Cresson alénois (Candolle, 1882)
Nom accepté : Lepidium sativum L.
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Cresson alénois. — Lepidium sativum, Linné.
Cette petite Crucifère, usitée aujourd'hui comme salade, était recherchée dans les temps anciens pour certaines propriétés des graines. Quelques auteurs pensent qu'elle répond un Cardamon de Dioscoride ; tandis que d'autres appliquent ce nom à l' Erucaria aleppica 5. En l'absence de description suffisante, le nom vulgaire actuel étant Cardamon 6, la première des deux suppositions est vraisemblable.
La culture de l'espèce doit remonter à des temps anciens et s'être beaucoup répandue, car il existe des noms très différents: en arabe Reschad, en persan Turehtezuk 7, en albanais, langue dérivée des Pelasges, Dièges 8, sans parler de noms tirés de l'analogie de goût avec le cresson (Nasturtium officinale). Il y a des noms très distincts en hindoustani et bengali, mais on n'en connaît pas en sanscrit 9.
Aujourd'hui, la plante est cultivée en Europe, dans l'Afrique
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5. Voir Fraas, Syn. fl. class., p. 120, 124 ; Lenz, Bot. d. Alten, p. 617.
6. Sibthorp, Prodr. fl. graec., 2, p. 6 ; Heldreich, Nutzpfl. Griechenl., p. 47.
7. Ainslies, Mat. méd. ind., 1, p. 95.
8. Heldreich, l. c.
9. Piddington, Index ; Ainslies, l. c.
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septentrionale, l'Asie occidentale, l'Inde et ailleurs ; mais, d'où est-elle originaire ? C'est assez obscur.
Je possède plusieurs échantillons recueillis dans l'Inde, où sir J. Hooker 1 ne regarde pas l'espèce comme indigène. Kotschy l'a rapportée de l'île Karek ou Karrak, du golfe Persique. L'étiquette ne dit pas que ce fût une plante cultivée. M. Boissier 2 en parle, sans ajouter aucune réflexion, et il mentionne ensuite des échantillons d'Ispahan et d'Egypte recueillis dans les cultures. Olivier est cité pour avoir vu le Cresson alénois en Perse, mais on ne dit pas si c'était à l'état vraiment spontané 3. On répète dans les livres que Sibthorp l'a trouvé dans l'île de Chypre, et, quand on remonte à son ouvrage, on voit que c'était dans les champs 4. Poech ne l'a pas mentionné à Chypre 5. Unger et et Kotschy 6 ne le disent pas spontané dans cette île. D'après Ledebour 7, Koch l'a trouvé autour du couvent du Mont Ararat, Pallas près de Sarepta, Falk au bord de l'Oka, affluent du Volga; enfin H. Martius l'a cité dans sa flore de Moscou ; mais on n'a pas de preuves de la spontanéité dans ces diverses localités. Lindemann 8, en 1860, ne comptait pas l'espèce parmi celles de Russie, et, pour la Crimée, il l'indique seulement comme cultivée 9. D'après Nyman 10, le botaniste Schur l'aurait trouvée sauvage en Transylvanie, tandis que les flores de l'Autriche-Hongrie ne citent pas l'espèce, ou la disent cultivée ou croissant dans les terrains cultivés.
Je suis porté à croire, d'après l'ensemble de ces données plus ou moins douteuses, que la plante est originaire de Perse, d'où elle a pu se répandre, après l'époque du sanscrit, dans les jardins de l'Inde, de la Syrie, de la Grèce, de l'Egypte et jusqu'en Abyssinie 11.
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1. Hooker, Fl. brit. India, 1, p. 160.
2. Boissier. Fl. orient., vol. 1.
3. De Candolle, Syst., 2, p. 533.
4. Sibthorp et Smith, Prodr. fl. græcæ, 2, p. 6.
5. Poech, Enum. plant. Cypri, 1842.
6. Unger et Kotschy, Inseln Cypern, p. 331.
7. Ledebour, F. ross., 1, p. 203.
8. Lindemann, Index plant. in Ross., Bull. Soc. nat. Mosc., 1860, vol. 33.
9. Lindemann, Prodr. fl. Cherson. p. 21.
10. Nyman, Conspectus fl. europ., 1878, p. 65.
11. Schweinfurth, Beitr. fl. Æth., p. 270.