Dâr sîny (Ibn al-Baytar)
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Nom accepté : [[]]
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Ce mot veut dire en persan arbre de Chine, شجر الصين - šaǧar al-ṣīn.
- Ishak ibn Amrân. Il y a plusieurs espèces de dâr sîny. L’un est le dâr sîny vrai, connu sous le nom de dâr sîn. Il y a aussi le dâr sîny ed-doun,دار صينى الدون — dār ṣīnī el-dūn, qui est le dâr soûs, دار صوص - dār ṣūṣ, connu sous le nom de cannelle ou kirfa vraie, قِرفة على الحقيقة - qirfā 'ali al-ḥaqīqā. Il y a aussi là cannelle giroflée ou kirfa karanfol, قِرفة القرنفل - qirfā al-qaranful. Quant au cinnamome vrai, sa substance est plus grasse, plus épaisse et plus poreuse que celle de la cannelle ; son volume est celui du petit doigt ; il a une onctuosité qui se manifeste quand on le mâche ou qu’on le triture. Sa couleur tient le milieu entre le rouge de la cannelle et le noir de la cannelle giroflée, inclinant toutefois du côté de la cannelle, à laquelle il peut ressembler, car chez lui la rougeur est plus prononcée et plus évidente que la noirceur. La couleur de sa surface se rapproche de celle de la cannelle rouge. Quant à sa saveur, ce qui apparaît d’abord, c’est de l’âcreté avec un peu d’astringence ; vient ensuite de la douceur, puis l’amertume du safran et une onctuosité légère. Son odeur ressemble à celle de la cannelle vraie, et, si on le mâche, il s’en échappe quelque chose de l’odeur du safran, avec un mélange d’odeur du nénuphar. La substance du cinnamome dit ed-doun se rapproche de celle de la cannelle vraie sous le rapport de la légèreté, de la porosité et de la couleur rouge, coloration qui est cependant plus prononcée, en même temps que cette substance est plus mince et plus dure. Ses baguettes sont tordues, minces, comprimées, pareilles aux rameaux fistulaires du malabathrum, si ce n’est qu’elles sont fendues longitudinalement et ne forment pas un cylindre complet, La saveur et l’odeur sont pareilles : saveur prononcée, aromatique et âcre, sinon que le cinnamome est plus chaud, moins sucré et moins acerbe. Quant à la cannelle vraie, il en est une sorte épaisse et une sorte mince. Toutes deux sont rouges, lisses et un peu luisantes, de la couleur de l’écorce salîkha. L’odeur est pénétrante et aromatique, la saveur forte et âcre avec un peu de douceur. Quant à l’espèce dite cannelle giroflée, elle est mince et dure, légèrement noirâtre, sans aucune porosité. Son odeur et sa saveur sont celles du girofle. Il en est de même des propriétés, sinon que le girofle est un peu plus actif.
- Dioscorides, I, 13. Le cinnamone compte plusieurs espèces, désignées par les noms des pays où on les trouve. La meilleure est celle que l’on appelle mosulîlis, موسوْليطس - mūsūlīṭis, en ce qu’elle a une faible ressemblance avec l’espèce de cannelle ainsi nommée. De cette espèce, la meilleure est celle qui est récente, noire, tournant à la couleur cendrée avec une teinte vineuse. Ses rameaux sont grêles et lisses, à nœuds rapprochés, d’une odeur très agréable. On choisit particulièrement ceux qui ont une odeur aromatique franche. On en rencontre cependant dans le nombre qui ont une certaine odeur de rue ou de cardamome. On choisit l’espèce qui est âcre, qui pique la langue, qui ne cède pas facilement quand on veut la rompre, et qui, une fois rompue, laisse échapper entre les fragments une légère poussière. Si on veut l’essayer, il faut en arracher un morceau d’une seule racine, et l’expérience est facile. Ces fragments sont de nature diverse. Quand on en a pris des meilleurs et que leur odeur a rempli les narines, cela empêche de juger les morceaux de qualité inférieure. (Il en est une espèce de montagne, grosse et courte et d’un jaune prononcé.) Une troisième espèce se rapproche de l’espèce appelée mosulîtis : elle est noire, lisse, putrescente, peu noueuse. Une quatrième est blanche, lisse, fongueuse, de