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Pêcher (Candolle, 1882)

Nom accepté : Prunus persica (L.) Batsch

Amandier
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Poiriers

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Pêcher. — Amygdalus Persica, Linné. — Persica vulgaris, Miller. — Prunus Persica, Bentham et Hooker.

Je citerai l'article 1 dans lequel j'avais naguère indiqué la pêche comme originaire de Chine, contrairement à l'opinion qui régnait alors et que des personnes, peu au courant de la science, continuent à reproduire. Je donnerai ensuite les faits découverts depuis 1855.

« Les Grecs et les Romains ont reçu le Pêcher à peu près au commencement de l'ère chrétienne. » Les noms de Persica, Malum persicum indiquaient d'où ils l'avaient tiré. Je ne reviens pas sur ces faits bien connus 2.

On cultive aujourd'hui divers Pêchers dans le nord de l'Inde 3 ; mais, chose remarquable, on ne leur connaît aucun nom sanscrit 4 : d'où l'on peut inférer une existence et une culture peu anciennes dans ces régions. Roxburgh, ordinairement si explicite pour les noms indiens modernes, ne mentionne que des noms arabes et chinois. Piddington n'indique aucun nom indien, et Royle donne seulement des noms persans.

Le Pêcher ne réussit pas ou exige de très grands soins pour réussir dans le nord-est de l'Inde 5. En Chine, au contraire, sa culture remonte à la plus haute antiquité. Il existe dans ce pays une foule d'idées superstitieuses et de légendes sur les propriétés de diverses variétés de pêches 6 ; le nombre de ces variétés est très considérable 7 ; en particulier, on y trouve la

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1. Alph. de Candolle, Géogr. bot. rais., p. 881.

2. Theophrastes, Hist., IV, c. IV ; Dioscorides, I. 1, c. CLX1V; Pline, édit. de Genève, 1. XV, c. XIII.

3. Royle, Ill. Him., p. 204.

4. Roxburgh, Fl. Ind., 2e édit., II, p. 500 ; Piddington, Index ; Royle, l. c.

5. Sir Jos. Hooker, Journ. of bot., 1830, p. 54.

6. Rose, chef du commerce français à Canton, les avait recueillies d'après des manuscrits chinois, et Noisette (Jard. fruit., 1, p. 76) a transcrit textuellement une partie de son mémoire. Ce sont des faits dans le genre de ceux-ci : Les Chinois considèrent les pêches allongées en pointe et bien rouges d'un côté comme le symbole d'une longe vie. En conséquence de cette antique persuasion, ces pêches entrent dans tous les ornements, en peinture et en sculpture, et surtout dans les présents de congratulations, etc. Selon le livre de Chin-noug-king, la pêche Yu prévient la mort ; si l'on n'a pas pu la manger à temps, elle préserve au moins le corps de la corruption jusqu'à la fin du monde. On cite toujours la pêche dans les fruits d'immortalité dont on a bercé les espérances de Tsinchi-Hoang, de Vouty, des Han et autres empereurs qui prétendaient à l'immortalité, etc.

7. Lindley, Trans. hort. soc., V, p. 121.


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forme singulière de la pêche déprimée 1, qui paraît s'éloigner plus qu'aucune autre de l'état naturel de l'espèce ; enfin, un nom simple, celui de To, est donné à la pêche ordinaire 2.

« D'après cet ensemble de faits, je suis porté à croire que le Pêcher est originaire de Chine plutôt que de l'Asie occidentale. S'il avait existé de tout temps en Perse ou en Arménie, la connaissance el la culture d'un arbre aussi agréable se seraient répandues plus tôt dans l'Asie Mineure et la Grèce. L'expédition d'Alexandre est probablement ce qui l'avait fait connaître à Théophraste (322 avant J.-C.), lequel en parle comme d'un fruit de Perse. Peut-être cette notion vague des Grecs remonte-t-elle à la retraite des Dix mille (401 avant J.-C.) ; mais Xénophon ne mentionne pas le Pêcher. Les livres hébreux n'en font aussi aucune mention. Le Pêcher n'a pas de nom en sanscrit, et cependant le peuple parlant cette langue était venu dans l'Inde du nord-ouest, c'est-à-dire de la patrie ordinairement présumée pour l'espèce. En admettant cette patrie, comment expliquer que ni les Grecs des premiers temps de la Grèce, ni les Hébreux, ni le peuple parlant sanscrit, qui ont tous rayonné de la région supérieure de l'Euphrate ou communiqué avec elle, n'auraient pas cultivé le Pêcher ? Au contraire, il est très possible que des noyaux d'un arbre fruitier cultivé de toute ancienneté en Chine aient été portés, au travers des montagnes, du centre de l'Asie en Cachemir, dans la Bouckarie et la Perse. Les Chinois avaient découvert cette route depuis un temps très reculé. L'importation aurait été faite entre l'époque de l'émigration sanscrite et les relations des Perses avec les Grecs. La culture du Pêcher, une fois établie dans ce point, aurait marché facilement, d'un côté vers l'occident, de l'autre, par le Caboul, vers le nord de l'Inde, où elle n'est pas très ancienne.

