Manguier (Candolle, 1882)
Nom accepté : Mangifera indica L.
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Manguier. — Mangifera indica, Linné.
De la même famille que le Pommier d'Acajou, cet arbre donne cependant un véritable fruit, de la forme et de la couleur à peu près de l'abricot 6. On ne peut douter qu'il ne soit originaire de l'Asie méridionale ou de l'archipel indien quand on voit la multitude des variétés cultivées dans ces pays, la quantité des noms vulgaires anciens, en particulier un nom sanscrit 7, et l'abondance dans les jardins du Bengale, de la péninsule indienne et de Ceylan, même à l'époque de Rheede. Du côté de la Chine la culture en était moins répandue, car Loureiro la mentionne seulement en Cochinchine. D'après Rumphius 8, elle avait été introduite, de
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1. Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 177, 178.
2. Beddone, Flora sylvatica, t. 163; Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 20.
3. Loureiro, Fl. cochinch., p. 304.
4. Brown, Congo, p. 12 et 49.
5. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 443.
6. Voir la planche 4510 du Botanical magazine.
7. Roxburgh, Flora indica, ed. 2, vol. 2, p.. 435 ; Piddington, Index.
8. Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 95.
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mémoire d'homme, dans certaines îles de l'archipel asiatique. Forster ne la mentionne pas dans son opuscule sur les fruits des îles de la mer Pacifique, lors de l'expédition de Cook. Le nom vulgaire aux Philippines, Manga 1, montre une origine étrangère, car c'est le nom malais et espagnol. Le nom vulgaire à Ceylan est Ambe, analogue au sanscrit Amra et d'où viennent les noms persan et arabe Amb 2, les noms modernes indiens, et peut-être les noms malais Mangka, Manga, Manpelaan, indiqués par Rumphius. Il y a cependant d'autres noms usités dans les îles de la Sonde, des Moluques et en Cochinchine. La variété de ces noms fait présumer une introduction ancienne dans l'archipel Indien, contrairement à l'opinion de Rumphius.
Les Mangifera que cet auteur avait vus sauvages dans l'île de Java et le Mangifera sylvatica que Roxburgh avait découvert à Sillet sont d'autres espèces ; mais le véritable Manguier est indiqué par les auteurs modernes comme spontané dans les forêts de Ceylan, les districts au pied de l'Himalaya, surtout vers l'est, dans l'Arracan, le Pégu et les îles Andaman 3. Miquel ne l'indique comme sauvage dans aucune des îles de l'archipel malais. Malgré l'habitation à Ceylan et les indications moins affirmatives, il est vrai, de sir J. Hooker, dans la Flore de l'Inde anglaise, l'espèce est probablement rare ou seulement naturalisée dans la péninsule indienne. La grosseur des graines est telle que les oiseaux ne peuvent pas les transporter, mais la fréquence de la culture amène une dispersion par l'homme. Si le Manguier est seulement naturalisé dans l'ouest de l'Inde anglaise, ce doit être depuis longtemps, vu l'existence d'un nom sanscrit. D'un autre côté les peuples de l'Asie occidentale doivent l'avoir connu assez tard, puisqu'ils n'ont pas transporté l'espèce en Egypte ou ailleurs vers l'ouest.
Aujourd'hui, on la cultive dans l'Afrique intertropicale et même aux îles Maurice et Seychelles, où elle s'est un peu naturalisée dans les forêts 4.
L'introduction en Amérique a eu lieu d'abord au Brésil, car c'est de là qu'on fit venir des graines à la Barbade dans le milieu du siècle dernier 5. Un vaisseau français transportait des pieds de cet arbre de Bourbon à Saint-Domingue, en 1782, lorsqu'il fut pris par les Anglais, qui les portèrent à la Jamaïque, où il réussit à merveille. Quand les plantations de café furent abandonnées, lors de l'émancipation des esclaves, le Manguier, dont
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1. Blanco, Fl. filip., p. 181.
2. Rumphius, l. c. ; Forskal, p. cvii.
3. Thwaites, Enum. plant. Ceyl., p. 75 ; Stuart et Brandis, Forest flora, p. 126 ; Hooker, Flora of brit. India, 2 p. 13 ; Kurz, Forest flora of brit. Burma, 1, p. 304.
4. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 442 ; Baker, Flora of Mauritius and Seychelles, p. 63.
5. Hughes, Barbadoes, p. 177.
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les nègres jetaient partout des noyaux, forma dans cette île des forêts, qui sont devenues une richesse à cause de leur ombrage et comme moyen de nourriture 1. Il n'était pas encore cultivé à Cayenne dans le temps d'Aublet, à la fin du XVIIIe siècle, mais actuellement il y a des mangues de première qualité dans cette colonie. Elle sont greffées et l'on observe que leurs semis donnent des fruits meilleurs que ceux tirés des pieds francs 2.
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1. Mac-Fadyen, Flora of Jamaïca, p. 221 ; sir J. Hooker, Discours à l'Institution royale, traduit dans Ann. sc. nat., série 6, vol. 6, p. 320.
2. Sagot, Journal de la Soc. centr. d'agric. de France, 1872.