Rosmarinus (Rolland, Flore populaire)
[Tome VIII, 189]
Rosmarinus officinalis
- Nom accepté : Rosmarinus officinalis
- rosmarinum, alistrum rusticum, muraria, latin de Dioscoride publ. par Stadler. — aposplenos, macærinthe, campsanema, salutaris, l. du IVe s., Apulée. — libanotis, polion, l. du Ve s., Marcellus Empiric. — libanotis, polion, l. du IVe s., Marcellus Empiricus. — herba salutaris, l. du VIe s., lsidore De Séville. — ros marinus, flos marimus, jusmarino, rosinagrion, roremarinus, libanotidus, limbonotus, lentrolibano, libanotabor, kach-
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- rios, cisario, cefarius, zaber, lutus, icterites, kachrios, cacriososemen, l. du m. â., Goetz. —dendrolibanum, libantus, lothos, l. du m. â., Mowat. — ros marina, l. du m. â., Dief. — romarus, l. du m. â., à Bordeaux, texte de 1305, Du C. — rosmaris, l. du XVIe s., Max Schmidt. — corona montis, corona montana, anthos, l. du XVe s., Simon Januensis, 1486. — arbor Mariæ, facsemus (la racine ; mot arabe), Serapion, Pratica, 1525, f° 76. v°. — alpiu, l. du m. â., Synonyma, 1623.
- chacrios, l. du XVe s., Nicolaus, fet 326, r°. — Sanctæ Mariæ arbor, l. du XVIe s., Bauhin, De plantis, 1591. — thus, libanus, l. du XVIe s., Duchesne, 1544. — rosmarinum coronarium, libanetis coronaria, anc. nomencl., Bauh., 1671.
- rosmarin, m., rosemarin, m., rosemarine, f., rosamerine, f., romarin, m., romanin, m., romani, m., anc. fr. — ron-marin, m., franç., L. Duchesne, 1539. — romarégn, roumarin, ramarin, roumèrin, r'marin, roumari, româri, romanin, roumanìn, roumanino, r'môni~, roumaniéou, roumaniou, roumoniò, roumanià, roumaniyo, f., roumaniss, m., roumanisso, f., roumani, m., roum'ni, m., rumani, m., rëmani, m., en div. pat. — roumarou, m., Moustier-Ventadour (Corr.), r. p. — romanun, m., Bourg-Saint-Maurice (Savoie), r. p. — romanouin, m., Ponts de Cé (M.-et-L.), r. p. — romanilh, m., anc. fr., Abrahams, Manuscrits de la bibl. roy. de Copenhague, 1844, p. 37. — roumanué, m., Saint-Maurice-l'Exil (Isère), Devaux, p. 431. — romanik, m., Hérémence (Valais), Lavallaz. — roumagnoulo, f., Iles d'Hyères, Clerc-Rampal, Iles d'Hyères, 1896, p. 13. — romètte, f., Ruffey, près Dijon, r. p. — rëmattvày’, f., Poncin (Ain), r. p. — lormarin, m., île de Ré, c. p. M. Ed. Edmont.
- herbe aux couronnes encensier, franç., E. A. Duchesne, 1836.
- bìndougo, f., Salelles (Lozère), r. p .
- incensaire, f., franç., Duchesne, 1544.
- éncénsié, m., midi de la France, Mistr.
- alain, m., fr. du XVe s., J. Camus, Op. sal., p. 110.
- rolinbé, m., jargon de Razey près Xertigny (Vosges), r. p.
- rosamarina, rosmarino, reusmarnì, trosmarina, tresamarina, tresmarino, osmarino, osmanì, gusmarino, rosmanin, romasinu, osmanì, rômanin, ramerino, ramarino, arromaniu, landola, zippiri, dial. ital.
- romero, romanì, espagn., catal. — alecrim, portug. (de l'arabe al-iklîl).
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- feldmaedere, sundeaw, bothen, anglo-saxon. — herb frankincense, rosemarie frankincense, hart-root, anglais, Cotg., 1650. — rozemarijn, rosmarijn, néerl. — A. de C.
- buchor-Marien (= arbuste de Marie), arabe, Avicenne. — xaier-al-Merien, arabe, Sérapion L'Ancien. — al clil el gebel (= couronne de montagne), al iclîl, alcalil, alecril, alchilil, aquiquil, alchilchil, arabe. — alprum, arabe, Antonius Nebr., 1587. — libanoûthous, hhasalbân, arabe syr., Berg.
- erromerua, basque, Lac.
Voir d'autres noms gallo-romans du romarin dans Gilliéron et Edmont, Atlas ling., fasc. 34, carte 1698.
Toponomastique. — Romanil, loc. du Var, Soc. des sciences du Var, 1865, p. 83. — loc. des env. d'Arles, Revel Du Perr.
- La Roumanilhade, en 1530, Roumanille, en 1595, loc. des B.-du-Rh., Mortr.
- Romanesches, au moy. â., Romanêche aujourd'hui, local. de l'Isère, Bull. de l'acad. delph., 1896, p. 474.
- Les Roumanières, loc. des H.-Alpes, Roman.
Onomastique : Romanille, De Romanet, Romagnier (Isère), noms de famille.
Une composition pharmaceutique faite avec la fleur de romarin était appelée au moyen âge : anthos, anchios, dianthos, diantos, oleum anthos, lachryma libani, libanotis, l. du m. â.
« Des fleurs de romarin on fait l’Eau de la Reine de Hongrie, ainsi appelée parce qu'on prétend qu'un hermite en donna la recette à une reine d'Hongrie. » Pomet, 1694, p. 183. — Pour l'historique de l'Eau de la Reine de Hongrie, voyez : P. Dorveaux (dans La France médicale du 10 octobre 1908).