peu de valeur, et a la racine très-friable. Une cinquième espèce a l’odeur de la cannelle rouge, n’est pas très-fibreuse et a la racine épaisse. Dans ces espèces, celles qui ont l’odeur de l’encens, de l’amomum ou de la cannelle, ou bien une odeur aromatique avec une certaine fétidité, sont d’une qualité inférieure. Il faut rejeter le bois qui est blanc, galeux et rugueux, qui n’est point lisse, et rapproché de la racine, comme inutile. Il est encore un bois qui ressemble au cinnamome et que l’on appelle pseudo-cinnamome, qui est grossier, sans vertu et d’une odeur faible. Il est encore une espèce de cinnamorne, ومن ابواع الدار صينى - wa min ābūā' al-dār ṣīnī, que l’on appelle zingiber, زنجبر - zinǧiber, qui a l’aspect du cinnamome, mais que l’on distingue par sa mauvaise odeur. Quant à ce que l’on appelle kirfa, قِرفة - qirfā (xylocinnamomum), c’est une substance qui ressemble au cinnamome par son aspect et le nombre de ses nœuds, et c’est le cinnamome ligneux, دار صينى خشبى - dār ṣīnī ẖašbī. Ses rameaux sont très longs et odorants, mais beaucoup moins que le cinnamome. Il y a des gens qui prétendent que la kirfa (le grec dit xylocinnamome) est d’un genre et d’une nature différents du cinnamome.
- Galien, livre VII. Ce médicament est très-subtil, bien qu’il ne soit pas très chaud, car il l’est au commencement du troisième degré. Toutefois, parmi les médicaments pareillement chauds, il n’en est pas qui soit aussi dessiccatif, tant sa substance a de subtilité. Quant au dar-soûs, دار صوص - dār ṣūṣ (cinnamomis), c’est comme un cinnamome de qualité inférieure. Il y a des gens qui lui donnent le nom de zoûr, زور - zūr.
- Dioscorides.
- Ibn Massouîh. Le cinnamome convient à l’estomac, dont il fait cesser la froideur. Il réchauffe le foie, fait couler l’urine et les règles, dilate les obstructions, aiguise la vue, dessèche les humidités de la tête et de l’estomac. Sa spécialité est de fortifier la vue affaiblie par des humeurs, qu’on l’emploie en collyre ou à l’intérieur.
- Sofiân el-Andaloussy. Il éclaircit la voix devenue rauque par un afflux d’humeurs. Il résout la pituite fixée à la gorge et à la trachée-artère ; il dessèche aussi les humeurs qui s’y sont portées et dissipe les aspérités de la gorge par le fait de la pituite. En somme, il n’est pas de médicament plus efficace pour dessécher les humeurs superflues fixées sur un organe quelconque. Il est salutaire contre l'hydropisie ascite et l’anasarque en réchauffant le foie et en desséchant les humeurs en excès. Il fortifie merveilleusement l’intelligence, surtout si on l’associe avec le myrobolan de Caboul.
- Massîh ibn el-Hakem. 11 est carminatif. Il est salutaire contre les douleurs utérines. On le mélange avec les médicaments employés contre les substances septiques et les poisons. Il est utile contre les frissons et les tremblements.
- Razès, dans son Traité des Correctifs des Aliments. Le cinnamome réchauffe et subtilise les aliments et les prépare à la digestion. Il est salutaire dans la plupart des affections de l’estomac de nature algide ; c’est pourquoi il faut l’introduire abondamment dans la nourriture des individus qui ont des renvois, chez ceux qui sont affectés d’asthme ou d’humeurs grossières dans la poitrine. Il n’est point carminatif à l’instar du poivre, du galanga et de leurs congénères : au contraire, il est légèrement tuméfiant, et c’est pourquoi il provoque des érections.
- Avicenne. Sa saveur a un peu d’astringence. Il a la propriété de réjouir l’esprit, aidé en cela par son aromaticité et la persistance de sa chaleur, secondé aussi par ses propriétés antivénéneuses. Il convient contre les agents septiques et altérants.
- Ahmed ibn Abi Khâled. Bouilli avec de la gomme mastic et pris en potion, il calme et détruit les renvois.
- El-Israïly. Il est utile contre les fluxions qui viennent de la tête à la poitrine et aux poumons.
