Jujubier commun (Candolle, 1882)
Nom accepté : Ziziphus jujuba Miller
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Jujubier commun. — Zizyphus vulgaris, Lamarck.
D'après Pline 4, le Jujubier aurait été apporté de Syrie à Rome, par le consul Sextus Papinius, vers la fin du règne d'Auguste. Les botanistes remarquent cependant que l'espèce est commune dans les endroits rocailleux d'Italie 5 et que d'ailleurs — chose singulière — on l'a pas encore trouvée sauvage en Syrie, bien qu'elle y soit cultivée, de même que dans toute la région qui s'étend de la mer Méditerranée à la Chine et au Japon 6.
La recherche de l'origine du Jujubier, comme arbre spontané, vient à l'appui du dire de Pline, malgré les objections que je viens de mentionner. D'après les collecteurs de plantes et les
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4. Pline, Hist., 1. l5, c. 14.
8. Bertoloni, Fl. ital., 2, p. 665 ; Gussone, Synopsis Fl. siculæ, 2 p. 276.
6. Willkomm et Lange, Prodr. Fl. hispanicæ, 3 p. 480 ; Desfontaines, Fl. Atlant., 1, p. 200 ; Boissier, Fl. orient., 2, p. 12 ; J. Hooker, Fl. of brit. India, 1, p. 633 ; Bunge, Enum. plant, chin., p. 14 ; Franchet et Savatier, Enum. plant. Japon., 1, p. 81.
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auteurs de flores l'espèce paraît plus spontanée et anciennement cultivée à l'est qu'à l'ouest de sa grande habitation actuelle. Ainsi, pour le nord de la Chine, M. de Bunge dit qu'elle est « très commune et très incommode (à cause de ses épines) dans les endroits montueux. » Il a vu la variété sans épines dans les jardins. Le Dr Bretschneider 1 mentionne les jujubes comme un des fruits les plus recherchés par les Chinois, qui appellent l'espèce du nom simple de Tsao. Il indique aussi les deux formes, épineuse et non épineuse ; la première sauvage 2. L'espèce manque au midi de la Chine et dans l'Inde proprement dite, à cause de la chaleur et de l'humidité du climat. On la retrouve sauvage dans le Punjab au nord-ouest de l'Inde anglaise, puis en Perse et en Arménie.
Brandis 3 énumère sept noms différents du Jujubier commun (ou de ses variétés ?) dans les langues modernes de l'Inde, mais on ne connaît aucun nom sanscrit. D'après cela, l'espèce a peut-être été introduite de Chine dans l'Inde, à une époque pas très éloignée, et des cultures elle serait devenue sauvage dans les provinces très sèches de l'ouest. Le nom persan est Anob, chez les Arabes Unab. On ne connaît pas de nom hébreu, nouvel indice que l'espèce n'est pas très ancienne dans l'Asie occidentale.
Les anciens Grecs n'ont pas parlé du Jujubier commun, mais seulement d'une autre espèce, Zizyphus Lotus. C'est du moins l'opinion du commentateur et botaniste moderne Lenz 4. Il faut convenir que le nom grec moderne, Pritzuphuia, n'a aucun rapport avec les noms attribués jadis dans Théophraste ou Dioscoride à quelque Zizyphus, mais approche du nom latin Zizyphus (le fruit Zizyphum) de Pline, qui n'est pas dans les auteurs plus anciens et semble d'une nature orientale plus que latine. M. de Heldreich 5 n'admet pas que le Jujubier soit spontané en Grèce, et d'autres le disent « naturalisé, subspontané, » ce qui confirme l'hypothèse d'une existence peu ancienne. Les mêmes motifs s'appliquent à l'Italie. L'espèce peut donc s'y être naturalisée depuis l'introduction dans les jardins dont Pline a parlé.
En Algérie, le Jujubier est seulement cultivé ou « subspontané 6 ». De même en Espagne. Il n'est pas mentionné dans le Maroc, ni aux îles Canaries, ce qui fait supposer une existence peu ancienne dans la région de la mer Méditerranée.
Il me paraît donc probable que l'espèce est originaire du nord de la Chine ; qu'elle a été introduite et s'est naturalisée dans l'Asie occidentale après l'époque de la langue sanscrite, il y a peut-être 2500 ou 3000 ans ; que les Grecs et les Romains
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1. Bretschneider, On the study, etc., p. 11.
2. Le Zizyphus chinensis de plusieurs auteurs est la même espèce.
3. Brandis, Forest flora of brit. India, p. 84.
4. Lenz, Botanik der Alten, p. 651.
5. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 57.
6. Munby, Catal., ed. 2, p. 9.
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l'ont reçue au commencement de notre ère, et que ces derniers l'ont portée en Barbarie et en Espagne, où elle s'est naturalisée partiellement, d'une manière souvent douteuse, à la suite des cultures.