« On appelle neige en romarin une préparation de crème fouettée assaisonnée de sel et de romarin. » Cotgrave, 1650.
« Le romarin planté dans une vigne ou un champ les rend fertiles. » Dialogue des Créatures, 1482, 25e dialogue.
« En terro dé brousso Noun boutés ta bousso (bourse) ; En terro dé roumanis Noun boutés toun nis = les terres où vient bien le romarin sauvage sont mauvaises, il ne faut pas les choisir pour cultiver. » Gard.
« En terro dé roumaniss Noun boutés toun niss = les terres où vient
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le romarin sauvage sont mauvaises ; il ne faut pas y installer sa culture. » Gard.
« La tisano dé roumari Al sigur hous fa mouri. » Lauraguais (Haute-G.), P. Fagot.
« El a mal d'aganos garir Es bona flors de romani = pour le mal d'hydropisie la fleur de romarin est bonne. » Raynouard.
« Pour faire qu'une femme perde son lait, qu'elle mange de la confection de romarin. » De Blégny, 1688.
« Une vieille fille institua autrefois la fête de la jeunesse. Depuis ce jour les membres de cette société viennent chaque année sur sa tombe brûler un romarin orné de rubans après l'avoir arrosé de trois verres de vin. » Pierrelatte (Drôme), Annuaire de la Cour royale de Grenoble, 1841, p. 32.
« Une fille qui désire savoir auquel de ses adorateurs le ciel l'a destinée, se lève avant le jour, le 1er mai ; elle prend un seau, qu'elle nettoye avec une branche de romarin, elle s'achemine vers quelque fontaine solitaire. Rendue là, elle se met à genoux sur les bords de la fontaine, fait une prière, plante sa branche de romarin dans un buisson voisin, et remplit son seau de l'eau de la fontaine. Elle attend alors le lever du soleil. Aussitôt qu'il commence à paraître sur l'horizon, elle s'approche du seau, et trouble l'eau avec la main gauche en prononçant ces mots mystérieux : ami, rabi, roche ; elle doit répéter neuf fois la même chose et avoir fini lorsque le disque du soleil paraît en entier ; alors si elle n'a été vue de personne, ni en venant à la fontaine, ni en faisant les cérémonies, elle voit ou croit voir au fond du seau la figure de celui qu'elle doit épouser. » Bretagne, L'Écho du soir du 30 juill. 1826.
« Pour qu'une bouture de romarin reprenne racine il faut aller la planter directement dans son jardin, sans entrer nulle part auparavant. » Maine-et-L., Rev. d. tr. pop., 1903, p. 303.
« Si vous plantez un pied de romarin, celui-ci doit avoir été donné et non pas acheté. » Guernesey.
« Resveiller les potz de romarin = donner des aubades, des sérénades à une belle », anc. fr., Romania, 1905, p. 399.
« Le fiancé avecques ses conviés portent chacun une branche de romarin. » Genève, A. Cathelin, Passevent parisien, 1556, fet 40, r° — « La nouvelle mariée portait un chapeau de rosmarin en teste comme une pucelle de Marolles. » Idem., fet 4, v°.
Sur le romarin regardé comme le symbole du souvenir et employé
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dans les cérémonies de mariage et d’enterrement, voyez : Nares, Il, 749.
D'après une locution néerlandaise « Zy is nit den rosmaryn gegraeid », on dit ici et là que les petits enfants sortent du romarin (A. de C.).
Langage des fleurs. — « Le romarin coupé signifie : je vous donne congé... Le romarin non couppé = amour sans fin. » Traité curieux des couleurs, 1647, p. 82.
« Le romarin symbolise la franchise et la bonne foi. » Marie ***. — « Le romarin signifie : votre présence me ranime. » Leneveux, 1837.
« Autrefois le dimanche de la Sexagésime les jeunes gens attachaient un bouquet de romarin à la porte des jeunes filles qu'ils recherchaient en mariage. » Gard, c. p. M. P. Fesquet.
Les amants chantent pendant les nuits de mai sous la fenêtre de leur bien-aimée :
- Vous réprésenti lou roumaniou
- Qué lou matin vous lou cuillou
- Et que lou soir vous lou pourtavi
- Per vous prouvar qué vous aimavi ;
- Mai, bello, se m'amas plus iou
- Rendés mé moun gay roumaniou.
- Villeneuve-Barg., Statist. du Rhône, Ill, 258.
« Le jour de la fête d'un garçon on met extérieurement un bouquet de romarin à sa fenêtre et on en fait autant à celle de sa bien-aimée pour montrer qu'on connaît bien leur attachement réciproque. » Poncin (Ain) et Ruffey, près Dijon (Côte-d'Or), r. p.
« Donner du rosmarin à quelqu'un = lui refuser quelque chose. » Cotgrave, 1650. — « Le romarin non couppé [1] signifie : je vous donne congé. » Récréat. gal., 1671, p. 74. — Sur l'usage de donner le romarin à un amoureux, pour le congédier, voyez L'Intermédiaire, XIX, 642.
« Autrefois, dans le midi, le romarin (roumaniéou) était l'emblème du pèlerin (roumaniéou). » Rev. d. l. rom., 1896, p . 142.
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- ↑ En pot, probablement.
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[Les compléments qui suivent viennent de Additions et corrections du tome 8 (Rolland, Flore populaire)]
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p. 191, roumarin, bret., P. Grég. [E. E.].
- gribil dour, bret., Du Rusquec, Dict. franç.-bret., 1886. Cette expression manque à son diction. bret.-franç. (1895), qui n'a que gremill, saxifrage [E. E.].
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