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Olivier (Candolle, 1882)

Nom accepté: Olea europaea L.

Groseillier noir, Cassis
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Caïnitier

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Olivier. — Olea europæa, Linné.

L'Olivier sauvage, désigné dans les livres de botanique comme variété sylvestris ou Oleaster, se distingue de l'arbre cultivé par un fruit plus petit, dont la chair est moins épaisse. On obtient


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de meilleurs fruits par le choix des graines, les boutures ou les greffes de bonnes variétés.

L' Oleaster existe aujourd'hui dans une vaste région à l'est et à l'ouest de la Syrie, depuis le Punjab et le Belouchistan 1, jusqu'en Portugal et même à Madère, aux îles Canaries et au Maroc 2 ; et, dans la direction du midi au nord, depuis l'Atlas jusqu'au midi de la France, l'ancienne Macédoine, la Crimée et le Caucase 3. Si l'on compare ce que disent les voyageurs et les auteurs de flores, il est aisé de voir que sur les frontières de cette habitation on a souvent des doutes à l'égard de la qualité spontanée et indigène, c'est-à-dire très ancienne, de l'espèce. Tantôt, elle se présente à l'état de buissons, qui fructifient peu ou point, et tantôt, par exemple en Crimée, les pieds sont rares, comme s'ils avaient échappé, par exception, aux effets destructeurs d'hivers trop rigoureux qui ne permettent pas un établissement définitif. En ce qui concerne l'Algérie et le midi de la France, les doutes se sont manifestés dans une discussion, entre des hommes très compétents, au sein de la Société botanique 4. Ils reposent sur le fait incontestable que les oiseaux transportent fréquemment les noyaux d'olives dans les endroits non cultivés et stériles, où la forme sauvage de l' Oleaster se produit et se naturalise.

La question n'est pas bien posée lorsqu'on se demande si les Oliviers de telle ou telle localité sont vraiment spontanés. Dans une espèce ligneuse qui vit aussi longtemps et qui repousse du pied quand un accident l'a atteinte, il est impossible de savoir l'origine des individus qu'on observe. Ils peuvent avoir été semés par l'homme ou les oiseaux à une époque très ancienne, car on connaît des Oliviers de plus de mille ans. L'effet de ces semis est une naturalisation, qui revient à dire une extension de l'habitation. Le point à examiner est donc de savoir quelle a été la patrie de l'espèce dans les temps préhistoriques très anciens, et comment cette patrie est devenue de plus en plus grande à la suite des transports de toute nature. Ce n'est pas la vue des Oliviers actuels qui peut résoudre cette question. Il faut chercher dans quels pays a commencé la culture et comment elle s'est propagée. Plus elle a été ancienne dans une région, plus il est probable que l'espèce s'y trouvait à l'état sauvage depuis les événements géologiques antérieurs aux faits de l'homme préhistorique.

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1. Aitchison, Catalogue, p. 80.

2. Lowe, Manual flora of Madeira, 2, p. 20 ; Webb et Berthelot, Hist. nat. des Canaries, Géogr. bot., p. 48 ; Ball, Spicilegium floræ maroccanæ, p. 565.

3. Cosson, Bull. Soc. bot. France, 4, p. 107, et 7, p. 31 : Grisebach, Spicilegium floræ rumelicæ, 2, p. 71 ; Steven, Verzeichniss d. taurischen Halbinseln, p. 248 ; Ledebour, Fl. ross., p. 38.

4. Bulletin, 4, p. 107.


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Les plus anciens livres hébreux parlent de l'Olivier, Sait ou Zeit, sauvage et cultivé 1. C'était un des arbres promis de la terre de Canaan. La plus ancienne mention est dans la Genèse, où il est dit que la colombe lâchée par Noé rapporta une feuille d'Olivier. Si l'on veut tenir compte de cette tradition accompagnée de détails miraculeux, il faut ajouter que, d'après les découvertes de l'érudition moderne, le mont Ararat de la Bible devait être à l'orient du mont Ararat actuel d'Arménie, qui s'appelait anciennement Masis. En étudiant le texte de la Genèse, François Lenormand 2 reporte la montagne en question jusqu'à l'Hindoukousch, et même aux sources de l'Indus. Mais alors il la suppose près du pays des Aryas, et cependant l'Olivier n'a pas de nom sanscrit, pas même du sanscrit dont les langues indiennes sont dérivées 3. Si l'Olivier avait existé dans le Punjab, comme maintenant, les Aryo-Indiens, dans leurs migrations vers le midi, l'auraient probablement nommé, et s'il avait existé dans le Mazandéran, au midi de la mer Caspienne, comme aujourd'hui, les Aryens occidentaux l'auraient peut-être connu. A ces indices négatifs, on peut objecter seulement que l'Olivier sauvage n'attire pas beaucoup l'attention et que l'idée d'en extraire de l'huile est peut-être venue tardivement dans cette partie de l'Asie.