« A l'appui de l'hypothèse d'une origine chinoise, on peut ajouter que le Pêcher a été introduit de Chine en Cochinchine 3, et que les Japonais donnent à la pêche le nom chinois de Tao 4. M. Stanislas Julien a eu l'obligeance de me lire en français quelques passages de l'Encyclopédie japonaise (liv. LXXXVI, p. 7), où le Pêcher Tao est dit un arbre des contrées occidentales, chose qui doit s'entendre des parties intérieures de la Chine, relativement à la côte orientale, puisque le fragment est tiré d'un auteur chinois. Le Tao est déjà dans les livres de Confucius, au Ve siècle avant l'ère chrétienne, et même dans le Rituel, du Xe siècle avant Jésus-Christ. La qualité de plante spontanée

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1. Trans. hort. soc. Lond., IV, p. 512, tab. 19.

2. Roxburgh, l. c.

3. Loureiro, Fl. coch., p. 386.

4. Kæmpfer, Amoen., p. 798 ; Thunberg, Fl. Jap., p. 199.

Kæmpfer et Thunberg indiquent aussi le nom de Momu, mais M. de Siebold (Fl. Jap., 1, p. 29) attribue un nom assez semblable, Mume, à un Prunier, Prunus Mume, Sieb. et Z.


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n'est pas spécifiée dans l'Encyclopédie dont je viens de parler ; mais, à cet égard, les auteurs chinois sont peu attentifs.

Après quelques détails sur les noms vulgaires de la pêche dans diverses langues, je disais : « L'absence de noms sanscrits et hébreux reste le fait le plus important, duquel on peut inférer une introduction dans l'Asie occidentale venant de plus loin, c'est-à-dire de Chine. »

« Le Pêcher a été trouvé spontané dans plusieurs points de l'Asie ; mais on peut toujours se demander s'il y était d'origine primitive, ou par le fait de la dispersion des noyaux provenant de pieds cultivés. La question est d'autant plus nécessaire que ces noyaux germent facilement et que plusieurs des modifications du Pêcher sont héréditaires 1. Des pieds en apparence spontanés ont été trouvés fréquemment autour du Caucase. Pallas 2 en a vu sur les bords du Terek, où les habitants lui donnent un nom qu'il dit persan, Scheptala 3. Les fruits en sont velus, âpres (austeri), peu charnus, à peine plus gros que ceux du Noyer ; la plante petite. Pallas soupçonne que cet arbuste provient de Pêchers cultivés. Il ajoute qu'on le trouve en Crimée, au midi du Caucase et en Perse ; mais Marshall Bieberstein, C.-A. Meyer et. Hohenacker n'indiquent pas de Pêcher sauvage autour du Caucase. D'anciens voyageurs, Gmelin, Güldenstædt et Georgi, cités par Ledebour, en ont parlé. C. Koch 4 est le seul botaniste moderne qui dise avoir trouvé le Pêcher en abondance dans les provinces caucasiennes. Ledebour ajoute cependant avec prudence : Est-il spontané ? Les noyaux que Bruguière et Olivier avaient apportés d'Ispahan, qui ont été semés à Paris et ont donné une bonne pêche velue, ne venaient pas, comme le disait Bosc 5, d'un Pêcher sauvage en Perse, mais d'un arbre des jardins d'Ispahan 6. Je ne connais pas de preuves d'un Pêcher trouvé sauvage en Perse, et, si des voyageurs en indiquent, on peut toujours craindre qu'il ne s'agisse d'arbres semés. Le docteur Royle 7 dit que le Pêcher croît sauvage dans plusieurs endroits du midi de l'Himalaya, notamment près de Mussouri ; mais nous avons vu que dans ces régions la culture n'en est pas ancienne, et ni Roxburgh ni le Flora nepalensis de Don n'indiquent de Pêcher sauvage. M. Bunge 8 n'a trouvé dans le nord de la Chine que des pieds cultivés. Ce pays n'a guère été exploré, et les légendes chinoises semblent indiquer quelquefois des Pê-

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1. Noisette, Jard. fr., p. 77 ; Trans. Soc. hort. Lond., IV, p. 513.

