Hymenaea courbaril (Rollet, Antilles)
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Hymenaea courbaril L. Sp. Pl. 2 : 1192 (1753).
Noms vernaculaires : Précolombien : Kaurubali, nom caraïbe d’où dérive courbaril ; Kawanari en Arawak. Créole : Koubawi (Ste-Lucie). Fr : Courbaril (Guadeloupe, Dominique, Martinique, Ste-Lucie) ; Casse (Dominique). A : Locust tree (Barbade) ; Locust tree et aussi Locust : St Kitts, Antigua, Dominique, St Vincent ; West Indian locust, Stinking toe (Jamaïque) ; Stinking breath (Antigua). Esp : Algarrobo (Puerto Rico).
Description : Grand arbre atteignant 1,8 m de diamètre (QUESTEL 1951) ; 45 m de haut et 1,9 m de diamètre (MARSHALL) et même 2 m (BRITTON & WILSON) ; peut-être rabougri sur les mornes (ex. : Les Saintes, Terre-de-Haut) d’après FOURNET. Il y a probablement des écotypes. Pied : pas ou peu de contreforts ou quelques grosses pattes à dos rond sur les gros diamètres, ou sans pattes (diamètre 37 cm). Écorce : épaisseur totale 5-6 mm pour un diamètre de 37 cm. Aspect externe : café au lait, sublisse ou microsillonée rugueuse par les lenticelles fines marron foncé rondes, sans ordre ou en courtes chainettes verticales. Rhytidome : dur à tranche beige. Écorce vivante : blanchis : 3 couleurs de l’extérieur vers l’intérieur : vieux rose, rose carmin, orange ; la résine perle ; quelquefois absente. Aubier : blanc jaunâtre. Feuilles : alternes, bifoliolées, brillantes ; folioles falciformes, épaisses, coriaces, à gros points pellucides, 5-10 × 2-5 cm. Fleurs : blanches, en grappes terminales longues de 5-10 cm, fugaces. Fruits : grosse gousse brun rougeâtre, env. 12 × 5 cm, cm, épaisse, ligneuse, indéhiscente, pendante, très dure ; restant plus d’un an sur l’arbre. Phénologie : considéré comme sempervirent à Puerto Rico (LITTLE & WADSWORTH) et pratiquement comme tel à Trinidad (MARSHALL) où le feuillage s’éclaircit peu à peu en saison sèche, rapidement remplacé par de nouvelles feuilles ; peut rester plus longtemps sans feuilles aux Petites Antilles. Fleurs visibles le matin, très fugaces, pétales et sépales très caducs ; la floraison dure de novembre à juillet. Fruits en février, mais restent longtemps sur l’arbre. Semble ne pas fructifier tous les ans. Habitat : forêt semi-décidue et xérophile, aussi rivulaire, entre 0 et 500 m, modérément héliophile et tolère longtemps un couvert ; régénération naturelle rare. Tempérament : xérophile ; rejette puissamment sur grosses souches (1 m de diamètre). Plantule : Type IV (VI par confusion). La germination épigée produit un semis montrant deux cotylédons succulents, rapidement caducs, puis une feuille bifoliolée aux folioles presque sessiles. Le pétiole très court peut laisser croire que ce premier nœud porte deux feuilles ; il se termine par un appendice conique (L = 1 mm). Ces deux folioles sont ovoïdes, à nervation palmée. Les feuilles supérieures, caractéristiques de l’espèce, sont constituées de deux folioles dissymétriques portées par un pétiole développé (L ≈ 5 mm).
Usages : Bois rouge, dur, lourd (d = 1,0), durable, (voir LANG, LONGWOOD, Woods) ; charpente, charronnage (jantes), poteaux, traverses, bateaux, canots, meubles, manches, dents d’engrenages (moulins à vent). Résine : demarara, copal de Pará, gum anima, anime tendre du Brésil ; encens soluble dans l’alcool, donne un vernis. Médecine traditionnelle (voir FAWCETT & RENDLE) : maux d’estomac, rhumatismes, contre l’asthme (DUSS), pour toutes les plaies (Mathurin et al.), carminative, purgative, écorce pour tannage (SWABEY). Fruit : pulpe sèche farineuse, visqueuse, douceâtre, malodorante (voir nom vernaculaire en anglais) ; mangée par les enfants et le bétail ; les Noirs l’ajoutent au Calalou ou « pepperpot » (QUESTEL 1951) ; pulpe battue avec de l’eau, donne une boisson nutritive (HODGE & TAYLOR) ; vendue sur les marchés pour bouillies et galettes aux Grenadines (HO-
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WARD). Fleurs mellifères. Arbre utilisé pour marquer les limites de Port Elizabeth à Bequia, Grenadines (HOWARD).
Distribution générale : Cuba, Jamaïque, Hispaniola, Puerto Rico, Virgin Islands ; Petites Antilles ; Trinidad ; Amérique continentale : du Mexique central aux Guyanes, Pérou, Bolivie, Brésil.
