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F (Audier, L’herbier du village)

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Anne Audier, L’herbier du village (2012)
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Fenouil

Foeniculum vulgare

Il faut chercher le fenouil dans les champs et sur le bord des routes en terrain sec, pierreux ou sablonneux. Il manque en certains endroits. A Saint-Sornin, où il est très répandu, on le cueille pour nourrir les lapins dont il parfumerait agréablement la chair.

En cuisine, il est utilisé comme plante aromatique. Certaines ménagères saupoudrent de ses feuilles hachées le poulet à rôtir (58). On en fait bouillir avec les châtaignes, en concurrence avec les feuilles de figuier (10). En Gironde, il sert aussi d’aromate pour la cuisson des petites crevettes grises, les biquettes, mais c’est surtout à la saveur du poisson que ce condiment s’allie le plus agréablement. Aussi, remplit-on de fenouil le bar que l’on va faire griller sur la braise, enveloppé des jeunes tiges de cette plante.

À Saint-Symphorien, avant 1914, le fenouil était cultivé à cause de son odeur forte, caractéristique, pour éloigner les fourmis. Dans la même région et vers la même époque, les pêcheurs appâtaient au fenouil pour pêcher des tanches dans le marais gât (7).

À Royan, en 1965, on faisait encore de même pour attirer les crevettes roses à la pêche aux balances (10).

À la Fête-Dieu, le fenouil jouait aussi un rôle qui tenait peut-être plus souvent du talisman païen que du support religieux. Dans les campagnes de la Charente-Inférieure, écrivait Eugène Lemarié en 1877, on couvre les rues où doit passer le cortège avec ses tiges. Le vulgaire la jette contre les bâtiments pour les préserver des effets de la foudre (Supplément au bulletin de la Société Linné… de la Charente-Inférieure (1877). Dans la région de Rochefort, au temps de Lesson , on l’employait aussi dans les cérémonies religieuses en le jetant avec des fleurs de coquelicots, de roses et de bleuets, devant le Saint-Sacrement (Lesson, Flore Charentaise, p. 233). À Champagne, au début du siècle, à Pont-l’Abbé d’Arnoult, jusque vers 1950, on jonchait encore de tiges de fenouil les rues où devait passer la procession ; les fidèles en recueillaient ensuite quelque peu qu’ils emportaient chez eux et conservaient, comme le buis des Rameaux, pour porter la bénédiction du jour à la maison.

Fève

Vicia faba

Les fèves, feuves en parler local, se sèment en vieille lune, de préférence au mois de décembre mais aussi en janvier, février si le temps ne l’a pas permis (7). Pour les préserver de la gelée, certains ont même coutume de le faire le 17 novembre, jour de la Saint-Agnant (34, cite Courpron). Cependant, en général, elles résistent bien au froid. Seule, la neige peut les atteindre en brûlant les feuilles, ce qui oblige à recommencer le semis.

À maturité complète, on récolte la semence. Autrefois elle constituait la réserve de légumes secs de l’hiver. On a longtemps battu les fèves au fléau, sur l’aire, mais de nos jours où elles ne sont plus l’objet d’une culture importante, on se contente de les égrener ce qui évite de les venter.

Les fèves furent l’un des légumes les plus anciennement cultivés et, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, elles ont occupé dans l’alimentation paysanne la place que nous accordons aujourd’hui à la pomme de terre. On mangeait les premières fraîches, au sel, au début de mai. Lorsque la maturité s’avançait on en faisait des potées et, dans le jus de cuisson, on trempait la soupe. Les années de disette on a même cuisiné les cosses, les cothieuilles coupées en lanières, à la manière des haricots verts après avoir enlevé l’intérieur pelucheux. Plus avancées et débarrassées de leur tégument, elles faisaient des soupes onctueuses et on pouvait les faire sécher pour être préparées à la manière des pois cassés. L’hiver, les fèves bouillaient longuement dans le pot de terre, devant le feu de la cheminée et, si l’on joignait une « couenne » la cuisine s’en trouvait grandement améliorée. Lorsque Gautier publiait ses statistiques, en 1835, les forçats du bagne de Rochefort recevaient chaque jour « 120 grammes de fèves assaisonnées à l’huile » mais on reconnaissait que ces légumes, s’ils étaient moins chers que les haricots étaient d’une cuisson longue et difficile.

