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Plantes à tanins (Maison rustique 2, 1837)

Autres plantes tinctoriales
Maison rustique du XIXe siècle (1836-42)
Cardère

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CHAPITRE VIII. — Des plantes utiles dans divers arts.
Section Ire. — Plantes pour la tannerie.

Le tannin, ou principe astringent produit par certains végétaux, combiné à la peau des animaux, a seul la propriété d'en faire ce qu'on connaît sous le nom de cuir à soulier ; l’écorce du Chêne est la substance de laquelle on l'extrait plus généralement en France et en Amérique ; il en est traité ailleurs (Agric. forestière, T. IV, p. 113) ; mais il existe un grand nombre de végétaux indigènes ou exotiques, qui renferment des principes tannans ; nous citerons d'abord toutes les parties du Chêne, l’écorce des Bouleaux, principalement employée en Russie ; diverses parties du Marronnier d'Inde, du Saule, de l’Orme, le Redoul et autres Sumacs, dont nous parlerons tout-à-l'heure ; l’Airelle, les Rosiers de Provins et du Bengale, le Pin de barbarie, le Grenadier ; puis plusieurs plantes vivaces, commes les Polygonées, les feuilles du Phytolacca, le grand Plantin, la fausse Gaude, etc. Pour s'assurer de la richesse d'un végétal en principes tannans, il suffit de le faire bouillir, haché menu dans de l'eau, et d'ajouter une solution aqueuse de vitriol vert ou de colle-forte ; avec le vitriol la décoction noircit plus ou moins en raison du tannin qu'elle contient ; avec la colle, la décoction se trouble et il se dépose au fond du vase un précipité blanchâtre, aussi plus ou moins considérable. M. Dubuc, de Rouen, a conclu de ces observations qu'on peut facilement, et sans de grands frais, extraire de ces végétaux les principes tannans qu'ils contiennent, et que cette extraction en grand du tannin devrait donner lieu en France à une nouvelle branche d'industrie que quelques études chimiques, telles que celles possédées par les pharmaciens, devront conduire promptement à d'heureux résultats.

Le Myrte commun est un des végétaux dont l'écorce, les feuilles, les fleurs et les fruits sont le plus astringens ; il paraît même qu'ils le sont encore plus que dans le chêne ; aussi les emploie-t-on généralement au tannage des cuirs dans les pays méridionaux de l'Europe où ils croissent naturellement et presque sans culture.

Le Sumac des corroyeurs ou Redoul (Rhus coriaria, L.) Roux, Vinaigrier (fig. 48), arbuste de 8 à 10 pi. de haut, de la famille des Térébinthacées, est le végétal le plus cultivé dans le but d'extraire les principes tannifères qu'il renferme. Sa culture a été spécialement observée en Sicile, en Italie et en Espagne, et elle pourrait être tentée avec succès dans plusieurs parties de la France où elle n'est négligée que par suite de la difficulté de faire adopter par les agriculteurs de nouveaux genres de culture, lors même qu'ils pourraient leur offrir de grands avantages s'ils voulaient s'y livrer. — Ce sumac croît naturellement dans les climats chauds de l'Europe, et il peut aussi prospérer dans les régions où le froid a une certaine intensité durant l'hiver. Azucchini, directeur du Jardin expérimental de Florence, rapporte que sur la montagne où est située la ville de Giulano, il a vu plusieurs cultures de sumac ; elles ne commençaient leur végétation qu'au mois de juin, attendu que le froid, qui est considérable sur cette montagne, puisque la neige y séjourne et que l'eau et la terre y gèlent, n'avait cessé que depuis peu de temps ; les habitans lui certifièrent que le

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sumac qui croît dans ce canton est meilleur pour le tannage et plus recherché que celui qui croît dans les lieux bas et par conséquent plus chauds du même pays. Sous le climat de Paris, le redoul gèle souvent, mais ordinairement il n'y a que les tiges de frappées, et les racines donnent l'année suivante un beaucoup plus grand nombre de rejets ; on pourrait donc en essayer la culture avec espoir de succès.

Le redoul croît promptement et dans les sols les plus arides ; il repousse sans cesse de nouveaux rejetons du pied ; il peut fournir, dans un court espace de temps, du bois propre au chauffage et même à d'autres usages, quoiqu'il soit tendre. La faculté qu'il a de repousser facilement, le rend propre à soutenir les terrains escarpés et les bords des rivières et des torrens encaissés. Sa culture ne demande autre chose que le défoncement à la bêche du terrain auquel on veut confier les rejetons. On les met en terre au mois d'octobre par rangées, à la distance de deux brasses les uns des autres, à la profondeur de trois pieds ; on laboure pendant l'hiver et au commencement du printemps.

A la seconde ou troisième année, au mois d'août, on coupe à fleur de terre les plantes qui ont alors acquis toute leur croissance et dont les feuilles sont bien mûres. Lorsque les pieds ont des racines plus étendues, les rejetons sont plus nombreux, plus vigoureux et les récoltes plus abondantes ; ces récoltes ne sont exposées à presque aucune intempérie des saisons ni aux attaques des insectes, et le sumac vit et prospère dans le même terrain pendant un grand nombre d'années. Chacune des années qui suivent la 2e ou la 3e, on fait une coupe pareille.

La préparation du sumac consiste à faire sécher les tiges au soleil, à en séparer ensuite les feuilles par le battage qui se fait avec des bâtons ou des fourches. On réduit ces feuilles en poudre en les faisant passer sous une meule verticale, pareille à celle qu'on emploie dans la fabrication de l'huile ; cette substance est alors propre à être livrée au commerce pour le tannage des cuirs ; on l'emballe dans des sacs de toile pour la transporter.

La feuille du sumac est excellente pour préparer les maroquins et autres cuirs ; on s'en sert aussi pour laver les peaux qui ont trempé dans l'eau de chaux avant de les faire passer à la teinture. — Les fruits de cet arbuste, qui ont une saveur aigrelette, sont astringens et antiseptiques ; on s'en sert fréquemment en médecine ; ils étaient employés par les anciens dans l'assaisonnement des mets ; les Hongrois les mettent dans le vinaigre pour le colorer et en augmenter la force ; les Egyptiens s'en servent aussi pour colorer et assaisonner leur pilau.

Le Sumac de Virginie (Rhus typhinum, L.) très commun maintenant dans les jardins, est un arbrisseau un peu plus grand que le précédent, et qui paraît jouir des mêmes propriétés économiques et médicinales. Il est très-rustique, ne craint pas les gelées les plus fortes, s'accommode de fort mauvais terrains et donne en abondance des rejets qui servent à le multiplier avec la plus grande facilité.

Le Sumac fustet, ou simplement Fustet (Rhus cotinus, L.), nommé vulgairement bois jaune, arbre à perruques, est un charmant arbrisseau, de 6 à 8 pieds, qui se répand aussi beaucoup dans les jardins, et qui croît abondamment sur les montagnes des parties méridionales de l'Europe. Il ne redoute pas les hivers du nord de la France, se contente d'une terre sèche et légère, et se multiplie facilement de graines, ou mieux de marcottes, et par le déchirement des vieux pieds. — Ses feuilles, qu'on regarde comme un poison pour l'homme et les animaux, servent pour le tannage des cuirs, et le commerce qu'on en fait a de l'importance pour quelques cantons. On extrait de son bois une couleur qui sert à teindre en café les étoffes de laine et les maroquins. Ce bois veiné de blanc, de jaune et de vert, est aussi employé par les luthiers, les ébénistes et les tourneurs.

(C. B. de M.)