2. Pallas, Fl. ross., p. 13.

3. Shuft-aloo (prononcez Schouft-alou), est le mot persan de la pêche lisse, d'après Royle (Ill. Him., p. 204).

4. Ledebour, Fl. ross. 1, p. 3. Voir, p. 181, l'opinion subséquente de Koch.

5. Bosc, Dict. d'agr., IX, p. 481.

6. Thouin, Ann. Mus., VIII, p. 433.

7. Royle, Ill. Him., p. 204.

8. Bunge, Enum. plant, chin., p. 23.


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chers spontanés. Ainsi, le Chou-y-ki, d'après l'auteur cité précédemment, porte : « Quiconque mange des pêches de la montagne de Kouoliou obtient une vie éternelle. » Pour le Japon, Thunberg 1 dit : « Crescit ubique vulgaris, praecipue juxta Nagasaki. In omni horto colitur ob elegantiam florum. » Il semble, d'après ce passage, que l'espèce croît hors des jardins et dans les jardins : mais peut-être il s'agit seulement, dans le premier cas, de Pêchers cultivés en plein vent.

« Je n'ai rien dit encore de la distinction à établir entre les différentes variétés ou espèces de Pêchers. C'est que la plupart sont cultivées dans tous les pays, du moins les catégories bien tranchées que l'on pourrait considérer comme des espèces botaniques. Ainsi la grande distinction des pêches velues et des pêches lisses, sur laquelle on a proposé deux espèces (Persica vulgaris, Mill, et P. lævis, D C.) se trouve au Japon 2 et en Europe, ainsi que dans la plupart des pays intermédiaires 3. On accorde moins d'importance aux distinctions fondées sur l'adhérence ou non-adhérence de la peau superficielle, sur la couleur blanche, jaune ou rouge de la chair, et sur la forme générale du fruit. Les deux grandes catégories de pêches, velues et lisses, offrent la plupart de ces modifications, et cela en Europe, dans l'Asie occidentale et probablement en Chine. Il est certain que dans ce dernier pays la forme varie plus qu'ailleurs, car on y voit, comme en Europe, des pêches allongées, et de plus des pêches dont je parlais tout à l'heure, qui sont entièrement déprimées, où le sommet du noyau n'est pas même recouvert de chair 4. La couleur y varie aussi beaucoup 5. En Europe, les variétés les plus distinctes, en particulier les pêches lisses et velues, à noyau adhérent ou non adhérent, existaient déjà il y a trois siècles, car J. Bauhin les énumère avec beaucoup de clarté 6, et avant lui Dalechamp, en 1587, indiquait aussi les principales 7. A cette époque, les pêches lisses étaient appelées Nucipersica, à cause de leur ressemblance de forme, de grosseur et de couleur avec le fruit du Noyer. C'est dans le même sens que les Italiens les appellent encore Pescanoce.

« J'ai cherché inutilement la preuve que cette pêche lisse existât chez les anciens Romains. Pline 8, qui mélange dans sa compilation des Pêchers, des Pruniers, le Laurus Persea et d'autres arbres peut-être, ne dit rien qui puisse s'entendre d'un

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1. Thunberg, Fl. Jap., p. 199.

2. Thunberg, Fl. Jap., p. 199.

3. Les relations sur la Chine, que j'ai consultées, ne parlent pas de la pêche lisse ; mais, comme elle existe au Japon, il est infiniment probable qu'elle est aussi en Chine.