Tout servait dans la fève. Les cosses, les feuilles et les tiges fraîches étaient données au porc et les fanes elles-mêmes, les charails étaient mises de côté pour faire cuire les moules en theurée (en éclade) en remplacement des aiguilles de pin consacrées à cet usage dans les îles ou les localités de la côte. A la veillée, les fileuses faisaient griller des fèves. Elles disaient que ces feuves grillées leur donnaient beaucoup de salive pour mouiller leur filasse (7). Enfin, le jour des Rois, dissimulée dans la traditionnelle galette, la fève servait à désigner non le héros de la fête mais la victime car celui qui la trouvait dans sa part devait payer le gâteau de l’année suivante.

Ficaire

Ficaria verna

Le petit giron est très commun sous les haies, aux lisières des bois, en certains lieux humides où, dès que la température est plus douce et les jours plus longs, ses fleurs, d’un jaune lumineux, annoncent le printemps. De nos jours, beaucoup le confondent avec le bouton d’or mais, autrefois, « le petit giron était mangé en salade par les gens qui le connaissaient bien » (18 et 7). En effet, cette plante n’est vénéneuse que dans ses parties vertes. Les tiges qui se développent sous les feuilles sèches, à l’abri de la lumière, et qui restent blanches, sont donc parfaitement comestibles.

Figuier

Ficus carica

Le figuier croît à l’état sauvage ou subspontané près du littoral et dans les rochers du bord de la Gironde, de l’Arnoult… Il est souvent planté dans les vergers et on en trouvait autrefois un pied dans les basses-cours « pour garder l’ombre aux poules, l’été ». On connait plusieurs espèces de fruits rouges ou blancs ainsi qu’une grosse figue allongée, verte à la maturité et dont la pulpe est rouge.

Certains figuiers donnent deux récoltes : la première à la Madeleine (les figues fleurs) la seconde aux vendanges et ce sont aussi les époques où l’on trouve des cèpes dans les bois (44). Les figues sont mangées fraîches et on en fait des confitures.

À Champagne le lait de figues est appliqué sur les verrues pour les faire disparaître (24) et il serait aussi efficace pour faire disparaître les taches de rousseur (92).

Les feuilles de figuier, bouillies avec les châtaignes, leur donnent un goût agréable (10) et au XIXe siècle, ces mêmes feuilles, très recherchées, était utilisées au bord des marais pour nettoyer les anguilles (7). Pour cet usage, en effet, les cendres et le vinaigre sont sévèrement proscrits par les gourmets qui les accusent de dessécher le poisson.

À la saison des figues, c’était autrefois un jeu, pour les enfants, de couper les figues en quatre et, après s’être régalés de la pulpe, d’appliquer les peaux sur les portes des bâtiments où elles restaient parfois des années. Les artistes s’ingéniaient à disperser harmonieusement ces étranges fleurs à quatre pétales épanouies autour de leur court pédoncule ligneux.

Et si on tient compte de la persistance de certains thèmes, de certains amusements, de certains décors et certaines constructions, est-il utopique d’évoquer ces fleurs de figues devant certaines voussures de nos églises romanes où les guirlandes de fleurs à quatre pétales leurs ressemblent tant ?

Folle-avoine

Avena fatua

L’avouène folle qui est commune autour des villages, dans les lieux incultes, était autrefois cueillie avant maturité pour faire des bouquets d’hiver. Parfois, les ménagères entouraient les épillets de papier d’étain pour faire des décors argentés.

C’était avec une paille de folle avoine que les enfants faisaient des bulles de savon ou qu’ils buvaient, l’été. Deux épis de cette graminée placés en sens contraire dans la bouche d’un naïf et tirés brusquement lui laissaient de désagréables moustaches… Il y avait aussi, autrefois, un jeu qui consistait à faire tourner l’arête autour de la fleur mais, vers 1926, s’il était encore évoqué, on ne savait plus le réaliser.

Fougère aigle

Pteris aquilina = Pteridium aquilinum

Cette belle plante qui peut atteindre deux mètres est caractéristique des landes, des coteaux, des lisières de bois, des pinèdes…

Jusqu’au lendemain de la guerre de 1939-1945, elle était récoltée « mûre » en août et par les journaliers agricoles pauvres. Ils en retiraient un gain intéressant puisque, dans cette vente, tout, ou à peu près leur était bénéfice.

