; STEHLÉ 3041, Anse Bertrand, 15 m (P) ; STEHLÉ 8225, Pointe des Châteaux (P). MG : ROLLET 826, Anse Coq, 170 m (GUAD). D : STEHLÉ 6091, Réserve Caraïbe (P). M : HAHN 253, environ St Pierre (P) ; OLDEMAN & MAURICE M34, Ste Anne 0-200 m (P) ; id. Pelée s.n. Bellevue (P) ; RODRIGUEZ 3355, Dillon (P) ; STEHLÉ 3702, Ajoupa Bouillon (P) ; STEHLÉ 5743, Macouba (P). SL : COWAN 1588, Mont


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du Cap 100 m (P) ; HUC 1356, Marigot Bay (GUAD). B : EGGERS 7214, Forster Hall (P).

Observations : Ag : dans les fourrés épineux (ROLLET). SM : Pic ; Paradis à l’îlet Tintamarre. SB : Morne Grand Fond, 100 m (ROLLET). Ba : dans les fourrés épineux du plateau NE (DAVID & ROLLET). SK : presqu’île orientale, 100 m (ROLLET & FIARD). At : Boggy Peak, 0 à 400 m, très commun ; Sugar Loaf, 50 à 300 m ; Darkwood, 0-50 m ; Wetherills Estate, 0-50 m ; Willikies, 0-50 m ; Mount Thomas, 150 m (DAVID & ROLLET). Dé : Variété monophylle sur le plateau ; chemin de la Montagne, Ravine Maître Pierre, 100-150 m ; ravine Cybèle, 50-100 m, ravine de la Rivière, 150 m ; ravine de Baie Mahault, 150 m ; pentes côte NW ; Plateau, très commun (DAVID & ROLLET). MG : Très commun, présent dans 14 des 27 stations visitées pour la carte écologique (ROLLET). SL : Dennery, Frégate Island (feuilles simples) d’après VERNA SLANE ; vu à Espérance Bay, 50 m, Union, 50 m, Dennery Waterwork Res., 300 m, Petit Piton, 720 m sommet, Cul de Sac River 400 m, Fond d’Or Bay 0-100 m, East Wind, 0 m (ROLLET). SV : King’s Hill, 150 m ; Wallibou, peuplement preque pur, 0 à 10 m. Certains pieds monophylles près de Richmond Beach ; Campden Park, en forêt sèche, Nord de Kingstown côte W, variété monophylle (ROLLET). B : Coffee Gully, assez commun ; Hackleton Cliff, 100 m ; Joe’s River (presque monophylle), Forster Hall (ROLLET). Note : dans les îles du Nord (St-Barthélemy, St-Martin, Tintamarre, Anguilla) les feuilles semblent toujours nettement plus petites, parfois unifoliolées et mucronées. (T. lepidota ?) non à (P).

Bibliographie : (*Iconographie ; **Couleur). BEARD 1944, 1949 ; BRITTON & WILSON* 1925 ; CARRINGTON** 1993 ; CTFT** 1990 ; DUSS 1897 ; FOURNET 1976** , 1978* ; GOODING and al. 1965 ; GRÉBERT 1935 ; HODGE & TAYLOR 1957 ; HOWARD 1952, 1989* ; HUGHES 1750 ; LE CORRE & EXBRAYAT 1985** ; LONGWOOD 1961 ; LITTLE & WADSWORTH* 1964 ; LITTLE and al.* 1967 ; NICHOLSON 1979 ; QUESTEL 1941 ; STEHLÉ 1941 Classif., 1946 Les Poiriers, 1947 Reliques… ; Wadsworth 1943, 1944, 1945.

Note : Il y a doute sur l’identité de l’espèce Tabebuia leucoxyla DC. (FOURNET, 1978 ; DUSS ; QUESTEL 1941), dont le bois serait jaune, et pour laquelle DUSS donne une description basée sur un mauvais échantillon : fleurs jaunes (Noms vernaculaires : Bois d’ébène) ; autrefois abondante en Martinique (encore quelques pieds au Jardin Botanique de Saint-Pierre en 1897, détruits en 1902). L’espèce citée par Wikström in Symb. Antill. (1826) pour St-Barthélemy n’a pas été retrouvée par QUESTEL (1941). BRITTON & WILSON (VI, 196) ne donnent pas de description de cette espèce. La référence à DESCOURTILZ (vol. 3 t. 204, p. 244) donnée par DUSS est peu fiable. Une espèce de Poirier jaune existe à l’état de pieds isolés chez quelques particuliers en Martinique. Selon le propriétaire d’un jardin où elle se trouve (Quartier Didier à Fort de France) elle aurait été introduite de Trinidad ; les folioles sont entièrement et nettement pubescentes. Cette espèce, non identifiée n’est pas T. serratifolia D. Don.

La variabilité de Tabebuia heterophylla ne devrait cependant pas conduire à inclure dans l’espèce traitée lato sensu, des formes qui paraissent trop éloignées. Ainsi les formes récoltées dans les îles sèches du Nord (Anguilla, St-Barthélemy, St-Martin), toujours avec un nombre réduit de folioles, le plus souvent 3, de bien plus petite taille et surtout terminées par un mucron presque épineux, mériteraient d’être traitées séparément (écotype ou espèce nouvelle à décrire). Enfin Tabebuia pallida (Lindley) Miers est une espèce très peu différente de T. heterophylla (HOWARD, 1989). (Voir tableau floristique), considérée parfois comme sous-espèce, distinguée cependant par Gentry 1974 comme espèce et HOWARD 1979 “very tenuously distinguished” (1-3 folioles, zones sèches en côte sous le vent et considérée comme endémique des Petites Antilles).

Anatomie du bois

Tabebuia pallida : coupe transversale (en haut à gauche), coupe tangentielle (en haut à droite), coupe radiale (en bas) (P. Détienne & P. Jacquet)

Tabebuia heterophylla, Tabebuia pallida :

  • 3-8-9-10-15-(20)-28-33-39-(47)-51-70 (Voir la signification des codes)
  • Bois parfait beige rosé à gris clair rosé avec de fins ramages légèrement violacés, tendre et léger (0,50-0,65 g/cm3), à grain fin.
  • Pores disséminés mais parfois en courtes lignes tangentielles ou obliques, au nombre de 12 à 20 par mm2, non distincts à l’œil nu (diamètre moyen de 75 à 95 μm). Perforations des éléments vasculaires uniques, très exceptionnellement en réseau ; taille des ponctuations intervasculaires de l’ordre de 4 ou 5 μm.
  • Parenchyme en lignes terminales et associé aux pores en manchon losangique ou courtement aliforme, parfois très anastomosé tangentiellement ou obliquement. Files de cellules étagées composées de 2 à 4 éléments.
  • Rayons 1- et 2-sériés, étagés, au nombre de 10 à 13 par mm, de structure homogène. Ponctuations radiovasculaires identiques en taille aux intervasculaires.
  • Fibres à ponctuations simples.