4. Noisette, l. c. ; Trans. Soc. hort., IV, p. 512, tab. 19.

5. Lindley, Trans. hort. Soc., V, p. 122.

6. J. Bauhin, Hist., 1, p. 162 et 163.

7. Dalechamp, Hist., 1, p. 295.

8. Pline, 1. XV, ch. 12 et 13.


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fruit pareil. On a cru quelquefois le reconnaître dans les Tuberes dont il parle 1. C'était un arbre apporté de Syrie du temps d'Auguste. Il y avait des Tuberes blanches et des rouges. D'autres (Tuberes ? ou Mala ?) des environs de Vérone étaient velues. Le reste du chapitre paraît concerner les Mala seulement. Des vers élégants de Pétrone, cités par Dalechamp 2, prouvent clairement que les Tuberes des Romains du temps de Néron étaient un fruit glabre; mais ce pouvait être le Jujubier (Zizyphus), le Diospyros, ou quelque Crataegus, aussi bien que le Pêcher à fruit lisse. Chaque auteur, à l'époque de la Renaissance, a eu son opinion à cet égard ou s'est mis à critiquer l'assertion des autres 3. Peut-être y avait-il des Tuberes de deux ou trois espèces, comme le dit Pline, et l'une d'elles, qui se greffait sur les Pruniers 4, était-elle la pêche lisse ? Je doute qu'on puisse jamais éclaircir cette question 5.

« En admettant même que le Nucipersica eût été introduit en Europe seulement au moyen âge, on ne peut se refuser à constater le mélange dans les cultures européennes depuis plusieurs siècles, et au Japon depuis un temps inconnu, de toutes les qualités principales de pêches. Il semble que ces qualités diverses se soient produites partout au moyen d'une espèce primitive, qui aurait été la pêche velue. S'il y avait eu d'origine deux espèces, ou elles auraient été dans des pays différents, et leur culture se serait établie séparément, ou elles auraient été dans le même pays, et dans ce cas il est probable que les anciens transports auraient introduit ici une des espèces, ailleurs l'autre. »

J'insistais, en 1855, sur d'autres considérations pour appuyer l'idée que la pêche lisse ou Brugnon (Nectarine des Anglais) est issue du Pêcher ordinaire ; mais Darwin a cité un si grand nombre de cas dans lesquels une branche de Nectarine est sortie tout à coup d'un Pêcher à fruit velu, qu'il est inutile d'en parler davantage. J'ajouterai seulement que le Brugnon a toutes les apparences d'un arbre factice. Non seulement on ne l'a pas trouvé sauvage, mais il ne se naturalise pas hors des jardins, et chaque pied dure moins que les Pêchers ordinaires. C'est une forme affaiblie.

« La facilité, disais-je, avec laquelle nos Pêchers se sont multipliés de semis en Amérique et ont donné, sans le secours de la greffe, des fruits charnus, quelquefois très beaux, me fait croire que l'espèce est dans un état naturel, peu altéré par une

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1. Pline, De div. gen. malorum, 1. 2, c. 14.

2. Dalechamp, Hist., 1, p. 358.

3. Dalechamp, l. c. ; Matthioli, p. 122 ; Cæsalpinus, p. 107 ; J. Bauhin. p. 163, etc.

4. Pline, 1. 17, c. 10.

5. Je n'ai pas pu découvrir un nom italien de fruit glabre ou autre qui dérive de tuber ou tuberes. C'est une chose singulière, car, en général, les anciens noms de fruits se sont conservés sous quelque forme.


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longue culture ou par des fécondations hybrides. En Virginie et dans les Etats voisins, on a des pêches provenant d'arbres semés, non greffés, et leur abondance est si grande qu'on est obligé d'en faire de l'eau-de-vie 1. Sur quelques pieds, les fruits sont magnifiques 2. A Juan-Fernandez, dit Bertero 3, le Pécher est si abondant, qu'on ne peut se faire une idée de la quantité de fruits qu'on en récolte ; ils sont en général très bons, malgré l'état sauvage dans lequel ils sont retombés. D'après ces exemples, il ne serait pas surprenant que les Pêchers sauvages, à fruits médiocres, trouvés dans l'Asie occidentale, fussent tout simplement des pieds naturalisés sous un climat peu favorable, et que l'espèce fût originaire de Chine, où la culture paraît la plus ancienne. »

Le Dr Bretschneider 4, entouré à Peking de toutes les ressources de la littérature chinoise, après avoir lu ce qui précède, s'est contenté de dire : « Tao est le Pêcher. De Candolle pense que la Chine est le pays natal de la Pêche. Il peut avoir raison (He may be right). »

L'ancienneté d'existence et la spontanéité de l'espèce dans l'Asie occidentale sont devenues plus douteuses qu'en 1855. Les botanistes anglo-indiens parlent du Pêcher comme d'un arbre uniquement cultivé 5, ou cultivé et se naturalisant dans le nord-ouest de l'Inde, avec une apparence spontanée 6. M. Boissier 7 cite des échantillons recueillis dans le Ghilan et au midi du Caucase, mais il n'affirme rien quant à la qualité spontanée, et Karl Koch 8, après avoir parcouru cette région, dit en parlant du Pêcher : « Patrie inconnue, peut-être la Perse. » M. Boissier a vu des pieds qui se sont établis dans les gorges du mont Hymette, près d'Athènes.