En général, le propriétaire « donnait la coupe » ou la vendait pour un profit minime s’il assurait la sortie du bois. Les fougères, coupées à la faux, par beau temps, étaient laissées à sécher sur le sol, retournées et, finalement mises en bottes le matin de bonne heure, à la rosée de façon qu’elles ne s’effritent pas. Elles se vendaient aux ostréiculteurs au mille (500 kilos), un mille de fougères comprenant environ cinquante bottes. Elles servaient à l’emballage des huîtres (7).

En cette région, les fougères ne furent jamais récoltées pour servir de litière, même les années où la paille manquait. On leur reprochait de perdre trop facilement leurs pennules et, disait-on, le trougnon ne pourrit pas (7).

L’été, on en faisait des bouquets qu’on accrochait au joug des bœufs pour leur garder l’ombre. Les années torrides, on en a vu, plantées près des jeunes plants de choux ou de salades qui eussent immanquablement péri sans cette ombrelle improvisée. Enfin, les enfants tressaient la fougère aigle. Ils en obtenaient ainsi des « sardines » qu’ils cuisinaient ou vendaient dans leurs jeux.

Fougère mâle

Dryopteris filix-mas

La fougère mâle se trouve dans les lieux frais, fourrés, bois, haies. Elle est assez commune par endroits.

Fragon

ou fragon faux-houx, Ruscus aculeatus

Le grigon, ce sous-arbrisseau à la tige cannelée dont les « feuilles » piquantes, coriaces et persistantes sont, en réalité, des rameaux atrophiés, est commun en certains bois et manque ailleurs. Ses fleurs verdâtres sont peu apparentes. Il porte, en hiver, de grosses baies rouge vif.

Cette espèce se prête à de nombreux usages domestiques. Un bouquet de fragon, fixé à un manche, sert de balai d’écurie dans la région de Pons. Ce même bouquet, au bout d’un long bâton, remplace la tête-de-loup, surtout dans les églises. Au XIXe siècle, deux petits fagots de fragon placés tête-bêche faisaient un bon balai pour le four à pain et, avant la dernière guerre, les ramoneurs l’utilisaient en guise de hérisson (7). Il arrive aussi qu’on enfile ses tiges dans les mailles supérieures des grillages des basses-cours pour empêcher les volailles de sortir et ces mêmes tiges ont été utilisées pour tresser des vanneries grossières.

À Pont-l’Abbé, au début du XXe siècle, on tressait les échalotes par leurs fanes sur une tige de grigon pour aller les vendre (7). Evidemment, pour cet usage, les fausses feuilles piquantes étaient enlevées.

On voit, sur certaines voussures de nos églises romanes, des guirlandes de feuilles simples, allongées, portant un objet sphérique que les historiens d’art appellent parfois « feuille de citronnier avec une perle ». Il s’agit en réalité de la feuille de fragon avec son fruit (à Aulnay, elle porte sa fleur). On a cru, jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, que le fragon était doué du pouvoir de préserver des maléfices et c’est pourquoi des sorcières, qui craignaient les méfaits de leurs consœurs, en attachaient des bouquets à leurs contrevents. (83). À l’entrée des églises, ce serait donc un chasse-diable, un peu l’équivalent populaire de l’eau bénite.

Cependant, bien des ménagères s’abstenaient de rentrer cette plante à la maison mais il semble que c’était par analogie au gui (et au houx), autres végétaux à feuilles persistantes et à baies décoratives et qui « portaient malheur » si on les introduisait chez soi (1 et 6).

Fraisier

Fragaria spp.

Les fraisiers sauvages (Fragaria vesca) ne se trouvent que par endroits sous les haies et dans les bois clairs. Au jardin, les variétés anciennes de fraises cultivées (la fraise blanche « la marguerite ») ont presque toutes disparu, remplacées par des variétés plus productives (Fragaria ananassa). On les apprécie autant fraîches qu’en confitures.

Framboisier

Rubus idaeus

Les framboisiers sont assez souvent cultivés. Les fruits sont consommés frais. On en fait parfois des confitures et des gelées.

Frêne

Fraxinus excelsior

Le frâgne est l’un des plus beaux arbres de nos bois.

De cette essence, on faisait autrefois des vis de pressoir, des cercles de tonneaux, des sabots, des fourches de fenaison à deux dents façonnées au feu et très légères. Au XXe siècle, ce bois est utilisé en carrosserie et on en fait des manches d’outils (58). Il fournit un bon bois de chauffage.