- Galien. Il y a des gens qui remplacent le cinnamome par deux fois son poids de sabine, car la sabine dans l’usage interne jouit d’une grande force atténuante.
- Razès, dans son Livre des Succédanés. Il ne faut pas faire cette substitution chez les femmes enceintes.
- Galien, dans son Livre du Régime de la santé. Dans la composition de l’hiera picra, j’emploie la cannelle de première qualité en remplacement du cinnamome, à poids égal. Toutefois le bon cinnamome est plus actif que la bonne cannelle, bien que, en l’absence de l’un, il convienne d’employer l’autre.
- Le même, dans les Médicaments selon les lieux. A défaut de cinnamome, il faut employer de la cannelle de première qualité, soit à dose double, soit à dose égale, mais jamais moins.
- Le même. Acrathus (lisez Quintus) employait, en place de cinnamome, deux fois du cubèbe. Or le cubèbe a moins de subtilité.
- Tîadôuk. A défaut de cinnamome, on le remplace par son poids de galanga.
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Ce chapitre soulève bien des questions. Nous en aborderons quelques-unes, réservant les autres pour l’article Salîkha, n° 1205, qui les comporte pareillement. Et d’abord nous allons établir là manière dont les Arabes ont rendu les expressions grecques, sujet déjà traité par Saumaise. Le mot cinnamomon a été rendu par dâr sîny, دار صينى — dār ṣīnī, qui veut dire proprement bois de Chine, d’un mot persan dâr, qui veut dire bois et que les Arabes ont fait souvent entrer en composition, comme nous le verrons bientôt. Le mot sîny implique la provenance dé la Chine, et c’est en vain que Garcias ab Horto a imaginé des hypothèses et nié la possibilité de cette provenance. Ou sait que la Chine fournit de la cannelle congénère du cinnamome et confondue avec lui. Mais la cassia est tubuleuse, comme l’indique le mot cannelle, et comme il résulte de la description qu’en fait Dioscorides. Choisissez, dit-il, celle qui est très fistuleuse, rejetez celle dont la canule n’est pas épaisse. Ainsi la Cassia des Grecs, selîkha, سليخة - salīẖā, des Arabes, est particulièrement fistuleuse. Ces deux termes sont toujours pris l’un pour l’autre, comme dâr sîny pour cinnamome. Nous rencontrons une troisième expression kirfa, قِرفة - qirfā, qui rend constamment ce que les Grecs appellent Xylocinnamomon. En quoi le cinnamome différait-il du xylocinnamome ? Peut-être le premier était-il constitué par des écorces conservant du bois, et le second par des ramuscules entiers. Quoi qu’il en soit, ils étaient ligneux, et la selîkha ou cassia, constituée par de l’écorce, est fistuleuse. On s’est demandé si les Arabes ont pris selîkha du grec xulichê. La preuve du contraire est dans la traduction arabe de Dioscorides. Le mot grec y est d’abord transcrit, et il est suivi de son équivalent arabe. Or, voici ce qu’on y lit : قسيا وهو سليخة - qasīā wahuwa salīẖā (la cassia est la salīẖā). Saumaise veut que, du grec karfè, les Arabes aient fait kirfa. Mais قِرفة signifie parfaitement écorce en arabe, et même aussi écorce de grenadier. Saumaise a reconnu que le mot xulichê était d’origine récente et avait été introduit pour distinguer d’un nouveau médicament la Cassia fistula, qui donne un produit cathartique. Les mots Cassia fistula auraient donc un double sens, un chez les anciens, cannelle ligneuse, un chez les modernes, canéficier. Dans la citation de Galien, nous trouvons certaines expressions à noter. Son cinnamomis est rendu en arabe par dâr soûs, دار صوص - dār ṣūṣ, qui se lit chez Ishak ibn Soleïmân. Quant au terme final écrit zoûr, زور - zūr, ou doûn, دون - dūn, c’est un mot altéré sans doute qui répond à pseudo-cinnamomum. On lit dans les Antidotes de Galien un article curieux sur la durée du cinnamome, où sa nature ligneuse est parfaitement établie. Quant au kirfet el-koranfol, ce serait le kallilavân, mot qui signifierait la même chose en sanscrit.
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Kulit-lawang signifie en malais "écorce de giroflier", de kulit, "écorce" et lawang, "giroflier". La cannelle se dit kulit manis, "écorce douce".