Hippomane mancinella (Rollet, Antilles)

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Euphorbia petiolaris
Bernard Rollet, Arbres des petites Antilles, 2006
Hura crepitans


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Planche 73 : EUPHORBIACEAE. XIV. Hippomane mancinella. A. Rameau fructifié. B. Feuille. C. Plantule.
base du tronc
tranche

Hippomane mancinella L. Sp. Pl. 2 : 1191 (1753).

Noms vernaculaires : Précolombien : Balaubukuru (= sea venom, litt. poison de mer). Fr : Mancenillier (de l’Espagnol manzanilla : petite pomme) (Guadeloupe, Martinique, Haïti) ; Figuier bord de mer (Martinique) ; aussi maximillier par corruption. A : Manchineel (Barbade, Dominique, Ste-Lucie) ; aussi Manchinee, Mandjini (Dominique). Esp : Manzanillo (Puerto Rico, St Domingue).

Description : Arbre dépassant 15 m de haut et 60 cm de diamètre, et probablement beaucoup plus : une circonférence de 10 pieds 6 pouces, soit environ 105 cm de diamètre, avec une hauteur de 20-21 m a été observée par MARSHALL à Trinidad ; 90 cm de diamètre à Hispaniola (LIOGIER). Pied : base très cylindrique, sans pattes, ou pattes basses à dos large arrondi. Écorce : épaisseur totale 6-7 mm pour un diamètre de 35-45 cm. Aspect externe : gris cendré, sublisse ; lenticelles marron, rondes, fines, en longues files verticales régulièrement séparées. Rhytidome : 1 mm ; démasclé : la face externe de l’écorce vivante est hématite. Écorce vivante : latex blanc crème abondant, vésicant, sourd à la moindre blessure ; blanchis rose clair, vergeté blanchâtre, très fibreux, devient vineux. Aubier : blanchâtre, rayons fins. Feuilles : alternes, crénelées, quelquefois obscurément ; pétiole 3-6 cm de long ; limbe 5-12 × 3-6 cm, elliptiques, lancéolées, plus ou moins acuminées, groupées en bout de rameau ; latex vésicant ; une grosse glande ronde au sommet du pétiole. Feuillage léger. Fleurs : espèce monoïque, inflorescence en épi. Fruits : sphériques, aspect de petite pomme verte de 3-4 cm de diamètre, à odeur agréable mais toxique ; fructification abondante. Phénologie : courtement décidu. Fleurs d’août à novembre, aussi février à mars (DUSS). Le fruit mûrit lentement. Fruits à peu près toute l’année. Habitat : bords de mer sableux ou rocheux et bas de pente jusqu’à 100 m, par pieds isolés, mais aussi en petits boqueteaux presque purs ; individus isolés sur les mornes de St-Barthélemy ; souvent soumis aux embruns des côtes au vent. A été souvent éradiqué ; bord de mer, ravines, plateaux calcaires bas. Tempérament : xéro-héliophile ; colonise les arrière-plages ; germe abondamment sur les plages à partir de graines apportées par la mer. Plantule : Type III. La germination est épicotylée, deux cotylédons foliacés à nervation palmée précédant deux feuilles opposées stipulées. Les feuilles ultérieures sont alternes et stipulées. Les marges sont dentées. Les jeunes feuilles apparaissent souvent pliées selon leur nervure principale, limitant probablement ainsi leur transpiration. Le semis contient le latex blanc corrosif de l’espèce. Le noyau liégeux contenant 6 à 9 graines, est disséminé efficacement par la mer.

Usages : Le bois ressemble au Noyer du Caucase ; gris cendré veiné de brun, fonce en vieillissant, très durable : meubles, membrures pour bateaux après passage au feu ; a été très recherché. L’ingestion du fruit au bout d’un certain temps brûle la gorge et l’estomac ; traitement vomitif et lavage d’estomac (HECKEL). À cause des risques d’accidents “ Dès le XVIIIe siècle, une ordonnance royale de 13 janvier 1733, tombée dans l’oubli avait prescrit la destruction de tous les mancenilliers ” (QUESTEL : 137). Latex employé pour brûler les ulcères (Bayley). La sensibilité des personnes est très variable. Des brûlures ont été enregistrées par l’emploi inconsidéré de tronçonneuses pour l’abattage. Traditionnellement on brûlait l’arbre au pied et on le laissait sécher avant de l’abattre ; les menuisiers peuvent être incommodés. Le bétail peut aussi en souffrir. Accidents et symptômes décrits in QUESTEL : 137 et HOWARD : 98 ; l’antidote est l’eau de mer (QUESTEL), l’amidon d’arrowroot (HOWARD) à usage interne ou externe ; certains recommandent les feuilles de Bontia en applications externes. Poison de flèche (BRETON) ; pour empoisonner les poissons (?) (HODGE & TAYLOR). Espèce mellifère (miel non toxique).