Les frênes, régulièrement étêtés, présentaient de curieuses excroissances ou loupes, comme les ormes. Ce bois a donné des panneaux d’une couleur dorée, mouchetée de brun et de noir, qui ont été utilisés dans des encadrements de cerisiers, de la même manière que l’ormeau galeux mais plus rarement. C’est à partir du XVIIIe siècle que l’on commença à réaliser ces alliances de bois qui sont l’une des caractéristiques les plus frappantes des meubles saintongeais, armoires, buffets et vaisseliers.

C’est avec des branches de frêne que les garçons fabriquaient autrefois des subiets (sifflets) et des hautbois d’écorce appelés trompes. Au printemps à la montée de la sève, ils frappaient la branche du manche de leur couteau pour séparer l’écorce du bois, mais cette opération n’était censée marcher que si l’on psalmodiait en même temps une formule qui enjoignait au bois de saber c’est-à-dire de se séparer de l’écorce.

À Saint-Symphorien, vers 1900, on scandait en frappant un coup par syllabes :

Sabias, sabias
Tu l’uras la piâs (7)

À Blénac, dans la même commune et vers la même époque, on chantonnait :

Tanne, tanne, ma tante Anne
La souris est dans la paille
L’osâ est dans l’oumiâ
Qui dit que tu sab’ras ! (30)

À Champagne, quelque quarante ans plus tard, c’était :

Sabe, sabe, mon subiet,
Tu mang’ras() dau pain, dau lait (106)

Les sifflets se taillaient dans un petit rameau de la grosseur du doigt. On coupait en biseau l’une des extrémités et on faisait une entaille avant d’opérer. Pour fabriquer une trompe, il fallait une branche de la grosseur du bras, longue de 1 m à 1,5 m environ. On détachait l’écorce, découpée en spirale, on l’enroulait ensuite en forme de cône au sommet duquel on adaptait un sifflet. Alors que le seul sifflet donnait un son aigu, la trompe émettait un son grave et amplifié tant que le bois restait frais. En séchant, les spirales se séparaient et l’instrument devenait inutilisable (7).

Noguès rapporte qu’au XIXe siècle on se servait parfois de la cornemuse (la veuse) en écorce de frêne pour rythmer les danses aux veillées.

La décoction de feuilles de frêne est utilisée en médecine populaire pour soigner les rhumatismes. On y baigne le membre douloureux (24).

Les cantharides, dit Lesson, recherchent [le frêne] et viennent se reposer sur son feuillage. C’est là qu’on se procurait cet insecte, nécessaire à la fabrication des mouches de Milan. Un vieillard de Champagne, et qui soignait par les plantes, donnait ainsi, vers la fin du XIXe siècle, la recette de cette préparation : « Aller à un frêne. Frapper les branches pour en faire sortir les mouches cantharides. Les faire griller dans la pelle du foyer, les mélanger avec de l’huile et les appliquer sur un papier ou sur une toile en vésicatoire ». Cependant, cette pratique était déjà tombée en désuétude en 1900 (24).

On trouve le nom frêne dans beaucoup de lieux : la Fragnée, la Fragne, le Bois-des-Fragnes, la Vigne-dau-Fragne. Fragneau est un patronyme très connu.

Fritillaire

Fritillaria meleagris

Les fritillaires sauvages se trouvent dans certains bois clairs et dans des prés humides où l’on va cueillir, au mois d’avril, leurs jolies fleurs lie-de-vin à petits damiers blancs.

À Souillac, près de Pons, on les appelle salsifis sauvages car les feuilles de ces deux végétaux se ressemblent. Elles auraient été cueillies au moment de la pousse, en mars, pour être mangées en salade (M. Perrin).

Fumeterre

Fumaria officinalis

Cette plante qu’on appelle aiguilles, comme l’érodium avec lequel elle présente une certaine ressemblance, est très répandue dans les vignes, les champs cultivés. On la recherche pour la nourriture des lapins.

Fusain d’Europe

Evonymus europaeus

La varée croît dans les haies et aux lisières des bois. A l’automne, quand elle porte ses baies rose vif qu’on appelle bonnets d’évêque, on la cueille pour faire des bouquets. Ses branches aux rameaux en gobelet, fournissaient autrefois des quenouilles aux bergères (7).