Le Pêcher se répand avec facilité dans les pays où on le cultive, de sorte qu'on a de la peine à savoir si tel individu est d'origine naturelle, antérieure à la culture, ou s'il est naturalisé ; mais c'est en Chine qu'on a certainement commencé à le planter ; c'est là qu'on en a parlé deux mille ans avant l'introduction dans le monde gréco-romain, un millier d'années peut-être avant l'introduction dans les pays de langue sanscrite.

Le groupe des Pêchers (genre ou sous-genre) se compose maintenant de cinq formes, que Decaisne 9 considérait comme des espèces, mais que d'autres botanistes appelleront volontiers

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1. Braddick, Trans. hort. Soc. Lond., 2, p. 205.

2. Ibid., pl. 13.

3. Bertero, dans Ann. sc. nat., XXI, p. 350.

4. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical work., , p. 10.

5. Sir J. Hooker, Fl. of brit. India, 2, p. 313.

6. Brandis, Forest flora, etc., p. 191.

7. Boissier, Flora orientalis, 2, p. 640.

8. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 83.

9. Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, Pêchers, p. 42.


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des variétés. L'une est le Pêcher ordinaire, la seconde est le Pêcher à fruit lisse, que nous savons être issu du premier ; la troisième est le Pêcher à fruit déprimé (P. platycarpa, Decaisne). cultivé en Chine, et les deux dernières sont indigènes en Chine (P. Simonii, Decaisne, et P. Davidii, Carrière) ; c'est donc un groupe essentiellement de Chine.

Il est difficile, d'après cet ensemble de faits, de ne pas admettre pour le Pêcher ordinaire l'origine chinoise que j'avais supposée jadis d'après des documents moins nombreux. L'arrivée en Italie au commencement de l'ère chrétienne est confirmée aujourd'hui par l'absence de noyaux de pêches dans les terramare, ou habitations lacustres de Parme et de Lombardie, et par la présence du Pêcher dans les peintures des maisons riches de Pompeia 1.

Il me reste à parler d'une opinion émise autrefois par A. Knight et soutenue par plusieurs horticulteurs, que le Pêcher serait une modification de l'Amandier. Darwin 2 a réuni les documents à l'appui de cette idée, sans oublier d'en citer un qui lui a paru contraire. Cela se résume en : 1° une fécondation croisée, qui a donné à Knight des résultats assez douteux ; 2° des formes intermédiaires, quant à l'abondance de la chair et au noyau, obtenues de semis de pêches ou, par hasard, dans les cultures, formes dont la pêche-amande est un exemple connu depuis longtemps. Decaisne 3 signalait des différences entre l'Amandier et le Pêcher dans la taille et dans la longueur des feuilles, indépendamment des noyaux. Il traite l'idée de Knight de « singulière hypothèse ».

La géographie botanique est contre cette hypothèse, car l'Amandier est un arbre originaire de l'Asie occidentale, qui n'existait pas autrefois dans le centre du continent asiatique et dont l'introduction en Chine, comme arbre cultivé, ne remonte pas au delà de l'ère chrétienne. Les Chinois, de leur côté, possédaient, depuis des milliers d'années, différentes formes du Pêcher ordinaire et en outre les deux formes spontanées dont j'ai parlé. L'Amandier et le Pêcher étant partis de deux régions très éloignées l'une de l'autre, on ne peut guère les considérer comme une même espèce. L'un était cantonné en Chine, l'autre en Syrie et Anatolie. Le Pêcher, après avoir été transporté de Chine dans l'Asie centrale et, un peu avant l'ère chrétienne, dans l'Asie occidentale, ne peut pas avoir produit alors l'Amandier, puisque ce dernier arbre existait déjà dans le pays des Hébreux. Et, si l'Amandier de l'Asie occidentale avait produit le pêcher, comment celui-ci se serait-il trouvé en Chine à une époque très reculée, tandis qu'il manquait au monde gréco-romain ?

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1. Comes, Illustr. piante nei dipinti Pompeiani, p. 14.

2. Darwin, On variations, etc., 1, p. 338.

3. Decaisne, l. c., p. 2.