Distribution générale : Sud Floride, Florida Keys, Bahamas, Cuba, Jamaïque, Hispaniola, Puerto Rico, Virgin


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Islands, Petites Antilles ; Trinidad, Tobago, Curaçao ; du Mexique au Venezuela, Colombie, Equateur, Galapagos.

Distribution aux Petites Antilles : Toutes les îles des Petites Antilles (sauf peut-être Nevis, ou non encore récolté).

Matériel examiné : GT : BARRIER 2903, Ilet à Fajou (GUAD) ; RODRIGUEZ 4176, Salines Ste-Anne (P) ; STEHLÉ 3056, Grands Fonds, Ste-Anne, 0-100 m (P). MG : QUENTIN 139, entre Grand-Bourg et Capesterre (P). St : RODRIGUEZ 4063, Terre-de-haut, bord de mer (P) ; Thiébaut 8140, Terre-de-haut (P). D : JÉRÉMIE 1312, Scotts Head, Pte Cachacrou, littoral (P). M : HAHN 205, Fond Boucher et Bellefontaine (P) ; HAHN 302, Fond Capot, littoral (P) ; MOURET 98, embouchure Rivière Monsieur, près de Fort-de-France (P). B : EGGERS 7366, Bridgetown (P).

Observations : SB : commun sur les plages et parfois à l’intérieur (LE GALLO et al.). At : Côte SW Darkwood, 0 m (FIARD & ROLLET). Sugar Loaf, 50 m ; Darkwood, 0 m ; Wetherills Estate, 0-50 m ; Willikies, 0-50 m ; Mount Thomas, 0-50 m (DAVID & ROLLET). BT : entre Vieux-Habitants et Bouillante, bord de mer (JÉRÉMIE). GT : Ilet de Petite-Terre, très commun (ROLLET). Dé : Ravine Maître Pierre, 100 m ; Ravine Cybèle, 100 m ; Ravine de la Rivière, 200 m ; pentes côte NW ; Plateau, 200 m (DAVID & ROLLET). MG : Nombreux petits peuplements à Folle Anse, Talise Ronde (ROLLET). M : Ilet Chevalier (FIARD & ROLLET). SL : East Wind, 0 m (ROLLET).

Bibliographie : (*Iconographie ; **Couleur). ALLEN* 1956 ; BARKER & DARDEAU 1930 ; Bailey 1949 ; BEARD 1944, 1949 ; BRETON 1665 ; BRITTON* 1908 ; BRITTON & WILSON 1924 ; CARRINGTON 1993 ; DESCOURTILZ** 1821-1830 ; DUSS 1897 ; FAWCETT & RENDLE 1920 ; FOURNET* 1978 ; Heckel 1880 ; HODGE & TAYLOR 1957 ; HONYCHURCH 1980 ; HOWARD 1952, 1989* ; HOYOS** 1983 ; HUGHES 1750 ; JACQUIN 1763* , 1780** ; LE GALLO & MONACHINO 1956 ; LIOGIER* 1986 ; LITTLE & WADSWORTH* 1964 ; MARSHALL 1939 ; NICHOLSON 1979 ; NICOLSON and al. 1991 ; NUTTALL** 1855 ; QUESTEL 1941 ; RECORD 1938a ; SARGENT 1895* , 1905* ; STANDLEY 1927 ; STOFFERS 1984 ; TOMLINSON 1980* , 1986* ; TUSSAC** 1827.

Anatomie du bois

coupe transversale (en haut à gauche), coupe tangentielle (en haut à droite), coupe radiale (en bas) (P. Détienne & P. Jacquet)
  • 4-9-25-(28)-(30)-39-50-53-56-57-69-70 (Voir la signification des codes)
  • Bois parfait blanc crème devenant brun clair ocré en vieillissant, non différencié de l’aubier, tendre, léger à mi-lourd (0,55 à 0,75 g/cm3), à grain fin, maille très fine.
  • Pores disséminés, isolés ou accolés radialement par 2 ou 3, au nombre de 5 ou 6 par mm2, non perceptibles à l’œil nu (diamètre moyen légèrement inférieur à 100 μm).
  • Perforations des éléments vasculaires uniques ; taille des ponctuations intervasculaires de l’ordre de 9 mm.
  • Parenchyme en chaînettes ayant tendance à se regrouper en lignes. Files de cellules composées de 4-6-(8) éléments. Cristaux présents.
  • Rayons 1-sériés, au nombre de 10 à 15 par mm, de structure homogène ou sub-homogène. Ponctuations radiovasculaires parfois allongées. Cristaux nombreux.
  • Fibres à ponctuations imperceptiblement aréolées.