Distribution aux Petites Antilles : Toutes les Petites Antilles sauf Anguilla et Barbuda.
Matériel examiné : BT : GRÉBERT 163, Houëlmont, 250 m (P) ; QUENTIN 777, Pigeon-Bouillante, 100 m (P) ; QUESTEL 2529b, Montebello (P) ; ROLLET 1028, Monts Caraïbes, 200 m (GUAD) ; TANDY 84, Bellevue, Pointe Noire, 450 m (GUAD). GT : BÉNA 2, Morne à l’Eau (P). St : RODRIGUEZ 4026, Terre-de-Bas (P). D : NICOLSON and al. citent 8 récoltes pour cette île. M : HAHN 906, Rivière Monsieur (P) ; HAHN 222, St Pierre (P) avant l’éruption de 1902. SV : HUC 1173, King’s Hill, 150 m, forêt semi-décidue (GUAD).
Observations : SM : Philipsburg à Belvedere, Cul de Sac d’après BOLDINGH ; Pic Paradis, 400 m (FIARD & ROLLET). SB : rare, Morne du Rhin (QUESTEL). S : signalé par BOLDINGH. SE : pentes du Quill, 50-300 m (BOLDINGH in STOFFERS). SK : flancs Sud South Range, 200-400 m (FIARD & ROLLET). At : Boggy Peak, 0-350 m ; Sugar Loaf, 50 m ; Darkwood, 50 m (DAVID & ROLLET). BT : Marolles, 100 m ; Ravine Bouillante, 70 m ; Ravine du Plessis, 50 m ; Cours inférieur du Galion, 50 m (ROLLET). GT : Ravine Patate (ROLLET). Dé : Ravine de la Rivière, 100-200 m (DAVID & ROLLET). St : Terre-de-Haut, Chameau, 150 m (ROLLET). M : Morne Gardier, 400 m, au sommet ; Le Prêcheur, haut de pente bord de mer, 250 m ; base Morne Baguidi, 50 m (Anse d’Arlet) ; Caravelle, 100 m ; Terreville, 250 m ; Anse Couleuvre, 100 m ; Pointe Bateau et Pointe Jean-Claude, de 0 à 50 m (FIARD & ROLLET). SL : Marquis River, 180 m, zone sèche ; Union, 50 m (ROLLET). B : Devenu rare à Barbade et confiné à quelques localités ; Turner’s Hall, un sujet de 79 cm de diamètre (ROLLET). Gs : Commun (HOWARD).
Note : Il existe des variétés (altissima, longifolia…) hors des Petites Antilles.
Bibliographie : (*Iconographie ; **couleur). BEARD 1944, 1949 ; BRETON 1665 ; BRITTON & WILSON 1924 ; CARRINGTON 1993 ; CIRAD-Forêts 1990** ; DESCOURTILZ** 1927 ; DUSS 1897 ; FANSHAWE 1954 ; FAWCETT & RENDLE* 1920 ; FOUQUÉ* 1972 ; FOURNET 1978 ; GOODING and al. 1965 ; HODGE & TAYLOR 1957 ; HOWARD 1952, 1988* ; HOYOS** 1983 ; HUGHES 1750 ; JACQUIN* 1780 ; Lang 1954 ; LIOGIER* 1985 ; LONGWOOD 1942, 1961 ; LITTLE & WADSWORTH* 1964 ; LITTLE and al.** 1967 ; MARSHALL* 1939 ; Mathurin et al. 1980 ; NICHOLSON 1979 ; NICOLSON and al. 1991 ; PENNINGTON & SARUKHAN* 1968 ; QUESTEL 1941, 1951 ; STOFFERS 1973 ; SWABEY 1941 ; WOODS 1951.
Anatomie du bois
- 3-6-8-(27)-30-58-66-68-69 (Voir la signification des codes)
- Bois parfait brun rose à brun rouge, parfois avec des veines plus foncées un peu verdâtres, distinct de l’aubier blanc-gris, plutôt dur et lourd (0,80-0,90 g/cm3), à grain moyen, maille fine.
- Pores disséminés, isolés ou accolés radialement par 2 ou 3, en nombre inférieur à 5 par mm2, visibles à l’œil nu (diamètre moyen de 140 à 190 μm). Perforations des éléments vasculaires uniques ; ponctuations intervasculaires ornées, de 8 μm environ de diamètre.
- Parenchyme en lignes terminales et associé aux pores en manchon losangique, parfois anastomosé. Files de cellules composées de 4 éléments, dont certains recloisonnés et cristallifères.
- Rayons 3-4-sériés, au nombre de 5 ou 6 par mm, de structure plutôt sub-homogène. Ponctuations radiovasculaires identiques en taille aux intervasculaires.
- Fibres à ponctuations simples.