D'après Hérodote 4, la Babylonie ne produisait pas d'Oliviers et ses habitants se servaient d'huile de Sésame. Il est certain qu'un pareil pays, souvent inondé, n'était pas du tout favorable à l'Olivier. Le froid l'exclut des plateaux supérieurs et des montagnes du nord de la Perse.

J'ignore s'il existe un nom zend, mais le nom sémitique Sait doit remonter à une grande ancienneté, car il se retrouve à la fois en persan moderne, Seitun 5, et en arabe, Zeitun, Sjetun 6 ; il est même dans le turc et chez les Tartares de Crimée, Seitun 7, ce qui pourrait faire présumer une origine touranienne ou de l'époque très reculée du mélange des peuples sémitiques et touraniens.

Les anciens Egyptiens cultivaient l'Olivier, qu'ils appelaient Tat 8. Plusieurs botanistes ont constaté la présence de rameaux ou de feuilles d'Olivier dans les cercueils de momies 9. Rien

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1. Rosenmüller, Handbuch der biblischen Alterthumskunde, vol. 4, p. 258, et Hamilton, Botanique de la Bible, p. 80, où les passages sont indiqués.

2. Fr. Lenormand, Manuel de l'histoire ancienne de l'Orient, 1869, vol. 1, p. 31.

3. Fick, Wörterbuch. — Piddington, Index, ne mentionne qu'un nom hindoustani, Julpai.

4. Hérodote, Hist., I. 1, c. 193.

5. Boissier, Flora or., 4, p. 36.

6. Ebn Baïthar, trad. allem., p. 569 ; Forskal, Plant. Egypt., p. 49.

7. Boissier, l. c. ; Steven, l. c.

8. Unger, Die Pflanzen d. alten Ægyptens, p. 45.

9. De Candolle, Physiol. végét., p. 696 ; Al. Braun, l. c., p. 12 ; Pleyte, cité par Braun et par Ascherson, Sitzber. Naturfor. Ges., 15 mai 1877.


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n'est plus certain, quoique M. Hehn ait dit récemment le contraire, sans alléguer aucune preuve à l'appui de son opinion 1. Il serait intéressant de savoir sous quelle dynastie avaient été déposés les cercueils les plus anciens dans lesquels on a trouvé des rameaux d'Olivier. Le nom égyptien, tout différent du nom sémite, indique une existence plus ancienne que les premières dynasties. Je citerai tout à l'heure un fait à l'appui de cette grande antiquité.

Selon Théophraste 2, il y avait beaucoup d'Oliviers et l'on récoltait beaucoup d'huile dans la Cyrénaïque, mais il ne dit pas que l'espèce y fût sauvage, et la circonstance qu'on récoltait beaucoup d'huile fait présumer une variété cultivée. La contrée basse et très chaude entre l'Egypte à l'Atlas n'est guère favorable à une naturalisation de l'Olivier hors des plantations. M. Kralik, botaniste très exact, dans son voyage à Tunis et en Egypte, ne l'a vu nulle part à l'état sauvage 3, bien qu'on le cultive dans les oasis. En Egypte, il est seulement cultivé, d'après MM. Schweinfurth et Ascherson, dans leur résumé de la flore de la région du Nil 4.

La patrie préhistorique s'étendait probablement de la Syrie vers la Grèce, car l'Olivier sauvage est très commun sur la côte méridionale de l'Asie Mineure. Il y forme de véritables forêts 5. C'est sans doute là et dans l'Archipel que les Grecs ont pris de bonne heure connaissance de cet arbre. S'ils ne l'avaient pas vu chez eux, s'il l'avaient reçu des peuples sémites, ils ne lui auraient pas donné un nom spécial, Elaia, dont les Latins ont fait Olea. L'Iliade et l'Odyssée mentionnent la dureté du bois d'Olivier et l'usage de s'oindre le corps avec son huile. Celle-ci était d'un emploi habituel pour la nourriture et l'éclairage. La mythologie attribuait à Minerve la plantation de l'Olivier dans l'Attique, ce qui signifie probablement l'introduction de variétés cultivées et de procédés convenables pour l'extraction de l'huile. Aristée avait introduit ou perfectionné la manière de presser le fruit.

Ce même personnage mythologique, du nord de la Grèce, avait porté, disait-on, l'Olivier en Sicile et en Sardaigne. Les Phéniciens, à ce qu'il semble, ont pu s'en acquitter comme lui et de très bonne heure, mais, à l'appui de l'introduction de l'espèce ou d'une variété perfectionnée par les Grecs, je dirai que dans les îles de la Méditerranée le nom sémite Zeit n'a laissé aucune trace. C'est le nom gréco-latin qui existe comme en Italie 6, tandis que sur la côte voisine d'Afrique et en Espagne ce sont

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1. Hehn, Kulturpflanzen, éd. 3, p. 88, ligne 9.

2. Theophrastes, Hist. plant., 1. 4, c. 3, à la fin.

3. Kralik, dans Bull. Soc. bot. Fr., 4, p. 108.

4. Schweinfurth et Ascherson, Beiträge zar flora Æthiopiens, p. 281.

5. Balansa, Bull. Soc. bot. de France, 4, p. 107.

6. Moris, Flora sardoa, 3, p. 9 ; Bertoloni, Flora ital., 1, p. 46.


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des noms égyptien ou arabe, comme je l'expliquerai dans un instant.

Les Romains ont connu l'Olivier plus tard que les Grecs. D'après Pline 1, ce serait seulement à l'époque de Tarquin l'Ancien, en 627 avant J.-C, mais probablement l'espèce existait déjà dans la Grande Grèce, comme en Grèce et en Sicile. D'ailleurs Pline voulait parler peut-être de l'Olivier cultivé.

Un fait assez singulier, qui n'a pas été remarqué et discuté par les philologues, est que le nom berbère de l'Olivier et de l'olive a pour racine Taz ou Tas, analogue au Tat des anciens Egyptiens. Les Kabaïles de la division d'Alger, d'après le Dictionnaire français-berbère, publié par le gouvernement français, appellent l'Olivier sauvage Tazebboujt, Tesettha Ou‘ Zebbouj et l'Olivier greffé Tazemmourt, Tasettha Ou‘ zemmour. Les Touaregs, autre peuple berbère, disent Tamahinet 2. Ce sont bien des indices d'ancienneté de l'Olivier en Afrique. Les Arabes ayant conquis cette contrée et refoulé les Berbères dans les montagnes et le désert, ayant également soumis l'Espagne à l'exception du pays basque, les noms dérivés du sémitique Zeit ont prévalu même dans l'espagnol. Les Arabes d'Alger disent Zenboudje pour l'Olivier sauvage, Zitoun pour l'olivier cultivé 3, Zit pour l'huile d'olive. Les Andalous appellent l'olivier sauvage Azebuche et le cultivé Aceytuno 4. Dans d'autres provinces, on emploie concuremment le nom d'origine latine, Olivio, avec les noms arabes 5. L'huile se dit en espagnol aceyte, qui est presque le nom hébreu ; mais les huiles saintes s'appellent oleos santos, parce qu'elles se rattachent à Rome. Les Basques se servent du nom latin de l'Olivier.

D'anciens voyageurs aux îles Canaries, par exemple Bontier, en 1403, mentionnent l'Olivier dans cet archipel, où les botanistes modernes le regardent comme indigène 6. Il peut avoir été introduit par les Phéniciens, s'il n'existait pas antérieurement. On ignore si les Guanches avaient des mots pour olivier et huile. Webb et Berthelot n'en indiquent pas dans leur savant chapitre sur la langue des aborigènes 7. On peut donc se livrer à différentes conjectures. Il me semble que l'huile aurait joué un rôle important chez les Guanches s'ils avaient possédé l'Olivier, et qu'il en serait resté quelque trace dans la langue actuelle populaire. A ce point de vue, la naturalisation aux Canaries n'est peut-être pas aussi ancienne que les voyages des Phéniciens.

Aucune feuille d'Olivier n'a été trouvée jusqu'à présent dans

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1. Pline, Hist., 1. 15, c. 1.

2. Duveyrier, Les Touaregs du nord (1864), p. 179.

3. Munby, Flore de l'Algérie, p. 2 ; Debeaux, Catal. Boghar, p. 68.

4. Boissier, Voyage bot. en Espagne, éd. 1, 2, p. 407.

5. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hispan., 2, p. 672.

6. Webb et Berthelot, Hist. nat. des Canaries. Géog. bot., p. 47 et 48.

7. Webb et Berthelot, Ibid., Ethnographie, p. 188.


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les tufs de la France méridionale, de la Toscane et de la Sicile, où l'on a constaté le laurier, le myrte et autres arbustes actuellement vivants. C'est un indice, jusqu'à preuve contraire, de naturalisation subséquente.

L'Olivier s'accommode bien des climats secs, analogues à celui de la Syrie ou de l'Algérie. Il peut réussir au Cap, dans plusieurs régions de l'Amérique, en Australie, et sans doute il y deviendra spontané quand on le plantera plus souvent. La lenteur de sa croissance, la nécessité de le greffer ou de choisir des rejetons d'une bonne variété, surtout la concurrence d'autres espèces oléifères ont retardé jusqu'à présent son expansion, mais un arbre qui donne des produits sur les sols les plus ingrats ne peut pas être négligé indéfiniment. Même dans notre vieux monde, où il existe depuis tant de milliers d'années, on doublera sa production quand on voudra prendre la peine de greffer les pieds sauvages, à l'imitation des Français en Algérie.